‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 104 sur 132 · MYSTEUES. SERMON XI. SUR LA TRES SAINTE TIUNITE · texte numérisé non relu

MYSTEUES. SERMON XI. SUR LA TRES SAINTE TIUNITE

iiKMit ils se pri^trnl secours dans leurs besoins, cotnnienl leurs pauvres sont assistas, commeul ils visileiit leurs malades. (Jui fait «•(-la? ce n"esl pas l'unité de la foi , puisque hors de IKfjlise ils ne peuvent avoir la foi : HMoi donc? l'unité d'erreur, l'unilc de niensonjje, l'unité de schisme. Ce petit troupeau où ils sont tous ramassés , voilà ce qui les lie, voilà ce qui ari/'te toutes leurs querelles, voilà ce qui termine tous leurs dilTérends, voilà pourquoi ils s"a|)pcllcnt frères et se comportent en frètes Quelle honte, (jue l'unilé d" la foi où nous vivons fasse moins sur nous, que ne fait sur eux l'unité d'une f.iusse reforme ! 11 en va néanmoins ainsi : ils s'unissent, et nous nous divisons ; ils se rendent des offices de frères, et nous nous traitons souvent en ennemis; ils le voient, ils s'en élonnent , ils en sont scandalisés ; ils nous le reprochent uiènie. Or, à qui est-ce de faire cesser ce rciiroche, qu'à nous-mêmes ? et il cessera dès que la charité entrera dans nos cipurs. Car toutes ces haines, toutes ces envies, tous ces désirs de vengiance, tous (es mépris que nous faisons du |)ro(h.iin, toutes ces paroles ai^^res et piquantes qui nous 0( happent, tout cela s'évanouirait l)icnt(')t , si nous avions la vraie charité. La foi d'un Dieu en trois personnes en doit être le motif, et j'ajoute qu'elle nous en présente encore le plus parfait modèle.

Quand je vous ai dit, mes frères, en d'autres discours, que le Fils de Dieu nous avait oldijj;és à nousaimer les uns les autres comme il nous a aimés : Mandalum novitin do vobis, ut dilif/alis invicem sicut dileoci l'os {Juan-, XIX), vous ne croyiez pas que la charité pût être portée plus haut. Cet amour d'un Dieu sacrifié pour le salut des hommes vous paraissait le dernier terme où l'amour du prochain pût s'élever. Mais voici quelque chose encore de plus grand : car il faut nous aimer comme les trois personnes de la Trinité s'aiment ; comme le Père aime le Fils, comme le Fils aime le Père, connue le Père et le Fils s'aiment dans le Sainl-Esfirit. Tel est l'oxemlilaire qui nous est aujourd'hui proposé ;/;!;- 3)ice,el fac secundum exemplnr{Exud., W\). Va par qui nous est-il proposé? par Jésus- Christ même, l'oracle et la sagesse de Dieu. Piller sancli', disait-il , pariant à son Père, snva eos in nomine tuo quos dcdisli mihi, tit fini umim sicut et nos ( Joan., XVII ) : Mon Père, je vous offre tous mes élus, tous mes fidèles, tous ceux que vous n.'avez donnés à instruire : conservez-ics par votre grâce, afin ('(U'ils soient un comme vous et moi. Oim M'ul-il dire, et comment arriverons-nous à celte perfection? Le Père et le Fils ne font (lu'un même Dieu dans la Trinité; le Fils est < ousubstantiel au Père, le Père est la même substance que le Fils; quelle charité nous peut unir de la sorte? Ah I répond saint Au- {justin, ce que le Sauveur du monde a voulu nous faire entendre, c'est (]ue nous devons être parfaitement unis de cœur et de volonté; liue lious devons être, ])ar grâce et ()ar imitalion, ce que les trois divines persoimes sont iuf !a nétcssilé de Unir être; que. coinme il

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n'y a rien qui ne soit commun entre elhg, aussi la charité du christianisme doit nous faire renoncera tous nos intérêts propres; ({iio de même que le Fils de Dieu disait à sou Père : Pater, omnia mea tua sunt, et tua mea sunt {Joan., XVII) : Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi ; de même il faut que nous soyons prêts à dire à nos frères : Ces biens ((ue Dieu m'.i donnés sont pour vous aussi bien que pour moi ; et ces misères que vous souffrez sont les miennes aussi bien «lue les vôtres. Que serait-ce que le christi.inisme, si cette charité y réguail?qucserailceque tant de familh s, si les pères et les enfants, si les maîtres et les domestiques, si le mari et la feirme, si les Iréres et h s sœars gardaient entre eux ce parfait accoid? Au lieu lie ces troubles qui ymeltentla (onfusion, au lieu de ces procèsquiles désolent, au lieu de ces éclats scandaleux qui les décrient , elles se soutiendraient, et, dans un rejios inaltérable, elles goûteraient toutes les douceurs d'une paix chrétienne. .Mors, plein de consolation.j'aurais de quoi vous féliciter, eljemécrieraisavec lepi()[)liète : Quambonum et c/Hoj« jueimilum habilure fratres in unuin { Ps. CXXXIV )1 Quel bonheur pour ces chrétiens, quel bonheur pour ces maisons de \i\re dans une concorde qui y entretient le calme, et qui y fait lli urir la piétél

Mais que voyons-nous? tout le contraire, et c'est ce que nous ne pouvons assez déplorer. Point d'union dans le christianisme, et même entre ceux que les lois de la nature les plus inviolables et les plus sacrées devraient tenir étroitement liés les uns aux autres; je veux dire point d'union : entre qui? souvent entre des proches, souvent entre des frères et des sœurs, souvent entre des pères et des enfants. Je dis plus : point d'union souvent entre des miiiisii es de Jésus- Clirist , qui, par état néanmoins et par profession , doivent être des ministres île paix ; souvent entre des personnes consacrées au Dieu de la paix par les vœux les plus solennels , portant le même habit et vivant sous la même règle. Voici ce que nous voyons. Et pourquoi? Parce que nous ne savons pas, ou plut(jt parce que nous ne voulons pas nous former sur le grand modèle que la foi nous met devant les veux. Prenez gai de. Dans l'adorable Trinité, point de sentiments opposés : ce que veut une personne di\ine,les autres le veulent; mais , parmi nous, ce sont des contradictions éternelles. Soit bizarrerie d'humeur, soit malignité de naiurel, soit hauteur d'esprit et fausse gloire qu'on se fait de ne céder jamais, quel que puisse être le principe du mal, on a ses idées particulières, et l'on veut qu'elles prévalent a tout ; on a ses caprices, et l'on veut qu'ils soient suivis en tout. El parce que nous ne trouvons pas toujours des gens assez dociles pour s'asservir à nos caprices et à nos idées, parce que chacun, au contraire, prétenil dominer, se faire écouler, l'emporter, de là, les contestations et 1rs disputes ; de là, les guerres qui commencent par l'esprit et qui fii.i'ienl par le caur; de la, les aij^'rciirs ci

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iiîie niMlignc (létenniiinliini à se biiller loiijiiuis les uns Ii's aulr;'S. C'est assez qu'un tel .lit p.irlé lie telle m.iiiière, pour <Mig;iger un îel à tenir un l;inga[;e tout clilTéienl; c'est iissez que celui-ci estime telle chose, pour j)orler celui-là à la condamner , comme si l'on n'avait point d'autre règle, ou pour pinscr, ou pour agir, qu'une aveugle o'asiination à ne s'accommoder au grc de personne, et à ne convenir avec personne. Dans l'adorable Triiiilé , point d'intérêts séparés ; mais , j)armi nous, mille intérêts qui nous divisent. On ne pense ((u'à sui-méme, on n'a égard qu'à soi-même, on rapporte tout à soi-même. Et comme cet intérêt propre, à quoi l'on est résolu de ne rien refuser , ne peut souvent s'accord r a\cc l'inlérêl du prochain, il n'y a point (l'injustice et de violence à quoi l'on ne se porte pour écarter ou pour détruire tout ce qui pourrait faire obstacle, et arrêter les desseins qu'on a formés. Dr là , les mauvais lours, les trahisons, les faux rapports, les médisances, les calomnies, les chicanes, les procès, loutes les vexations qu'inspire la cupidilé cl ([ui ruinent la charilé. C'est sur (luoi yA|iôlre s'expliquait encore avec tant d'éloquence et tant do zèle, en parlant aux Corinthiens. Il avait appris qu'ils s'appelaiei'l les uns les autres devant les tribunaux de la justice, pour terminer leurs diiïérenils ; et ià-dessus que Kur disait-il ? Alil mes frères, que ne soulTrrz-vous plutôt l'injure qu'on vous fait? Quare non mugis injuriam uccipilis ( I Cor. , VI ) ? Que ne souffrez-vous plutôt le donunage que vous recevez"? Quare lion marjis fiaudem patiitiini (Ibid.)'? Mais hien loin, poursuivait le saint aixjtre, d'être ainsi disfiosés à pardonner et à souffrir, vous vous outragez mutuellement, et vous Iravailli z à vous enire-détruire : Sed vos injuriam facitis cl finudalis { Ibid. ). Ce qui le touciiait davantage, et ce qu'il leur reprochait plus vivement , c'est que des frèies, que des cliiéliens, se traitassent de la sorte : Et hoc fratribns [Ibid.) , comme s'il leur eût dit : (^ue des païens aient ensemble des démêlés, j" n'en suis point surpris, ils oui des dieux (jui leur en (Itinnenl l'exemide; mais nous qui, dans le Dieu que nous adorons, avons le nnidôle de la plus parfaite unité, d'une uuilé constante, d'une unité indivisible, d'une unité éternelle, qu'on nous voie former entre nous des partis, des intrigues, des cabales ; que, pour les moindres intérêts et liour de viles prétentions dont nous ne voulons rien relâcher, on voie des fidèles s'élever contre des fidèles , parler contre des liilèlcs, agir contre des fidèles : Ht hoc fratribus , c'est ce qui m't.onne, et ce que je it'accoide pas avt'c le caractère de li ur religion.

Appliquons-nous à nou -mêmes ces reproches , chrétiens ;iudileurs , car ils ne nous conviennent que tro() ; et en quels !• rmcs se fût exprimé s lint Paul , s'il eût été témoin de notre conduite, je veux dire de nos animosités, do nos envies, de nos resseiitimenls, de nos vengeances, de tant d'éclats scandaleux, i^ui iuat le sujet d^'S entre-

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tiens du monde, et que le monde lui-même est le premier à condamner? C'est à vous, à Dieu de la charité et de la paixl c'est à vous à mainti'nir parmi nous l'une et l'autre, ou plutôt à les y rétablir ; car elles ne sont que trop altérées. Père tout-puissant ! vous avez formé nos cœurs , et vous êtes toujours maître de les retourner comme il vous pla'n ! Fils égal à voire Père, et élernel comme lui, mais fait chair pour moi, vous nous avez rassemblés sous une même loi , et cest une loi d'amour! Esprit saint ! vous êtes l'amour substantiel du Père et du Fils, et c'est par vous que la charité est répandue dans les âmes 1 Trinité souverainement adorable et aimable! c'est de votre sein que nous sommes tous sortis, et c'est dans votre sein que vous voulez tous nous rappeler» Unissez-nous sur la terre , com.ne nous devons l'être dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

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