‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 105 sur 132 · SERMON XII · texte numérisé non relu

SERMON XII

Sur le très-saint Sacrement.

C^ro nuM vere est cibiis.

lia cliuir est vriihnenl une viimdc

{S. Jean, cli. VI).

C'est ainsi que le Sauveur du monde f.iisail en deux mots l'éloge de son corps adorable, et c'est , chrétiens, de celte chair toute sainie et toute divine que j'ai moi-même à vous entretenir. Ce n'esl point de la personne de Jésus-Christ; ce n'est ni de sa divinité, ni de §on âme, mais de sa chair : Caromca. El, pour en venir d'abord au point que j'ai entrepris do traiter, remarquez, s'il vous plaît, avec moi , que , dans les paroles de mou texte , le Fils de Dieu, voulant recommander son corps aux Juifs, ne leur dit pas que c'est le temple du Saint-Esprit , que c'est le sanctuaire de Dieu, que c'est le chef-d'œuvre des mains cl de la loute-puissance du Seigneur, mais que c'est une nourriture et une viande : Caru mca verc est cibus. Cependant cet état de \iande et d'aliment n'est-il pas le plus imparfait'? Il est vr.ii , mes chers auditeurs, si nous l'entendons de celle viande communt! qui sert à répater les forces et à soutenir la vie naturelle de nos corps; m.iis une viande saciamcntelle , une viande qui, loule matérielle qu'elle est, a la vertu de nous conférer la grâce, de nous donner une vie surnaturelle et loule spirituelle, de nous purifier, de nous sanctifier, c'est ce qui nous la doit rendre infiniment précieuse , et ce qui en fait l'excellence. Vierge sainte, c'est dans vos chastes entrailles que ce sacré corps lut conçu ; votre chair innocente et pure a été la chair de Jésus-Christ, et la chair de Jésus- Chrisi a été la vôtre; c'est par l'opération de l'Esprit céleste que cet ineffable mystèie s'est accompli, et c'est auprès de ce divin époux (jue j'implore votre assistance, en vous disant : Ave , Maria.

Le dessein que je me propose dans ce discours vous surprendr,! peul-élre, chrétiens; mais j'ose dire que si vous vouez vous appliquer à le bien comprendre, il vous paraîtra trèj-convcual'lc-au mystère de ce jour, et

MTSTEr>ES. SERMON XII. SUR LE TUES-SAINT SACREMENT.

qu'il roinfilif;! parfaiicmcnl l'idoc que vous avez lie celU- l'ètc. Je veux vous iiioulrer que c'est aujourd'hui par excclleuce la fêle du corps lie Jésus -Clirisl : Festnm corporis Chrifti. Car c"esl le litre qu'elle porte, et sous lequel elle a été iustituce, cl uion dessrin est (le vous justifier ce titre, eu vous faisant voir que le corps de Jésus-Christ ni' pouvait être plus honoré qu'il l'est par le mystère de la divine eucharistie; c'est là ma proposition générale. 11 faut seulement la réduire à (pictques points particuliers et la partaj^cr. Or, pour cela, je considère le corps de Jésus- Christ eu di ux manières; ou plutôt je trouve que Jésus-Christ a tout à la fois, et un corps naturel et un cor(is mystiijue. Son corps naturel, c'est sa propre chair, cette chair dont il s'est revêtu pour nous ; et S'in corps mystique, c'est l'Eirlise, qu'il s'est unie et incorporée, selon la doctrine de saint l'aul. Je dis donc que c'est aujourd'hui la grande fête de l'un et de l'autre, pourquoi? parce que c'est aujourd'hui tout cn-embie le triomphe de la chair de Jésus-Christ et le triomphe de l'Kiîlise de Jésus-Christ. Le Sauveur du monde ne pouvait faire plus d'honneur à sa chair que de l'établir, comme il a lait , en sacrement , et en sacrement le plus auguste de notre religion , qui est l'eucharislie. Et j'ajoute que ce même Sauveur du monde ne pouvait faire plus d'honneur à son Eglise, qu'en lui laissant sa chair établie de la sorte et comuie érigée en sacrement. Ainsi l'Eglise et la chair de Jé^us-Chrisl sont-elles honorées réciproquement lune par l'autre. Car la gloire du corps de Jésus-Christ, c'est d'avoir été donné à l'Eglise dans le saint sacrement de l'aulcl; vous le verrez dans la première partie. El la gloire de l'Eglise, c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans ce sacrement; ce sera la seconde partie. Quoique ce soit là un éloge plutôt qu'une instruction, nous pourrons néanmoins en tirer de solides consé(|uences pour l'édiGcation de nos âmes. Comniençons.

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