SERMON XX
POUR LA FÊTE DE l'aSSOMPTION DE LA VIERGE.
Sur la dévotion à la Vierge.
lulravil Jésus in quoJdani caslelluni, et mulier f|ua;Jaiii excei il iliuiii in doniimi sujiii.
Jésiii entra drms une bourgade, et une femme le recul dans samùhvn {Sa'.nl Luc, chap. X).
Cette femme ainsi honorée de la présence de Jésus-Christ, ce fui, chrétiens, dans la sens littéral de notre évangile, Marlhc , sœur de Madeleine; mais, selon l'application de l'Eglise, c'est Marie la mère du Rédempteur, la reine des vierges et la souveraine du ciel et de la terre. C'est elle qui reçut dans ses chastes entrailles le Fils de Dieu, et c'est elle qui est aujourd'hui reçue par ceiHouwne- Dieu dans le !:éjour de la gloire. Heureuse, mes frères , s'écrie saiul Bernai d, heureu&e
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réception de l'une el do l'aulrc pari! Fdix utraque susceptio [Uern.]. Soit celle que Marie (il à Jésus- Christ dans le mjslère de son incarnation, soit celle que Jésus-Christ fait à Marie dans le mystère de son assoaiplion. Mais poHr(|uoi parler mainlenant de la première, demande le même saint IJernard?
Pour mieux juger de la seconde, répond ce saint docleur; pour nous en Ibniier unejuste idée, pour en concevoir toute la gloire et toute l'excellence; ou plutôt pour reconnaître que, cou>me la première est ahsolument inconcevable <à nos esprits, la seconde est au-dessus de toutes nos vues et de toutes nos expressions : Ul juxta inœslimabilein illius gloriam inœstimuhilis citrjnoscalur el isla (ibid.). Et en effet, quelle langue pourrait jamais expliquer comment ce D.eu de majesté, qui ne peut être compris dans la vaste étendue de l'univers, se renferma dans le sein d'une vierge, et qui pourrait dire aussi avec quelle pompe celte vierge entre dans le ciel pour y être couronnée et pour y régner pendant toute l'éternité? Cluisti generalioncin et Mariœ assumptionem (juis enatrabit [Ibid.ytïin donc cru, mes chers auditeurs, devoir prendre un sujet plus propoi lionne â notre faiblesse el même plus utile pour vous. J'ai cru que le grand et incfl'able mystère de i'assomplion du Marie me donnait une occasion favorable de vous entretenir de ladévolion envers celte mère di' Dieu. C'est ce que jome propose et c'est pour cela même, Vierge sainte, que j'ai besoin de voire secours. Daignez agréer le zèle qui m'anime pour vous et ie seconder, daignez écouler la prière quu je vous fais en vous saluant et vous disant : Ave, Maria.
Si j'entreprends aujourd'hui de vous parler de la liévolion à la Vierge, ce n'est point précisément pour vous riiisjiirer, puisque je vous suppose trop chrétiens pour n'avoir pas envers la Mère de Dieu tous les sentiments de zèle et de respect qui lui sont dus ; c'est donc seulement pour vous donner sur celle importante m itière toute l'inslruclion que des chrétiens parfaits el spiiilm Is doivent avoir, s'ils vculeni parvenir à la prali- <\w de ce culte raisonnable que le gr.ind Apôtre nous a si fortement recommandé : R'ilionubilc obsecjuiuin vcsiruin [ISoiii., XM). Ainsi , mes chers auditeurs, au lieu de vous exhortera la dévotion envers Marie, je veux vous apprendre à régler celle dévotion, à profiter de cette dé\otion, et à vous sanclilier »ous-méines par cette dévotion; je veux vous en faire connaître les véritables caracières, vous en marquer les défauts, vous en découvrir les aims, el par là vous engager à eu l'aire un sa. nt usage; pouvais-je choisir un dessein plus convenable à votre piété et plus avantageux à la de\ ution niéiae dont il b'agif? lille consiste, selon saint Bernard, en trois principaux devoirs, à honorer Marie, à rinvoi|iier, à l'imiter. Or, c'e.U à ces trois devoirs ([ue je m'allache, et voici en trois mots le partage de ce discours. 11 faut honorer Marie, mais l'honorer judicieusement : c'est la fremière [uopusilion j il faut uno-
ACRES. DOURDALOUE.
quer Marie, mais l'invoquer efficacement: c'est la seconde proposition; enfin il faut iinittir Marie, et l'imiter religieusement : c'est la dernière proposi ion. 11 faut honorer cette vierge judicieusement, car l'honneur de la reine du ciel aussi bien que celui de Jésus-ChrisI, le roi des rois, demande sur toutes choses celle conilition : Nom cl honor rcrjinw juduitim diligil {Bern.), dit saint Bernard, ap])liquanl à la mère ce qui est écrit (In fils : El Itonor rcfjis jndiciiim dilirjit [l's. XCVIII); ce sera le sujet de la première partie, il faut invoquer celte vierge efficace- Bieiil, car en vain Marie a-t-elle pour nous du crédit auprès de Dieu, si, par l'indignité de nos prières, ou l'imiiénitencede notre vie, nous nous rendons son crédit inutile : ce sera la seconde partie. 11 faut , autant qu'il est en notre pouvoir, imiter cette vierge religieusement; car la sainteté de Marie est un modèle sur lequel Dieu prétend que nous nous formions, cl, si nous ne le faisons pas, sur lequel il nous jugera : ce sera la dernière partie. Trois vérités également capables de contribuer à la conversion des pécheurs el à la sanctification des iuslcs. Commençons.