MYSTERES. SERMON XX SUR LA DEVOTION A LA VIERGE
nitence; elle est toute -puissante auprès de son fils ; mais elle l'est, disent les Pères, diiiis Tordre des divins décrets, dans l'étendue des saintes lois que la sagesse de Dieu a établies, sans préjudice des maximes cvangéiiqucs et de leur inflexible sévérité : c'est-à-dire elle est toute-puissante pour nous attirer à Dieu, et pour rapprocher Dieu de nous, toute-puissante pour disposer Dieu à être touché de nos larmes, toute-puissante pour lui faire a|;réer nos vœux, nos satisfactions, nos sacrifices; mais non pas toute-puissante pour anéantir l'obligation de tout cela, ni pour faire que Dieu, oubliant ses plus essentiels attributs, devienne, si j'ose ainsi parler, prévaricateur de sa sainteté, et fauteur de notre iniquité.
Nous vous invoquons aujourd'hui, Vierge sainte, mais c'est dans des dispositions plus conformes à nos devoirs, plus conformes aux règles que la religion nous |)rescrit, plus conformes au mystère même de votre glorieuse assomption. Mieux instruits de nos intérêts et des desseins de Dieu sur nous, nous n'attendons point de vous ces grâces purement temporelles qui ne nous donneraient que de vaines joies, ni ces prospérités du monde qui ne serviraient qu'à entretenir notre orgueil et à satisfaire notre amourpropre. Si nous avons recours à vous, c'est pour des besoins plus pressants et plus importants, c'est pour des biens plus nécessaires, quoique peut-être moins de notre goût, c'est dans des vues plus relevées et plus convenables au christianisme que nous professons. Accablés sous le poids de nos misères, et persuadés que vous pouvez nous secourir, nous vous réclamons dans cette auguste solennité. Mais voici le sujet de nos demandes : obtenez-nous, par votre toulepuissante intercession, ces grâces du premier ordre à quoi notre salut et notre perfection sont attachés ; obtenez-nous une haine efficace du péché, une crainte respectueuse des jugements de Dieu, une soumission sans réserve à sa sainte loi ; obtenez-nous celle force chrétienne, si nécessaire pour nous préserver de la corruption du monde, pour ne nous laisser pas emporter au torrent de la coutume, pour résister au scandale du niauvais exemple, pournous mettre au-dessus du respect humain, pour nous affranchir de la tyrannie de nos passions, pour renoncer à l'ambition, pour n'être pas esclaves de l'avarice, pour surmonter la concupiscence de la chair et pour la tenir soumise à l'esprit ; obtenez-nous ces excellentes vertus qui vous ont distinguée entre tous les justes, cette foi héroïque qui vous a rendue si heureuse en vous faisant croire ce qui vous était révélé, celle profonde huniililé t\u\ vous a élevée si haut ei qui engagea le Verbe de Dieu à s'abaisser jusqu'à vous, cette pureté angélique qui vous fut si chère et que vous préférâtes à toutes les grandeurs qu'on vous promettait, celte obéissance que Jésus-Christ trouva plus digne de ses éloges et plus recommandable en vous (jne votre maternité même, ce zèle pour les intérêts de Dieu et Dour le salut do.- hommes qui , malgré la ten-
diessede volrecœur, vous fit consentir au sa* crifiee et à la mort de votre fils, quand vous le présentâtes dans le temple comme la victime qui devait être iunnolée pour nos péchés. Sans prétendre au degré sublinieoùvousavez possédé ces vertus, obtenez-les-nous au moins dans le degré convenable à nos obligations, c'est-à-dire obtenez-nousune foi vive qui nous fasse agir et qui, pour la cause de Dieu, nous détermine à tout souffrir; une confiance en Dieu inébranlable qui ne soit jamais confondue, un amour de Dieu que toutes les eaux des tribulations et des adversités de cette vie ne puissent éteindre ; une charité envers le prochain qui nous tienne tous étroitemement et saintement unis en Jésus-Christ ; obtenez-nous une victoire entière sur le monde, un détachement parfait de nous-mêmes, un esprit humble et un cœur pur. Voilà les grâces, ô Vierge sainte, que nous vous demandons et pour lesquelles nous ne craignons pas que vous nous refusiez votre intercession. Nous vous saluons avec l'Eglise en qualité de reine : Salve, regina. Mais à Dieu ne plaise que nous présumions d'entrer dans la gloire par une autre voie que |iar celle de vos vertus. Comme reine, nous vous réclamons : Ad le clamamus; mais nous n'implorons votre secours que pour pouvoir marcher sur vos pas en imitant vos exemplei ; comme reine, nous vous prenons pour notre protectrice et nous vous faisons entendre no^ gémissements : Ad te suspiramus; mais nous ne nous mettons sous votre protection, que pour obtenir par vous la grâce de notre conversion. Sans craindre d'être du nombre de vos dévots indiscrets, nous vous appelons mère de miséricorde, source de vie, consolation de nos âmes : iJ/atermisericordiœ, vila,dulcedo ; mais nous ne prétendons point que ces titres nous autorisent dans nos faiblesses, ni qu'ils nous rassurent dans nos désordres. Malgré les critiques censeurs de voire culte , nous nous confions en vous , mais notre confiance ne nous fait point oublier que, pour être récompensé comme vous, il faut, par proportion, le mériter comme vous, et que jamais nous ne parviendrons autrement à ce royaume éternel, où nous conduise, elc.