MYSTERES. SERMON XX. SUR LA DEVOTION A LA VIERGE
prcdicalcnr de l'Kvangilo, à vous roiuliiirc entre ces (k'u\ écueils , el par nuclle vi)ie? en vous di)iHiaiU des rô;;l('S sûres pour lio
vous si Itieii, que, pour ne l'oublier jamais nous nous r.iisons un devoir de la saluer
en vous ilonnanl des règles sures pour lio- cli.u|ue jour en celle (jualilé ile serviule .1,,
norer discriMemenl la Reine du eicl, el vous Sei-neur : Ecce anviUu Dumiui (Ihid ) Ainsi
proposant les mêmes règles pour ne pas grâce à la l'roviileiice, et à l'esprit nui j-o,,
crilKiuer légèrement les honneurs mémo \enie le clirislianisme, je nrélends que Tli-
populaires qu'elle reçoit sur la terre. Ne di- glise de Jésus-Christ, surtout dans un sièc'c
sons rien de vagu(\ el, dans le dessein (|uc j'ai formé d'éelaireir ces vérités, ne comliattons point des l'aiitômes, mais venons au détail des choses.
On a prétendu ((ue malgré le soin qu'ont ou les parleurs d'instruire les peuples , et d'épurer, dans noire siècle, la religion ou la dévotion des fidèles, il y avait enrore de l'excès el par conséquent de l'abus dans le culte (]u'on rend à la sainte N'ierge ; et ce iiue je vous prie de bien remarquer, ce ne sont pas seulement les ennemis déclarés de l'Eglise qui en ont jugé de la sorte. (Juelquesuns même de ses proiJies cnfanls ont déploré cet abus: des catholiques prétendus zélés, mais dont le zèle sans doute n'a pas eu toutes les qualités requises pour être ce zèle selon la science que demaiulait l'Apôlre ; quoi qu'il en soit, des catholiques même oui cru devoir prendre sur ce point la cause de Dieu, et, de la manière iju'ils s'en sont exjiliqués, voici les Irois chefs où la vénération du commun des fidèles pour la Mère de Dieu leur a paru aller jusqu'à l'indiscrétion. Car c'esl le terme dont ils se sont servis, et il nous iinporle une l'ois de bien comprendre à quoi ils l'ont appliqué. Touchés desintéiéls de Dieu, ils se sont plaints ([u'on rend.iil des hommages à .Marie comme à une di\inité ; ils se sont plaints qu'on lui donnait des titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ceux de médiatrice et de réijaralrice du monde perdu; ils se sont plaints qu'on lui attribuait de nouveaux privilèges, qui ne nous étaient révélés ni dans l'Eciilure ni dans la tradition. Examinons leurs plaintes sans préjugé, el, puisqu'ils les ont publiées dans le monde chrétien en forme d'avertissements donnés par Marie elle-même à ses dévots indiscrets, nous qui voulons de bonne foi que noire dévotion soit prudenle, ((u'clle soit solide, qu'elle suit sans reproche, profitons de ces avis : pour peu (|u'ils soient fondés, édilions-nous en, du moins servons-
aussi éclairé (|ue le niUre, n'avait nul besoin del;ivis prétendu salutaire qu'on a voulu '|""s donner là-dessus. Car, comme je vous 1 ai déjà fait remarquer d autres fois, ce que disait saint Augustin dans un sujet à [)eu près semblable, pour répondre aux manichéens, (|ui, malicieusement el sans raison, accusaient de son temps les catholiques de rendre aux martyrs u» culte idolâtre: ce que disait ce Père, tombant les martyrs, •lui d." nous ne le dit pas de la Mère de Dieu, que ce n'est poiui à elle que nous dédions des autels, ni à elle que nous olTrons le sacrifice, ni:iis à Dieu qui l'a choisie, à Dieu qui l'a sanclifiée, à Dieu qui l'a glorifiée? Nous sommes donc bien éloignés de celle grossière erreur, ou de celte énorme indiscrétion qui consislerait à faire de Marie une déesse, el l'indiscrétion, s'il y en avait ici, serait plulot de la part de ceux qui, dans leurs avis, auraient sujiposé qu'un grand nombre de fi(lè!es, à la vue de leurs pasieurs, avaient pu tomber, et étaient enelïet tcmibés dans une lelle corruption de foi; l'indiscrétion serait, non-seulement d'avoir par là renouvelé les accusations vaines et frivoles des anciens hérétiques contre l'Eglise, mais d'avoir donné l'avantage à l'herelique protestant, de voir des catlmli(n;es même persuadés que noire foi s'était ainsi corrompue dans ces derniers siècles. Non , mes cliers auditeurs, je le répète, l'Eglise de Jesus- Christ n'a point élé ah.indonnée de la sorte. Car, qu'est-ce selon nous que d'honorer judicieusement la Méie de Dieu ? c'est l'honorer d'un culle inférieur à celui de Dieu, mais supérieur à toul aulre qu'à celui de Dieu. Or, voilà comment nous l'honorons, voilà comment tous les siècles du christianisme l'ont honorée: malheur ù celui (jui la coiihmdrait avec Dieu; mais aussi malheurà celui qui ne lui rendrait pas des hommages particuliers, el qui dans son estime ne la mettrait pas au-dessus de toul ce qui n'est
nous de l'examen que nous en allons faire point Dieu. Il a été de mon devoir d'appuyer pour nous rendre encore [dus exacts el plus '' ■ ■ ■ ■■ ■ ■ ■ ....
irrépréhensibles dans le culle de la Vierge que nous honorons. Ecoutez - moi : ceci n'aura rien de trop abstrait ni d ennuyeux. Il est donc vrai, chrétiens, el je le dis hautement, que d'honorer IMarie comme une divinité, quoique .<((^(i/;e/ne, ce serait, non pas un simple abus, ni une simple indiscrélion, mais un crime el une impiélé. Car Marie, toute mère de Dieu qu'elle est, n'est qu'une purecrcature, l'humble servanteduSeigneur, dont tout le bonheur est fondé sur l'aveu authentique qu'elle a fait elle-même de sa basscise et de son néant : Quia respexil liuinilildUin aiicillœ suce, ecce eniin ex hoc beat'un me (lic.riil omnes (jeneraliones [Luc. I). (]'cst sriisi (su'ellc uous l'a appri.- ; et nous le sa-
d'abord sur cet article, cl de vous le faire sentir : mais allons plus loin.
On a blâmé comme indiscret le zèle des fidèles qui allribuaient à .Marie des tilres d'honneur qu'on prétend ne lui pas convenir : et iiioi j'avance el je soutiens que depuis (lue l'Eglise universelle, par le plus solennel de ses décrets, qui fut celui du ( oncile d'Ephèse, a maintenu la vierge dont je défends ici la gloire, dans la possession du litre de Mère de Dieu, que l'hérésiarque Néstorius lui disputait, il n'y a point de titre d'honneur (jui ne lui convienne, ni de qualité éminiMile qu'on puisse sans indiscrétion lui contester. Appliquez-vous, et vous en allez être convaincus. Car , puisqu'il s'agiS surtout de la qualité de médiatrice el de ré-*
ORATEURS SACRKS. BOURDALOUE.
jiaratrico du monJe, que les réformalcurs de son culte vouilraiont lui ôter, voyons comment a parlé saint Bernard, non point dans ces occasions et dans ces discours où il n'a pensé qu';^ exalterMaric par les magnifiques éloges qu'il en a faits, mais dans celte célèbre épîlre aux chanoines de Lyon, où, raisonnant en théologien, et décidant à la rigueur, il a voulu nous marquer les bornes que doit avoir le culte que nous rendons à la Mère de Dieu. Je me contenterai de traduire ses paroles, et je ne nuis douter que vous n'en soyez louihés. Donnez, disait-il , donnez à Marie les justes louanges qui lui appartiennent, elsouvenez-vous «lue la sainteté, pour être honorée, n'a besoin que de la vérité. Dites, par exemple, que Marie a trouvé pour elle et pour nous la source de la grâce; dites qu'elle est la médiatrice du salut et la restauratrice des siècles ; vous le direz avec raison : car c'est ce que toute l'Eglise publie, et ce qu'elle chante tous les jours dans ses divins offices : Magnipcal (jraliœ inventricem Murinm , medialricem saluti<>, reslntiralricem sœculorum : liwc mihi de illa cantal Ecclesia (Bern.). Ceux à qui ces titres déplaisent oseront-ils s'inscrire eu fau\ contre le témoignage de saint Bernard, et récuser un homme d'une si grande autorité parmi les Pères, et qui rapporte en fidèle historien ce que IFglise croyait de son temps, et ce qu'elle pratiquait? Or, voilà ce que j'appelle honorer juilicicusement la Vierge ; lui attribuer les qualités que toute l'Eglise lui attribue. On sait bien qu'il n'y a, pour parler ainsi, qu'un médiateur de rédemption, mais on est cerlaiK de ne point déroger à ses droits, quand on reconnaît, avec l'Ecriture, outre cet unique médiateur de rédemption qui est Jésus-Christ , d'autres médiateurs d'intercession : et Marie entre ceux-ci ne doit-elle pas avoir la première place? On saitcjue Jésus-Christ seul a racheté le monde I)ar son sang, mais on ne peut ignorer que ce sang qu'il a répandu, a été formé de la substance même de Marie, et par conséquent que Mario a fourni, a offert, a livré pour nous le sang qui nous a servi de rançon : car c'est sur quoi toute l'Eglise s'est fondée pour la qualifier de médiatrice et de réparatrice des hommes. Ce serait donc encore parla une indiscrétion (je devrais peut-être user d'un terme plus propre et plus fort), ce «crait, dis -je, une indiscrétion de lui refuser ces titres glorieux et si solidement établis. Mais, sans raisonner davantage, il me suffit, reprend saint Bernard, que l'Eglise m'ait appris à honorer de cette manière la Mère de Dieu : car ce .jue m'enseigne l'Eglise, ajoutait ce saint docteur, c'est à quoi je m'attache inviolablement, et de quoi je ne me départirai jamais. Tout ce qu'elle croit, je le crois, et tout ce qu'elle pratique je veux le pratiquer ; en le croyant, en le pratiquant sans distinction et sans restriction, je me tiens en assurance, puisqu'elle est l'oracle que je dois écouler sur tout, et le guide infaillible que je dois suivre : Quod ab illa accepi, sccwi'.s lenco [Idem).
Or, selon cette règle, mes chers auditeurs, nous ne craignons point d'être des dévots indiscrets de Marie, quand nous l'appelons notre médiatrice et notre réparatrice; quand nous disons quelle est pour nous unesource de vie, quelle est dans cette terred'exil notre consolalion, qu'elle esl au milieu de tous les dangers notre espérance; pourquoi? parce que, jusqu'à la fin des siècles, malgré le chagrin de Ihérésie , l'Eglise la réclamera et la .«aluera sur toutes ces qualités : Vita, dulcedo , et spes nostra, .«o/ye. Notre vie, comment? après Dieu et après Jésus-Christ ; notre consolation, comment? après Dieu et après Jésus- Christ; notre espérance, comment? après Dieu et après Jésus-Christ. Peul-on, sans indiscrétion et même sans malignité , nous soupçonner, ou plutôt soupçonner l'Eglise de l'entendre dans un autre sens? Et parce qu'il est évident et incontestable que c'est là le sens de rEg!is:\ et que nous n'en avons point d'autre, malgré la fausse délicatesse des censeurs de notre dévotion envers la Mère de Dieu , nous ne faisons point difficulté de l'appeler absolutnent notre consolation, absolument notre espérance : Vita, dul cedo, et spes noslra. Oui, c'est ainsi que nous le chantons avec l'Eglise, et qu'on le chantera jusqu'à la dernière consonnnation di s temps. F>es ennemis de Marie passeront ; mais l'Eglise leur survivra, l'Eglise après eux subsistera ; el, touchée des mêmes sentinii'nts, elle dira toujours, en s'adressanl à la Mère de son Epoux et de son Sauveur: Vita, dulcedo, et spes nostra.
Enfin, on a traité de zèle indiscret celui que fait paraître le peuple chrétien à défendre certains privilèges de Marie. Privilèges de grâce dans son immaculée conception , privilèges de gloire dans sa triomphante assomption, bien daulres dont je n'entreprends point de faire ici le dénombrement, et qu'on s'est aussi contenté de nous marquer sous des termes généraux, en h s rejetant. Mais moi, voici encore, et sur le même principe, comment je raisonne : car, puisque nous reconnaissons Marie pour mère de Dieu, de tous les privilèges propres à rehausser l'éclat de cette maternité divine, y en a-t-il un seul que nous ne devions être disposés à lui accorder, ou pour meux dire, y en a-t-il un seul que Dieu lui-même ne lui ait pas accordé? Si Dieu ne nous les a pas tous également révélés; si nous n'avons pas sur tous la même certitude, et si tous ne sont pas dans le christianisme des points de foi, n'est-ce pas assez pour les attribuer à celte vierge, que, sans préjudicier aux droits de Dieu , ce soient des privilèges convenables à la dignité de mère de Dieu ? n'est-ce pas assez que ce soient des privilèges reconnus par les plussavants hommes de l'Eglise, autorisés par la créance comm jne des fidèles, appuyés, sinon sur des preuves évidentes el des démonstrations, au moins sur les plus foi'les conjectures et les témoignages les plus so'.i des el les plus irréprochables? Or, tels sont les privilèges que nous honorons dans Marie, et c'cbl par là que nous les honorons pru-