MYSTERES. SERMON XX. SUR LA DEVOTION A LA VIEKCE
dcminenl. Un esprit raisonnable et sage , surtout un esprit bien prévenu à lï-gard de Marie, et alleclionné à son culte (car voilà le point) , un esprit, dis-je, guéri de certains préjugés , ou dégagé de certains intérêts , dans le choix de deux partis , s'il y en avait deux à prendre , ne ptnchera-t-il pas toujours vers le plus favorable à la sainte Mérc que nous révérons? ne le préférera-t-il pas , et ne l'embrassera- t-il pas, quand c'est d'ailleurs le mieux établi et le mieux fondé? Mais que devrait-on penser d'un esprit toujours prêt à faire naître des doutes sur les grandeurs de .Marie tt sur ses plus illustres prérogatives? toujours appliqué à imaginer de nouveaux tours pour nous les rendre suspectes ; mettant toute son élude à troubler la piété des peuples , et, par toutes ses subtilités, ne chercliant qu'à la resserrer, qu'à en décréditer les plus anciennes pratiques, peut-être qu'à l'anéantir, au lieu de travailler à la maintenir et à l'étendre ? Ab ! mon Dieu, fallail-il donc que. le ministère de votre parole fùl aujourd'bui nécessaire pourdéfendrerhonneur et le cuKe que le inonde chrétien est en possession de rendre à la plus sainte des vierges? après que les premiers hommes de notre religion se sont épuisés à célébrer les grandeurs de Marie; après qu'ils ont désespéré de trouver des termes proportionnés à la sublimité de son état; après qu'au nom de tous, saint Augustin a confessé son insuffisance, et protesté hautement qu'il manquaitd'expressions pour donner à la Mère de Dieu les louanges qui lui étaient dues: Quibus le lumlibus e[ferain nrscio {Aug.)'! fallait-il que je fusse obligé de combattre les f.iusses réserves de ceux qui craignent de la louer avec excès, et qui osent se plaindre qu'on l'honore tiop? Voilà toutefois un des désordres de notre siècle. A mesure que les mœurs se sont per-^ verties, par une apparence de réforme, on a raffiné sur la simplicité du culte. A mesure que la foi est devenue tiède et languissante , on a affecté de la faire paraître vive et ardente sur je ne sais combien d'articles qui n'ont servi qu'à exciter des disputes, et à diviser les esprits sans les édifier. Si ces prétendus zélés et ces censeurs indiscrets du culte de la Vierge avaieni été appelés au conseil, et qu'on eut pris leur avis , jamais ils n'auraient consenti à cette niulliplîcité de fêtes instituées en son honneur. Ce nombre infini de temples et d'autels consacrés à Dieu sous son nom n'eût pas clé de leur goût. Tant de pratiques établies par l'Eglise pour entretenir notre piélô envers la Mère de Dieu, les auraient choqués ; et, pour peu qu'on les écoulât, ils concluraient à les abolir. Il n'a pas tenu à eus, et il n'y tiendra pas encore, ijuc sous le vain prétexte de ce culte judicieux, mais judicieux selon leur sens, qu'ils voudraient introduire dans le christianisme, la religion ne fût réduite aune sèche spéculation , qui bientôt dégénérerait , et qui , de nos jours, en elîet, ne dégénère que trop visiblement dans une véritable îndévolion. Mais, malgré toutes les cntr<'pi'iscs que Ihc-
résie, depuis tant de siècles, a formées contre vous. Vierge "sainle, votre culte a subsisté, et il subsistera ; jamais les portes de l'enfer ne prévaudront contre le zèle des vrais chrétiens, et contre leur fidélité à vous rendre les justes homniages qui vous appartiennent. De quelque artifice qu'on use, et quelque effort qu'on fasse pour arracher de leurs cœurs les sentiments tendres et respectueux qui les lient étroitement à vos intérêts, ils les conserveront, ils les publieront, ils en feront gloire. Leur piété l'enqiortera, et rien ne sera capable de les séduire et de les ébranler. Vous êtes, ô sainte Mère de Dieu! vous êtes l'écueil contre lequel ont échoué toutesles erreurs, et vousleserez toujours. Vous seule avez triomphé de toutes les hérésies ; à peine s'en est-il formé une, dans le christianisme, qui ne vous ait attaquée , et îl n'y en a point que vous n'ayez confondue : Cunctas hœrcses sola inlercmisti in ttniverso mundo[Idcin). La victoire que vous remporterez , et que vous remportez déjà sur les léméraires censeurs de votre culte, achèvera votre triomidic : s'il y faut contribuer par nos soins, nous n'y épargnerons rien; s'il faut parler, nous parlerons; dans la chaire de vérité, nous élèverons la voix, nous nous ferons entendre; et, après avoir appris au peu|ile chrétien à vous honorer judicieusement, nous lui apprendrons avons invoquer efficacement : c'est le sujet de la seconde partie.
SECONDE PARTIE
Que nous puissions invoquer ISIarie, et qu'elle soit pour nous dans nos besoins une prolectrice toute-puissante et toute miséricordieuse, c'est une vérité, chrétiens, sur la(|uulle nous ne pouvons former le moindre doute, si nous sommes de fidèles enfants de l'Eglise, et si nous sommes bien instruits des principes de notre foi. Car, puisque l'Eglise a défini, en général, que nous pouvons invoquer les saints que Dieu a retirés de cette terre d'exil où nous vivons, et qu'il a placés auprès de lui dans son royaume, à combien plus forte raison pouvons-nous, dans toutes les nécessités de celle vie, nous adresser à la reine, non-seulement des saints, mais des anges bienheureux, et lui présenter nos prières ? Que lui nianque-t-il de tout ce qui peut affermir notre confiance ? Croirons -nous qu'uniquement touchée de son bonheur et tout occupée, pour ainsi dire, de sa propre gloire, elle soit devenue insensible à nos intérêts ? mais n'est-elle pas pour toujours la mère de miséricorde? Nous persuaderonsnous que Dieu, en la glorifiant, ail tellement borné son pouvoir, qu'elle ne soit pins en état de nous en faire sentir les salutaires effets ? mais n'cst-elle pas toujours la mère de ce Dieu sauveur qu'elle a donné au monde et qui lui fut si soumis ? est-ce en recevant la récompense de ses mérites qu'elle a perdu ses plus beaux droits; et si ce Fils adorable qu'elle porta dans son sein a fait pour elle des miracles sur la terre, que lui refusera-til dans le ciel ? C'est ainsi que les Pères onS raisonné ? et c'est là-dessus iiu'îls se souî
fomiés pour nous oshortcr si énergiques et si forts, à réclamer sans cesse la Mère de Dieu. Que ne puis-je les faire tous ici parler, ou plulôt, que ne puisje rapporter ici, dans un recueil abrégé, tout ce qu'ils ont dit de l'invocation de Marie et des avantaiît'S qui y s )nt attachés ! que ne puis-je vous faire entendre ces grands maîtres, et, selon l'expression de saint Paul, vous convaincre par celle nt:ée de lémnins ! Car, quand nous n'aurions point d'autres preuves, en faudrait-il davant.ige ; et ne serait-ce pas une témérité, que dis-je? ne serait-ce pas l'obstination la plus outrée. (|ue de vouloir tenir contre l'autorité de tout ce qu'il y a eu depuis tant de siècles d'oracles et de docteurs dins l'Eglise de Jésus-Christ '? Je vais plus loinel je nedis posseulemenlque nous pouvons invoquer Marie, mais j'ajoute que nous le devons : et pourquoi ? pour nous cont'oriner à l'Eglise, pour nous attirer la grâce, pour nous procurer contre les dangers du monde un secours puissant et un ferme soulien, pour assurer noire saUit. En effet, chrétiens, si nous sommes obligés de croire ce que croit l'Eglise comme la règle de noire foi, ne sommes-nous pas obligés de faire ce que fait l'Eglise comme la règle de nos mœurs ■? Or, combien de prières solennelles l'Eglise, tous les jours, adrcsse-t-elle à la Mère de Dieu, pour implorer son assistance ; et n'esl-ce pas une espèce d'infidélité do ne pratiquer p is ce qu'elle pratique avec tant de soin, et de ne demander jias ce qu'elle demande, ni à qui, ou plutôt par qui elle le demande'? Si la grâce nous est nécessaire, et si nous ne pouvons surtout ignorer combien il nous est important d'avoir certaines grâces particulières et en certaines conjonctures, nous est-il permis de négliger un des plus sûrs moyens de les obtenir'? Or ce moyen, c'est l'intercession de Marie; et mille fois ne vous a-t-on pas avertis que c'est par elle que Dieu dispense ses dons, et par les mains de cette Vierge qu'il les fait passer en nous les cominuniquan* ? Si nous sentons notre faiblesse, et si nous gémissons de nous voir exposés à tant de périls, dans l'obligation où nous sommes d'ailleurs de nous conserver, ne devons-nous pas pour cela mettre tout en œuvre '?0r, de tout ce que nous pouvons mettre en œuvre rien de plus efficace, de plus présenl, (]ue la médialion de Marie ; et, puisque tant d'autres qui l'ont éprouvé, nous en instruisent, n'est-ce pas consentir à notre perle, que de ne vouloir pas nous servir d'uiu' telle défense ? Enfin, si le salut est notre afl'aire, et, par ses conséciuences infinies , notre grande aff.iire, notre essentielle affaire, noire unique affaire, nous peut-il être pardonnable de n'y pas employer tout ce que la religion nous fournit de plus propre à en garantir le succès '? Or , la coadjutrice de Dieu dans l'accomplissement de ce salut , c'est Marie ; et comme ce salul a commencé par elle et par son consenlement à la parole de l'ange, c'est par elle et parsa coopération qu'il doit cire consommé. D'où il s'ensuit (jue nous ne pouvons donc trop, dans cette vie mortelle, la sollici-
OR.\TEURS SACRES. BOL'RDALOUE
dans des termes
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ter, la presser, l'inléressercn notre favenrpar nos supplications et par nos vœux. Avançons.
On peut invoquer .Marie, on doit invoquer Marie : vérités incontestables ; mais le point est de l'invoquer efficacement, c'est-à-dire de l'invoquer de telle sorte qu'elle puisse agréer nos prières, qu'elle puisse les trouver dignes d'elle et y prendre part. Car, selon l'oracle de Jésus-Christ, tous ceux (]ui disent à Dieu : Seigneur, Seigneur, ne seront pas écoutés pour cela de Dieu, ni n'entreront pas dans le royaume de Dieu : et , suivant la même règle, j'ajoute que, do ceux qui se metteni, ou qui prétendent semellresous la protection de la Mère de Dieu, plusieurs l'invoquent en vain : pourquoi ? parce qu'ils ne le fonl pas dans un esprit chrétien, ni avec les sentiments conv(nat>les pour l'engager dans leurs intérêts et pour la loucher. Il y a donc ici deux écuells à craindre, et deux esfrémilés à éviter; et, comme la vertu tient le milieu entre deux vices opposés, la vérité se trouve toujours entre deux erreurs contraires. Je veux dire que les uns comptent trop sur la protection de Marie, mais ((ue les autres aussi ne connaissent point a-sez, ou semblent ne point connaître tout le fond qu'on y doit faire ; que les uns, selon leurs désirs et le gré de leurs passions, lui donnent trop d'élendue, et c'est l'erreur des chrétiens présomptueux ; mais que les autres aussi, selon leurs fausses maximes, la resserrent dans des bornes trop étroites, et c'est l'erreur de nos réformateurs, je dis de ceux à qui jo parle dans ce d:sc(jurs,et qui, par une autre prudence que celle de l'Evangile, se sont ingérés à nous donner des 3^i^ dont le peuple fidèle n'a pu tirer qu'un scandale à quoi je me sens obligé, par le devoir de mon ministère, d'opposer toute la force de li divine parole. Appliquez-\oiis, s'il \ous plaît.
Car, pour combattre d'abord ce que j'ai marqué comme la première erreur, il faut convenir, chrétiens, que nous portons quelquefois trop loin notre confiance, et que nous faisons à .>iarie des prières ((u'elle ne peut écouter : comment cela ? parce que ce sont des prières injurieuses à Dieu, parce que ce sont des prières indignes de la Mère de Dieu, parce que ce sont des prières pernicieuses pour nous-mêmes. Prières injurieuses à Dieu : pourquoi '? c'est qu'elles sont directement opposées à l'ordre de sa providence, et qu'elles vont à renverser toute l'économie de notre salut. En effet, tel est l'ordre de la Providence, que le salut dépende premièrement de Dieu, et ensuite de nous-mêmes ; qu'aidés de la grâce do Dieu, nous y travaillions nous-mêmes ; que nous obtenions cette grâce par la Mère de Dieu, mais pour la faire valoir par nos soins, mais pour la rendre féconde par nos œuvres, mais pour la conserver par notre vigilance : voilà le plan que Dieu s'est tracé et qu'il nous a proposé. Et nous, sans égard aux vues de Dieu, et nous promettant tout de la Mère de Dieu, nous nous en formons un autre selon nos idées particulières, c'est-à-dire selon notre sens réprouvé et nos inclinations corrompues.
.MVSTEllES. SERMON XX. SUR LA DEVOTION A I A VlERCI-.
Car, si nous prélciulons que, sons la prutoction de Marie, le salut lu- nous coûU'ra plus rien ; qu'après avoir salislailà crlaiucs pratiques d'une fausse piélé envers .Marie, nous pourrons devant Dieu nous tenir quilles de loiil le reste; que, revéïus des livrées de Marie, nous serons à couvert de tous les dangers du rnon.le, à couvert de toutes les tentations de la vie, à couvert de toutes les surprises de la mort, à couvert de tous les arrêts de la justice divine et de toutes les foudres du ciel ; cl qu'ainsi nous n'aurons rien à craindre, en nous exposant aux occasions, en demeurant dans nos habitudes, en vivant dans Telat liu péché, en reinellanl noire pénitence : ah 1 chréliens, si c'est de la sorle que nous rcnleiidons, ce n'est pas de la sorte ijuc Dieu l'enlend, ni jaui:iis ce ne sera de la sorte qu'il l'onlendra. Auirenicnt il se deuienlirait bien lui-iiièiiie : et quel lieu auriez-vous d'espérer, surtout en de pareilles dispositions, qu'il changeât pour vous les immuables décrets de sa sagesse éternelle ? Prières indignes de la Mère de Dieu, puis(iuc c'est attendre d'elle quelle nous autorise contre Dieu même , qu'elle nous rassure contre la crainte de ses jugements, jusqu'à ne nous plus mettre en peine de les prévenir ; (ju'elie nous serve de prétexte pour persévérer dans nos désordres et pour mourir dans l'impénilence. Et de là enliu, prières qui, bien loin de nous sanclilier , ne peuvent ser\ir qu'à nous corrompre ; qui, bien loin de nous approcher de Dieu, ne peuvent SL-rvir cjuà nous en éloigner sans retour; qui, bien loin de nous sauver, ne peuvent servir qu'à nous perdre ; par conséquent , prières infiniuient pernicieuses pour nous-mêmes. Or, de penser que de telles prières fussent assez eliicaces pour loucher le cœur de la plus sainte de loulcs les \ierges, de la plus Ddèlc à la loi de Dieu, de la plus soumise aux desseins et aux volontés de Dieu, de 1j plus zéiée pour la gloire de Dieu et pour la sanctification du peuple de Dieu, ne serait-ce pas la plus sensible et la plus évidente contradiction ?
■V'ous me direz qu'il faut donc conclure de là qu'un pécheur, dans l'élat de son péché, ne peut invoquer efficacement la iMère de Dieu ; que n'ayant pas alors l'amour de Dieu, que vivant actueilement sans pénitence, il a beau, du reste, se confier en Marie et la prier, tous ses vœux sont inutiles, et que toute sa dé\otion envers la Vierge ne le sauvera pas : autre erreur dont nous avons à nous prc3cr\er ; mais qui, déguisée sous des termes captieux et pleins d'artifice, proposée sous la forme lroni|ieuse d'avertissements utiles et chrétiens, cachée sous un air de vérité qui impose et qui empêche d'en voir le danger, demande toute la précision nécessaire pour la découvrir. Rien de plus spécieux que les propositions qu'on nous fait : propositions équivoques, vraies dans un sens, fausses dans l'autre, toujours dangereuses, parce qu'elles ne tendent qu'à détruire toute notre confiance en cette mère de miséricorde qui doit être l'asile des pé-
cheurs. On nous dit qu'il ne faut pas jelii.' les simples dans rilln>ioii, en leur faisant plus espérer de .Marie qu il ne convient; j« l'avoue : mais je dis aussi qu'il ne faut pas jeter les simples dans l'illuMon. en ruinaiit toute leur espérance : et, pour donner plus de jour à ma pensée, et vous faire prendre là-dessus le point juste à quoi tout fidèle doit s'en tenir, je m'ex|diquc,mes chcrsauditeurs, et je vous prie de me suivre.
Il est vrai, dire à un pécheur que, sans pénitence et par la seule intercession de .Marie, il pe".:t être réconcilié et sauvé, c'c-l le jeter dans l'illusion, et d ins la p!us grossière de toutes les illusi(M)s; car, sans la pénitence, il n'y a ni justification ni salut. .Mais aussi lui faire entendre que, s'il ne renonce actu» lliimnl à son péché, que s'il n'est actuillement dans la résolution de rompre ses engagements crimiiu'ls. que s'il n'est actuel- Icmiiit loiirlié d'un senliuient de pénitence, il ne lui sert à rien il'invoiiu "r ."Marie, et que sa confiance ne lui peut éire de nul avantage, c'est le séduire et le tromper; car, sans être encoie |)énitent, ne peut-il pas, par l'intercession de la .Mère de Dieu, le dinenir"? Sans avoir eniore le courage de s'arracher au inonde et à ses honteux attachements, ne peut-il pas, par l'intercesiiion de la Mère de Dieu, le demander et l'obtenir'.' Sans être encore assez vivement touché de Dieu, simulant la faiblesse de son cœur et se défiant de luimême, ne peut-il pas, par l'intercession de Marie, engager Dieu à lui accorder une grâce qui le touche, une grâce qui l'éclairé et le fortifie'? Ne pcul-il pas, du fond de l'abîme où il est plongé, lever les mains vers celte Vierge, et s'écrier, en l'appelant à son secours : Reine du ciel et toute puissante médiatrice des hommes, ne m'abandonnez pas, moi pécheur, moi aveugle cl endurci, moi faible et affaissé sous le poids de nus iniquités, incapable par moi-même de me relever, et n'ayant point d'autre avocate que vous pour prendre mes intérêts auprès de mon juge et pour le porter à me rendre les forces que j'ai perdues et qui me manquent : Oïd pro nobis pcccatoribus? Ne peut-il pas, disje, l'invoquer de la sorle, et pouvons-nous croire qu'elle soit insensible à ses géinisscnienls et qu'elle ne s'emploie pas à lui ménager la grâce de sa conversion?
Il est vrai, dire à un pécheur que, sans amour pour Dieu, par la seule médiation de Marie, il peut parvenir à l'héritiige de Dieu, ce serait non pas seulement i:ne illusion, mais une impiété; car, sans la charité de Dieu, l'on ne peut être ami de Dieu, et Diiu ne recevra jamais au noriibre de ses élus cl dans son royaume que ses amis. Mais aussi faire cnlendre à ce pécheur que, n'ayant pas actuiliement l'amour de Diiu, il ne peut rien prétendre de .Marie, et qu'inutilement il s'efforce de se la rendre propice, c'est abuser de sa crédulité et lui ôler, dans son malheur, une des plus certaines et des plus solides ressources. Car cet amour de Dieu qu'il n'a pas, ne peul-il plus l'avoir dans la suite, et, pour l'avoir, ne peut-il plus, selon le langage da
OnATEURS SACUF.S. BOURDALOUE.
l'Ecrilurc, recourir à la mère du bol nmnur : Eijo mater pulchrœ dilectionis (ffc/j., XXIV)? Comme, sans un amour actuel de Dieu, il peut néanmoins croire en Dieu, et de d'Ile foi passer à l'espérance, pour s'élever enfui à la charité de Dieu, ne peut-il pas, sans un amour actuel de Dieu, former dans son cœur un sentiment de confiance en Marie? et, anime de ce sentiment, ne peut-il pas se prosterner devant elle, lui exposer sa misère, et par là réveiller toutelatendressed'une Vierge déjà si favorablement prévenue pour nous; par là trouver accès auprès d'elle, et par elle se mettre en grâce avec Dieu et recouvrer le don précieux de l'amour de Dieu? Et il ne faut point m'opposer que sans l'amour de Dieu l'on ne peut être prédestiné, et, par une conséquence qui paraît nécessaire, que sans l'amour de Dieu l'on ne peut se promettre aucun fruit du culte et de l'invocation de la Mère de Dieu. Uaisonnemcnt dont il ne faut qu'cclaircir l'ambiguïté pour en faire connaître la fausseté, et j'ose dire la malignité. Je le sais, sans l'amour de Dieu l'on ne peut être prédestiné dune prédestination parfaite cl consommée; ou, pour m'esprimer encore plus clairement, sans l'amour de Dieu l'on ne peut arriver au terme de la prédestination , qui est la gloire; mais, avant que d'y arriver et dans le temps même qu'on est pécheur et sans amour de Dieu, on peut être prédestiné pour parvenir un jour à celte gloire. Comment cela? parce qu'on peul élre prédestiné pour sortir de l'état du péché, pour rentrer dans les voies de la justice, pour rallumer dans son cœur le feu de la charité. El par où? par les moyens que Dieu nous fournira, .\insi Madeleine, au milieu même de ses désordres, était prédestinée; ainsi l'apôtre des nations, saint Paul, lors même qu'il persécutait l'Eglise de Dieu, était prédestiné; ainsi des millions de libertins, jusque dans leur libertinage même, ont été prédestinés. Or, ces moyens de prédestinalion, par qui pourrons-nous plus sûrement el plus infailliblement les obtenir que par Marie?
Disons le même de bien d'autres avis par où l'on a prétendu régler notre confiance en la Mère de Dieu et nous précautionncr contre des abus imaginaires. Je dis contre dis abus imaginaires; car, quand on nous avertit de ne pas croire qu'il ne soit plus au pouvoir de Dieu de damner un pécheur, dès qu'il porte quelque marque d'une dévotion extérieure à la bienheureuse Vierge; de ne nous pas persuader qu'elle ail plus de bonté, plus de zèle pour nous que Jésus-Christ même, el de ne pas plus compter sur ses prières que sur les mérites de son fils; de ne penser pas que sans elle on ne puisse approcher de Dieu par le Sauveur même des hommes, et de ne la point mettre en parallèle ni avec Dieu, ni avec l'Homme-Dieu ; de ne pas ôtcr à cel Homme-Dieu la miséricorde pour la donner loule à sa mère ; el de no pas préférer le culte de cette divine mère à l'amour de Dieu, el à la confiance Huo nous devons avoir en lui : quand, dis-
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je , on s'arrêlo vainement à nou.s étaler ces pompeuses maximes, n'est-ce pas attribuer au peuple chrétien des abus que l'on imagine, pour décrier les dévots de Marie? n'esl ce pas sans sujet vouloir les représenter comme des esprits outrés, comme des esprits frivoles et superstitieux? El qui de nous eut jamais de telles idées? qui de nous porta jamais les choses à de tels excès; et, pour user d'une expression plus forte, mais plus propre, à de telles extravagances? Ah I mes frères (je parle à vous, ministres des autels; à vous que Dieu a choisis pour être les conducteurs cl comnje les sauveurs de son peuple), dans un siècle où la corruption esl si générale, el où nous voyons tant d'âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, s'égarer et se pervertir, ne leur fel'mon^ pas les voies du retour et du salut : or, une de ces voies les plus assurées, c'est une sincère dé»olion envers la iSIère de Dieu. Disons aux fidèles que, pourinvoquerefûcaccmenlMarie, il faut l'invoquer chréliennemenl, c'esl-à-dire l'invoquer en vue de pouvoir, par son crédit auprès de Dieu, changer de vie et réformer leur conduite, abandonner le vice el réprimer leurs passions, vaincre la chair el résister à ses attaques, se préserver des pièges du démon et du monde, plus dangereux encore nulle fois pour eux que toutes les puissances de l'enfer, s'adonner aux exercices de la religion et en soutenir la pratique, se sanctifier et mériter l'éternité bienheureuse. Mais en même temps, disons-leur qu'en quelques dérèglements qu'ils aient vécu , que quelque pécheurs qu'ils aient été, et qu'ils soient même à présent, ils peuvent être favorablement écoutés de Marie, en s'adressant à elle avec une confiance humble et filiale; que, bien loin de les rejeter, elle leur tend les bras, elle leur ouvre son sein, elle les invile, et leur offre son secours. Voilà ce que nous leur devons dire, et ce que je leur dis, Vierge sainte , devotre part et en votre nom. Vous ne m'en désavouerez point, ot vous confirmerez toutes mes paroles. Je parle dans un auditoire chrétien; mais dans cet auditoire, tout chrétien qu'il est, combien y a-l-il d'âmes chancelantes el sur le point d'une ruine prochaine? combien d'âmes lièdes el languissantes dans le service de Dieu, el dans l'observation de leurs devoirs? combien d'âmes aveugles el trompées, qui se fiattent d'une prétendue innocence, cl <iui vivent dans l'étal d'une fausse conscience? combien d'âmes criminelles , ennemies de Dieu, haïes de Dieu, exposées à toutes les vengeances de Dieu? c'est pour ces âmes el pour moi-même que je vous fais entendre ma voix, et que je pousse des cris vers vous, ou plutôt, c'est à vous que je les envoie ces liedes el ces lâches, ces aveugles et ces ignorants, ces mondains et ces pécheurs. Vous les recevrez, vous les ranimerez, vous les éclairerez, vous les réconcilierez, vous ferez agir pour eux tout le ciel, el vous agirez vous-même. Ainsi, chrétiens, devonsnous invoquer efficacement Marie, cl l'imitiT enfin religieusement : c'est la dernière parlie>
MYSTEIIES. SÉIIMON XX. SUU LA DEVOIIOM A I.A VlKliCE.
TROISIÈME PAUTIE.
C'est une belle |ionsée de s.iint Augustin, lorsque parlant des martyrs et d( s honneurs que nous leur rendons, il nous averlil de célébrer leilement leurs l'èlcs, que nous Ira- ^alllionsau niènie teiiips à imiter leur conslanee. Car, dit ce {irand docteur, les saints ne sonl bien honorés sur la terre que par cnix qui s'efforcent de suivre leurs exemples ; et les solennités qu'a instituées l'Kglisc en mémoire des martyrs doivent être pour nous connue autant d'exhortations au niar- Ijre . Soicmnilalcs enim murli/ruin c.iliorlationcs sunt nnirlyriantm ( Ainj. ). Or, chrétiens, j'applique ces paroles à mon sujet, et, dans ce jour OÙ nous célébrons le triomphe de Marie et sa bienheureuse assomptiou au ciel, je prétends que nous ne pouvons nieux renouveler notre dévotion envers cette mère de Dieu, ni la rendre plus solide, que par une lidèle et cousianle imitation de ses vertus. Sur (]uoi j'ai deux choses à vous dire : premièrement, ce que nous d(!vons imiter dans Marie, et secondement, pourquoi nous le devons imiter. Ce que nous devons imiter, c'est la sainteté de sa vie ; et voilà le modèle que nous avons à nous proposer ; pourquoi nous le devons imiter, c'est pour avoir part à sa gloire, et voilà le motif (]ui doit nous animer. Ceci suflirail pour faire la matière de tout un discours : j'abrège, et je vous demande encore un moment de votre attention.
Ce que nous devons imiter dans la Vierge que nous honorons et que nous invoquons, c'est la sainteté de sa vie, et voilà en quoi nous pouvons nous la proposer comme no- Ire modèle. Ce n'est point dans les grâces singulières et extraordinaires qu'elle a re- (;ues du ciel; dès que ce sont des grâces extraordinaires cl singulières à Marie, Dieu n'a point voulu nous les communiquer, et ce serait une présomption que d'y prétendre; ce n'est point d.ins l'éclatante dignité dont elle a été revêtue, ni dans les glorieux privilèges qui lui furent accordés en conséquence du choix que Dieu fit d'elle. Admirons toutes ces merveilles, reconnaissons-y la souveraine grandeur du Tout-Puissant, qui les a opérées ; concevons pour le digne sujet sur qui le Très-Haut jeta les yeux, et en qui il exerça toute sa vertu, les sentiments de zèle, de respect, de vénération qui lui sont dus; mais ce ne sont point de tels miracles qui nous doivent servir de règles, puisque Dieu ne les a point mis en notre pouvoir, et qu'ils sonl si fort au-dessus de nous. En quoi donc, je le répèle, nous devons imiter la Mère de Dieu, c'est dans la sainteté de sa vie; c'est, dis-je, dans la plénitude de sa sainteté , dans la perfection de sa sainteté, dans la persévérance et la fermeté inviolable de sa sainteté. Quel tonds d'inslruclion pour nous, mes clicrs auditeurs, et quel champ à nos réflexions 1
Je dis dans la plénitude de sa sainteté ; car, selon que l'a remarqué saint Ambroise, il non est pas de Marie comme de certaines âmes, en qui nous voyons reluire quehiues
vertus, à quoi elles se hornenl, et ofj elle» font consister tout leur mérite. Iltudions la vie de cette mère de Dieu; c'est une leçon universelle de toute vertu et pour tout élat ; Trilis fuit Miiria,ul ejus unhis vila oiiinium sit (iisriplinci [Aiiilir.); en formant noire conduite sur la sienne, nous apprendrons à être lidèlcs à Dieu, à être équitables et cha ritahles envers le jjrochain, à être (lél.uhés de nous-mêmes et attentifs sur nous-mêmes; vous apprendrez, jeunes personnes, ce que vous êtes si peu en peine de savoir tl ce qu'il vous est néanmoins si important de ne pas ignorer, à mettre en sûreté l'innocence de votre âme, et le précieux et inestimable trésor d'une virginité sans tache ; à fuir pour cela le monde, et surtout certaines sociétés du monde; à vous lenir dans me défiance continuelle de votre cœur, et à ne lui permettre pas de s'échapper jusque dans les moindres rencontres; à réprimer vos sens, et à leur interdire toute liberté, nonseulement criminelle, mais dangereuse; à garder en toutes choses la retenue, la modestie, la sagesse qui convient à votre sexe, et qui en fait le plus bel ornement. Pères el mères, vous a|iprendrez à régler vos familles et à y maintenir l'ordre et la piété; à élever vos enfants, non selon vos vues, mais selon les vues de Dieu; non pour vou^-mêmes et pour votre propre consolation, mais pour Dieu et pour la gloire de Dieu; à les lui dévouer, el à lui en faire le sacrifice. Je m'engage insensiblement dans un détail qui me conduirait trop loin ; et, sans qu'il soit nécessaire que je descende à tant de points particuliers, i|iii ne sait pas que dans la prospérité ou dans l'ailvcrsité, d'ins la grandeur ou dans l'humiliation, soit qu'il faille agir ou soulTrir, ordonner ou obéir, prier ou vaquer aux afl'aires même humaines, satisfaire aux devoirs de la vie civile ou à ceux de la vie chrétienne cl dévole, aux lois de Dieu ou aux lois des hommes, en quehiue conjoncture que ce puisse être, partout Marie se présente à nous pour nous instruire el pour nous servir d'exemple et de guide : Talis fuit Maria ulcjusunius vita omniumsil disciplina. Je dis dans la perfection de sa sainteté, de celte sainteté éminenle, et au-dessus de toute autre sainlelé que celle de Dieu : car voilà où sa fidélité à la grâce l'a élevée. Mais ne semble-l-il pas que plus la sainteté de Marie a été sublime el parfaite , moins nous pouvons l'imiter? A cela je réponds que Jcsus- Christ veut bien que nous l'imitions luimême, tout Dieu qu'il est, et , comme Dieu , infiniment encore plus saint que Marie; qu'il veut bien que nous imitions son Père, et que nous soyons parfaits comme son Père : Estôle ercjd vos perfecli , sicnt Pater rester cœtcslis perfectus est {Mallli.,y}.\\ eslvrai, nous n'avons pas élé prévenus des mêmes grâces que la Mère de Dieu , et par conséquent nous ne devons pas espérer d'atteindre jamais à la même perfection que la Mère de Dieu. Mais nous pouvons plus ou moins en approc her ; mais nous pouvons, en nous proposant Marie et la ferveur de sa piélé, nous réveiller d-
OUATF.URS SACIîES. BOUIlDALOl'E.
celle langueur qui nous rend si lièdcs ot si uégligonls (l;ms l.i iiraliijiit; des devoirs les pins "orilinniics de l;i religion; m.iis nous pouvons, en nous proposanl M.iric cl son .nmour pour Diiu, nous rcprociicr noire in- (iilierciirc pour un in.iîire si disne de toul noire zèle, clr^iluincr d.iiis nos âmes un IVu (ont ntuive.in; in;iis nous pouvons, en nous propos.ml Marie el le recueiliemenl de son eccur, nous eonl'ondie de ecs dissipalioiis volontaires, el si liéiiuenlis d.iiis les plus s;iinls exercices, el nous luriner à l'usuge de la prière; mais nous pouvons, en nous proposanl Marie et l'ardeur do son courage, el la force de sa patience , el la droiture de ses vues, el la profondeur de son humilité , reconnaître devant Dieu nos faibiossc-i, nos délicatesses , la vanité de nos intcnlions , les folles complaisances de noire orgueil, el nous exciter à les combattre el à les corriger. Nous ne monterons pas au même degré qu'elle; mais, suivant d'aussi près que nous le pouvons ses vestiges , nous tiendrons après die les piemiers rangs.
Enlin, je dis dans la persévérance et la fermeté invariable de sa sainteté. Ali! chrétiens, en célélirant aujonrd liui la fête de sa bienluuieuse assomptioii, nous célébrons pareillement la mémoire de sa précieuse mort: et par où celte mort lut-elle si précieuse devant Dieu? parce qu'elle avait clé précédée dune vie toujours sainte, ou plutôt d'une vie toujours plus sainte d'un jour à un autre, par de continuels cl de nouveaux accroissements de mérites. Imitons Marie dans tout le reste , et ne ritnitons pas dans celte persévérance ; tout le reste, quelque grand, quelque liéroï- .\ue qu'il soit, ne nous peut être de nul avantage, puisque, dans les chrétiens, ce ne sont pas tant les cominencenuiits que Dieu couronne, di' saint Jérôme, que la fin. Tel est donc, je le répète, l'excellent modèle que nous devons avoir sans cesse devant les jeux , la sainteté de Marie , celle sainteté pleine et entière, celle sainteté sublime et relevée, cette saiiilelé durable et constante : voilà ce (|iie nous devons étudier, ce que nous devons méditer , ce que nous devons nous appli<|uer, si nous voulons être solideiiient dévoues à celle Mère de Dieu. Mais voilà, mes chers auditeurs, avouons-ie de bonne foi , voilà le point essentiel oîi noire dévotion se dénient cl où noire zèle se refroidit. Nous ne manquons pas de zèle pour publier les grandeurs de Marie, nous ne manquons pas de zèle pour défendre ses piérogalives cl ses privilèges, nous ne manquons pas nièiiie de zèle pour lui renilic certains honneurs , el pour nous acquitter de certaines pialiques : tjut cela est bon et louable, et nous y sommes assez fidèles, parce que toul cela coûte peu ; mais imiter cette vierge dans son inviolable [lurelè, et dans le soin qu'elle eut de la conserver; limiler dans son éloignemcnl du monde, dans son amour pour la retraite, dans son délachemenl d'elle-même elde tous les biens temporels, dans son obéissance aveugle à toutes les volontés de Dieu, dans sa générosité à tout faire et à loul souffrir pour
Dieu, dans la mortification de ses sens, dans son assiiJviité à la prière , en tout ce qui l'a sanctifiée, c'est ce (jui effraie la nature, parce que c'est ce qui la combat et ce qui la gêne. Toutefois ne nous y trompcms pas; el, comme nous savons ce qu il faut imiter dans Marie, ai)prenons encore pourquoi il le faut imiter; je dis que c'est pour avoir part à la glaire dont celte reine du ciel va prendre possession : ceci est d'une cxlrème imporlance, ne le perdez pas.
Car prenez garde, chrétiens, Marie est aujourd'hui portée dans le sein de Dieu pour y goûter une éternelle et souveraine béatitude; mais ce suprême bonheur n'esl point pour elle, comme bien d'autres dons qu'elle avait reçus, une pure grâec:c'e<t une récompense, el, selon l'ordre de la prédestination de Dieu, il fallait que ce fût le fruit de ses mériles et de sa sainteté. Tout autre titre n'eût point suffi pour lui donner droit à ce bienheureux héritage; el de là n'ai-je pas raison de conclure que, si nous voulons entrer en participation de sa gloire, nous devons nous y disposer par une fidèle imitation de sa vie? Oui, mes chers auditeurs, je puis bien vous dire ici, en vous montrant la Mère de Dieu, ce que saint Paul disait aux premiers fidèles, en leur projiosant .lésus-Christ même : Si compalimur, et conglori ficabimur ; Si\ vous agissez comme Marie, vous serez couronnés comme Marie ; si vous souiïrez comme elle, vous serez glorifiés comme elle: voilà loul à la fois, el le terme où vous devez aspirer, et la roule par où vous y devez arriver. Ne séparons jamais ces deux choses, puisque c'est en les séparant que nous tombons, ou dans une présomption criminelle, ou dans une pusillanimité lâche. Présomption criminelle si, ne considérant que le triomphe de Marie el l'éclat de sa gloire, vous prétendez y parvenir sans marcher par la même voie, et sans user des mêmes moyens ; car ne serait-il pas bien étonnant que Dieu fût plus libéral pour vous que pour sa mère; et que, par une faveur toute graluile, il vous donnât, sans rien exiger de vous, ce qu'il a voulu lui vendre el ce qu'elle a dû acheter si cher? Pusillanimité lâche si, n'ayant égard qu'aux difficultés du chemin où Marie vous a précédés, vous désespérez d'atteindre au terme où elle est parvenue, au lieu de vous animer par la vue ilu terme, à soutenir toutes les difficultés du chemin, et à vaincre tous les obsl.icles (|ui s'y rencontrent. Ayons donc toujours ces deux grands objets devant les yeux, Marie sur la terre, et Marie dans le ciel : si l'état de sa vie pénible el laborieuse sur la terre étonne noire faiblesse, létal de sa vie glorieuse dans le ciel nous rassurera cl nous consolera.
D'autant plus (remarquez bien ce que je dis, c'est avec celle pensée que je vous renvoie), d'autant plus que l'état de cette leinc triomphante dans le ciel doit spécialement servir à nous procurer les jilus puissants secours, pour imiter l'étal de sa vie laborieuse sur la terre. Je m'explique, et c'est là que j'en reviens, pour voire consolation et [)0ur
iSr.S MYSTEIiES. SElUiON XX. Sl]H
la coiirhision i!c co discours. En (ITel, chii'-tii'iis, Marie V.1 prendre pince auprès du tr(")ne 'Je Dieu, ri s'asseoir ellc-inênie sur le Irôiie i)ue Dieu lui a préparé : pourquoi ? alin qui' de là elle parle et agisse plus elTuacenicnt eu •lolre laveur, afin que de là elle lasse couler plus abouilamiuint sur nous les trésors célestes, afin que de là elle se rende alleiitive à nos \œux, que de là elle pourvoie à Ions nos besoins, que de ce trône de jjloire où elle domine, elle f.issc pour n us un trône de miséricorde et de j;râce. Voilà ce qui a rendu la dévotion à la ^'ierJ;e si générale et si commune d.ins tous les siècles de l'Eglise ; voiii ce ((ui lui a attiré la confiaiice cl la vénération de tous les peuples el de tous les lil.ils du monde; voilà pourquoi il n'y a pas une ville, pas même une bourgade, dans toute l.i chrétienté, où l'on ne voie de sensibles inonumenls de la piélé des fulèles envers celle Mère de Dieu ; voilà ce qui a porté les princes et les monaïques à melire leur sceptre cl leur couronne sous sa protection, persuadés qu'ils ne pouvaient avoir un appui plus solide ni plus inébranlable, que dans une vierge ilonl liî crédit auprès de Dieu, selon l'expression de saint lldepli(Misc, lient quelque chose (l(' l'empire cl de l'autorilé ; voilà ce qui a engagé un de nos rois, Louis XIII, de glorieuse mémoire, à lui consacrer, el sa personne, el son royaume : non point par un vœu secret ; seulement formé dans son cœur, mais par le vœu le plus autlienlique qu'ait jamais fait un roi chrétien, puisqu'il le fil, aussi bien que David, en présence de tout son [>cuple : /« conspcclu omnis popidi cjns {Ps. CXV); puisqu'il en ordonna la pub!ic.:lion dans tous les lieux de sou obéissance ; puis- (ju'il y intéressa tousses sujets, et (ju'il voulut i(ue le souvenir en fût éternel, ^^)ilà l'origine et la fin de ces saintes et solennelles processions qui se font aujourd'hui par toute la France, el qui sont autant de témoignages publics par où nos rois protestent qu'ils veulent dépendre de Marie, cl qu'ils la reconnaissent pour leur souveraine. Voulez-vous, mes chers auditeurs , que je vous donne une pratique digne de votre piété ? elle est aisée, el il n y a point de prétexte qui vous en puisse dispenser. Faites, chacun dans votre condition, ce (]ue fit ce |)riuce très-chrctien el très-religieux dont nous accompli>soMS le vœu. Il consacra son royaume a la reine des vierges, consacrez-lui vos familles et vos maisons; il lui dévoua sa personne et celle de ses peuples, dévouez-lui la vôtre el celle de vos enfants. Ce n'est pas assez : mais, comme ce grand monarque, par une conduite solidement pieuse, qui ne lui acquit pas moins devant Dieu que devant les tionimes la qualité de juste, voulut i|ue son dévouement fût public, ne rougissons point de faire connaître le nôtre; confessons librement ce que nous sommes, puisque c'est la profession de ce que nous sommes qui nous doit sauver. Ni' souffrons pas que les libertins (lu siècle soient plus hardis à railler du culte que nous rendons à la Mère de Dieu, «jue nous à le défendre. Si nous sommes eni-
0«ATERU3 SiCRliS. XIV.
!..\ I r:u)TION .V lA VIEUCK.
ployés au soin et à la ilirecli(M) des «Inies, inspirons-leur la même ardeur et le n émc <'sprit. Surtout, chrétiens, souv<'nez-vous de cette parole de saint Anselme, (lue, con)me tonic famille solidement et saintement dévouée à la glorieuse Vierge, ne périt poinî, aussi ne devons-nous pas compter que l:i iiénédielion de Dieu se trouve dans une famille où la glorieuse Vierge n'est pas honorée.
C'est dans ce sentiment, ô reine toutepuissanle ! que nous nou> présentons à vous : et quel comble de joie, pour vos zélés scrvili ui's, de voir en ce jour les pui>sances de la terre humiliées à vos jiieds ! Cir c'est en ce jour que tous les grands et tous les riches du peufile implorent votre assistance, selon
la propl
lie impi liétie (le
David : ]'ulinm im
'Icpre-
cabiinlur omncs tliiitcs plibis [Ps. XLIV ). C'est en ce jour, qu'à l'exemple de nos rois, et en exécution du traité qu'ils ont fait avec vous, on voit les juges, les magistrats, ceux qui tiennent parmi nous les premières places et qui oecupcnl les premières dignités, paraître devant vos autels et vous rendre hommage. Mais, si les riches du peuple vous honorent de la sorte, que ne font pas les pauvres du peuple, les simples du peuple, les petits et les humbles du peuple , dont la fui est communément plus vive, et la dévotion jilus ardente et plus tendre'? Quoi (ju'il en soit, il est de mon ministère el de mon devoir, ô sainte mère de Dieu! de ramasser les \œux de tout ce peuple qui m'écoute, ceux des riches et ceux des pauvres, et de vous les offrir. Siulîrez que j'y joigne les miens, ou plutôt s(uilTrez qu'au nom de loul cet auditoire je vous demande les grâces que vous savez nous élre nécessaires, et que vous pouvez faire descendre sur nous. Uépandez-les, ces grâces divines dont vous êtes comme la dépositaire et l'économe, répandez-les sur la personne sacrée de l'incomparable monarque qui nous gouverne, répandez-les sur ce royaume spécialement déi otié à votre culte, répandez-les sur toui eu général et sur chacun en parliculier. Quoi(]ue vous soyez en toutes choses notre ressource, nous ne vous demandons point tant, après tout, des grâces temporelles , que des grâces spirituelles, liteignez le feu d'une guerre allumée dans toute l'Europe, et qui div i^e les princes chrétiens ; mais aidez-nous encore plus à éteindra le feu de nos passions, et celle guerre intestine (lu'elles excitent au fond de notre cœur. Donnez-nous la paix avec Ic^ ennemis de cet Etal ; mais, préférablement à cette paix, aidez-nous à recouvrer la paix de Dieu, si nous l'avons perdue, et à nous y maintenir, si non-. sommes assez heureux pour y rentrer. El, puisque tontes les grâces du s ilut peuvent se réduire à une seule, obtenez-nous, A parfait modèle des vertus chréliennes 1 obteneznous la grâce d'être vos imilaleurs, comme vous l'avez été de Je,Mis-Christ, afin que nous régnions avec Jésus- Christ et avec vousmême dans l'éternilé bienheureuse, où nous conduise, elc.
(Quaranle-lrais}
ir,:,5 ORATEUUS SACRES. DOURDAIOUE
SF.UMON X\l.
Puni lu fric (II- tous les sainls.
Miraliilis lVu3 in samni? suis.
Dieu c»l iidimitible dans ses sanils [Ps. 1,\V(I).
SiiP , DiiHid.ins Ions ses ouvrages osl adiîiir.il)lc;rnais ill'esl particuIièrenieiUd.inssps saints, [iiiisque, do tous les ouvrages de Dieu, un des plus merveilleux cl des plus grands, «0 sonl les saints. Il est admirable dans leur préilcsiination, il est admirable dans leur vocation, il est admirable dans toute l'éeonomic de leur salut, il est admirable dans leur béatitude et dans leur gloire. Je dis admirable de les avoir prédestinés à son royaume éternel, admirable de les avoir appelés à la foi, admirable de les avoir sanctifiés par la grâce, admirable de les avoir éprouvés et purifiés par les souffrances ; enfin, admirable d'en avoir fait des saints et des bienheureux : Miraliilis in sanctis suis. Voilà, chrétiens, ce que Dieu a fait pour ses élus, et ce que je devrais, ce me semble, développer dans ce discours ; mais j'ai dos choses à vous dire encore plus importantes pour votre édification; des choses, qui, dans la vue de ces bienheureux prédestinés, vous rempliront, aussi bien que le prophète royal, non pas d'une admiration stérile et sèche, mais d'une admiration afl'ectuouse, solide, efûcace (lui fortifiera votre foi, qui excitera votre espérance, qui animera votre charité; on deux mots, qui élèvera vos esprits et qui louchera vos cœurs : Mirabilis Dcus in sanc- (is suis. Vierge sainte, vous qui dans le ciel régnez au-dessus de tous les saints, obtenozmoi les lumières dont j'ai besoin, et que je demande par votre intercession : faites, ô glorieuse mère de Dieu, (|ue je sois anime et rempli de cet esprit de sainteté dont vous re- (ûtos la plénitude en concevant le \'erbc éternel ; faites que, servant d'organe à ce divin esprit, j'annonce à cotte cour des vérités capables d'en faire, selon l'expression de saint Paul, un peuple fervent et un peuple saint : c'est pour cela que je vous adresse la prière ordinaire : Ave, Maria.
Il n'appartient qu'aux saints de bien comprendre ce qu'opère en eux celui qui est l'auteur de la sainteté ; et je serais téméraire, si je voulais, dans un sujet tel que celui-ci, m'en tenir à mes propres pensées, pour vous donner l'intelligence de ce qui fait le mystère «le ce jour, c'est-à-dire de ce qui rond Dieu si admirable dans la personne de ses élus. Ainsi, renonçant à mes vues partitulières, ct^jrofitant de colles qu'ont eues les saints, je m'attache à cotte rémxion de saint Léon, jiape, que je vous prie de bien comprendre, parce (ju'olle renferme tout mon dessein. Ce l'ère explique les paroles de David que j'ai choisies pour mon texte : Mirabilis Dcus in sanclis suis; et considérant, par rapport à nous, rexcellence de cet étal de gloire où les bienheureux sonl élevés, il dit que deux choses y doivent être comme les deux principaux objets de notre admiration : l'une, de ce que Dieu nous a donné dans les saints do
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si puissants proloclours ; et l'autre, do ce qu'il nous a proposé dans ces mêmes saints un si parfait modèle de sainteté : Mirabilis in sanctis suis, in quibus et prirsidium nobis constituil et exemplum [Len). Voilà tout le partage de cet entretien : dans la première partie, je vous montrerai combien Dieu osJ admirable de nous avoir donné les saints pour intorcc^sours el pour patrons ; et, dans la seconde, je vous forai voir combien il est adftiirable de nous les avoir proposés pour exemples. Deux vérités d une étendue infinie dans notre religion, el d'où s'ensuivent dos conséquences à quoi nous devons bien, vous cl moi, nous intéresser. Car voici d'abonl les doux raisonnements (jui se présentont à nos esprits : les saints sont nos intercesseurs et nos prolecleurs ; nous avons donc une obligation indispensable de les honorer et de les invoquer : c'est le premier point ; les saints sonl nos evomplairos et nos modèles; nous avons donc un engagement essentiel à nous former sur eux et à les imiter: c'est le second point. Le premier nous apprendra ce que les saints font pour nous, et le second nous instruira de ce que nous devons faire nous-mêmes pour être saints. L'riu et l'autre, preuve invincible de la proposition que j'ai avancée, que, si le Dieu d'Israi'l est admirable, c'est parliculièrenient dans SOS saints : Mirabilis in sanclis suis. Voilà tout le sujet de votre attention.
PnEMiÈUE PAnTIK.
Non, chrétiens, rien n'est plus digne de nos admirationsquo ce que la foi nous révèle dans la solennité do co jour, quand elle nous apprend que les saints sont devant !o trrtne de Dieu nos protecteurs cl nos intercesseurs; et l'ange de l'école, sainl Thomas, on donne trois excollontos raisons : la première regarde Dieu même; la seconde est prise dos saints bienheureux; et la troisième se rapporte à nous. Celle qui regarde Diou même est qu'en ceci il nous décou>re visiblement les trésors de sa sagesse et dosa providence; l'autre, qui se tire dos saints bienheureux, est que la gloire dont ils jouissent en est infiniment relevée ; et la dernière, qui se rapporte à nous, est que nous y trouvons de très-grands avantages pour l'intérêt de notre salul. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à ces trois vérités.
Dieu fait éclater sa providence en nous donnant les saints pour prolecleurs et pour intercesseurs : comment cela? parce qu'il établit par là le plus bol ordre, et la subordination la plus parfaite qu'il puisse y avoir outre los hommes. Je m'explique : sur la terre, los hommes dépendent los uns des autres; et celte dépendance muiuelle les tient dans la subordination. Los sociétés, les familles, los républiques, les Etats, l'Eglise même, et les divers corps de la hiérarchie qui la composent, sont autant d'ordres que Dieu a établis dans le monde; mais après tout, quoique Dieu en soil l'auteur, ces ordres sonl sujets à être troubles par la malice dos hommes, ceux qui y tiennent los premiers rangs no sont pas toujours les pluj
MTSIERES. SERMON XXI. I 01 li LA FETE DE TOUS LES SAINTS.
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«îigiics di- les occuper; ceux qui y comman- (U-nt devraient souvent y obéir : on y voit des grands et des pelils, des pauvres ol des riciies, des heureux et des misérables, et cela est de la providence de Dieu : mais les jielils y sont opprimés par les grands, et les grands enviés par les pelils : et c'esl comme une suite infaillible de la corruption de riioinme. Il n'y a qu'un seul ordre exeni])t de ces imperfections : c'est celui que Dieu a formé, par sa pro\idence, entre nous et les saints ; car, outre que la grâce est le fondement de cet ordre, outre que le mérite en est la mesure, et que toute prééminence n y tst accordée qu'à la sainteté, j'y trouve encore une chose bien singulière : et quoi ? c'est que dans cette subordination la dépendance même est aimable. Nous n'envions point la condition des saints qui sont audessus de nous, parce que nous savons qu'ils travaillent auprès de Dieu pour nous procurer le même bonheur; l'élévation de leur étal n'a rien qui nous choque, parce qus nous n'ignorons pas qu'ils ne souhaitent rien plus ardemment que de nous rendre aus'-i grands et aussi puissants qu'eux ; enfin la gloire qui fait nailre communément l'orgueil dans ceux qui la possèdent, et la jalousie dans ceux (]ui y prétendent, a ici deux elTcls tout contraires : car elle donne auï saints drs inclinations bienfaisantes pour nous, et elle nous inspire une reconnaissance alTectucuse pour eux ; en sorte que nous avons bien droit de nous écrier : Mirabilis Dcusin sanctis suis. Ce n'est pas tout : mais voici une pensée qui vous paraîtra encore plus solide et plus touchante : c'estl le vénérable Pierre, alibé de Cluny, qui me la fournit dans une épîtrc contre ccilains hérétiques lie son siècle ; elle est digne de votre attenlion. Dieu, dit ce sa\anl prélat, avait un imporlaiil dessein ; il voulait qu'entre les membres de son Eglise, qui sont les fidèles, quelque éloignés ()u'ils pussent être les uns des autres, il y eût jusqu'à la fin du monde un lien de communication ; et qu'étant tous, comme ils sont, les membres vivants du même eorps, nuis au même chef, qui est Jésus Christ, et animés du même esprit, qui est l'Esprit-Saint, ils eussent entre eux une correspondance qui ne pût jamais être interrompue. La difficulté était de choisir un moyen pour cela : car l'Eglise se trouvant partagée en trois différents étals, c'est-àdire glorieuse et triomphante dans le ciel, ujilitaute sur la terre, et soulTranle dans le purgatoire, conunenl pouvait-elle entretenir une si parfaite société"? Ce ne pouvait être par la foi, parce que la foi, avec ses obscurités et ses nuages, n'est plus d'usage dans le ciel ; ni par l'espérance, parce que les saints possédant tout dans Dieu, n'espèrent plus rien. Qu'a fait Dieu ? afin que ces trois Eglises eussent entre elles le commerce qu'elles devaient avoir il les a unies par la charité, qui est une vertu commune. Et comment s'en est-il servi? ah ! chrétiens, c'est ici la merveille; il a ordonné que les saints qui sont dans le ciel prieraient pour
les fidèles qui sont sur la terre, et que les fidèles qui sont sur la terre intercéderaient pour ceux qui soulTrenl dans le purgatoire. Ces âmes captives, (]uoi(nie justes, ne sont plus capables de satisfaire à l)ieu par ellesmêmes : Dieu veut que nous le fassions pour elles ; et parce qu'en nous employant pour elles, nous sommes souvent indignes d'être exaucés, Dieu veut que les sainis, qui ont tout cré lit auprès de lui, sollicitent pour nous. Nous offrons à Dieu, pour le soulagement de nos frères, des sacrifices et des satisfactions, et les bienheureux font pour nous des vœux et des prières. Ainsi l'Eglise Iriomphanle s'inléressanl pour la militanle et la mililanle compatissant aux peines de l'Eglise souffrante, de là résulte celle harmonie divine du corps mystique de l'Eglise, je veux dire la communion des saints, qui est un des principaux articles de noire religion : Coinmunionem sanclorum. Or, dans celte communion, la providence de noire Dieu n'est-elle pas souverainement adovahlcl Mirabilis Deus in sanclis suis.
Mais tout cela est trop relevé pour la fin que je me suis proposée, qui est la réformalion de nos mœurs : venons à la gloire des bienheureux même. Car je iirélends, en second lieu, que c'est pour en rehausser l'éclat que Dieu lus a établis nos patrons et nos profoclcurs. Le proplièle royal estimait qu'il était nécessaire de publier à toute la terre l'honneur que Dieu fiit à ses siinls ; et il était persuadé qu'il ny avdit point de motif plus efficace pour exciter dans nos cœiTS le zèle de la saintelé : Filii liominum, usqucquo gravi corde? ut quid diligitis vanilalcm et, quœrilis mendacium ? El scilute quoninm miripcttvit Dominus sancltim suum (Ps. IV) : Enfants des hommes (c'est à nousqu'il parlait, mes chers auditeurs), enfants des hommes , qui n'aimez que la vanité, et nui ne cherchez que le mensonge, jusqu'à quand demeurerez-vous dans cet aveuglement et dans cet assoupissement? Sachez qu'il y a d'autres biens à rechercher que les biens du monde ; sachez que le monde n'a rien que de vil et de méprisable, en comparaison de ces biens célesles où vous devez aspirer; et, pour vous en convaincre, envisagez la gloire dont Dieu se plaît à combler ses prédestinés. Cette vue seule vous détachera et vous détrompera de tout le reste. En effet, chrétiens , si nous savions jusqu'à (juci point Dieu honore ses élus dans ce royaume qu'il leur a préparé, nous n'aurions plus que du dégoût pour tout ce qui s'appelle honneurs du siècle, et nous dirions sans peine avec l'Apôtre : Verumlamen omnia detrimenluin fcci, et arbitror ul stcrcorn (Pliilipp., III). Mais le moyen de le savoir? car saint Paul déclare que jamais l'œil n'a vu, ni l'oreille n'a entendu , ni le cœur de l'homme n'a compris ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. 11 est vrai ; mais le Saint-Esprit dont les révélations et les oracles sont , comme parle Vincent de Lérins , le supplément de notre intelligence , nous eu a dit assez. Et quelle conjecture nous dcuine-l-i!
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OiiATLLT.S SACr.F.S, bouudalolt:
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de la gloire des bieiilK'ur.u'i ? celle-ci , que je vous prie de bien inéditer : c'esl que Du u a voulu <iuc les saints lussent, après .lésus- Chrisl , ne vous otlVnsez pas de ce leni;c . roinnie nos médiateurs ; c"esl qu'il a choisi les saints pour être comme les canaux par ou ses grâces découlent sur nous; cesl qu'il leur adonné un plein pouvoir pour nous prolési'r; ( 'est qu'il accorde tout à leur intercession, c'est iiu'ilne peut, ce semble, leur rcsislerquand ils lui parlent en notre faveur ; c'est qu'il se laisse (lécbir par eux, jusqu'à suspendre, et même, selon le lang.ige du teste sacré , jusqu'à révoquer les arrêts de sa justice. Combien de fois en a-l il usé de la sorte , cl combien de fois, en considération de David , a-l-il calmé sa eolèie et retenu son bras , lorsqu'il était prêt à se venger dis rois d'Israël el de Juda , n'apportant point d autre raison pourquoi il arrêtait ses coups, que celle-ci : Propler David, scrvum mcum (/.sa/., XXXVII)'? Si les saints de l'ancienne loi étaient si puissants, ceux de la loi de grâce le sont-ils moins? Kt si Dieu eut tant d'égard pour la personne de David et des prophètes, cjne refuscra-t-il aux martyrs, qui ont été les confesseurs de sou nosn , aux aiiôlres , •lui ont été les colonnes de son Eglise , aux vierges, qui sont ses épouses, el surtout à la reine des saints, qu'il a choisie pour sa Mère"? Or je dis, mes chers auditeurs, que c'est là une des plus illustres prérog ilives de la gloire des saints. Ces rayons lumineux qui les environnent, cet éclat, cette beauté , ( elle agilité de leurs corps , celte magiiificcm c du palais où ils habitent , ces trônes où ils sont assis, ce ne sont que de faibles accidents et de légères marques de leur grandeur ; mais cette vertu qu'ils ont de nous aliirer bs secours d'en haut, cette fonction d'offrir à Dieu nos prières, de lui faire agréer nos vœux, de plaider devant lui notre cause; fonction qui les rend comme les agents et comme les coopératcurs de notre salut éternel : ah I chrétiens, voilà ce qui me fait comprendre l'excillence de leur état. Car je tire la conséquence, el je dis : Si ces bienheureux ont tant de pouvoir pour les autres, quels Irésors de gloire ne possèdent-ils pas pour eux-mênics , et quel e^l le fonds de leur béatitude, puiscju'ils le répandent si abondamment sur tous ceux qui les prient et qui les invoquent? Cela seul, encore une fois , me donne une haute idée de leur félicité ; el c'esl pourquoi David, parfaitement instruit de ce mystère, le réduisait toujours à ce point : Nimis honori/lcali sant amici lui, Dius, nimis ronforlatus est principaluf' coi'iim {Ps. CXXXVIll). Seigneur, disait-il à Dieu , vos amis et vos saints sont honorés jusqu'à l'excès ; comment ? parce que leur principauté , c'est-à-dire, selon la xersion hébraïque , la commission qu'ils ont de nous secourir est d'une étendue infinie.
Au reste, chrétiens, c'esl en cela même que Dieu nous doit toujours paraître admirable. Car prenez garde, s'il vous plaît , à la belle réflexion de Guillaume de Paris : 11 était j dit ce Père, de la justice que les
saints fussent honorés sur la terre ; il ne suflisail pas que leur béatitude nous fût connue, si nous ne rendions à leur sainteté un culte de religion ; c'était le Iriliul qu'ils avaient droit d'exiger de nous ; mais , parce que nous sommes intéressés, et que, nous rcchcrchanl en tout, nous aurions peu pensé aux saints, si nous n'avions su que les sainis pensaient à nous, Dieu s'est servi de notre intérêt pour leur gloire; el il nous a mis dans la nécessité d'avoir recours à eux, el de leur renilre des devoirs de piélé, pour mériter la grâce de leur assistance. C'esl pour cela qu'il a donné à chaque saint un pouvoir spécial que les autres n'ont pas , afin de nous engager à les invoquer tous ; c'esl pour cela qu'il nous inspire queI(iuefois plus de dévotion pour un saint moins glorieux dans le ciel , el qu'il nous accorde par lui ce (lue nous n'obtiendrions pas par un autre ; c'est pour cela (lu'aujourd'hui l'Kglise leur rend à tous un honneur commun. Et voyez, chiélicns, jusqu'à quel point ce dessein de Di<'U a réussi ■ de là virnt le zèle que tous les peuples dans le chrisli.inisme ont poui' le cuite des saints; de là vient que les saints sont les patrons des villes , les prolecteurs des royaumes , les anges tulélaires des Etats ; qu'on consacre des temples à leur iiiémoire, (ju'on ofl're des sacrifices en leur r.oiii, qu'on se prosterne devant leurs tombeaux , qui; leurs Ossements el leurs cendres sont en vénération par tou'.e la terre. Qui fait cela? ce besoin que nous avons des sainis et do leur serours auprès de; Dieu, ou plutôt la sage disposition de Dieu , qui a voulu leur faire trouver dans notre dépend.iiice leur élévation : Mirabilis Dcus in sancti>: suis.
Mais après tout, mes frères, dit saint Bernard, et voici le point qui nous louche, ce pouvoir si ample que Dieu a donné aux sainis, n'est point aussi honorable pour eux qu'il est avantageux pour nous ; el quand nous célébrons leurs fêtes, c'esl plus pour nous-mêmes que pour la gloire qui leur en revient : Prorsiis ita est, fralres, quvd eoritm incmoriam reneremur , noslra interest , «on ipsorum {Befn.). Appliquez-vous à cette dernière considération. Les saints prient pour nous : c'esl un des dogmes de notre foi, que l'hérésiarque Vigilanlius osa contester, prétendant que ces bienheureux ne prenaient aucun soin de loul ce qui se passe en ce monde , el qu'ils n'en avaient même nulb; connaissance. Car voilà la source où nos religionnaircs ont puisé ; mais dès ces premiers temps l'erreur fut confondue, et la vérité triompha. L'épîlre67 de saint Jérôme en esl un monument aulhenli(iue. Or, cela présupposé, qui doute que les prières des saints pour nous ne contribuent a notre salut plus que nos propres prières? Car, hélas! chrétiens, quelles prières faisons-nous, cl no sont-elles pas presque toujours le sujet de notre condamnation devant Dieu ? pourquoi? parce que nous prions selon les désirs do notre cœur, qui sont injustes el déréglés ; nous ne savons ce que nous demandons , ou pkilôt nous demandons ce que nous savons
r.Gi
M Y Trr.E^. SERMON \XI. rOli; L\ Fi:iE DE TOUS LE5 SAINTS.
nous ôlic priiiiciciix, et nous ne deniaïulons p;is ce qui iloil nous procurer le souverain tiicn. Mais les saints ijui voient dans Dieu nos véritables besoins, no demandent pour nous que ce ((ui nous est salutaire, et ce (jui sert à nous sanctifier et à nous sau\er; leurs prières sont cnUaces, parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit dans l'ordre des décrets de Dieu, et conforme à ses desseins. Ku ((uoi jiî »ous prie de remarquer, avec l'abbé Uupert, un trait merveiiieus de la miséricorde du Seigneur, qui , s'élaut eni;,i£:é dans lEvan- ^.'ile à nous aciorder (oui te que nous lui d>'nianderons : Qnodcuiin/iie volaerilis, pctili^, et fict tobis [Joan., XV), prévoyant d'ailburs que nous abuserions souvent de celle promesse, en lui deniaiulanl de faux avanlages (jui nous perdrait nt, a fait intervenir les saints qui prient [lour nous contre noustiiêmcs, (]uand l'objet de nos prières n'est |)as tel qu'il doit être ; de sorte que , sans mau- «iuer à sa parole, il a droit de ne nous pas exaucer, parce qu'il exauce ceux que nous employons auprès de lui pour lui recommander nos intérêts.
.Ajoutez que la prière d'un saint est par < lie inénic bien plus puissante que toutes les nôtres , puisque la dignité de la personne qui prie relève le mérite de la prière. Ajouli'Z (|ue les saints , dans un parfait désintéressement , prient pour nous avec une charité bien plus épUiée ; ajoutez que la présence et la \ue de Dieu rend leurs prières beaucoup plus attenli\es, comme l'exercice de son amour les rend beaucoup plus ferventes. Et voilà ce qui me rautet ce qui me donne tout ensemble de la confusion : de voir que ces élus de Dieu prient pour nous «•ivec plus de zèle et plus d'empressement <!ue nous-mêmes: que leur état les exemptant de toute inquiétude pour leurs propres personnes, ils ne laissent pas, en quelque manière, de s"in(iuiéter pour nous; (lu'autant qu'ils sont tranquilles sur ee(ini regarde leur béatitude éternelle, autant sont-ils en peine de notre salut : Juin de sun iinmoi (alitatesecuri, el de nostrasalute sollicili(C!/i)r.).
Ce sont là, chrétiens , les obligations essentielles que nous avons à cts glorieux protecteurs. Comptons les grâces que nous avons reçues, les malheurs dont nous avons été préservés, les périls d'où nous sommes heureusement sortis , c'est de quoi nous devons aux saints une éternelle reconnaissance. Combien de fois se sont-ils présentés pour nous devant le trône de Dieu, et combien de fois ont-ils détourné les foudres du ciel prêts à toniber sur nos tètes? Voilà ce qui les occupe ; au milieu de leurs triomphes ils pensent à nos misères; ils ne sont pas comme ces bienheureux du siècle que la iortune a élevés et qui ne connaissent plus ceux qu'ils ont laissés derrière eus : la gloire les unit à Dieu, mais elle ne les détache pas de nous ; au contraire , elle ne les rend encore que plus charitables envers nous, que plus vigilants elque plus ardents ; Mirabilis Di'us in sdtictis suis, in cjitibus prasidium nobis constitui(.
Ceiendant, nus thers auditeurs, roinnie.'-.t répondons-nous à leurs soins; que dis-je . et quel abus ne faisons-nous pas du culte et lie l'invocation des saints? De leur culte (ne perdez rien de cette morale; peut-être, en \ous découvrant un désordre que le libertinage du monde vous a caché jusqu'à présent, vous obligera-l-elle à prendre des mesures pour le corriger); de leur culte : car les devoirs sont réciproques; el il est juste qu'une dévotion sincère et respectueuse de notr part soit au moins le fruit dune protection si avantageuse et si [niissante. Et en elTct, <iuand un grand nous appuie de son crédit, que ne faisons-nous pas pour lui marquer liotre attachement? le monde nous apprend cette leçon : or, il est question de savoirs! nous la pratiquons à l'égard des saints. Ahl ( luètieus. permettez-moi de vous en faire le reproche, après me l'être fait à moi-même, c'est là que paraît , non-seulement notre ingratitude, mais notre impiété. Les saints sont nos intercesseurs auprès de Dieu , el nous leur faisons tous les jours mille outrages : ils prient pour nous dans le ciel, et nous les l'éshonorons sur la terre. L'Eglise, sous leur notn, érige des temples, et nous les violons ; (Ile leur consacre des fêtes, et nous les profinons; elle célèbre leurs offices, el nous y assistons, je ne dis pas sans religion, mais avec un esiirit d'irréligion. Toutcequia raiiport aux saints nous devient une matière de péché. Ces temples, dis-je, qui sont les moiuiinenls publics deleur sainteté et qui, pour lela même, étaient autrefois appelés les mémoires des martyrs : Memoriœ martyrum ; comment les fréquentons-nous, comment nous y comportons-nous , quels scandales y commettons-nous? ce sont des maisons de prière, et l'on en fait des lieux de commerces el de rendez-vous ; ils sont destinés au sacrifice du vrai Dieu, el l'on s'y entretient des intrif;nes cl des affaires du siècle; au lieu que le Seigneur y devrait être glorifie dans ses saints, c'est là que les saints et le Seigneur sonl plus exposés aux insultes el aux mépris des hommes. Ce ((ue je dis n'est-il pas encore au-dessous de la vérité? Mais ce n'est pas assez : leurs fêtes, que l'Eglise nous oriioiine de sanctifier, et à quoi les premiers (iilèles se préparaient si religieusement par (Il s veilles et par des jeûnes, comment les solennisons-nous? puis-je le dire, et pouvezvous l'entendre sans rougir? C'étaient pour (cs fervents chrétiens de la primitive Egli>e des jours de piété , el ce ne sont pour nous (jiie des jours de licence, que des jours de divertissement et de jeux , que des jours de parties et de dèbau( lies , que des jours au moins de paresse cl d'oisiveté ; en sorte que, pour l'honneur même des saints, on a ju^e nécessaire d'en relram her cl d'en abolir. Car, rcconnaissons-le à notre honte, un des motifs de cette suppression , c'a été le relâchement el l'indévotion des peuples. La fête d'un martyr, disait saint Bernard, est devenue, par la corruption de nos mœurs , une fêle toute mondaine. On honore le précurseur de Jésus-Christ, c'est-à-dire le plus austère
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et le plus abslinenl des lioninies, par des intempérances et des excès.
Après cela, aurons-nous bonne grâce de reprocher aux hércliques de noire siècle le mépris qu'ils onl fait du culte des saints, et ne pourraient - ils pas bien nous répondre <e que Terlullien répondait aux païens de Home , qui se plaignaient que les chrétiens inéprisaienl leurs dieux? Il leur faisait voir (|ue leurs dieux devaient plus se tenir offensés d'eux-mêmes et de leur conduile.que des chrétiens : Nescio plusne dii vestri de nobis, (/nam de vobis querantur [Tertull.]. Car, en effet , si les chrétiens méprisaient les dieux de Home , c'était par raison et par principe, comme ne les connaissant pas ; au lieu que «es païens les méprisaient par libertinage et par le dérèglement de leurs passions. Nos hérétiques, dis-je . n'auraient-ils pas sujet de nous faire la même réponse : Nescio plusne sancti veslri de nobis, quam de vobis querantur. Voilà ce que j'appelle l'abus du cuKe (les saints, et voici l'abus de leur invocation. Car, pourquoi prions - nous les sainls , et pourquoi avons nous recours à eux? ne parlons point de ces prières abominables et, selon le terme de l'Ecriture, exécrables, qui feraient des saints, s'ils les écoulaient, les fauteurs de nos vices; de ces prières où l'on ose invoquer un saint pour le succès d'une entreprise injuste, pour le raainlieti d'une fortune bâtie sur l'iniquité ; pour l'heureuse issue d'une affaire , dont l'artifice, la ruse, la mauvaise foi sont les ressorts, pour la satisfaction , ou d'une aveugle cupidité , ou d'une vengeance secrète et raffinée. Que des infidèles, dit saint Augustin, qui n'iidoraient (|ue des divinités chimériques, et qui même se figuraient ces faux dieux encore plus corrompus qu'eux, leur aient autrefois adressé de semblables prières, je ne m'en étonne pas; mais l'opprobre de notre religion est que, invoquant les saints glorifiés par les vertus chrétiennes, nous ne rougissions pas de leur demander ce <iui va à la destruction et à l'anéantissement de toutes les vertus : je serais infini si je voulais m'étendre sur ce point , lie parlons pas même de ces prières mondaines et intéressées qu'on fait aux saints pour des biens tout profanes , tels que sont les richesses et les honneurs du siècle , sans leur demander jamais d'autres biens qui regardent notre avancement dans les vertus chrétiennes et la sanctification de nos âmes. Comme si ces é!us de Dieu , si je puis ainsi m'exprimer, ne nous étaient bons que quand il s'agit des prospérités temporelles , que ciuand il s'agit d'obtenir un temps favorable pour rendre nos campagnes fertiles et nos moissons abondantes, que quand il s'agit de tlétourner le fléau d'une maladie contagieuse ou d'une calamité publique , que quand il s'agit d'éloigner de nos terres des puissances ennemies et de repousser leurs efforts, que quand il s'agit de relever une famille ruinée, de rétablir une santé affaiblie, de se tirer d'un mauvais pas où l'on se trouve engagé, et où l'on craint de se perdre selon le monde, de parvenir à un rang, à une di-
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gnité, et d'avoir de quoi en soutenir l'éclat. (Jar c'est sur de pareils sujets, et en de semblables occasions, qu'on reconnaît volontiers le pouvoir des saints , et qu'on lâche à l'employer auprès de Dieu. Mais s'agil-il du salut et de tout ce qui peut y contribuer, s'agit-il de détruire une habitude vicieuse et de renoncer à un engagement criminel ; s'agitil de se préserver des pièges du monde et de sa corruption ; s'agit- il de vaincre une passion qui nous domine, de dompter la chair qui se révolte, de surmonter une tentation à laquelle nous n'avons que trop de fois succombé : c'est alors que le crédit des saints nous est absolument inconnu, ou que nous agissons au moins comme s'il nous était absolument inconnu, parce que nous craignons qu'il ne fût trop efficace. Tout cela, chrétiens , est sensible et se fait voir par soimême. Mais voici quelque chose de plus intérieur, que le devoir de mon ministère m'oblige à vous développer : malheur à moi, si j'omettais une si salutaire instruction , et malheur à vous-mêmes si vous n'en profitez pas 1
Le grand abus de l'invocation des saints dans les prières, même en apparence les plus r( ligieuses, c'est que nous voulons qu'ils demandent à Dieu pour nous ce que Dieu, en conséquence de ses décrets éternels, qu'il ne changera jamais, ne peut nous accorder ; ce (HIC Dieu, suivant les règles de sa sagesse, ne veut pas nous accorder, et ce qu'en effet il n'est pas à propos qu'il nous accorde. Nous invoquons les saints; et , abusant de l'avantage que nous avons d'être, pour ainsi dire, sous leur sauvegarde, nous prétendons vivre sans soins, sans vigilance, sans attention sur nous-mêmes. Nous invoquons les saints, et, par une fausse confiance en leur secours, nous prétendons que, pour l'accomplissement de nos vœux et pour le succès de nos prières , il suffise de les avoir invoqués. Nous invoquons les saints, cl, eu leur demandant l'esprit de pénitence, nous prétendons qu'il ne nous porte à rien qui nous gêne, à rien qui nous coûte, à rien qui nous mortifie. Nous invoquons les saints, el , en leur demandant la grâce de noire conversion, nous prétendons que cette conversion chimérique ne nous engage à nulle avance de notre part ni à nulle violence; (lue nos liens se rompent d'eux-mêmes ; que notre cœur se trouve tout à coup dégagé, libre, tranquille , et qu'il jouisse des douceurs du triomphe, sans avoir éprouvé les peines du combat. Nous invoquons les saints, et, en leur demandant certaines veitus, nous prétendons n'avoir nulles mesures à prendre ]iour les acquérir, souvent même ne craignons-nous pas de les obtenir, comme saint Augustin, avant qu'il se fût détaché de ses protanes engagements, demandait la continrnci-, et souhaitait secrètement, et au fond de l'âme , de n'être pas exaucé? Nous invo- (juons les saints, el, selon notre gré, selon nos vues qui nous tromiienl, nous leur inar- (|uons le;; grâces que nous attendons du ciel |!.ir leur médijliim , et que nous voulons
MY5Ti;UES. SERMON XXI. POUR LA FETE DE TOUS LES SAINTS.
.•iM)ir, quoique Ct-, soient îles grâics qui ne nous eoiivicnncivl pas , et qui quelquefois serviraioiil plutôt à notre perle qu'à notre salut. Ah 1 chrétiens, souvenons-nous que SI les saints sont puissants auprès de Dieu, ils ne le «.ont pas au préjudice de Dieu même, l'I de Cl' que nous lui devons; qu'ils sont puissiMits, mais d'une puissance réglée et ordonnée , d'une puissance toujours renfermée dans l'étendue de la loi éicrnelle : c'est-àdire qu'ils sont puissants pour nous aider, et non pas pour nous décharger de tout le travail ; puissants pour nous faire agir, et non pas pour nous entretenir dans une indolence paresseuse et liclie ; puissants selon les dessfins de Dieu , et non pas selon nos désirs aveugles et nos caprices. Invoquons-les : c'est pour cela que Dieu les a faits nos prolecteurs ; mais , puisciuc ce sont des saints, invoquons-les chrétiennement et saintement. Car, si nous les invoquons en mondains, de I rotecleurs qu'ils doivent être pour nous défendre et pour nous secourir, nous en ferons nos témoins et nos juges, pour nous accuser et pour nous condamner. Invoquonsles, mais dans des sentiments cl des vues qui les honorent. Autrement, mes chers auditeurs, savezvous comment ils paraîtront devant Je trône de Dieu'? Apprenez-le de cette terrible vision qu'en eut saint Jean, et dont il parle dans son Apocalypse. Car il les vil en la présence du Seigneur; et il les entendit, non p()int priant pour les hommes, mais demandant justice contre les hommes : Usijuequo non vindicas sanyidncm nosintm de lis (fui habilanl in terra {Apoc, VI) ? Justice, non-seulement contre les hommes qui les ont méprisés pendant leur vie , qui les ont persécutés, accusés, condamnés; non-seulement contre ces hommes libertins et impies qni profanent leurs fêles, et qui raillent du culte que nous leur rendons ; mais contre nous-mêmes, qui faisons ou qui voulons faire de leur protection un usage si contraire aux desseins de Dieu et si indigne d'eux : Usquequo non vindicas sunguinein nosintm de lis qui habilanl in Icrra? Quoi qu'il en soit, Dieu n'en est pas moins admirable dans ses saints , admirable de nous les avoir donnés pour prolecteurs , et admirable de nous les proposer comme modèles : vous l'allez voir dans la seconde partie.
SECONDE PARTIE
Une des tentations les plus dangereuses à quoi l'homme sur la lerre soit exposé, c'est le scandale ; mais aussi, par une règle loule contraire, puis-je ajouter qu'une des grâces les plus forl( s cl les plus efficaces que Dieu emploie pour ménager notre conversion et noire salut, c'est le bon exemple. En quelque dérèglement de vie que nous puissions être, et quelque opposition que nous ayons à rentrer dans l'ordre et dans la soumission que nous devons à Dieu, si nous considérons bien l'exemple des saints , il n'est presque pas possible qu'il n'opère en nous trois merveilleux effets : je veux dire qu'il ne nous jiersuade la sainteté, qu'il ne nous adoucisse Li piati(iuc de la sainteté, cl qu'il ne nous
Me tout prétexte pour nous déicndre d'embrasser la sainteté. D'où je conclus qu'il nous réduit à une heureuse nécessité d'être saints par imitation, comme les saints l'onl été par devoir et par esprit de religion, lît voilà en quoi je dis que Dieu est admirable de nous avoir donné les saints pour modèles : Mirabilis Deus insanctis suis.
Oui, chrétiens, les saints sont des modèles qui nous persuadent la sainteté ; et il y a dans celte persuasion un certain charme qui gagne également le cœur et l'esprit. Ce n'est ni raisonnement ni autorité: c'est quelque chose qui tient de l'un et de l'aulrei (jui a tout le poids de l'autorité, qui a toute la force du raisonnement, mais qui de plus a je ne sais quoi que tous les raisonnements et toutes les autorités n'ont pas ni ne peuvent avoir. Comment donc la vie d'un saint nous persuade-l-elle? en nous faisant comprendre d'une simple vue loule la perfection et tout le mérite de la sainteté. Qu'est-ce qu'un saint? un saini, répond (Guillaume de Paris, c'est une idée réelle, visible, palpable cl substantielle de toute la perfection évangéliqne. et quand Dieu nous met un saint devant les yeux, que nous dit-il? ce qu'il dit autrefois à .Moïse, en lui faisant voir la figure du tabernacle : Inspice , el fac secundiim excmplar [Exud. XXV) : Regarde , chrétien, ce portrait vivant et animé, voilà ce que tu d 'is être, et sur quoi je veux que tu te formes ; c'est dans l'exemple de ce prédestiné et de c<? saint que lu apprendras à observer ma loi à accomplir la justice, à garder la charité, à satisfaire aux devoirs de la religion, à régler toute la conduite de ta vie : Inspire , cet exemple l'instruira de ce que lu dois à Ion Dieu, el de ce que tu dois à ton prochain, comment il faut user des biens de la terre, cl comment il faut s'en abstenir; quelle doit être la mesure de tes occupations, et quelle doit être celle de tes divertissements ; en un mol, ce que tu as à faire el ce que lu as à éviter pour vivre en chrétien : Inspice. Ainsi Dieu nous donne-t-il dans les saints de quoi nous instruire el nous loucher. Il ne faut pour cela ni discours ni préceptes : la vie d'un saint est une leçon intelligible à tout le monde , les grands esprits cl les simples, les spirituels et les ignorants sont égaleincnt capables de la comprendre. Car on peut bien appliquer ici ce que saint Chrysostome disait du firmament. Vous me demandez comment le ciel parle cl comment il nous annonce les grandeurs de Dieu? C'est, répondait ce Père, par sa splendeur et par la variété de ses étoiles ; il n'a point d'autre langage que celuilà ni d'autre voix ; mais cette voix, toute muette qu'elle est, a retenti dans toutes les parties du monde : leScythe, l'Indien, leGrec, le B irbare, tous l'enlendeut : Et Scylha, et Barbarus , et Indus liane vocem audiunt: [Chrijs.) Disons-Ic même des saints ; leur vie nous parle et nous explique toute la loi de Dieu : comment? par les vertus dont elle a été ornée, et, ce que nous aurions peine i concevoir dans la loi môme, ce qui nous paraîtrait obscur dans les livres, ce que toutes
ORATEURS SACRF.S. IIOURDALOIJE.
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les paroles des hoinnios ne nous développeraient qu'imparfaitement, nous est mis sous les yeux et ciairemcnl oxpiimc dans l'exemple de ces élus de Dieu, île soile que les plus grossiers en sont instiuils : Barbaruf et Indus liane voccm audiunl. Or, il n'est pas possible de voir la sainteté, je dis la vraie sainteté telle qu'elle a été dans les saints, sans m reconnaître d'abord tout le mérite et sans lui donner notre estime. Ces excellents caractères qui lui sont propres, et en quoi consiste sa perfection, cette pieté, celtejiumilité, ce désintéressement, ce détachement de soi-même, cet esprit de ju^tice et de liiarité, celle droiture et cette bonne foi, cette règle et cette sagesse, celle constance et celle force liéroïque, tout cela nous convainc malgré nous qu'il n'y a rien de plus respectable, rien de plus aimable, et par conséquent rien de plus désirable ; or, nous remplir de ces sentiments à l'égard de la sainteté, n'est-ce pas nous la persuader?Toutccqucnous pourrions lui opposer, ce serait d'être, ce semble, trop parfaite, et d'exiger trop de nous, puisque, pour nous faire saints, elle nous engage à être ennemis de nous-mêmes , jusqu'à faire à Dieu le sacrifice de notre vie. Mais cela même, reprend saint Augustin, est encore bien justifié par l'exemple de ces glorieux athlètes que le christianisme honore sous le nom de martyrs. Car leur exemple, tout admirable qu'il est, nous apprend qu'ils n'ont rien fait pour Dieu que ce que font tous les jours des sujets fidèles pour le service de leur prince, et que ce drvoir si éminent de sainteté n'est après tout qu'un devoir commun, fondé sur la première loi de la nature, qui oblige l'homme à mourir plutôt que de trahir son Dieu et sa religion.
Voilà, dis-je, ce que l'exemple des saints nous persuade ; celui de Dieu, quoique infiniment plus relevé, ne pouvait sur tout cela nous donner les mêmes lumières: pourquoi ? S.iint Grégoire, pape, en apporte une belle raison; non-seulement, dit-il, parce que la sainteté de Dieu est une sainteté invisible, inaccessible, incompréhensible, et par là, si j'ose ainsi mex primer, incapable de nous servir d'exemple ; mais beaucoup plus, écoutez ceci, parce qu'à le bien prendre, Dieu n'est pas saint de la manière que nous devons l'être, et que la sainteté n'est point dans lui ce qu'elle doit être dans nous. Cardans nous la sainteté est inséparable delà pénitence; or la pénitence ne peut non plus convenir à Dieu que le péché ; dans nous une partie de la sainteté est de nous soumetirc, de dépendre, d'obéir : voilà ce qui nous sanctifie, et, en Dieu c'est tout le contraire, nous sommes saints par le mépris que nous faisons de nous-mêmes, et Dieu est saint par la gloire qu'il se donne à soi-même ; il est saint dans une possession entière et parfaite de sa béatitude, et nous sommes saints par la patience dans nos misères, et ainsi du reste. Dieu pouvait donc bien, conclut saint Grégoire, nous commander la saiulelé ; mais il nr pouvait n<iu^ persuader par son exemple la sainteté, parte qu'il ne iniu-ail pas être noire
modèle sur la [duparl des vertus dont il faut que notre sainteté soit composée, et qui en font les principales parties. Mais qu'a-t-il fait? il nous a donné des hommes comme nous et de même nature que nous, qui se sont sanctifiés par toutes ces vertus ; et, en nous les mettant devant les yeux, il a suppléé, pour ainsi dire, par leur exemple, ce qui manquait au sien. Car il nous fallait des modèles de sainteté qui nous touchassent, et qui eussent une certaine proportion avec nous, pour pouvoir remuer les ressorts les plus intimes de notre cœur ; or, il n'y avait que les saints propres pour cria, et capables de faire cette impression sur n ms. Et en effet, chrétiens, c'est ainsi (jue l'esprit de Dieu a de tout temps excité les hommes, et qu'il leur a inspiré des désirs ardents de la sainteté. C'est par là que ce généreux prince des Mathabées, l'illu-tre Malhalhias, étant proche de la mort, confirma ses enfants dans le culte du Seigneur et dans la vraie religion. Tout ce que je vous demande, leur dit-il, mes mes chers enfants, c'est que vous ne perdiez jamais le souvenir d(> ce qu'ont fait vos ancêtres pour le Dieu dlsraél ; car avec cela je me promets tout de vous. Heprésentez-vous souvent l'obéissance d'un Abraham, jusqu'à ne pas épargner son fils unique ; la fidélité d'un Joseph envers son maître, aux dépens de sa fortune et de sa liberté ; la modération d'un David envers ses ennemis, au préjuilice des intérêts les plus délicats de sa couronne ; le zèle d'un Elie dans la cour des rois, au péril même de sa vie, et ainsi, parcourant de siècle en siècle et de génération en génération, vous trouverez qu'il n'y a point de parti dans le monde plus honorable ni plus solide que celui de servir Dieu. Ce fi;renl les paroles de ce saint vieillard, que je puis bien appeler, avec saint Jérôme, un homme évangélique avant l'Evangile même:
]'i!nm anie Cliristi Evangelia evangeliciim {Hier.) ; et ces paroles produisirent dans la personne des jeunes Machabées, non pas les effets, mais les miracles de vertus dont vous avez entendu le récit. C'est pour cela même que le second concile de Nicée autorisa si fortement et si constamment l'ancienne tradition d'exposer les images des saints à la vénération des peuples, et nous savons, par le rapport de saint Damascène, qu'une des disons qui détermina les Pères du concile lui celle-ci, savoir, que les fidèles, voyant ces images, seraient excités à imiter dans la pratique ce qu'ils honoraient dans la figure cl dans la re|irésenlalion. Enfin, c'est pour cela que l'Eglise, après nous avoir présenté l'exemple de ehaque saint en particulier dans les autres fêtes de l'année, tire aujourd'hui le rideau, et, s'il m'est permis d'user de celte expression, nous les montre tous, espérant que la vue de tant d'exemples nous couvain, cra et nous convertira. Comme si elle nous disait : Voyez, chrétiens, voilà les héros de votre foi ; voilà ces hommes dont le monde n'était pas digne, et qui, en méprisant le monde, se sont rendus dignes de Dieu : voilà ceux qui remplissent le ciel. Comparti-vous
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à eux, et, dans roloigncmcnl infini que celle tanl de glorieux confesseurs qui oni niarclié comparaison vous fera découvrir entre eux devant nous et qui nous oui tracé le diesel vous, confondez-vous de ce que vous min , que pouvons-nous tiouver dimpossiètes, el aspirez à ce que vous n'êtes pas. Au ble? Eh quoi I ils ont pu vivre dans les délieu de ces vertus mondaines (]uc vous aiïec- serts el sur des rochers esivirpés; ils ont pu tez, et qui n'ont ni vérité ni sulidilo ; au s'ensevelir dans l'ohscurilé du cloître, el eu lieu de celle prudence de la cli.iir qui vous supporter toutes les austérités; ils ont pu aveugle et qui est cnncuiie de Dieu ; au lieu joindre ensemble les prières presque coutide celte politique dont vous vous faites une nuelles, les longues el fréiiuentes veilles, les conscience, cl qui vous jette dans un abîme jeùiu's rigoureux, lessanglanlesmarérations, de péchés ; au lieu de celle science du monde tout ce ((u'inspire l'esprit de pénitence el que vous vantez tant, cl dont tout le fruit l'abnégation évangélique ; ils ont pu se est de vous bâtir sur la terre des fortunes pe- laisser condamner aux tourments les plus rissables que la ruori détruira bientôt: au affreux, el les endurer. \'oil;'i, disait l'Apô- • ieu de tout cela, alla( Ik z-vous aux \ertus Ire ce (lu'ont fait cl ce qu'ont soulTerl tant de chrétiennes, (]ui foiillesclusetlesprédeslinés. saints : ils ont bien voulu servir de sujets a Il n'y a pas un saint dans le ciel, dont l'es cm- la cruauté des hommes; ils se sont ex posés au s pie ne soit pour vous une leçon : éludiez-les outrages, aux fouets, aux chaines , aux pritous, et. si vous voulez sanctifier votre am- sous; les uns oui épr(ané toute la violence bition jusqu'à en taire une vertu, lâchez du leii, les autres ont p.issé par le Iranchanl même à remporter sur eux : /Emulamiiii des epées, plusieurs oui élé dévorés des bêcharisinatd miiiora (I ('or. XII). C'est ce que les féroces, ont élé lapidé^, ont élé sciés : l'Eglise nous dit, et A quoi il faut (jue nous Lniiidali siint, serli fuiit [Hcbr. XI). .\près répondions. cela, mes chers auditeurs, retranchez-vous Mais ce que l'Eglise, ou plutôt ce que sur voire faiblesse el sur une impossibilité Dieu demande de nous . le pouvons-nous [irélenduc. Avez-vous les inémes combals à dans l'extrême faiblesse où nous sommes, el iivrer?vous trouvez-vous dans les mêmes au milieu de lanl d'obsl/icles que nous ren- oecasionsdesignaler \olre i ourage el d'exerconlrous dans le monde"? Ah! chrétiens, <cr votre patience'? ce qu'on vous demande c'est ici le grand point de notre instruction, est-il comparable aux victoires ((ue les saints el le second elTel de r-'xemple des saints. Oui, «"il remportées et aux obstacles qu'ils ont nous le pouvons , et, quoique l'espril d'im- surmontes? Mai'*, dites-vous, si la sainteté pénitence et de libertinage qui règne dans u'esl pas impossible , du moins est-elle bien nous puisse nous faire penser le contraire, difficile. Non, mes fières, rien n'esldillicile à ces élus de Dieu seront des preuves éternel- ceux qui aiment Dieu conifue les sainls. L'arles que la sainteté n'a rien d'impos-ible ; deur de leur zèle, la ferveur de leur amour, qu'elle n'a rien même de fârheux ni de dif- leur générosité el leur résolution leur ont ficile pour ceux qui aiment Dieu ; qu'elle a aplani toutes les voies. (Juand en ont-ils senli SCS douceurs, ses consolations, aussi hieu les ilifficullés'? ou, s'ils les ont senties, quand que le monde, el des consolations, des dou- s'en sont-ils plaints? (juand ont-ils étéélonceurs infiniment plus pures que celles du nés ? quand ont-ils balancé et délibéré? Dès monde. Vérités, mes chers auditeurs, dont les tiue vous serez animés du même zèle, que saints remlront témoignage contre nous .'lu vous serez brûlés du même amour , que jugement de Dieu, elle iémoignage le plus vous aurez pris les mêmes résolutions et convaincant. Appliquez-vou-. Nous niellons '"'vec la même générosité, ces peines que la sainteté au rang des choses impossibles : \tnis vous figurez comme des monstres disc'esl par où noire libertinage voudrait se parailronl el s'évanouiront. Tout vous deniainlenir. Mais Dieu nous empêche bien au- viendra faeileelmême agréable. Je dis agréajourd'hui de nous prévaloir de cette pensée. ble, car nous voulons trouver du plaisir Il esl \r,ii que, pour être saiiil, il faut f.iiic jus(|ue dans la sainteté : senlimenl bien ineffort, prendre sur soi, ri noticer aux st-nti- digue d'un chrétien; mais tout indigne qu'il mcnis naturels, fuir les plaisirs, dompter ses esl , repreiul sainl ('hrjsostome. Dieu s'est passions, morlifier ses sens, el le moyen, dit- aceoinmndé eu cela même à notre délicatesse, on, d'en venir là el de s'y soutenir? Ah! et l'esemple des saints en est la jireuve. Dès chrétiens, autre merveille de la sagesse Celte vie ils ont goûté des douceurs el des de Dieu : Mirabilis JJeus in sanclis suis. consolations infiniment au-dessus de toutes Car je conviens (]ue ceîa surpasse les forces les douceurs el île toutes les consolations du de la nature, je conviens qu'il n'y a rien là siècle. Au lieu de ces plaisirs inlamcs el que de grand; mais Dieu n'est-il pas admi- criminels que leur présentait le monde, el rablc de nous avoir facilité tout cela, de nous dont ils ont eu tant d loureur , Dieu leur en l'avoir adouci jusqu'à pouvoir dire que si la a préparé d'autres tout célestes et tout divins, loi esl un joug, c'est un joug léger, et un Peut-être ne les concevons-nous pas , parce fardeau aisé à poi 1er : Jityuiii mcum suave, que, plongés dans les sens, nous ne voulons et onus mcum levé {MatHi., XI). Or il l'a pas nous raellre comme eux en étal de les (ail, en nous donnant les saints pour cxeni- comprendre. Mais les fréquentes épreuves pie. Avant cet ciemple des saints , nous (|u'ils en ont làiles, el que nous ne pouvons pouvions trembler, et notre crainte semblait désavouer, doivent bien nous convaincre làraisonnable ; mais mainlenanl qu'on nous dessus , cl nous confondre. Tandis qu'au luuulre taul de martyrs, tanl de liciges, milieu des naiiimes, •liu'^i que nous l'apprend