‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 130 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE. à Dicu ; ct cc quc nous appelons la peine · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. à Dicu ; ct cc quc nous appelons la peine

Qu'est-ce, chrétiens, que l'indulgence du c'est le droit que Dieu se réserve, en pardon-

jub'ilé ■? Le jubilé, dans l'ancienne loi, était nant même le péché, de punir le pécheur; je

une année de rémission el de grâce pour le dis de le punir lemporellemenl ; au lieu qu ■,

peuple de Dieu ; nous en voyons l'origine el par son péché, s'il (>sl imirtel, il aurait nu-

riiiblilution dans le vingtcimiuième cha|iilie rite d'être puni éternellement. Celle coulpc

du Lévilique, où Dieu ordonna à Moïse, qu'en ou cette offense ne peut jamais être remise

niême lemiis que les prêtres ijui devaient que par le sacrement de pénitence ou parla

lui succéder dans le niinisièrc, auraient l'ail contrition parfaite : celle peine lemporelle.

i'ouverlure de celle année sainte, on pu- que Dieu se réserve, devrait, dans l'ordre île

blierait une rémission générale pour tous la justice rigoureuse, être acciuittée, ou p r

les enfants d'Israël; c'est-à-dire que tous les œuvres salisfactoires dans celte vie, ou

les esclaves seraient mis en liberté, que tous par le purgatoire dans l'autre ; mais, par une

les propriétaires rentreraient dans la pos- grâce spéciale. Dieu la remet en vertu de

session des biens qu'ils avaient aliénés, que l'indulgence el du jubilé ; et le jubilé, eu-

lous ceux qui avaient contracté des dettes en corc une fois, n'est autre chose que cette

seraient déchargés ; et cela, dit l'Ecriture, rémission.

parce que c'était l'année du jubilé : fpse est Kn vain les ennemis de l'Fglise et des in-

t'^ivnjnbihrii!: ( Icri/., \\V ). Mais ce u'é- dulgences combaltenl-ils ce principe par

4,^3 on\TF,i.;r.rs sAcnns. noun.DAi.orF;, liip

(icsax diffirullés (lu'ils nous opposml ; l'une, f.iilc;i s.iint Picrro, comme nii clief du Irou- ()i;e Dieu, ilonl les oHivi-i'S soiU p.Trfaites, ne peau de Jésus-Clirisl : Qiioilcuoiiiiie so/reri's remet jamais le iiéelic à demi, cl (jne la rù- snper terrain, eril soluluin et in ceelis [Mattli., mission de la peine même leniporcllc esl XVI). Et ainsi la même Itglise sonvcrnée et toujours inséparable de la rémission de i'of- conduite par le Sainl-Espril i'a-t-elle lonfeiise ; l'autre, que. les'is-Chrisl par sa mort jours prali(iué , puisque l'usa;;e des indiilayaut pleincnieiit el aliondammciit salifiait genres et le pouioir de les uccon'cr dont pour nou'î, toute aulrc peine que Dieu exi- elle est en possession, est d'une Ir.idilion iui- {;erail encore du i)ér!ieu!-, son péc!iéli!i élant mémoriale dans le clirislianisme. Car c'est remis, diminuerait le mérite du sacrifice de en vertu de ce |)OMvoir ([uo saint Paul, nu la croix, qui a élé une satisf.iclion plus {]uc nom dL- Jésus-Clirisl, accorda par indulgence .'Ullisanle pour tous les [)écliés du monde. à rnicesfueux péuiteni de Corinlhe la grâct* Deux objections, quoique spécieus'S, qui la plus co'i.'plèle. Je dis linie^lueux pénitcnl, n'ont dans le fond nulle solidité, cl (|ui sont et déjà M'iremenl converti à Dieu par la ferinéme, dans les maximes de noire religion, venic coulrilion dont il avait donné des deux erreurs grossières et absolument in- iiiar<iues si édifiantes , que l'Apôlrc voulait soutenables. Car, pourrépondieàla première, même qu'on 1(> consolât , en lui remellant le il es!, non-seulement indubitable, mais (le la reste de In peine que méi ilait son péché , et foi, que Dieu, selon les lois ciunmunes de sa en le réiablissani dans la société des fidèles, justice, eu pardonn.inl même le peclié, se C'est en vertu de ce pouvoir (]ue les évcques réserve enci.re 1 • droit de punir temporelle- des |irem ers siècles usaienl d'indulgence ennienl le pécheur. Uieu de plu> évident dans vers ceux (]ui, dans les perséeulions, vaincus l'Ivriture. .Moïse obtient le [lardon de son par la rigueur des supiil'ces , avaient abjuré inciviluliié ; Ci'pendan', pour punition de ou paru alijurer la foi, en les tenant quittes, celle incrédulité même, quoiiiue pardonuée, à la prière des m.irlyrs, des peines qu'ils il n'entrer,! point dans la terre promise. avaient encourues par leur apostasie , lors- Kalliau déclare <à Di\iil que Dieu lui a remis que, touchés d'un ie|)enlir sincère et vif, sou crime : mais il ajoute que, pour l'en pu- ils deman laient avec gémisscmenls et avec uir, Dii'U lui prépare d( s aflliclions et di s larni: s cetli! rémission. ralamilcs : coaduilc ad.irabie, oiî Dieu l'ail Vous me direz (ju'il ne s'agissait alors que éclater sa sagesse, au même tem[)s qu'il des peinrs canoniques, de ces peines qu'il exerce sa miséricorde, l'-l, pour i épouse à la fallait subir dans le guuvcrnement extérieur seconde dilTicullé, il est vrai que Jésus-Christ de llîglise ; mais il sulfilde lire saint Cyprien, par sa mort a pleine nent et abondamment pour être convaincu qu'il s'agissait môme satisfait pour nous ; m.îis il c t pareilh'ment des peines dues à la justi<e divine. Car, selon vrai et de la l'oi, que l'inlention de Jésus- la doctrine de ce Père, les peines canoniques Christ, en sati>l'aisant pour iio.is, n'a point n'élaienl pas seulement ieipo-ces piiur s ilisélé de nous dispenser par là de satisfaire l'.iire à l'Eglise, mais pour salisfaire à Dieu ; nous-mêmes el de fair pénitence iiournous- cl quiconque en espiil de pénitence accomniémes ; (ju'au contraire, il a prel( n;lu nous plissait les peines cinoiii()ues, autant et selon en imposer p.ir là mêaie l'obligaliou indis- cju'il les accomplissait, était autant el à propensable, cesl-à-dire la nécessilé de joindre portion déchargé de celles dont il se Ircuivail notre pénitence à sa péniten( c. et nos salis- redevable au tribunal de Dieu. Il s'ensuit factions à ses satisfacUons: car, eu (jualiiède donc (|ue l'iudulgi-ncc, qui tenait lieu de la Sauveur, il n'a olïerl à Dieu <a ni;irt pour peine canoniiiue , devait produire le même nous qu'à ci'Ite condition. Mystère ([ue le effet que la peine canonique, et procurer aux {jrand.ipcUreconcevailadmirablemenl, quand péuilenis le même avantage que la peine il disait : Adiinplco fa qnœ dcsu)it piissiuman canonique; autrement, bien loin d • leur être Clirisli 171 cnrue mea ( Culuss., I ). Il est \rai favorable , elle leur eût été nuisible , puisque dans l'ordre du salut nos satisfactions qu'en les déchargeant devant les hommes <lidvenl être jointes à celles de Jésus-CbrisI ; sans les décharger devant Dieu, elle les eût i;inis p.!r l'élroile liaison qui est enlre Jésus- encore privés d'un des plus clficaces moyens Christ et nous, nos satisfactions, c.unpirées de satisfaire a Dieu, (lui était la peine canoauxsiennes,sonltellemeul différentesd.'s sien- nique même, (j'csl conformément à cette docties, qu'elb's en sont i\éanmoins essenliidle- Irine, el sur le fondcmeni de ce pouvoir donné luent dépeiulanles : (lu'elles soni, dis-je, fon- à saint Pierre , que les indulgences se sont (lées sur Us siennes, de nulle valeur sans l's élablies dans le monde chrétien; que de siennes ; qu'elles li)' / I toute leur efficace et siècle <'n siècle l'us-ige s'en e?t lépandu, toute leur vertu des siennes, et par couse- .■ilïermi, perfectionne ; que les plus dislingués quenl quelles ne p'uvent préjudicier au d'entre les Pères les ont reconnues , que les niérilo des siennes. Tenons-nous-en donc conciles œcuméniques les ont autorisées, (jue luuiours à la même proposition, que Dieu les jilus graves théologiens les ont éclaircies, par l'indulgence cl le jubilé nous remet la {\nc saint (irégoire, p.ipe, les a accordées, |)eine temporelle qui était due à nos péchés, cpie saint Bernard les a préchées, que les el dont l'exacte mesure n'eût pu sani cela prupb'S les ont reçues avec joie; que les juêlrc renqilie que par nos satisfactions. biles parmi les fidèles onl é!é dans une si Aiisi l'Eglise calholifiue, seule el infaillible graiule vénération, ((u'ils onl produit d.ms d.^positairn du vrai sens de l'Ecriture, l'a-t- l'Eglise de Dieu des fiuit» de grâce si nboneîlo entendu en expliquant celte prouvées dants, des convers jus si éclaluules , des ru^

MYSTERES. SKP.MON WiV. l'OlU L'OIVRRTURE DU JUBILE

«in

iioin^llc^meiils tle ftTVPiir si rxpiiiplaircs : iiinrque visible (lue ci- n'était pas r<>iivrag;c des hommes, mais que Dieu en était l'auteur.

J'avoue néanmoins qu'il a pu se plisser sur cela des abus dans le christianisme : car de (luoi n'abuse-t-on pas , et qu'y a-l-il do saint et de sacré que l'on ne profane pas? Mais, outre que riiglise, par sa sagesse, a bien su corrig;cr tous ers aluis; outre qu'elle les a retranchés avec un zèle digne de sa piété; outre qu'elle s'est particulièrement appliquée à bannir ce qui servait de prétexte à l'hérésie pour décrier les indulgences, savoir, l'esprit d'intérêt; outre que les régies qu'elle s'est prescrites à ce dessein ont été in violablemenl et saintement observées; outre qu'elle a réduit par là les indulgences à un usage tout spirituel et à un désintéressement dont ses plus criti(\ues censeurs sont forcés de convenir, l'abus même des indulgences nous doit être une preuve de leur vriilé et de leur sainteté : car, selon la maxime de Tcrlullien, on n'abuse que de ce qui est bon, et on ne profane que ce qui est saint. De là jugeons avec {(uelie raison les Pcres du concile de Trente ont défini que les imlulgoncos étaient salutaires au peuple clirélien, et ont prononcé anathème contre tous ceux qui oseraient dire, ou qu'elles sont vaines et inutiles , ou que l'Eglise n'a pas le pouvoir de les accorder. Tellement que la vérité des indulgences , aussi bien que leur sainteté, est désormais un dogme de foi dont il n'y a point de catholique qui ne doive se faire un poiut de créance et de religion.

Cependant on demande par où le jubilé est différent des autres indulsencis, et surtout de ces indulgences qu'on appelle plcnières , puisqu'on ne peut , Ci' semble , rien ajouter à leur plénitude. Il est vrai qu'on n'y peut rien ajouter quant à la rémission de la peine due au péché, en quoi j'ai dit que consistait l'esseiilicl de l'indu'gence; mais il y a, du reste , dans le jubilé, trois circonstances qui lui sont propres, eJ qui le distinguent des indulgences communes. Car je dis que c'est une indulgence beaucoup plus solennelle, une indulgence beaucoup plus privilégiée, enfin une indulgence beaucoup plus sûre. Ecoutez-moi, et instruisez-vous. C'est une indulgence plus solennelle : pourquoi? parce qu'elle est plus universelle et qu'elle s'étend à tout le monde chrétien ; parce qu'on y observe des cérémonies cl plus augustes et plus saintes; parce que la publication, la célébration, la clôture de celte indulgence, se font avec un appareil plus capable d'exciter les cœurs, et de leur inspirer des sentiments de piété; parce qu'en effet la dévotion alors est plus fervente et plus unanime : tout y concourt, et tous les fidèles réunis s'assemblent devant les autels , et de concert viennent solliciter le ciel et présenter à Dieu leurs prières. C'est une indulgence plus privilégiée : pourquoi? parce qu'elle esj accompagnée de plusieurs grâces , que l'Eglise , comme une charitable mère, veut bien accorder à ses eufanls, mais qu'elle ne leur -Tccorde que

Or.ATELUS SACRÉS, XIV.

pour ce saint temps, et qu'on faveur du jubilé. Tel est, par exemple, le pouvoir qu'elle donne à chaque fidèle de se faire absoudre de toutes sortes de crimes sans restriction et sans réserve; de se faire relever de loutn sorte de censures ; de se faire dispenser, au moins par échange, de certains vœux, à l'accomplissement desquels il est survenu des obstacles : grâces encore une fois dépendantes du jubilé, et spécialement attachées à ces jours de bénédiction et de salut. C'est une indulgence plus sûre : et comment? parce qu'elle est donnée pour des raisons et des fins plus importantes ; d'où il s'ensuit qu'on peut moins douter de sa validité. Or, parcelle règle dont tous les théologiens conviennent, ne puis-je pas dire qu'il n'y eut jamais d'indulgence plus assurée que celle qui nous est maintenant offerte? car. outre la raison génér.ilc de l'année sainte et du siècle révolu , il s'agit dans ce jubilé des plus pressants intérêts de la religion ; d'oblinir de Dieu une paix nécessaire à toute l'Eglise, de détourner le fféau de la plus funeste guerre dont le monde chrétien ait jamais élé menacé. Ah! mes frères, nous sommes si sensibles aux maux qui nous affligent; nous nous épanchons si volontiers en des plaintes et des murmures qui outragent la Providence, et qui, bien loin de nous soulager, ne font qu'augmenter et que perpétuer nos peines, puisque la Providence outragée, au lieu de retirer son bras, s'appesantit encore sur nous plus rudement. Mais voici le remède, et le remède le plus prompt et le plus certain : Dieu veut être fléchi, et il nous en fournit lui-même le moyen le plus efficace; il veut être désarmé, et il ne tient qu'à nous d'arrêter le coup qu'il est près de lancer sur nos têtes. Si nous ne profitons pas de cette heureuse conjonclurc pour attirer sur nous ses miséricordes, ne nous élonnons plus qu'il nous frappe et qu'il nous fasse ê|irou(er toute la rigueur de sa justice. Quoi qu'il eu soit, pour quelles causes plus essentielles le vicaire de Jésus-Christ peut-il user du pouvoir qu'il a d'ouvrir la trésor des indulgences, et quand en use-t-il plus sagement et plus sûrement qu'en de pareilles occasions?

Uccevons-Ia donc cette indulgence avec respect, avec reconnaissance et actions de grâces, avec toute l'obéissance de la foi. Prenez-garde : avec respect, comme chrétiens; avec reconnaissance et actions de grâces , comme pécheurs ; avec toute l'obéissance de la foi, comme catholiques. Uccevons-la, dis-je, comme chrétiens , avec un profond respect : c'est l'application qui nous est faite des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ ; c'est un précieux écoulement de ces divines sources du Sauveur dont parle le Prophète, et que nous n'épuiserons jamais; c'est un surcroît de l'efficace et de la verlu de son sang, dont la moindre goutte aurait suffi pour racheter mille mondes. Avec quel sentiment de vénération naurais-jepas recueilli les gouttes de ce sang adorable, lorsqu'il le répandait pouf moi sur la croix? Serais-je {Quarante-cinq.)

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OllATEUaS SACfiES. BOUliDALOlJE.

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assez iiisriisiljlc cl assez endurci pour négliger <es moyens dont il se sert pour nie l'appliquer? Recevons-la , comme p^clieurs, avec actions de grâces : c'est ce qui doit mettre le comhlc aux miséricordes divines ; c'est ce qui doit rendre notre justification complète ; c'est le supplément de notre pénitence; c'est un secoursdont Dieu nous a pourvus pour nous acquitter auprès de lui. Si, de sa |)arl, un ange allait annoncer à un réprouve (hins renfcr qu'une telle rémission lui est accordée, quels seraient les (ransporls de sa reconnaissance et de sa joie"? Nous sonmes pécheurs, et peut-être plus pécheurs que liien des réprouvés que Dieu n'a pas prévenus comme nous , qu'il u'a pas attendus coniMic nous , pour qui il n'a pas eu la même prédilection que pour nous. Quel avantage de pouvoir payer si aisément tant de dettes! par où lavons-nous mérilé'? et moins nous l'avons mérité, plus nous doit il être un mot f puissant pour redoubler notre gratitude et notre atnour. llecevons - la , comme catholiques , avec toute l'obéissance de la foi : c'est par le mépris des indulgences qu'a commencé le schisme de l'hérésie ; c'est par l'estime que nous en ferons que doit paraître notre attachement inviolable à l'Eglise et notre zèle pour son unité. La censure maligne et présomptueuse des indulgences fut le principe de tous les malheurs de Luther : son exemple est une leçiui pour nous ; et, afin de nous la rendre salutaire, autant sur l'article des indulgences que sur les autres, croyons ce i|ue croit l'Eglise, pratiquons ce qu'elle pratique , honorons ce qu'elle autorise. Oiiel risque courons-nous en nousallachanl à elle; et quel risque no courous-uous pas, pour peu que nous nous écartions de la souniissiou qu'elle exige de nous? Mais vous voulez maintenant savoir ce(iuo nous avons à l'aire pour participer à la grâce du jubilé, et quelles dispositions y sont nécessaiiCî : c'est de quoi je vais vous instruire dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Deux choses, chrétiens, sont iudi^peusablenicnt nécessaires pour avoir part ù l'indulgence du jubilé : être en état de grâce avec Dieu, voilà la disposition liahiluclle , et accomplir les œuvres prescrites par le vicaire de Jésus-ChrisI, voilà la disposition aciuolle. Mettons l'une et l'autre dans tout son jour, et donnez à ceci, s'il vous plaît, une attention particulière.

Je dis d'abord qu'il faut être en état de grâce avec Dieu ; car limlulgence, et surtout la plus signalée de toutes les indulgences, est une faveur qui ne s'acroide ()u'aus justes et aux amis de Dieu. L'Eglise invite les pécheurs à y partici|icr ; mais elle n'y admet (]ue les pécheurs convertis et réconciliés ; elle en exclut les endurcis et les inil'énitenls. Si vous êtes de ce nombre, ce n'est point pour vous qu'elle ouvre ses trésors. Tandis que vous vivez dans ce triste état, V.iudls que vous êtes cnui'uii de Dieu et eufuul de lolère, il n'y a point de jubilé pour \ous. Dieu est le maître de ses dons, i)our

les répandre sur qui il veut cl aux conditions qu'il veut : or la première condition, pour profiler de celui-ci, est que rous soyez revêtu de la grâce sanctifiante cl du caractère de ses enfants bien-aimés. De là je lire trois conséquences que vous devez bien remarquer, parce qu'elles sont essentielles. Première conséquence : puisqu'il faut être en étal de grâce, il faut donc renoncer à tout pérhé, car la grâce et le péché ne peuvent cou\cnir. Renoncement absolu, sincère, efficace, et tel qu'il doit être pour mettre le pécheur en disposition de trouver grâce devant Dieu; sans cela rien de plus inutile que l'indulgiiK e, ou plu!ôt sans cela uulhî indulgence. Dieu peut bien remettre le péché sans eu reuii'ilre toute la peine; mais il ne remet jam lis la peine du péché, tandis que le pèche subsiste : or, il subsiste taudis que le peciieur n'y renonce pas, ou n'y a pas renoncé. Seconde conséquence : (luisqu'il faut renoncer à tout péché, il suffit donc d'avoir la conscience cliargéi) d'une seul [ié( hé mortel, pour êlre incapable de gagner l'indulgence du jubilé : je dis p'us, et j'ajoute qu'il suffit d'être devant Dieu coupable d'un seul péché véniel à quoi l'on est encore secrètement atlaché, pour ne la pouvoir gagner dans toute son étendue ; car au moins ne la peut-on gagner par rapport à co péché véniel dont la tache n'est pas effacée. Tel est l'ordre de Dieu plein d'équilc; il no se relâche de ses droits, quant à la peine du péché , qu'à mesure et à proportion (lue nous en détestons roffeusc. Troisième conséquence : il faut donc être vraiment contrit el pénitent, car c'est en termes exprès ce que porte la bulle : Vcre cunlriti.t el pœnitcntibus; mais, indépendamment de la bulle, la chose est évidente par toutes les règles du bon sens et de la raison, beaucoup pi us de la religion et du droildi vin. Or, sur cela, chacun doit s'é()rouver soi-même, pour reconuailre s'il est en état de prétendre à la grâce du jubilé ; et par là l'on doit faire le d scernemenl de ceux qui le gagnent d'avec ceux qui ne le gagnent pas.

lin elïet, on verra pendant ce saint temps un nombre infini de chrétiens qui, pour avoir part à l'indulgence du jubilé, paraîtront touchés de contrition, en donneront des marques publiques, pratiqueront les œuvres de la pénitence jusiju'à certain point ; assiégeront en foule les tribunaux, confesseront leurs péchés, se frapperont la poitrine, verseront mémo des larmes; mais, dans cette foule et sous ces dehors spécieux , y aura-lil beaucoup de vrais pénitenis? Vous le savez, mon Dieu, vous à e,ui rien n'est caché, et (lui pénétrez jusque dans le fond des co'urs; \ous savez si le ncuiibre des vrais j)énitents répoudra à l'abDiidance de vos miséricordes. Ce que je sais, c'est que vos niisériciu'des , quoique abondantes , sont , même dans ce temps de salut, limitées et uniquement réservées à ceux dont la contrition est sincère et solide; ce tiue je sais, c'est (|ue la fausse pénitence ne doit espérer Oe vous, dans aucun tiinps, ni grâce, ut rc-

i>:i HlYSTKRF.S. SF/iMON WIV. POl

mission : ics vrnis pénilenls , cp sont ci'iis «|ui lie so coiildUeitt piisdi' ji'.curor le ik'uÎio, mais (]ui en leliMiuheiil la causi.', mais (]iii on (luiitdil l'occasion, mais (|iii en réparoiil les pernicieux clTcls, mais mii en l'oiil cesser le scandale, mais qui en clieiclienl les remèdes, mais (lui s'y assnjeltisscnl de bonne loi : voilà les preuves d'une contrilion non suspecte, et voilà, sans en rien excepter, les dispositions absolument requises pour l'indulgence dont je parle. Or, combien peu s'acquitteront fidèlemenl, pleinement, exactement de tous ces devoirs, et, par une suite ncc.'ssaire , combien seront trompés et se tromperont eux-mêmes, dans la vaine conliancc dont ils se laisseront llatter, d'avoir recju le bienfait du Seigneur, et d'avoir pris lioiir cela toules les mesures convenables?

De là môme concluons encore, mes cbers tTuditeurs, qu'il n'est donc pas vrai ((ue l'indulj;ence , ni par conséiiuent le jubilé , .•inéanlisse la pénitence , ainsi (juc les héréti(|ues nous l'ont reproché : car, bien loin d'anéantir la pénitence, le jubilé la suppose «omiiie la première et la plus essentielle de toutes les conditions ; et l'on ne peut dire non plus que le jubilé soit un relâcbement lie la pénitence, puisque c'est au coulraire le plus engageant et le plus pressant de tous les nmtil's dont se sert l'Eglise pour exciter les pécheurs à faire de dignes fruits de péni- '.ence : et certes, à quiconque raisonnera juste dans les principes de la doctrine catholique, le jubilé bien entendu et l'indulgence bien conçue ne peut inspirer ()ue l'esjjrit de pénitence. Car qu'y a-t-il de plus propre à me faire prendre les voies de la pénitence, et de la parfaite pénitence, (jue d'envisager ce que l'Eglise me propose; et ce (jue Dieu me promet, si je suis assez heureux pour y entrer, savoir, l'entière rémission des peines ducs à mes péchés, si je les déteste, si j'en détache mon cœur, en un mot, si ma pénitence a toutes les qualités qu'elle doit avoir pour me remetire en grâce avec mon Dieu? Persuadé qu'une telle pénitence est le seul moyen pour obtenir celle rémission , quels efforts ne fais-je pas et <!uelles victoires ne suis-je [)as déterminé à remporter sur moi-même, pour surmonter toutes les difficultés qui pourraient s'opposer à ma conversion? On dit : J'en serai quitte pour peu de choses, et il ne m'oTi coulera que de faire ce qui est prescrit fiar la bulle : ainsi parle une âme peu éclairée, qui ne ( onnaît pas la grâce de Dieu ; ainsi pense une âme mondaine , qui cherche à se consoler dans le désordre de sa vie tiède et lâche, •lu'el'e veut toujours soutenir. L'une cl • ■t l'autre se fait de l'indulgence un prétexte à son iinpénilence ; mais d'où \iont rim])éMitence de l'une et de l'autre? est-ce du jubilé môme? non sans doute, mais des fausses conséquences qu'elles tirent l'une et l'autre !e l'intlulgence et du jubilé.

En suivant les maximes catholiques, je n'ai garde de tomber en de pareilles erreurs; car, m'attacliant à ces paroles qui en sont !c solide préservatif : VV/v ji'ïnilcnlil'us cl

l\ L'OUVERTUUE DU JDIÎlLf:. U2i

cnnlrilis , je veux dire à la nécessilé d'élro vraiment contrit et pénilcnl, bien loin de croire (jue j'en serai ((uitte pour jjcu do chose, en faisant ce qui est ordonné, je comprends que le jubilé m'engage à ce qu'il y a dans la religion de plus dilTuile, de plus héroïcine el de plus grand, (jui est une vraie conversion ; je comprends (]ue, pour me disposer à la grâce du jubilé, il n'y a point de violence que je ne doive me l'aire, point de passion que je ne doive sacrifier, point d'altache que je ne doive rompre, point de connnerce dangereux que je ne doive m'interdirc : pourquoi? parce que tout cela est de l'essence d'une conversion véritable et chrétienne. Kn suivant les maximes catholiques , comme je dois compter pour rien tout ce qui est d'ailleurs ordonné, si l'on en sépare celte vraie conversion ; aussi puis je, sans présomption, me prometire de la boulé de Dieu que tout le reste, quoique peu de chose, ne laissera pas de lui être agréable , et de m'aider à apaiser sa justice, si celte vraie conversion en est le fondement. A (luoi sert le jubilé, dit un chrélien lâche, si l'on n'en est pas moins obligé à faire pénitence ? et moi je réponds : il me sert à m'aquilîer pleinement envers Dieu des dettes dont, malgré toute ma pénitence, je pourrais encore lui être redevable; car, par la même raison qu'après avoir fait tout ce qui m'est commandé, je dois toujours me regarder comme un serviteur inutile , aussi, quelque exacte et quelque fervenlo que puisse êlre ma pénitence, je dois encore me consiilérer comme un pécheur qui est eu reste avec Dieu : et c'est alors ((ue l'indulgence m'est profitable, c'est alors que le jubile supplée à mon impuissance et met lo comble à ma justification. Eu suivant les maximes catholiques, |c ne me sens point, porte au relâchement de la pénitence ; car, ne pouvant jamais être assuré si ma pénitence a élé véritable, et si j'ai participé à l'indulgence du jubilé, parce que je ne puis jamais savoir si je suis digne d'amour ou (lo haine, ma seule ressource, dans cette afiligeanle incertitude, est de continuer toujourr. à faire pénitence, comme s'il n'y avait point eu pour moi d'indulgence.

C'est bien plutôt dans les principes des hérésiarques et dans leurs do;;mes scandaleux, ([ue l'on découvre le relâcbenient visible et même l'anéantissement total de la pénitence ; car n'est-ce pas la détruire et l'auéanlir, que de la faire consister, comme ils l'onl prétendu, dans un simple acte de foi par où lo pécheur se croit justifié et s'assure en clïet de l'être, sans en avoir d'aulrc témoignage (jue celui qu'il s'en rend au fond de son c<eur? N'est-ce pis anéantir la pénitence , que de la réduire par là à l'exercice le plus aisé et le plus couiinode, à un exercice qui ne mortifie en rien, qui n'assujetlit rien et e,ui n(! coûte rien davantage que de se consoler dans la créance liieu ou mal fondée que nos péchés nous sont remis ? n'est-ce pas anéantir la pénileuce, que de la dépouiller, comme ont fait les auteurs du schisme, de loutcs les œuvres humiliantos, laboiieuscj

nî3 onvTEL'ns sacres, rol'umloue.

et pénibles , en nbolissant lu coiitcssion, en supprinianl loutu l';iiislérilc de la s-itisfaction, en décriant les macérations du corps, en faisant cesser l'olillgation du jeûne ; en déchargeant le pécheur de tout cela, en lui rendant tmit cela odieux ; eu n'exigeant autre chose de lui. >ïinon (lu'il croie, sans hésiler, que, malgré ses péchés, il est revelu de la justice de Jésus-Christ ; et par là lui accordant plus qu'il ne pourrait, selon nous, espérer de l'indulgence cl de la péuileiux' jointes ensemble, puisque, inilépendamincnt de l'une et de l'aulre.on l'assure (ju'il ne doit plus rien à la jusiice de Dieu? Mais surtout n'est-ce pas anéantir la pénitence, et renverser toutes les idées que l'Ecriture nous en donne, de dire, comme les hérésiarques, que quand le pécheur est une fois justilié, il ne peut plus perdre la grâce; que, quelque crime ensuite qu'il commette, ses crimes ne lui sont plus imputés? La rémission des peines, que Dieu accorde par l'indulgence à un pécheur contrit et humilié, a-t-elle rien qui approche de ce relâchement, et fut-il jamais une indulgence, si je puis ainsi parler, plus monstrueuse que celle-là. et plus chimérique?

Cependani; pour recevoir l'indulgence du jubilé, suffit-il d'être en état de grâce? non, chrétiens ; mais je dis qu'il faut encore accomplir les œuvres ordonnées par la bulle ; les accomplir réellement : l'inlentiou et la volonté, quoique sincère, ne suffirait pas; les accomplir toutes, une seule omise, c'est assez pour uoiis priver de tout droit à l'indulgence; les accomplir au temps marqué, afin que, jointes ensemble, elles en aient plus de force et plus de verlu ; les accomplir eu espiit de pénitence, puisque, par une espèce de compensation , elles nous doivent tenir lieu d'une plus ample et plus sévère pénitence.

Mais quelles sont ces œuvres? Souffrez , mes frères, que, pour votre instruction, j'en lasse ici un détail abrégé : elles se réduisent à six.

Ku premier lieu, commencer les œuvres prescrites par la confession, afin que tout le resie, é^ant fait en état de grâce, eu soit plus méritoire, plus satisfacloire, plus saint, plus digne de Dieu ; et faire cette confession avec le même soin, la même ferveur que si c'était la dernière de la vie, puisque l'effet du jubilé doit être de nous mettre eu état d'aller jouir sans délai de la possession de Dieu, si la mort tout à coup nous enk'vait.

En second lieu, faire des aumônes, pour répandre sur les membres vivants de Jésus- Clirist les tributs que la pénitence impose à la charité. La bulle ne détermine point la quantité de ces aumônes, parce qu'elle suppose que vous les ferez chacun à proportion de voire pouvoir, mais encore plus chacun à proportion du nombre de vos péchés dont vous attendez la rémission. Car, selon la parole du Sauveur, celui à qui on remet plus , doit plus aimer, et par conséquent plus donner.

jeûner si la bulle l'urne l'ordunneiail pas,

jeûner pour être pUis en disposition de fléchir Dieu. Oui sait, disait le prophèle, exhortant le peuple de Dieu à l'abstinence et au jeûne, (jui siil si le Seigneur ne se tournera pas vers vous , et si, louché de vos jeûnes, il ne vous pardonnera pas ?

En quatrième lieu, visiter les églises assi pnées pour honorer les martyrs dont les reliques y sont en dépôt. Ces glorieux martyrs ont satisfait à Dieu, et le surplus de leurs satisfactions, qui ne leur a pas été nécessaire pour eux-mêmes, fait encore une partie du trésor qui nous est appliqué par le jubilé.

En cinquième lieu, prier avec toute l'Eglise, et conformément aux intentions du vicaire de Jésus-Christ. L'union des fidèles avec leur chef est un des plus efficaces et des plus excellents moyens pour obtenir de Dieu miséricorde.

Enfin, conclure par la communion, eu verlu de laquelle Jésus-Christ lui-même vient dans nous, demeure en nous, demande grâce pour nous. Quel sujet n'avons-nous pas de l'espérer, aidés d'un si puissant intercesseur ?

.Ml ! chrétiens, admirons la bonté de notre Dieu, qui veut bien, à de telles conditions, se relâcher de tous ses droits ; et reconnaissons qu'il n'appartient qu'au Père des miséricordes d'en user de la sorte envers des criminels qu'il pourrait abandonner à toute la rigueur de sa jusiice. Non, il n'ajiparlient qu'à lui : les hommes, pour de légères offenses, exigent les plus rigoureuses et les

En troisième lieu Jouiic ; et, (JU uiJ elle

plus longues satisfactions; et le monde même y est tellemeiil accoutumé, qu'on ne s'en ctonno point; qu'on se soumet sans hésiter à toutes les réparations <iue peut demander un maître dont on a eneouru li disgrâce, qu'on s'estime encore heureux de s'insinuei tout de nouveau, de se rapprocher el de rentrer en faveur auprès de lui. ("loinbien y a-l-il pour cela de temps à attendre ? combi<'n y a-l-il d'intrigues à former et d'iniercesseurs à employer ? et toutefois, de quoi souvent s'agit-il, et quelle est celte faute qui coule tant de repentirs et de peines ? peutêlre une paro'e indiserèle et peu respectueuse, peut-être un service mal rendu el une négligence.

Voilà, pécheurs, par une utile comparaison, ce qui vous doit faire goûter votre bonheur, d'avoir à Irailer maintenant avec un Dieu qui vous remet tout et qui demande si peu pour une abolition si parlailc. Tel m'écoute, qui, depuis les dix el les vingt années a vécu dans le crime : c'est un libertin qui , par état et par profession, s'c>l porté à toutes les impiétés ; c'est un voluptueux qui, dominé par la plus honteuse passion , a vieilli dans la débauche ; qutd combler do délies, el que fera-l-il pour les acquitter? A tout autre tribunal que celui de Dieu, il n'y aurait plus d'espérance, plus de retour, plus de rémission ; mais, au tribunal de la divine miséricorde, il peut, s'il le veut, se décharger du fardeau el de tout le fardeau qui l'aecable. Oui, iik>u (lier auditeur, cussie^vous

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MYSTERES. SEUMON XXIV. l'OVW LOliVElUUKE l>U JUBILE.

<''U' jiiS(]u'A présent riioinnic lo plus abandonné à vos passions, el le nonilire de vos pi'clios, pour rm- servir de coite ti^'ure du

iiroplièle, passàl-il le nombre di s elieveux (• voire tèle, ou celui des {;rains de sable qu"élale la mer sur ses rivages, il ne s'a};it uiainleiiant, pour eu être quille devant Dieu, el vraiuienl quille, el pU-inenienl quille, et irrcvocablenienl quille, il n'. st, dis-je, question, supposé le re|)enlir sincère de voire firur, que de quelques jours consacrés au jeune, que de i)uel(|ues heures employées à la prière, que de queUiues (cuvres de la charité el de la piéléchrélicnnc. l'^lcs-vous assez cnni'mi de vous-même pour perilre volontairement la plus grande de toutes les grâces, lorsqu'elle vous est si libéralement accordée, lorsqu'elle vous est plutôt donnée que vendue , lorsque vous avez tant à craindre qu'elle ne vous soit enlevée pour jamais, et <|ue n'ajanl pas été pour vous, par voire cndurcissemonl, une grâce de rémission, elle ne devienne contre vous un titre de condamnai on? é es- vous, ou assez peu instruit, ou assez peu louché du malheur d'un homme livré à la justice divine cl à ses redoutables rliâlimenls, pour ne travailler pas à les prévenir cl à vous en préserver'? Mais saint l'aul, saisi lui-même de frayeur, tout apôtre (]u'il était, ne vous dit-il pas que c'est une <ho>c terrible que de tomber dans les mains «lu Dieu vivant '? U orrendum est incUkre in VKiiius l)ci vivenlis [Hebr. X). Achevons, cl pour dernière inslruction , voyons ce que d'iil opérer dans nous l'indulgence du jubilé, et (piels fruits nous en devons retirer; c'est la troisième partie.

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