PREMIÈRE PARTIE
C'est parla crainle du Seigneur ([ue doit cooiioencer le salutde l'homme , el la eharilé même la plus parfaite ne serait ni solide ni assurée, si la crainte des jugements de Dieu ne lui servait de fondement et de base. C'est donc avec sujet qu'en vous annonçant aujourd'hui le grand mystère du salut, (jui est la naissance de Jésus-Christ, notre Sauveur, je vous y fais remar(iuer d'abord ce que doit exciter en vous cette crainle salutaire, dont voici les puissants motifs. Craignez , hommes du monde, c'est-à-dire, vous qui, remplis de l'esprit du monde, vivez selon Ses lois el ses maximes : craignez, parce ([ue le Sauveur qui vous est né, dans les idées pratiques, mais chimériques (jae vous vous en formez, et dans l'usage, ou pli!l(\t dans l'abus que vous faites de sa miséricorde envers vous , tout Sauveur qu'il est, n'e.st peut-être pour vous rien moins qu'un Sauveur. Craignez, parce que c'est un Sauveur, mais qui peut-être n'est venu que pour votre confusion el pour votre condamnation. Craignez , parc(! que ce Sauveur ne pouvant vous être indifférent, du moment qu'il ne vous sauve pas, doit nécessairement ^ous perdre. Pensées terribles pour les mondains; mais qu'il ne tient qu'à vous, mes chers auditeurs, devons rendie utiles et profitables, en les méditant dans l'esprit d'une humble et d'une véritable componction.
C'est, dis-je, un Sauveur qui vous est né; mais qui, dans les fausses idées dont vous êtes prévenus, n'est rien moins ()u'un Sauveur pour vous. Comprenez ma pensée, cl vous
StCOND AVENT. StKMON M. SUR LA NATIVITE DE J.-C.
coiiviiMidroz malgré vous-in/'tncs de celle liistc vérité. Car vous voulez qu'il vous sauve, mais vous vous mettez peu en peine qu'il vous délivre de vos péeiiés. ^'ous voulez qu'il vous sauve, mais vous prétendez qu'il ne vous en coûte rien. Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous ne vou!( z pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis pour vous sauver. Or, tout cela, ce sont autant de contradictions , et pour peu (ju'il vous reste de religion, ces contradictions énormes sont les justes sujets qui doivent aujourd'liui vous faire trcmliler. N'appréhendez pas que je les grossisse, pour vous donner de vaincs frayeurs ; mais craignez plutôt que nu-s expressions ne soient trop faibles pour vous les faire conce\oir dans toute leur étendue et dans toute leur force.
Vous voulez que ce Dieu naissant soit pour vous un Dieu Sauveur; mais au même temps, par une opposition de sentiments et de conduite dont peut-être vous ne vous apercevez pas, vous éles peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés. C'est pour cela néanmoins, et pour cela uniquemenlj, qu'il est Sauveur; et celte qualité, par rapport à vous, ne lui appartient ni ne peut lui appartenir qu'autant qu'il vous dégage des passions, des vices, des habitudes (jui sont l s sources de vos péchés, el dont vous êtes Icj malheureux esclaves. S'il ne vous en délivre pas, el si, bien loin de souhaiter d'en être délivrés, vous en aimez l'esclavage el la servitude , raisonnez comme il vous plaira, ce Dieu, quoique Sauveur par excellence, n'est pour vous Sauveur que de nom, el tout le culte que vous lui rendez en ce jour n'est qu'illusion ou hypocrisie.
Il n'y eut jamais de conséquence plus immédiate que celle-là dans les principes et dans les régies du christianisme que vous professez, ^'ous l'appellerez Jésus, dit l'ange à Joseph, el pourquoi ? Parce qu'il délivrera son peuple des iniquités el des péchés qui l'accablent : Vocabis 7iomen ejus Jesum ; ijjsc enim salvum faciel poinilum suum a peccalis eorum (Matth., I). Prenez garde, mes frères, c'est la remarque de saint Chrysoslome, il ne dit pas, vous l'appellerez Jésus , parce qu'il délivrera son peuple des calamités humaines sous le poids desquelles il gémit. Cela était bon pour- ces anciens sauveurs qui ne furent que la ligure Je celui-ci, cl que Dieu envoyait au peuple juif comme à un peuple grossier el charnel. Ce Jésus , dont nous célébrons la naissance, était destine pour une plus haute et une plus sainte mission; il s'agissait pour nous d'une rédemption plus essentielle el beaucoup plus paifaite. Ces maux, dont nous devions être guéris, étaient bien plus dangereux et plus mortels que ceux qui , dans l'Egypte , avaient affligé le peuple de Dieu ; et c'est pour ceuxlà, dit saint Chrysoslome, qu'il nous fallait un Sauveur. Le voilà venu ; non pas, encore une fois, pour nous sauver des adversités et des disgrâces de cette vie : nous sommes indignes de la profession el de la qualité de eliréliens si nous mesurons par là sa grâce,
et si c'est de là i|ue nous faisons dépendre le pouvoir qu'il a de nous sauver : il ne nous a point été promis de la sorte. Mais le voilà venu pour nous délivrer de la corruption du monde, des désordres du monde, des erreurs du monde. Le >oilà venu pour nous affranchir du joug de nos passions honteuses , de la tyrannie du péché à (luoi nous nous sommes assujettis, delà concupiscence de la chair qui nous domine, de l'esprit d'orgueil dont nous sommes possèdes, de nos altacliements criminels, de nos haines, de nos aversions, de nos malignes jalousies ; c.ir cisont là nos vrais ennemis , el il n'y avait qu'un Dieu Sau\eurqui [)ût nous tirer d'uni' si funeste captivilé : aussi est-ce pour (e!;i qu'il a voulu naître : Ipsc cnhn salvum fnticl po])ulum suum a prccalis coricm.
Or, dites-moi, chrétiens, est-ce ainsi que vous l'avez entendu et ([ue vous l'entendez encore? Que chacun s'exaniiiu' devant Dieu. Où est l'ambitieux parmi vous qui, regardant son ambitiiui comme la plaie de son âme, en souhaite de bonne foi la guerison ? Où est rimpudi(iue el le voluptueux «jui , réellemenl allligé de l'être, désire, mais efficacement el comme son souverain bien , do de ne l'être plus? Où est l'homme avare et intéressé qui, honteux de ses injustices et de ses usures, déteste sincèrement son avarice? Où est la femme mondaine (jui , éeoulanl sa religion, ail horreur d(' sa vanité, et pense à détruire son amour-propre? De (jnelle passion, de quelle intlinalion vicieuse et dominante ce Sauveur vous a-l-il délivrés jusqu'à présent ? A quoi donc le reconnaissez vous connue Sauveur; et, s'il est Sauveur , par où montrez-vous qu'il est le vôtre ? Quelle fonction en a-t-il faite , et lui avez-vous donné lieu d'en faire à votre égard? Or, quand je vous vois si mal disposés, ne seraisje pas prévaricateur si je vous annonçais sa venue comme un sujet de joie? El, pour vous parler en ministre fidèle de son Evangile , ne dois-je pas, au contraire vous dire, el je vous le dis en effet : détrompez-vous et pleurez sur vous; pourquoi? car tandis que, possédés du monde, vous demeurez en de si criminelles dispositions, encore que le Sauveur soit né, ce n'est point proprement pour vous qu'il est né; disons mieux : encore quj le Sauveur soit né, vous ne profitez pas plus de sa naissance que s'il n'était pas né pour vous.
Ali I chrétiens, permettez-moi de faire ici une réilexiou bien douloureuse, el pour vous el pour moi , et qui vous paraîtra bien louchante et bien édifiante. Nous déplorons le sort des Juifs , qui, malgré l'avantage d'avoir vu naître Jésus-Christ au milieu d'eux et pour eux, ont eu néanmoins le malheur de perdre tout le fruit de ce bienfait inestimable, et d'être ceux mêmes qui, de tous les peuples de la terre, ont moins profité de cette heureuse naissance. Nous les plaignons, el en les plaignant nous les condamnons ; mais nous ne prenons pas garde qu'en cela même leur condition , ou plutôt leur uusèro el la nôtre sont à peu prés égales. Car, en
ORATF.imS SACRES. LIOURDALOUff.
quoi a Cl)^si^lA la réprolt.itinn di's Juifs? En ce qu'au lieu du vrai Mcssii- que Dieu leur avait destiné, et ((ui leur était si nécessaire, ils s'en sont liguié un autre selon leurs grossières idées et selon les désirs de leurs creur. En ce qu'ils n'ont compté pour rien celui (jui devait être le libérateur de leurs ânies, et qu'ils n'ont pensé qu'à celui dont ils se promettaient le rétablissement imagin.iire de leurs biens et de leurs fortunes. Ence(iu'aynnt confondu ces deux genres de salut, ou, pour parler plus juste, en ce qu'ajani rejeté l'un, et s'élant inutilement flat(és de la vaine espérance de l'autre , ils ont (oui à la fois été frustrés et ilc l'un et de l'autre, et qu'il n'y a eu pour <u\ nulle rédemption. Voilà , dit saint Augustin, quelle fut la source de leur perte : l'emporalid ainillere me-luenint , et œlernn non cogitaverunt , ac sic ulrumquc amiserunt {Angust.). Or cela même, mesehers auditeurs, n'est-ce pas ce qui nous perd encore tous les jours? Car, quoique nous n'attendions plus , comme les Juifs , un autro Messie, quoique nous nous en tenions à <-elui que le ciel nous a envoyé, n'cst-il pas vrai, confessons-le et rougissons-en, qu'à en juger par notre conduite, nous sommes, à l'égard de ce Sauveur envoyé de Dieu, dans le même aveuglement où furent les Juifs, et où nous les voyons encore à l'égard du Jlessie qu'ils attendent, et en qui ils espèrent? Je m'explique.
Nous invoquons Jésus-Christ comme Sauveur, mais nousl'invoquonsdans le même esprit que le Juif réprouvé l'invoquerait: c'est-àdire nous rinvo(]uons (lourdes biens temporels, mais avec une indilîennce entière pour \cs(ilvn\(i\i:Teini)or(iliaa>tiillercmelu('runt,et (Tlerna non coyilaverunt. En elTet , sommesnous dans l'adversité, sélève-t-il contre nous une pcr-é(Ulion,s'agil-il ou de la fortune ou de l'honneur, c'est alors que nous recourmis à ce Dieu qui nous a sauvés, et que nous voulons encore qu'il nous sauve ; mais de quoi? d'une affaire qu'on nous suscite; d'une maladie qui nous alllige; d'une disgrâce qui nous humilie. Voilà les maux qui réveillent noire ferveur, qui nous rendent assidus à la prière, dont nous demandons non-seulement avec instance, maisaver impatience, d'être ou préservés ou délivrés : Temporaliaamillercmehierunl.Mitis sommes-nous dans l'élat et dans le désordre d'un péi hé habituel (pii cause la mort à noire âme, à peine nous souvenonsnous qu'il y a un Sauveur toul-puissani pour nous en faire sortir; à i)oiiie, pourl'y engager, nous adressons-nous ui.e fois à lui , et lui disons-nous au moins avec le prophète : Uâlez-vous , Seigneur, tirez-moi du profond abîme où je suis plongé. Insensibles au besoin présent où nous nous trouvons, nous y demeurons tranquilles et sans alarmes : ht œlerna non f ogitnvcrunt. Que dis-je? bien loin de courir au remède, peut-être le craignons-nous, peut-êlie ie luyons-nous , peulêlre sommes-nous assez pervertis |)onr nous faire de notre péché même une folicilé secrète pour nous en applaudir au fond de l'âme, Dour nous en glorifier. Nous souimci donc
alors, quoi(iue chrétiens, aussi Juifs d'esprit et de (d'ur que les Juifs mêmes ; et dans la comparaison de leur iiifidélilé el de la nôtre, la nôtre est d'autant plus condamnable, quo nous méprisons un Sauveur en (|ui nous croyons, au lieu que les Juifs n'ont péché contre lui que parce qu'ils ne le conn.iissaient pas , et c'est ce qui doit nous faire trembler.
Notre aveuglement va encore plus loin.
Nous voulons (|ue ce Dieu fait chair nous sauve, mais nous prétendons qu'il ne nous en coûte rien ; autre coniradiclion et autre sujet de noire crainte : car il n'est Sauveur pour nous (ju'à une condition , et cette condition c'est (lue nous nous sauverons nousmêmes avec lui et par lui. il nous a créés sans nous, ce sont les paroles de saint Augustin, que l'on vous a dites cent fois, et dont je voudrais aujourd'hui vous faire pénétrer toute la conséquence ; il nous a créés sans nous , mais il ne lui a pas plu , et jamais il ne lui plaira de nous sauver sans nous. 11 veut que l'ouvrage de notre salut, ou plutôt (|ue l'accomplissement de ce grand ouvrage dépende de nous, et que, sans nous en attribuer la gloire, nous en partagions avec lui le travail. Comme Sauveur, il e>l \enu faire pénitence pour nous, mais sans préjudice de celle que nous devons faire nous-mêmes et pour nous-mêmes. Comme Sauveur , il a prié, il a pleuré, il a mérité pour nous; mais il veut que nos prières jointes à ses prières, que nos larmes mêlées avec ses larmes, tjue nos œuvres sanctifiées par ses œuvres , achèvent en nous cette rédempiion dont il est l'auteur, et dont, sans nous, il ne serait pas le consoiumaleur. Comme Sauveur, il s'est fait dans la crèche noire victime, et il a commencé dès lors à s'immoler pour nous; mais il veut que nous soyons prêts à nous immoler avec lui ; et il le veut tellement, il a tellement fait dépendre de là l'efficace et la v ertu de son sacrifice, par rapport à noire salut , que , tout Sauveur qu il est , remarquez ceci , c'est-à-dire que tout disposé (ju'il est en notre faveur, que quoiqu'il nous ait aimés jusqu'à se faire homme |)our nous, malgré tout son amour, malgré tout ce qu'il lui en coûte pour naître parmi nous et comme nous , il consent néanmoins idulôt (jue nous périssions , plu'otqiie nous noi.'s damnions, plutôt (itie nous soyons éternellement exclus du nombre de ses prédcs~ linés, que de nous sauver de celte rédempiion gratuite telle que nous l'entendons, parce que, sous ombre d'honorer sa grâce, eu lui aliribuant noire salut, nous ne la ferions servir qu'à fomenler nos désordres.
11 faut ilonc, et il le faut nécessairemeni, que pour être sauvés, il nous eu C(u"ite comme Il lui en a cnûté. C'est l,i loi (lu'il a établie. Loi (jue s.iint Paul observait avec tant de fidélité quand il disait : Adiwplco ra quœ dcsunt yassionum Clnialiin curnc nica {Cotoss., I ) : j'accomplis dans ma chair ce qui a manqué aux souffrances de la chair innocente et virginale de Jésns-ilhrist, Loi générale et absolue donl jamais Dieu u'a dis-
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priis^, ni ne (lisponsern. Copcmlniit, hommes comme l'ango, (jtic ce Messie esl un Sauveur
du siùcle, vous voulez ('tre exeiiipls de cette pauvre et hunit)'e, né dans rol)S( urité d'une
loi : elle vous parait trop dure et trop oné- élable , je vous assurais aujourd'liui (]iie
rcuse, et vous ciierrhez à eusecouerle jou<;. cela n'est pas, qu'on vous a trompés , <]ue
Vous voulez le salut, mais vous le voulez c'est un Sauveur d'un ciractt^re tout oppose;
sans condition et sans charj^e. \'ous le vou- (ju'il est ne dans l'éclat et dans la pompe ,
lez, pourvu (]u'on n'exige de vous ni assu- iLins la fortune , d^ns l'alKHidance , dans les
jettissemeiit, ni contrainte, ni elïort, ni vie- aises et les plaisirs de la vie, et (juc ce sont
loire sur vous-mèuies. \'ous le voulez, mais là les moyens à quoi il a attaché votre salut,
sans l'acheter et sans y rien mettre du vôtre. cl sur quoi il a entrepris de fonder sa reli-
r.ar en effet , que vous en coûte-t-il, cl en pion; si, par un renversement qui ne peut
quoi oserez- vous me dire que vous y coopé- être, mais que nous pouvons nous figurer,
rcz'? que sacrifi.'Z-vous pour cela à Dieu"/ la cimse se trouvait ainsi, et que ce (luc
quelles violences vous faites-vous à vous- j'appelle supposition fut une vérité, niarquez-
mèmcs?I\[ais aussi Dieu m'oliligc-t-il ;\ vous moi ce que vous auriez à corriger dans vos
déclarer de sa part que, tandis (]ue vous vous sentiments el à réformer dans voire conduite,
en tenez là, ce salut que Jésus -Christ est pour vous acconunoder à ce nouvel Evan-
venu apporter au monde n'est point pour gile. (Changeant de créance , seriez-vous
vous, et (jue vous n'y (le>ez rien préieiKlrc obligés de changer de nuDurs? Faudrail-il
Or, de la concluez si la naissance tie ce Dieu- renoncer à ce que vous êtes , pour élrc dans
Hommi" a de quoi vous rassurer et vous con- l'étal de ])erfeclion où ce Sauveur vous vou-
soler. drail alors '? ou plutôt, sans rien changera
Knfin, vous voulez qu'il vous sauve, mais, ce que vous êtes , ne vous trouveriez-vous par une tioisiéme contradiction qui ne me pas alors de parfaits chrétiens, et i»'auriezsemble pas moins étonnante, vous ne voulez vous pas de quoi vous féliciter d'un système pas que ce siit par les moyens qu'il a choisis de religion d'où dépendrait votre salul, et jiour vous sauver. (Juoiquc ces moyens aient qui se rapporterait si bien à votre goûl, à été concirtés et résolus dans le conseil de vos maximes et û toutes les règles de vie sa sagesse éternelle, ils ne vous plaisent pas. que le monde vous prescrit'? N'est-ce pas Quoiiiu'ils soient consacrés dans sa personne, alors que je devrais vous dire : Ne craignez et autorisés par son escm|)le , vous ne les point, car voici, au contraire, un grand pouvez goûter. Et quels sont-ils '? la haine sujet de joie pour vous: livaiu/clizo vobis du monde et de vous-mêmes, le détachement gaudium mtmnum (Aitc. ,11). Kh quoi! c'est du momie et de ses biens, le renoncement qu'il vous est né un sauveur, mais un sauau monde et à ses plaisirs, à ses honneurs, veur à votre gré et selon vos désirs , un saula paiivielé du cœur, l'humilité de cœur, la veur commode, un sauveur suivant les prinmorlification des sens et l'austérité delà vie. cipcs du()uel il vous sera permis de satisfaire Tout cela vous choque cl vous fait horreur. vos passions, un sauveur qui, bien loin de "Vous voudriez des moyens plus proportion- les contredire, les approuvera , les autorinés à vos idées et plus conformes à vos sera. Or, voyant un tel sauveur, consolezinclinations : et moi, je vous dis que c'est vous. Ne scrais-je pas, dis-je, bien fondé à pour cela que voas devez tiembler; pour- vous parler de la sorte, el, en m'écoutanl, quoi'? parce qu'indépendamment de vos ne vous diriez-vous pas à vous-mêmes, remidée-! et de vos inclinations, il est certain , plis d'une joie secrète : Vv)ilà le sauveur el d'une part, que ce Dieu naissant ne vous le Dieu ijuil me fallait. Ah! chrétiens, je sauvera jamais par d'autres moyens que le confesse, dans ce nouveau système de ceux qu'il a marqués, cl qu'il est évident, religion, vous auriez droit de vous réjouir; de l'autre, que jamais ces moyens, qu'il a mais vous êtes trop éclairés pour ne pas marqués pour vous sauver, ne vous sauve- conclure de là que ce qui serait alors votre ronl, tandis que vous voudrez suivre vos consolation , doit aujourd'hui vous saisir de inclinations et vos idées. A'ous voulez qu'il frayeur; car puisque, supposé cet Evangile vous sauve selon voire goût qui vous perd prétendu, je pourrais vous dire que je vous et qui vous a perdus, ^"oilà le Iristc mystère apporte une heureuse nouvelle, en vous que j'avais d'abord à vous annoncer; d'au- prêchant un E\angile direclemenl contraire tant plus triste pour vous, si vous l'cnlendez à celui-là, je suis oblige de vous tenir tout el si vous n'en profitez pas. un autre langage. Je dois , au hasard de
Mais je veux vous le rendre encore plus troubler la joie de l'Eglise, qui est une joie sensible par une supposition que je vais sainte, troiililer la vôtre, qui , dans l'aveufaire ; peut-être vous sur|irenilra-l-elle ; et glemcnt où vous vivez , n'est qu'une joie l'aise le ciel qu'elle vous surprenne assez fausse el présomptueuse. Je dois vous dire : pour vous forc<r à reconnaître votre infidé- Tremblez ; pourquoi? C'est qu'il vous est né lilé secrète, el à prendre des Sentiments plus un sauveur, mais un sauveur (jui semble cbrélicns! Dites- moi, mes chers auditeurs, n'être venu au monde que pour \otre consi Dieu vous avait envoyé un Jêsns-Cbrisl fusion el pour votre condamnation ; un sautent différent de celui que nous croyons, veur opposé à toutes vos inclinations, un c'est-à-dire s'il vous était venu du ciil un sauveur ennemi du monde et de tous ses sauveur aussi favorable à la cupidité des biens, un sauveur pauvre, humilié, soulhommes que celui (]ue nous adorons y est frant. \'éritês aflligeantes, el pour (|ui? pour contraire; si, au lieu de vous annoncer, >ous, mondains, c'est- à dire pour vous,
ORATF.URS SACRES. BOURDAI-OUD.
riches Ju ninnJc , possédés de vos richesses ( l enivrés de voire fortune : pour vous, ambitieux du niiinile, éblouis d'un vain éclat, et adorateurs des pompes humaines ; pour vous , sensuels et voluptueux du monde , idolâtres de vous-mêmes et tout orcupés de vos plaisirs. Ci'pendant, après avoir considéré ce tiiy^tère de crainte, ce mjstère de douleur que je découvre d'abord dans la naissance d'uu Dieu-Homme, voj'ons, chrétiens , le mystère de consolation qu'elle renferme, et <|uelle part vous y pouvez avoir. C'est la sc( ondi' parlie.
SECONDE PARTIE
Quelque vaine que soit devant Dieu la différence des conditions, et quoique honneur que Dieu se fasse dans l'Ecriture, d'élre un Dieu égal à tous , qui n'a égard ni aux qualités ni aux rangs, et qui ne fait acception de personne : Non est personanun acceptor />(■((.« ( Act. , X ) , il est néanmoins vrai , chrétiens, que, dans l'ordre de la grâce, la prédilection de Dieu , si j'ose me servir de ce terme, a toujours paru élre pour les pauvres et pour les petits, préférablement aux grands et aux riches. N'en cherchons point la raison, et contenliMis-nous d'adorer en ceci les conseils de Dieu qui , si-lon l'.ApAlre, fait miséricorde à (|ui il lui plaît, et justice à qui il lui plaît. Prédilection de Dieu, que tout l'Evangile nous prêche, mais qui nous est marquée visiblement et au Ihentiquement dan s l'auguslc mystère que nous célébrons ; car qui sont ceux que Dieu choisit les prcniirrs pour leur révéler la naissance de son Fils? Des bergers, c'est-à-dire des pauvres attachés à leur travail, des hommes inconnus au monde, et contents de leur obscurité et de la simplicité de leur étal. Ce sont là ceux, dit excellemment saint Ambroise, dont Jesus- Clirist fait les premiers élus , ceux qu'il appelle les premiers à sa connaissance, ceux dont il veut recevoir les premiers hommages, ceux qui paraissent comme les premiers domestiques de ce Dieu naissant , et qui environnent son berceau , pendant que les grands de la .hidée, que les riches de Jérusalem , (]uo les savants et les esprits forts de la syn.igogiie. abandonnés, pour ainsi parler, et livrés à eux-mêmes, demeurent dans les ténèbres de leur infidélité , et semhlenl n'avoir nulle part à la naissance du Sauveur.
Oui, mes frères, disait saint Paul aux Corinthiens , voilà les prémices de votre vocation , des faibles choisis pour confondre les puissants, des simples i)Our confondre les sages, des sujiîls vils et méprisables selon le monde pour confondre dans le monde ce qu'il y a de plus éclatant el de plus éle\é. C'est par où le christianisme a commencé; telle fut l'origine de l'I'^glise, qui, selon la remarque de saint Chrysostome, était alors toute renfermée dans l'élablc de Rethléem, puisque hors de là Jésus-Christ n'était |ioint connu. Et c'est, grands du monde qui m'écoutez, ce qui devrait aujourd'hui vous affliger ou même vous désoler, si Dieu par son aimable providence n'avait pris soin d'y pourvoir. Mais rassurez-vous, et convaincus
e l'immcnsilé de
comme vous l'allez être ses miséricordes, malgré les malheureux engagements de vos conditions , confiez-vous on lui. Car voici trois grands sujets de con-r solation que je tire du mystère même dont nous faisons la solennité. Rendez-vous-y atlentifs ; et après l'avoir médilé, cet ineffable mystère, avec tremblement el avec crainte , goûtez-en maintenant toute la douceur : Ecce enim erangelizo vohis gaudiimi magnum.
En effet, quelque exposés que vous soyez à la corruption du siècle, et quelque éloignés qui' vous paraissiez du royaume de Dieu, Jésus-Christ ne vous rebute point; et bien loin de vous rejeter, il ne vient au monde que pour vous attirera lui : grâce inestimable à laquelle vous devez répondie. Quelque apparente contrariété qu'il y ait entre voire état et l'état de Jésus-Christ naissant, sans cesser d'être ce que vous êtes, il ne tient qu'à vous d'avoir avec lui une sainte ressemblance : secret important de votre prcdi slination , que vous ne devez pas ignorer. Quelque danger qu'il y ait dans la grandeur humaine, et de quelque malédiction qu'aient été frappées les richesses du monde , vous pouvez vous en servir, comme d'autant de moyens propres pour honorer Jésus-Christ, et pour lui rendre le culte particulier qu'il attend de vous : avantage infini dont vous devez profiter et qui doit être comme le fond de vos espérances. Encore un moment de réflexion pour des vérités si touchantes.
Non, mes chers auditeurs, quoique Jésus- Christ, par un choix spécial et divin, ail voulu naître dans la bassesse et dans l'humiliation , il n'a point rejeté pour cela la grandeur du monde, et je ne crains point de vous scandaliser en disant que, dès sa naissance, bien loin de la dédaigner , il a eu des égards pour elle, jusqu'à la rechercher même et à se l'attirer. L'Evangile qu'on vous a lu en est une preuve bien évidente. Car in même temps que ce Dieu Sauveur appelle des bergers cl des pauvres à son berceau, il y appelle aussi des mages, des hommes puissants cl opulents, des rois, si nous en croyons la tradition. En même lemps qu'il députe un ange à ceux-là, il fait luire une étoile pour ceux-ci. En même lemps que ceux-là, pour venir le reconnaître et l'adorer, quittent leurs troupeaux , ceux-ci abandonnent leur pays , leurs biens , leurs états. De savoir qui des uns et des aulres l'honorent le plus ou lui sont plus cbers, c'est ce que je n'entreprends p;is encore de décider. Mais sans en faire la comparaison , au moins est-il vrai que les uns et les autres simt reçus dans l'élablc de ce Dieu-Homme; au moins est-il vrai que ce Dieu , caché sous le voile de l'enfance, se manifeste aux uns et aux aulres , et que la préféruice qu'il donne aux petits n'est point une exclusion pour les grands.
Or cette pensée seule, hommes du monde, ne doit-elle pas ranimer toute votre confiance, cl n'est-clle pas plus que suffisante pour vous fortifier et pour vous encourager'.' Mais de là même il s'ensuit encore (iiiel(iu<' chose de plus consolant pour vous. Et quoi?
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SECOND AVEiNT. SERMON VI. SUil LA NATIVITE DE J -C,
G'i'sl M "'il i'>l ili>iic constant i\\\v Jésus-Christ «l.ins le m\ ?lùif tle sa naissance , inLlé[icndaminont do la prodilcrtion iiuil peut avoir pour les uns préléral^lemenl aux autres, a iiien pins lait au fond [lour les grands que pour les petits ; et que, dans un sens, h s grands qu'il a appelés lui sont beaueoup plus redevables. Comment cela? C'est, dit saint Clirysoslome, qu'il a fallu une vocation plus forte pour attirer à Jésus-Christ des grands, des puiss.ints du siècle, tels qu'étaient les niasres, (|ue pour y attirer des pasleurs, dont l'innorance et la faiblesse semblaient être déjà comme des dispositions naturelles à l'humilité de la foi. Dans ceuxci rien ne résistait à Dieu ; mais dans rt'u\-IA la grâce de Jé>us-Christ eut tout à combattre et à vaincre, c'est-à-dire le monde avec toutes ses concupiscences. Cependant, c'est le miracle qu'elle a opéré, et voilà l'insigne victoire que la foi de Jésus-Christ naissant a remportée sur le monde : Hœc est vicloria (pue lincit mundwn, fidcs nosira (I Joan., \). Foi triomphante et victorieuse, qui , malgré l'orgueil du monde, a eu assez de pouvoir sur leurs esprits pour leur faire adorer dans uu enfant le Verbe de Dieu et sa sagesse; qui, malgré le libertinage du monde, a fait assez d'impression sur leurs cœurs pour en arracher les passions les plus enracinées , a été assez efficace pour les captiver sous le joug de la religion chrétienne.
Après cela, qui que vous soyez et quelque rang qie vous teniez dans le monde, plaignez vous que votre Dieu réprouve votre condition, ou que votre condition vous éloigne de Dieu I Non, chrétiens, elle ne vous en éloigne point, ni voire Dieu ne la ré|irouve point. Elle ne vous en éloigne point, puis(iuc vous voyez que lui-même il la prévient des grâces les plus abondantes; il ne la réjirouve point, puisqu'un de ses premiers soins en venant au monde est de la sanctifier dans les mages et de la réformer en vous. Il réprouve les abus et les désordres de votre condition ; il en réprouve le faste, il en réprouve le luxe, il en réprouve la molk-sse, il en réprouve la dureté et l'impiété, mais sans la réprouver elle-même , puisque c'est pour elle et pour vous-mêmes qu'il ouvre aujourd'hui le trésor de ses miséricordes les plus efficaces et bs plus particulières. Comme il est le Dieu de toutes les conditions, et qu'il vient pour sauver tous les hommes , sans nul discernement de condition , il veut que dès son berceau , où il commence déjà à faire l'office de sauveur, on voie à sa suite et des grands et des petits, et des riches et des pauvres, et des maîtres et des sujets. Approchons , et approchons tous , allons à sa crèche, el allons-y tous; c'est de sa crèche qu'il nous appelle, de sa crèche qu'il nous tend les bras, de sa crèche qu'il veut répandre sur nous, et sur nous tous, les mêmes bénédictions.
Mais, après tout , quel rapport peut-il y avoir entre sa pauvreté et l'opulence, entre .'•es abaissements et la grandeur , entre sa tiiisère et les aises do la vie? A cela je ré-
ponds par uni' seconde |)rdpo.silio«i que j'ai avancée <l (jue jt; repremis. Je dis ((u'il du tient (|u'à vous, sans cesser d'être ce quo vous êtes, de vous icndre semblables à Jésus- Christ naissant; et malgré toute la contrariété qui paraît entre votre étal et le sien, d'avoir avec lui cette conformité parfaite, sur la(iuelle est fondée, selon saint Paul, la lirédestinalion de l'Iiouune. il faut, pour être reconnu de Dieu et pour avoir part à sa gloire, porter le caractère de cet enfant qm vient de naître, et lui ressembler; et c'est de lui, et de lui seul à la lettre, (|u'on peut bien nous dire : Aisi cfficiamini sicn( piirvitlu!! isle, non intrabili't in regnum cwlorum {Mut., XVIII). Il y a d'abord de quoi vous troubler, de quoi même \ous effrayer; mais écoulez ce (jue j'ajoute, (^ar je prétends ((u'il ne vous est ni impossible, ni niéino dillicile, en demeurant dans votre condition, de parvenir à cette divine ressemblance; pourquoi? parce (lue , coiiune chrétiens , vous pouvez être grands el humbles de canir, riches et pauvres de cœur, puissants et modestes ou circoncis de cœur. Or, du moment que vous joignez l'humilité à la grandeur, la modotie à la puissance, le détachement des richesses aux richesses mê(nes , dès là il n'y a plus d'opposition entre l'état de Jésus-(]hrist et le vôtre. Au contraire, c'est justement par là que vous avez l'avantage d'être plus conformes à ce modèle des prédestinés; c'est par là que vous en êtes dans le monde des copies plus achevées. Car le caractère de ce Sauveur n'est pas précisément d'être pauvre el humble, mais d'être grand el humble tout à la fois, ou plutôt humble et la grandeur même, puisque son hunulilé ne l'empêclK; point (1 être le Fils du Très-Haut. Or voilà, mes chers auditeurs, ce ([u'il n'apparlie;.t qu'à vous, dans le rang où Dieu vous a placés, de pouvoir parfaitement imiter. Ceux que l'obscurité de leur naissance ou la uiediocriié de leur foitune confond parmi la multitude, ne peuvent, ce semble, arriver là. A quelque degré de sainteté qu'ils s'élèvent, leur humilité ne représente point ni n'exprime point celle d'un Dieu anéanti : il faut pour cela de la dignité et de la distinction selon le monde. Un grand qui , sans rien perdre de tous les avantages de sa condition, sait pratiquer toute l'humilité de sa religion ; un grand , petit à ses yeux, et qui, sans oui)lier jamais qu'il est pécheur cl mortel, se tient devant Dieu dans le respect et dans la crainte; un grand qui peut dire à Dieu, comme David : Seigneur, mon cœur ne s'est point enllé, et mes yeux ne se sont point élevés : Domine, 7iun est cjcaltnluni cor meum,neque elatisunt oculi nui {Ps. CXXX); je ne me suis point ébloui de l'éclat ilu monde qui m'environne, et jamais l'orgueil ne m'a porté à des entreprises, ou au-dessus de moi, ou contraires à la charité et à la justice : Neijue ambttidii in magnis, nec in mirabilibiis super me [Ibid.) ; un grand, reoipli de ces sentiments, est le parfait imitateur du Dieu dont nous célébrons aujourd'hui les anéantissements aUorabl'.'s. Un grand d.ms
Or.ATEURS SACRES. 130URDAI,0UE.
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que je 'r;iiuls
rps dispositions est ce vrni clirélien qui s'Iiuruilio comme le tlivin enlVinl que nous prî'senli» l'él.iblc de Bolhiéem : Qui .<? humiliaierit sicut pnrviilus isfe (MntUi., XVIII); et c'est à lui , c'est à ce grnml que j'ose encore appliquer les p.iroks sui\;inlos : Hic mnjor est in regno cœlorum. Un f^rand sur la terre, sanctifié do la sorte, est non-seulement pranil, mais le plus grand dans le royaume du ciel.
C'est donc ainsi que le Sauveur du monde aitirc à son berceau des grands et des riches, aussi bien ()uc des pauvres et des petits : et quels sont-ils, encDie une fois, ces grands, ces riches , ou qucs doivent-ils élre'?Jugeons-( n toujours par l'exemple des mages, si propre au lieu où je parle, et dont le rapport est si étroit avec le ministère que prêche. Ah I chrétiens, ce sont des gr qui semblent n'être grands que pour faire paraîlre dans leurconùuile une humilité plus profonde, une obéissance plus prompte, une soumission aux ordres du ciel plus enlière, en suivant l'étoile du Dieu humilié qui les appelle à lui : et voilà les grands à qui le Dieu des humbles se fait connaître aussi bien qu'aux petits, parce qu'ils lui ressemblent aussi bien et même encore plus que les petits. Ce sont des riches qui, bien loin de mettre leur cœur dans leurs richesses, niellent leurs richesses ans pieds de l'agneau, et se font un mérite d'y renoncer; et voilà les riches que le Dieu des pauvres ne dédaigne pas, parce que souvent jusqu'au milieu de leurs richesses, il les trouve plus pauvree de cœur que les pauvres mêmes. Or, n'est-ce pas de quoi vous devez bénir mille fois le ciel? Je dis vous qui, dans votre c'évation, dans votre fortune, pouvez avoir part aux mêmes avantages; et si vous prenez bien l'esprit de votre religion, n'avcz-vous pas de quoi rendre à Dieu délerncUes actions de grâces, lorsqu'il vous donne tant de faciiilé à vous sanctifier jusque dans les conditions qui, par elles-mêmes, semblent les plus opposées à la sainteté?
Je vais encore plus loin; car, quelque dangereuse que soit la grandeur du monde, quoique réprouvées que soient les richesses du monde, j'avance une troisième proposition non moins incontestable, savoir, qu'il ne tient qu'à vous de vous en servir pour rendre à Jésus-Christ naissant l'hommage et le culte particulier qu'il attend do vous, et voici de quelle manière j'entends la chose. C'est qu'en qualité de Dieu luunble, il veut être honoré et glorifié, et qu'en qualité de Dieu pauvre, il veut être assisté et soulagé, ^'oilà le double tribut (]u'il exige de vous, et ce qui faii la bénéliclion de votre état pouvoir consacrer à Jésus Christ ce qui serait aiilrement la cause fatale de votre condamna- 1 on ut de voire perte. Quels trésors de grâce j)our vous, si vous les savez recueillir 1 Je m'explique.
Comme Dieu humble, il veut été honoré pi glo'-ifié; c■e^t pour cela qu'au milieu de la eenlilité il va chercher des adorateurs ; et «iuels adoraleurs? des hommes dislingoés
par leur dignité, qui, prosternés devant sa cièche et anéantis en sa jirésence , lui font plus d'honneur en lui procurant plus do gloire que les bergers de la Judée avec toute leur ferveur et tout leur zèle. En effet, rien ne l'honore plus ni ne lui doit être plus glorieux que les hommages des grands. Or, de quel aulrequede vous-mêmes dépind- il de lui donner celte gloire dont il est jaloux? Pourquoi dans le monde avez-vous de l'autorité ? pourquoi Dieu vous a-t-il faits ce que vous êtes? Que ne pouvez-vous pas pour lui ; et en comparaison de ce que vous pouvez, que fait le reste du monde? C'est par vous que la religion de ce Dieu-Homme devient vénérable; c'est par vous que son culte s'établit plus promplement , plus solidement, plus universellement, et c'est votre exemple qui l'autorise. Quel usage pouvez-vous faire de votre puissance plus digne ou aussi digne de vous que celui-là? et que vous en coûteraitil pour le faire, sinon de le vouloir? C'est par là que vous devez estimer vos conditions; c'est dans cette vue seule qu'il vous est permis de les aimer et de vous y plaire. Hors de là, elles vous doivent faire gémir ; mais votre consolation doit être de penser que par elles il vous est aisé de relever la grandeur et de porter plus hautement que les autres les intérêts d'un Dieu qui s'est tant abaissé.
Achevons. Comme Dieu pauvre, il veut être soulagé et assisté, non plus dans luimême, mais dans ses membres qui sont les pamres : car je ne m'acquitterais pas pleinement de mon ministère, si j'oubliais aujourd'hui les membres de Jésus-Christ. Pour peu que vous soyez chrétiens, vous portez une sainte envie à ces bienheureux mages qui, venus des extrémités d'Orient, ne parurent point lesmains vides devant ce Sauveur, mais lui offrirent des présents qu'il accepta et qu'il agréa. Et moi, je vous dis qu'il veut rece\oJr de votre main les mêmes offrandes. Je vous dis que, sans le rechercher si loin, vous le trou>ez au milieu de vous, parce qu'il y est en effet, et qu'il y est dans des lieux, dans des étals où il n'a pas moins à souffrir et ou il n'est pas moins abandonné que dans l'élable de Bethléem. Je vous dis que ces pauvres qui vous environnent et que vous voyez, mais encore bien plus ceux que vous ne voyez pas et qui ne peuvent vous approcher, sont à votre égard ce Jésus- Christ même à quilesmages.à quiles bergers présentèrent , les uns de l'or et de l'encens, et les autres, (les fruits de leurs campagnes : qu'il est de la foi que ce que vous donnez aux pauvres, vous le donnez à Jésus-Christ; et j'ose dire, avec plus de mérile, lorsqu'il passe par les mains des pauvres, que si vous le portiez immédiatement vous-mêmes dans les mains dt Jésus-Ctirist. Dès là, et quel fond de confiance! dès-là, dis-je, vos richesses, obstacles si dangereux pour le salut, dans l'ordre même du salut, n'ont plus rien que d'innocent, que de salutaire pour vous. Dès là elles n'ont plus ce c.iractère de lire leur allnbue. Dès-
lobalion
que IF.ciit
SECOND AVENT. SERMON VI. SUn L\ NATIVITE DE J.-C.
là cHos ne choquent plus la pauvreté de .lésus-Christ, puisqu'elles sont au contraire le supplément et le soutien de la pauvreté que .lésus-Clirist a choisie; puisque Jésus- Christ entre dans une sainte coninninaulé avec vous, et qu'il s'enrichit de vos biens , fomuie il vous lait participer à ses mérites. Dès la, sanctifiées par ce partage, elles changent pour ainsi dire de nature; et de trésors d'iniquité qu'elles étaient, elles deviennent la précieuse malière de la plus excellente des vertus, qui est la charité. Dès là ces terribles anathèmes, que le Fils de Diiu, dans l'Evangile, fulminait contre les ri( lies, ne tombent plus sur vous : pourquoi ? |)arco que Jésus-Christ, dit saint Chrysostome , est trop juste et trop fidèle pour donner sa malédiction à des richesses qui lui sont consacrées et qu'il vous demande lui-même. Heureux, s'écriait le prophète royal, celui qui comprend le mystère de riiidigcnl et du pauvre ! et je le dis avec plus de sujet que lui : car c'est surtout pour un clirélicn que le pauvre est un mystère de foi. Mais, remontant au principe, j'ajoute : heureux celui qui comprend le mystère d'un Dieu pauvre et d'un Dieu humilié ! Bcnlus qui inlelligit ! {Ps.\L.)
Parce qu'il s'est humilié, dit saint Paul/ Dieu a voulu, pour l'élever, qu'à son seul nom toute la terre llechît le genou; et c'est dans lis cours des princes que la prédis Lititi de saint Paul se vérifie plus anthentiquemenî, puisque les puissances du monde que nous y ré\érons ont une grâce farticulière pour liiinorer (Cl Homme-Dieu qui s'est anéanti pour nous. C'est par là que ce Dieu Sauveur, comme dit saint Chrysostome, est dédommagé des humiliations de sa naissance. Je sais, il est vrai, que dès sa n.iissance même il nous est représenté dans l'Evangile, persécuté par Hérode et obéissant à Auguste : voilà par où notre religion a commencé. Mais, grâce à la Providence, le monde a bien changé de face : car pour ma consolation, je vois aujourd'hui le plus grand des rois obéissant à Jésus-Christ et employant tout son pouvoir à faire régner Jésus-Christ ; et voilà ce que j'appelle, non pas le progrès, mais le couronnement etla gloire de notre uligion.
Pour cela, sire, il fallait un monarque aussi puissant et aussi absolu que vous. (A)uune jamais prince n'a eu l'avantage d'être si bien obéi ni si bien servi que Voire Majesté, aussi jamais prince n'a-t-il ri eu du <'iel tant de talents et tant de grâces pour faire servir et obéir Dieu dans sou état. Votre bonheur, sire, est de ne l'avoir jamais entrepris qu'avec des succès visibles; et le mirn, dans la place que j'occupe depuis si longtemps , est d'avoir toujours eu de nouveaux sujets pourrons en féliciter. C'est ce qui a attiré sur votre personne sacrée ces bénédictions abondantes , que nous regardons comme les prodiges de notre siècle. On nous vante le règne d'Auguste, sous lequel Jésus- Christ est né, comme un règne llorissant; et moi, dans le parallèie qu'il me serait aise d'eu f.iire ici, je ne trouve rien que je puisse comparer au règne do \o\yc Majesté. On al-
tribuo les prospérités dont Dieu vous a coje.blé, aux vertus royales cl aux qualités héroïques qui vous ont si hautemi-nt distingué entre tous les monarques de l'Europe; et moi, portant plus loin mes vues, je regarde ces prospérités comme les récompenses éclatantes du zèle de Votre .Majesté pour la vraie religion; de son application constante à maintenir l'intégrité et la pureté de la foi ; de sa fermeté et de sa force à réprimer l'Iiérésie, à exterminer l'erreur, à abolir le schisme, à rétablir l'unile du culte de Dieu. Pouviez-vous, sire, nous en convaincre, et en convaincre toute l'Europe par une plus illustre preuve que par le plus solennel de tiuis les traités, glorieux monument de votre piété"? Pour donner la paix au monde chrétien, Notre Majesté a sacrifié sans peine ses intérêts; mais a-t-elle sacrifié les intérêts de Dieu? Touchée en faveur de sou peuple, elle a bien voulu, pour terminer une guerre ((ul n'était pour elleqn'iine suite de conquêtes, se relâcher de ses droits ; m.iis a-l-on pu obtenir d'elle qu'elle se relâchât en rien de ce que son zèle pour Dieu lui avait fait aussi saintement eiUre|)rendre (lue généreusement exécuter? Malgré les négoc i.;tions infinies de tant de nations assemblées, malgré tous les efforts de la fioliliiiue momlaine, votre zèle, sire, pour la foi calholiiiue a triomphé, votre grand ouvrage de re\tincii()n et de l'aholiiion du schismea subsisté, on plut<')til s'est affermi. A cette condition, Notre Majesté sur toute autre chose s'est rendue laeile et trailable; mais sur le point de la religion elle s'est montrée inflexible, et par là l'Iiérésie a désespéré de trouver jamais grâce devant ses yeux. Or, c'est pour cela, Seigneur, puisje dire à Dieu que vous ajouterez jours sur jours à la vie de ce grand roi : Dics super ilies reyis adjicies (P.<. LX), et que vous prolongerez ses années de génèr.ition en génération : Et annos cjus usrjuc in difin ycncrationis et generatiuiîis (Ibiil.).
Mais je n'en suis pas rciluit, sire, à former là-dessus de simples vopux. Dès maintenant mes vœux S'int accomplis; et la prière que j'en ai faite cent fois à Dieu, sans préjudice de l'avenir, me paraît déjà exaucée. Car depuis l'établissement de la monarchie, aucun de nos rois a-t-il régné, et si longtemps, et si heureusement, et si glorieusement que Votre Majesté? Et pour le bonheur de la Fraiice, non-seulement votre majesté règne encore, mais nous avons des gages solides, et presque des assurances, qu'elle régnera jus(iu'à l'accomplissement le plus parfait (|u'ait eu jamais pour un roi celte sainte prière : Dics super dics régis adjicies. Depuis l'établissement de la monarchie aucun do nos rois a-t-il vu dans son auguste famille autant de degrés de générations et d'alliances que votre majesté en voit aujourd'hui dans la sienne ? El sans être ni oracle ni prophète, j'ose prédire avec confiance à Votre Majesté, du moins j'ose espérer pour elle, qu'elle n'en demeurera pas là; mais qu'un jour elle verr;; les fruits de cet heureux mariage qu'elle vient de faire, cl e,ui étendra ses années à
ORATEURS SACRES. BOURDALOIIE.
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une noiHcilc izénéralion : Et anvos cjus usgiie in dietiujmcrationis et (jeneralionis. Après lant (il' glorieux (ravaiix, voilà, sire, les l)énéiliitions de doue iir dont vous allez désormais jouir, et que Dieu vous préparait : une profonde paix dans voire élal; un peuple fidèle et dévoué à toutes vos volontés; une cour tranquille et soumise, attentive à vous rendre ses hommages et à mériter vos grâces; la famille royale dans une union qui n'a pcul-èlre point d'exe^ople, et que rien n'est eapahle d'altérer; un iils, digne liérilitr de votre trrtne, et qui n'eut jamais d'autre passion que de vous plaire; un petit-fils formé par vous, et déjà établi par vous; une princesse, son épouse, votre consolation et \olie joie; déjeunes princes dont vous devez tout vous promcllre, et qui déjà répondent parfaitement aux espérances que vous en avez conçues. Voilà, dis-je, les dons de Dieu qui vous étaient réservés : Ecce sic bcualicitur liomo qui limet Dominum (i'.t.CX XVII). C'est ainsi, concluait David, que sera béni l'Iionmie qui craint le Seigneur, et c'est ainsi qu'est bénie Votre Majesté.
Mais encore une fois, ô mon Dieu, c'est pour cela même que vous multiplierez les jours de cet auguste monarque et ((ue vous le conserverez, non-seulement pour nous , mais pour vous-même. Car avec une âme
aussi grande, avec une religion aussi pure, avec une sagesse aussi éclairée, avec une autorité aussi absolue que la sienne, que ne fera-l-il pas pour vous, après ce que vous avez fait pour lui; et par quels retours ne reconnaîtra-l-il pas les grâces immenses que vous avez versées et que v(jus versez encore tous les jours sur lui ? Qu'il me soit donc permis, Seigneur, de finir u'i en le félicitant de votre protection diviin', et en lui disant à lui-même ce qu'un de vos prophètes dit à un prince bien moins digne d'un tel souhait : Bcx, in œlernum vire {Dan., III). Vivez, sire, vivez sous cette main de Dieu bienfaisante et toute-puissante, qui ne vous a jaiuais man(iué et qui ne vous manquera jamais. ^'i^ez pour la consolation de vos sujets, cl pour mettre le comble à votre gloire : ou pluiôt, puisque vous êtes l'homme de la droite de Dieu, vivez, sire, pour la gloire <'t pour les intérêts de Dieu. Vivez pour faire eonn.îilre, adorer et servir Dieu. Vivez pour consommer ce grand dessein de la réunion de l'Eglise de Dieu. Vivez pourladcslructiou de rini([uilé, de l'erreur, du libertinage, (|ui sont les ennemis de Dii u. Vivez en roi chrétien, et vous mériterez par là le salut éternel qu'un Dieu Sauveur vient annoncer au monde, et qui est la récompense des élus, que je vous souhaile, etc.
CAREME.