SECOND A VENT. SERMON IV. D
Ajint les lioniiiu's pour en être loués et npprotivés.
Car no nous imaginons pas que celle sévérité (l'ostentation , tant ilc fois censurée par Jésus-Christ , soit un fantôme que la loi de grâce ait enlièrL'uienl dissipé. Il sul)si>.le encore, et Dieu veuille qu'après avoir élé le vice des pharisiens, il ne soit pas, mes chers auditeurs, devenu le nôtre. Telle est en effi'l noire misère. Coinnic nous ne sommes dans le fond de noire être que vanité et que néant, tout, jusqu'à nos vei tus. se ressent de ce néant, et lient de cette vanité : et comme l'orgueil , si je l'ose diie, est la partie la plus siililile de l'amour de nous- mêmes si prolondément enraciné dans nos âmes , par une Irisle fatalité, il s'insiiuie non-seulement dans les choses où nous aurions lieu en quelque manière de nous rccheicher, mais jusiiuc dans la haine de nous-mêmes , jusque dans le renoncement à nous-mêmes , jusque dans les saintes l'gueurs ([ue Dieu nous inspire d'e\ercer sur nous-mêmes. A peine nous sommes-nous mis sur un certain pied de vie réformée, que ce démon de rorgucil commence à nous attaciuer. Dès là, si nous ne soMimes en garde contre nous, nous nous oublions : il semlile que nous ne soyons plus de cette basse région du monde , il semble que nous soyons singulièrement^les élus de Dieu, toujours contents de nous'-mêmes et toujours prêts à nous exalter, sous prétexte d'exalter Dieu dans nous.
Ce n'est pas qu'en bien des rencontres , nous ne fassions les humbles; mais d'une Inimililé, dit saint Jérôme, qui ne ris(iuo rien ; d'une humilité qui cherche à ê!rc honorée , et qui est sûre de l'être ; d'une humilité qui sert d'amorce à la louange, et dont l'orgueil même se pare. On se reconnaît , on se confesse pécheur en général ; mais en parliculier, on ne veut jamais convenir (luun ait mancjué. Vous diriez qu'il suffit d'être sévère pour être plein de soi-même, attaciié à son sentiment et idolâtre de ses pensées. De là, sans même l'apercevoir, on ne parle plus que de soi. on ne voit plus de bien qu'en soi, on mesure tout par soi. Quoique Dieu ait des conduites do grâce toutes différentes, on n'estime plus que la sienne ; et, par une petitesse d'esprit présonqjtueuse, on voudrait tout réduire à la sienne. Et parce qu'on n'y trouve pas tout le monde dispo-^c^ona pitié de tout le monde; je ne dis pas une pitié charilable et compalissanle, mais une pitié dédaigneuse et méprisante. Tout ce cjui n'est pas selon notre goût parai! réprouvé. On croit tous les autres perdus : à l'exemple de col honuue dont parle saint Iternard, qui, par je ne sais quel eiichanti'inent, avait inlalué le monde de ses erreurs, en persu'^dant aux iguorants cl aux simples qu'après même le bienfait de la rédem[iiion il n'y avait presque de salut pour personne, et que toutes les richesses de la miséricorde divine étaient uniquement réservées pour ceux qui croyaient en lui et qui s'allachaient à lui; c'est-à-dire , ajoute Siiut lîernaid. pour ceux qui se laissaient Iromper lar lui : Quinescio qita arle, ces paroles sont
K LV SEVERITE EYA.NGKLIylE. 2";8
dignes de remarque, nescio qua artc parsuascrat populo slulto et insipienli, etiinn post Chrisli e/fafuin .innguincm, loliim miindum pndilum iri; cl ad soins (/nos dccipiebat, talus miseralionum Dci dirilius et universitatis f/ratiain pervenitise [Bernard.]. Combien de lois dans la suite des temps Ci'Ite illusion s'eslelle renouvelée 1
Ou veut pratiquer le christianisme dans sa sévérité, mais on en veut avoir l'honneur. Ou se retire du monde, mais on est bit'ii aise que le monde le sache; et s'il ne le devait pas savoir, je doute qu'on eût le courage et la force de s'en retirer. On renonce à certains divertissements que la religion condamne; mais on se soutient par la gloire d'y avoir renoncé. On quille le luxe des habits; mais on a pour soi-même autant ou plus de complaisance que les plus mondains. On ne se soucie plus de sa beauté; mais on est enlèlé de son esprit cl de son propre jugement. On se retranche, on s'abstient, on se u'.orlifie en secrel; mais on fait si bien, que ce sicret cesse bientôt d'être secret, cl l'on a cent biais pour le rendre public, en sauvant même les dehors et les apparences d(! l.i modeslie.
De là vient que dans toutes ces choses et en mille autres on aime la singularité; pourquoi? parce que la singulirilé a cela de prop:e, (lu'elle excite l'ailmiratlou, qui est lii charme de la vanité. Toute la perfection de l'Evangile, selon les voies simples et conimuru s, n'a rien qui louche. S il y a (iuelqu(î chose de nouveau, c'est à quoi l'on donne et où Ion trouve sa dévotion : cl au lieu que saint Augustin, pensant à se converlir, n'évita lien plus soigneusement que de le faire avec bruil, de peur, disail-il lui-rnême, qu'il ne semblât avoir voulu paraître grand jusque dans sa pénilence ; Ne conversa in fartnm menm intaentium ora diccrent, quod f/iia.ti appetiissem mugnits videri {Augusl., Conf., l. IX, c. 2) ; nous, par un |)riiicijje tout contraire, mais par un esprit bien éloigné de la sagesse de ce pénitcnl, nous recherchons jusque dans ia pénitence ua vain éclat donl nous nous laissons éblouir.
C'est assez que nous ayons un certain zèle de discipline cl de réforme pour nous attribuer le pouvoir de juger de loul, pour usurper une supériorité que ni Dieu ni les hommes ne nous ont donnée, et pour faire la loi peut-être à ceux dont nous devons la recevoir; car un laïque s'érigera en censeur des prêtres, un séculier en lèformatenr des religieux, une feniiiie en directrice, et que saisje de qui ? tout cela p.irre que, sous couleur de piété, ou ue s'aperçoit p;is qu'on veut doiniiier. Cette présomption même, ainsi que je l'ai déjà remarqué, p-ir une Consé(!ueuce naturelle, dégénère et souvent se tourne en ambition. Il semble qu'être sévère dans ses maximes soit un degré pour s'agramlir, et que celte qualité seule, bien ménagée, doive tenir lieu de tout autre mérite. Comme les pharisiens s'en servaient pour obtenir les premières chaires dan-, les synagogues, ou s'en cerl pour s'inh-odtiire dans les prei/iièrcs digiiilés de rEg'isc. Lar ne dir.ul-on pas
>i:,j OKATLUUS I^ACULS. UOIjUDaLOI L. 2»{
toujours que Jcsus-Clii isl avait entrepris de tout ais(^, .lu !i<.Mi (lu'ù f.iirc ce que l'on doit,
Uiius iiiai(,U('r, dans ces sa^i's tlu juJaïbiiH", il n'y a puiiil daulre lowanj^o à espCrer qua
lous les lieroiiloaieuls cl tous les al)us à (iiii)i cfile îles servitrurs inutiles : Sirvi inn-
iious dcviomèlro sujets? cl n'i'st-il pas élon- tiles sniiius; fjiiocl dcûnimui fuceie feciiiias
iiai\tquece qu'il leur reproeliait alors soit (Luc, VII).
juileunnt et a la lettre ce qui se voit encore Quelle est donc, cnrore une fois, la \ériln-
■uijourd'liui dans le monde clueiien? Lie austérité du christianisme? Ahl mes chers
Or, je soutiens que ce levain et celte en- audileurs, concevons-le hien et ne l'oublions dore de l'orgueil non seubment corrompt le jamais : la vraie austérité du christianisme, mérite de la sévérité chrétienne, mais qu'il c'est d'être humble, c'est d'être petit à sei e(j détruit même la substance. Qu'il en cor- yeux, c'est d'être vide de soi-même, c'est de rompe le mérile, vous n'en doutz pas; car ne point faire tant de retours sur soi-même, quel peut êlre devant Dieu le mérite d'un c'est d'être mort, sinon au sentiment, du homme superbe? avec quel fionl oscra-l-il moins au désir et à la passion de l'honneur, dire après saint Paul : lieponila est mihi eu- c'est de recevoir de bonne grâce, et quand ■nmn justiliœ (I Tim., l\') : J'attends de mon Dieu le veul, l'humiliation et le mépris. La Dieu la couronne de justice qui m'est ré^er- vraie austérité du christianisme, c'est d'aivée? Quel droit le S inveur du monde n'aura- nier à être abaissé, à vivre dans l'oubli, dans l-il pas de lui réiiondre, comme dans l'Evan- l'obscurité, et de pratiquer solidement et de iiile : Itccepis/i mcrcetlt'in luam [Malllu, VJJ : bonne foi cette courte, mais celte importante Vims \ous promellez une récompense, et leçon de saint Bernard : ,-l»i(( nescÙ! (/if/71.). \ous ne laites pas réflexion que vous l'avez Car voilà ce qui est insupportable à la n.idejà reçue, ou plulôt que vous vous l'êtes lure : on ne pensera plus à moi, on ne pai- (iejà l'oanée. 'Vous vouliez vous satisfaire, lera plus de moi, je n'aurai plus que Dieu vous complaire en \ous-même, et de quelles pour téuioln de ma (omluiie, et les hommes >ecrèles coniîiiaisances u'avez-vous pas été ne sauront plus ni qui je suis ni ce que je rempli, combien avez-vous été salisfait de lais. Et parce que l'huinilité même se trouve Aotre personne? N'ous voilà donc réiompen- exposée en ci'rtaiiis genres de vie, dont louie se, et je ne vous dois plus rien que le cliàti- la perfedion, quoique sainte d'ailleurs, a nu ment de votre vanité et de votre Oigueil. Mais air de dislinclion et de singularité, la vraie c'cit en votre nom. Seigneur, (jue je me suis austérité du christianisme, surtout pour les engagé dans des voies dures et pénibles. En âmes vaincs, est souvent de se tenir dans la mon nom? dites au vôtre. Notre nom, par voie comumne et d'y faire, sans être remaries soii.s que vous en avez pris, ou que l'on que, tout le bien (ju'on ferait dans une autre en a pris pour vous, en a ete dans le monde route avec plus d'éclat. Dans Cilte voie complus vanté et plus honoré; mais pour le miuu, mune, on ne pensera plus à \ous : tant bien loin d'êirc glorifié, il en d souilert. mieux, c'est ce que vous devez chercher.
Par conséquent, chrétiens auditeurs, nul Dans cette ^oie commune, on ne vous ailmimérite dans cette sévérité, et j'ajoute même, rera plus, vous n'aurez plus d'approbateurs nulle vraie sévérité alors, puisque l'orgueil gagés pour faire valoir vos moindres actions : «n détruit tout le fond et toute la sub>lance. eh bien! c'est ce qui melira vos bonnes œu- J'en donne la raison : c'est que la vraie se- vres plus en assurance. Dans celte voie comvérilé, la sévérilé chrétienne, doit consister à muiw;, vous ne serez pas de la société des se liiire violence et à contredire l.i nature et parf^èits, votre nom sera comme enseveli : à l'amour-propre. Or, tout ce qui flatte notre la boime heure, c'est l'état o\x l'Apôtre veul (irgneil flatte l.i nature, et, au lieu de la com- (|ue vous soyez, quand il vous dit que, combalire, on la suit, on la contente, on la re- me chrétien, vous avez dû tnourir à tout, et paît de ce qu'elle goûte avec plus de douceur que votre vie doit êlre cachée avec Jésuset [dus de plaisir. Et en eiïel, il n'y a point Christ en Dieu : Mortui eslis, et vila vcstra de vie, pour Laborieuse et pour gênante alisioiulila est cum Clirislo in l)en {Coloss., qu'elle puisse êlre, que nous ne trouvions 1!1). Cela vous paraîtra rude, et cela l'est eu douce naturellement, (juand nous savons elTeUmais c'est par là même et en cela mô- (|u'elle nous distingue daus le monde, qu'elle nie iiue vous trouverez cette voie étroite c[ui fait parler de nous dans le mon. le, iju'i'lle conduit à la sainteté propre de la religion nous y ('.lit considérer et respeeter. îl ne faut que vous avez embrassée. |)lus de grâce pour nous faire agir, la nature Ahl Seigneur, imprimez-nous bien av.int .eule nous donne des forces, ces verilés dans l'esprit. J(^ vous rends giâa C'est pour cela, dit saint Chrysosloino (et ces, ô Dieu de mou âme, de ce que vous ne c<-lle pe.isée m'a toujours \j:.ia bien solide et les avez point fait coiin,.ître ans sa^es et asix bien judicieuse), c'est pour cela que nous prudents : Cjnfiteor tibi, Pater, quia nbsconavons beaucoup moins de piMiie à l'aire plus dita liœc a scipicntibus cl prudcniibiis [Hlatlh., que nous ne devons qu'à l'aire ce que nous XI). Je ne dis pas seulement aus sages moii- •Jevoiis, et qu'une des erreurs les plus com- dains, aux politiques du siècle, mais aui Hiunes parmi les personnes niênies qui cher- sages dévols, à ces dévols superbes qui se i lient Dieu est de laisser le précepîe et ce (lui sont évanouis dans leurs pensées. Sed reverdi d'obligation, pour s'altueher an conseil et las!i eu ptirvulis {Ibid ) ; 1 1 je vous bénis an à ce qui est de surérogaiion, Pourciuoi? parce même temps de les avoir rétclées aux petits qu'à faire plus qu'on n." doit, il y a une cer- qui !ie se [irodnisent [loint tant dans le niou- Uiae i,'o..o i;ue l'on amliUi'jnni' et qt;i rcnJ de et (ju'oii n'y proUiit poi:;! tan! ; dout ou
SECOND AVLM'. SKUMON IV. Uli LA SEVKUITE LVANGELIQl K.
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n'exnlle point lanl le mérilo, mais (ioiil les noms inconnus sur la toiic sont étriU dans Ip cit"l ; ilonl les voies soni d'aiilanl plus dioiles cl plus sûii's iiii'elios sont plus simples. Oui, mon Dieu, snycz-cn honi : lia, l'alcr, (]Honiain sic fitil jtldiitum anlc le (//;/</.). Finissons : sévérilè tliiolieniu-, séu'rilé désintéri'sséc , so\érilé liuiiiblo , eiitîii sc'\éril6 cljarilable ; c't-sl la lioisième partie.
TROISIÈME PAUTIE.
A considérer les choses dans Tapparcnro , il n'csl rien de |)lus opposé , ce semble , que la tc>érilé clireliennc el la iliarile : car la cliarilc, selon sainl Taul (I Cor. XIII ) , est douce, indulgenlc , condcsc; mlanle ; clic; c<lU^^c loul, elle excuse tout, elle supporte tout : et , au contraire , la sévérité laii profession de n'excuser rien , de ne supporter rien , de n'avoir ni complaisance , ni inrtnl gence ; d'être inflrxible dans ses senlinn ns, el rigide dans sa conduite. (Jualilés qui se détruisent, à ce qu'il paraît, les unes les autres. Cei eiulant, cinéliens, le Fiis de Dieu a supposé que l'on pourrait parf.iilement les allier ensemble ; cl de la manière qu'il a conçu son Evangile , à peine dirait-on pour laquelle de ces deux vertus il a témoigné plus de zèle : ne les ayant jamais séparées, n'ayant point voulu île l'une sans l'aulre, mais ayant l'ait également de l'une et de l'autre le caraclère (!■ sa lui. Coiimenl cela , et quel moyen de les accorder? rien de plus aisé, mes chers auditeurs, pour peu que nous soyons versés dans la morale de Jésus- Christ. Car distinguons bien les objels ; et par la différence des nbjels , nous recunnaSirons que ce qui paraît en ceci contradictoire, est justement ce qui fait lnule l'Iiarmonie et toute la perfection de la loi de grâce.
En effet, dit saint Augustin, et voiei le dénouement de la question : le Sauveur du monde n'a jamais [irélcndii dans l'Evangile que nous eus>ions pour les autres de la sévérité, mais seulement pour nous-mêmes ; et son intention n'a point clé que nous eussions pour noa< mêmes cette charité dont il s'agit , c'est-à-dire cette douceur et celte bénignité, mais seulement pour les autres. Or, la charité pour les autres et la séiérilé pour soi-même, ce sont deux devoirs qui se concilient d'eux-mêmes , el qui , bien loin de se combattre , s'entretiennent mutuelleoienl , [iuis(iu'il est certain que la seule obligation d'être charitables envers nos frères, nous met dans une absolue nécessite d'être sévères envers nous-mêmes; et que l'expérience nous apprend tous les jours que l'occasion la plus fréquente cl le sujet le plus ordinaire que nous ayons d'exercer celte sévérité envers nous-mêmes, est la charité que nous devons au prochain.
Je ne parle pas, au reste, de ceux que Dieu a établis pour gouverner les autres el pour leur commander ; beaucou;- moins de ceux à qui Dieu contie la conduite des âmes, tels qne sont 1rs pa-^teurs , les confes:.ei;is , l,s directeurs. Ce n'ct point à moi, el je m'en suis déjà dêrlfiic dans un autre distours, ce n'est point à moi qu'il appar-
tient de leur donner les règles : ce serait pinlôl à moi di' les pri ndre d'eux. De savoir s'ils doivent être sévères ou indulgents ; si dans les fonctions de leur ministère, la sévérité doit prédominer par-dessus la charité, ou si la charité doit renqiorter sur la sévérité ; si 1.1 sévérité sans charité peut être u!i.c, ou si la charité s ms sévérité peut êtro cl'licace : ce sont des points ((ui ne regardent pas ceux qui m'écoutent , et([ueje n'entreprends pas de décider. Mais je parle do chrétien à chrétien , de particulier à particulier ; cl je dis ce qu'il serait si important pour vous et pour moi de nous dire tous les jours de notre vie, que la charité due au proehain est la matière la plus abondante et en même temps la plus nécessaire de celle sévérité dont Dieu veut que nous usions envers nousmêmes. Pouniuoi?En pouvons-nous douter, après les- excellentes idées que saint Paul nous donne de la charité chrélienne, et surtout après tant d'épreuves de ce qu'il nous en coù;e presque à cha'iue uioioent dans la commerce <lu monde piuir la pr itiiiuer?
Quand ce grand apôtre nous dit que la cli.irilé doit suppoiiiM- les laiblesses cl \v-. impeifeelions du piO(liain, (lu'elle doit obliger! t servir 11' proi h iin,(iu'elledoil soulage r les misères du prochain; (luand il ajoute qu'elle ne s'aigrit point, (]n'elle ne se piijucr point, qu'elle ne rend point le mal pour le mal, qu'elle est pilienle dans les injures, qu'elle lait du bien à ceux ijui l'outragent, qu'il n'y a rien qu'elle ne soit dispo--ée a souffrir : dans cette descriiition si belle et si vive, que nous prêche-t-il, sinon la sévérilè envers nous-mêmes?
Sévérité véritable; car pour accomplir tout cela, (juc ne faut- il pas prendre sur soimême ? combien do victoires ne faut-il pas remporter sur son n.iturel, sur son humeur, sur ses passions? Entrons dans le détail. Pour avoir celle cliaiilé patiente, que nefaulil pas endurer? à (ombieii de bizarreries cl de caprices de la part de ceux avic i)ui l'on vil; à combien de manières importunes, lâcheuses, clioquantcs ne faut-il pas s'accommoder? (juelles aversions et quelles aniipathies naUirilIcs ne faut-il pas suiinonter ? Pour avoir cette charité discrète et sage, en combien (le choses ne l',iut-il pas se contraindre? par exemple, en combien de rencontres ne faut-il pas, par charité, se taire, quand on voudrait parler ; acquiescer, quand on serait tenté de résister; excuser, quand on aurait envie de contrôler; aimer mieux parailie dans l'entretien moins agréable el moins spirituel que d'offenser et de railler? Pour avoir celle charité délaehée d'dle-mên e , que ne doit-on pas sacriCer?de combien de prétentions justes ne faut-il pas se relâcher? en combien de sujets et de conjonctures où il serait aisé de l'emporter, ne laut-il pas, pour le bien de la paix, plier et céder? Pour avoir cette charilé douce, quels mouvements de colère ne fau!-il pas réprimer? quels senlii; cnts de vengeance ne faut-il pas étouffer? quels mauv is offices et quelles injures i<0 l'oU'-il pui oublier ? Dites-moi, mes chers au-
SiÔ
OUATEUUS SACRES. lîOUKDALOUE
SU
dileurs, qu'est-ce que la sévérité évançéliqiie , si ce ne Test pas là? Donnez-niui un homme qui s'aime lui-même, et qui ne saclie pas se gêner et se mortifier : comment s"acqtiiUera-t-il de ces devoirn et de mille autres, à luioi nous oblige la charité du prociiaiii ? comment aiinera-t il le prochain à CCS conditions? comment s'inconiinodera-t-il pour l'assister d;ins ses besoins? comment s'humiliera-t-il pour l'adoucir dans ses emportemens? commeijt consenlira-t-il à lui pardonner une injure? comment se soumettra-t-il à le prévenir, pour ménager une réfoncili.ilion? Il est donc vrai que la charité iloiit nous sommes redevables à nos frères , liien loin d'être contraire À la sévérité cliréliiMine, en est une des parties les plus essentielles et comme le fondement.
Mais qu'arrive-1-il ? appliqurz-vous à ceMc «l(-rnière pensée. Au lieu de raisonner et d'agir suivant ce principe, rous confondons tout l'ordre des choses ; el, par un renversement que l'amour-propre ne manque guère à faire dans notre cœur, si nous n'avons soin (le nous en garantir, au lieu d'exercer contre nous-mêmes , cette sévérité , contre nous-mêmes, dis-je, qui de droit naturel et divin en sommes les premiers ou les seuls objets, nous l'employons contre nos frères, qui ne sont pas néanmoins de son ressort; car à quoi se réduit communément celle prétendue sévérité dont nous nous flattons ? Je veux, chrétiens, qu'elle ne laisse pas de produire en nous qui'lque réforme; je veux 'ju'elle nous retranche certains plaisirs et «ertains divertissements du siècle corrompu; je veux même qu'elle nous fasse paraîne plus occupés de Dieu et de notre s.mctificaiion ; mais si avec tout cela elle nous rend fâcheux, importuns, critiques, censeurs des actions d'autrui et insupportal)les dans la société; si, malgré tout cela, elle nous fait perdre celle complaisance charitable , cette déférence que nous devons avoir piiur les autres, et sans lesquelles il est impossible (le conserver la paix, surtout entre des proches et dans une faniille ; si, en conséquence de ce que nous smumes réguliers, nous cro}ons avoir un droit acquis de no rien ajiprouver, de ne rien tolérer, de ne rien passer; si celte sévérité s'attache à ob- ^c^ver jus(|u'à une paille dans l'œil de voire Ijrochain, et à l'élendre, à la grossir jusqu'à la faire paraître comme une poutre; si elle ur,us inspire je ne sais quelle aigreur <;aus les avis uiême de (harilé que nous ilounons;ou si, sous prétexte de charité, (Ile nous met sur le pied d'en donner sans mesure, et touj<nirs par bizarrerie et par caprice ; si elle nous autorise dans une liberté de médire , d'autant plus dangereuse ([u'elle parait mieux intentionnée el qu'elle ]ireud l'apparence du zèle ; si par maxime de régularité, nous disons plus <le mal de noire tière, que les p'us médisants du siècle n'en (liraient ou par impriulence ou par malice ; SI cet esprit de sévérité sert à fomenter nos vessentimenls, à exciter nos vengeances, a nous rendre iiicauables de retour, jusque-
là que parce que nous sommes pieux et dévols, ou que nous en avons la réputation, on craigne beaucoup plus de nous blesser, que d'offenser un homme du monde qui n'aspire point à une si haute sainteté ; mais, par dessus tout , si l'aversion même, et une aversion d'état, si l'aliénation du cœur et un esprit de contradiction sont le principe secret qui nous engage à nous déclarer sévères, car, encore une fois, cela peut arriver ; et puisque je moule dans la chaire de Jésns- Ciirist pour corriger les désordres des chrétiens, je ne les dois pas déguiser; si, dis-je, notre sévérité dégénère dans ces abus , ce n'est plus qu'une sévérité fausse , el l'on peut bien nous reprocher, comme aux pharisiens , que nous sommes de grands observateurs de petites choses , lan(Hs que nous négligeons les plus importantes.
Car un des plus grands piécepli s , c'est celui de la charité ; el voilà, hypocrites pharisiens, leur disait le Sau\eurdu monde, à quoi vous manquez. Toute votre piété se réduit à de légères observances et à de menues pi-aliques de religion; à payer les dîmes dont il n'est pas niénie pailé dans la loi, et que l'on n'exige pas de vous : Decimniis 7netUliam el ancllinm (Malth., XXVIII). Mais cependant vous oubliez les points les [dus essentiels, la justice et la miséricorde : lldiouislis (jHie (jraviora sunt legis , misericorclitim et judicitnn. La loi vous ordonne d'être écjuilables dans vos jugements ; et tous les jours vous portez contre le prochain les plus injustes arrêts en le décriant, en le déchirant, en le condamnant. La loi vous ordonne de secourir ^os frères, et tous les jours vous leur suscitez de nouveaux ennemis, vous formez contre eux de nouvelles intrigues ; au lieu de les aider, vous travaillez aies perdre. C'est ainsi que vous vous aveuglez , c'est ainsi que vous craignez d'avaler un moucheron, et que vous dévorez des chameaux.
Tel fut en effet le vice des pharisiens. Exaclilude scrupuleuse à l'égard de certaines traditions, de certaines cérémonies peu nécessaires, mais en quoi ils faisaient consister la sévérité de leur morale; et du reste , transgression libre et entière des devoirs les plus indispensables. S'agissail-il du jour du sabbat , ils l'observaient avec une telle rigueur , ou plutôt avec une telle superstition , que pour ne le pas violer, comme l'a remar(iué Josèphe, ils aimèrent mieux, durant le siège de Jérusalem, livrer leur ville au pouvoir des Romains, exposer leurs biens, leur liberté, leur vie, que de réparer une brèche ; mais, à ce même jour du sabbat, ils ne se faisaient point rie peine des perfidies les plus noires el des plus lâches trahisons. S'agissait-il d'cilrer dans la salle de Pilate, ils se tenaientdehors,ils s'en éloignaient, de peur, dit l'Evangéliste , d'être souillés en y entrant : mais, au ii,ême temps , ils conspiraient contre Jésus - Christ , ils le calomniaient, ils poursuivaient sa mort. Voilà, reprend saint Augustin , des gens d'une conscience bien délicale. Ils regardent comme
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rc^LK i.K OL'ATRîÈMi; iinisN(.i!!i r.H !.'.u;;?(r.
S il- la pniijciue
iim> psppco (]'imp!irclé de paraître d.ins lu jircloiri! iruii jiij;e p.iïcn, el ils ne se foiil pas un crime île ^('r.••e^ le sang d'un iniiocenl : Alicvii/niœ jadicis pralorio coulaminari mitiichanl, et frulris iiniocenlis san~ guincin fandere non Cimebant {S. Aitijusi.). Or, n'csl-cc pas là une pcindire " luittirellc de la piélé de noire sit'oli'? Une | i-(!- Eonne fera cent communions, qui n'aura pas la moindre complaisance pour un mari, pour lies enlanls, pour des parents , pour des doinesliinies; elle inorlitiera son corps, et elle ne reiripord'ra pas une seule victoire sur son cœar ; elle fera soulVrir toute une famille par ses ca[)riees et ses elia{;rins ; on la verra au [lied d'un autel réciter de lontrues prières, el d.ins une conversation , on lenteiKlra tenir les discours les plus riieiiisants ? Qu'estce que cela ? une pielé de pharisien, ou , si vous voulez (pie je parle avec l'Apôtre , une piélé déniant. Ali ! mes l'rères, écrivait-il aux Corinthiens, je vous conjure de no x ous point compoiter d.ins les choses de i)iei! romnie des enfants : Fralicit, nnlilc piicri cffici ainsibus (I Cur., XIV). Sur quoi saint Jean Clirysoslome fait une comparaison bien propre à mon sujet. Voyez, dit ce l'ère, un enfant , (ju'on le dé; ouille de ses biens , qu'on lui enlève son héritage , qu'il voie sa maison en ("eu, il n'en est point louché : mais <]M'on lui Ole une bagatelle qui l'amuse, il s'alllige, il jilcure, il est inconsolable. C'est ce (jui noes arrive tous les jours. A-t-oii nuuuiué aux telles les plus sacrées de la charité, à peine y faisons-nous quelque altcnlion. Mais a-t-on omis un exercice de noire choix el qu'on s'est volontairement preci il, on coui t au tribunal de la pénilence s'en accuser, et l'on en gémit devant f^ieu.Mais quoi ! faut-ildonc les quiller, toutes ces pratiques? faut-il prendre une voie plus large et nous relâcher de notre sévérilé?A cela je réponds comme leSauvcur du monde. Il ne disait pas aux pharisiens : Laissez ces petites observances, mais attachez-vous d'abord aux plus nécessaires. Il faut avant foules choses accomplir celles-ci, et ne pas abandonner ensuite les autres : Ilœcoportuil fdcere et illa nonomitlere [Malt., XXIlIj. Oui, chrétiens, soyons exacts et réi^uliers , soyons sévères dans nos mœurs; iion-seuleuient j'y consens, mais je vous y exhorte, et je ne puis trop fortement vous y <'xhorter. Cependant, selon la belle leçon que nous fiit ce grand nuMlre de la vie spirituelle, François de Sales, ne noes arrélons pas à garder quelque dehors , tandis «[ue l'ennemi s'empare du corps de la place. (Jne notre sévérité soit solide ; et elle le sera, si c'est une sévérité désintéressée, si c'est une févérilé humble, si c'est une sévérilé ch.iri- Jalde. Par là nous parviendrons à la peifeetion de rE\angi!e et à la gloire (jue je muis •ouhaile, elc.
F,l Tonil in nmnoni regimiiTii Jordan!';, iir.rdicaiis b;i|>lisniiim I a-iiiti"nli:e, iii leiiiissiniiciii |u'ccauini!n.
Ji'aii Uiiptistt' vùn ilaiis tout le ]<mjx qui est le long du Jiiurdaiii, précUmii U hapicme ilâ véiiilciicc iwur la rémissiuiulcs véclii's (S. Li:c, cit. 111).
Sire,
Quelque malheureuse que soit la condition de Ihomme , dans l'état du peelié, si toute pénitence était \eri(able, ou s'il était toujours aisé do discerner l.i vraie pénitence de la pénilence imparfailc et fausse, le pécheur dans son malheur même aurait de iiuoi se consoler , parce qu'il pourrait au moins envisager la pénitence comme une ressource infaillible et comme un fonds certain de tranquillité el de paix. La grande misère du pécheur, dit saini (^iirysosloiiic,c est (ju'élant assuré, comme II l'est, de la réalité de son [leché, il ne peut jamais élre absolument assuré de la validité de sa pénitence. Ce qui rend son sort iléplorahlc, c'est que bien souvent la pénilence qu'il a faite ou qu'il a (ru faire ne doit pas moins le troubler que son péché même : c'est que tous les oracles de rKcriliire lui apprennent (ju'il n'y a que la \raie et parfaite pénitence qui sauv(! l'homme; et qu'au contraire il y en a cent autres , ou parce qu'elles sont fausses et vaines, ou parce (itrel!c> sont imparfaites et insufflsantcs, qui ne le sauvent pas. S'il lui arrive de s'y tromper ; si, faute de discernemenl, il vient dans la pratique même de la pénitence, à prendre le faux pour le vrai, et à compter pour sufGsant ce qui est défectueux, dès là il tombe dans l'abîme des plus infortunés pécheurs, puisque sa pénitence méoK! qui devait être sa justification el son salut, devient encore une des causes de sa coiulamn.ilion et de sa perte. Voilà, s'il entend bien sa religion, ce qui doit le faire trembler.
Voulez-vous, chrétiens, calmer aujourd'hui vos consciences, autant qu'il est possible,sur un point si important? et pour cela, voulez-vous savoir quelle est la véritabb pénitence, ou, pour mieux dire, en quoi con sisie le discernement juste que vous devez f.iire de la véritable pénilence? c'est ce que je vais vous apprendre, et voici en peu de paroles tout mon dessein.
J'appelle véritable pénitence , péniteiuc sûre, celle que le saint précurseur, Jean- Baptiste , prêchait aux peuples qui le venaient chercher dans le désert, quand il leur disait : Faites donc de dignes fruits d(! pénitence : Facile erqo fruclus di(jnos pœni— tentiœ [Malt., III). Il ne se conlentail pas qu'ils fissent pénitence ; mais pour pouvoir compter sur leur pénilence, il voulait (lu'ils en jugeassent par les fruits. Car, la pénilence n'est solide , ni recevalile au tribunal de Dieu, qu'autant qu'elle est efficace ; el peut-elle élre autrement efficace, que par les fruits qu'elle produit? facile fruclus ihfjnos pœi:il(n(in'. Je les !é<Juils à trois , eS
2i7 OIÎ.VTi:URS SACIŒS. DOL'itDAI.OL'E. 2;s!
je dis, nprès (n'as les Porc* do l'Eglise, que crninle qu'il n de péclicr; de là vient, djl
i.! péniteiife cfficiice est celic qui rctranflic s.iiit Augustin, que s;ins aimer le p^clié ,
In c.Tuse du péché, celle qui iéi)are les eiïcls que li.iï^sanl niéitic le péehé, il péchc toute
du péilié, celle qui assujellil le pécheur aux fuis dans la salisfaclion qu'il .••e procure,
rcnu'ites du péché. Trois e,ira<lères qui fout Pourquoi? parce qu'il aime au moins ce qu'il
d'une p;irl la perferlion de la pénitenci', et sait el ce qu'il ne pciil ignorer être la cause
di" l'aulie la sûrelé moialc; du pécheur pé- ou la matière du péclié. Or, cela sul'fîl pour
niteiit. Trois c.ir.icières qne je \ous prie de le rendre malgré lui-même Ir.insgresscur et
bien remarquer, et qui vont partager ce dis- prévaiicatcur de la loi de Dieu,
cours. Uetranehcr géiiéreuseincnt ce qui est Voilà le premier principe, et prenez garde,
la cause ou la maiièri' du péclié. lîéparer chrétiens, ce n'est donc point précisément
pleinement ce qui a été l'elTct et la suite du par la haine du péché considéré comme pc-
péché. S'assnjellir fidèlement à <equi doit ché, qu'il faut distinguer les pécheurs cffica-
èlre le remède du péché. Si votie pénileiice, cernent convertis d'avec leux (lui ne le soi>t
jnon cher auditeur, est acconi(iagiiée de ces pas, puisqu'il est certain que les plus endur-
trois conditions, vous pouvez, sans être té- cis pécheurs, tandis qu'ils ont un reste de
ineraire et présomplueux , faire fond sur religion, conservent encore ou du moins peu-
elle : mais qu'une de ces trois conditions lui vent conserver celte haine du péché. Ce n'est
manque, c'est assez pour la rendre inutile point, tlis-je, par cette haine générale, par
ou même criminelle. cette haine spéculative du péché, qu'il faut
Remplissez-nous, mon Dieu, de voire es- juger du mérite de la pénitence, puisqu'on
prit , de cet esprit de zèle <|ui animait Jean- sait bien qu'il n'en coûte rien au pécheur
Baptiste ; c'est ce que je v( us demande pour pour haïr le péché de la sorte, et que la pé-
moi : de cet esorit de coniponclion qui lou- nitence lapins vaine peut avoir cela de com-
cliait les Juifs, et qui les disposait à profiter mun avec la pénitence la plus solide,
des grandes vérités qui leur étaient annon- .Mais par où devons-nous commencer à
cées par ce fidèle ministre; c'est ce que je faire ib'ns nous-mêmes h; discernement de
vous demande, non jioinl seulement pour la vraie pénitence, el de ce que j'appelle ici
moi, mais pour toutes les personnes (jui déteslation sincère et efficace du péché?
m'écoutent. Adressons-nous encore a Marie : Kcoutez-moi, cinéliens, et jugez vous. l''a
Ave, Maria. voici l'induction pratique. C'est par le re-
pnnMn\RE partie. tianchemcnt actuel et clTectifde cequonous
Je fonde la première proposition sur deux icconnaissons êlre en nous la cause du péprincipes également in( onleslables , et dont ché, de ce qui fomente et qui fait subsister notre seule expérience doit nous convaincre, dans nous ce corps de péché, que Dieu veut pour peu que nous ayons soin de nous etu- que nous détruisions, en nous convertissant dier nous-mêmes et Je discerner les mouve- à lui : Ut destruatur in twbis corpus peccali nicHls de noti'e cœur. (]ar, voici d abord ce (Rom., VI). C'est par le renoncement à mille que nous y devons r(!connaîtrc , et c est une choses agréables qui font dans l'idée de observation qu'a fail<! avant moi saint Au- 1 homme charnel la douceur de la ^ie, mais gustin. Quelque coi rompue, dit ce l-.;re, que qui sont aussi par là même le poison mortel soit la nature de l'homme depuis le péché et de nos âmes et l'aiguillon du péché. C'est par ]iar le pcclie, on n'aime point après tout le la fuite des objets qui excitent dans nos péché comme péché. Il n'appartient qu'aux cœurs ces pernicieux désirs que la concupisdéiiions dêire disposés de la sorte; et on cence, selon l'Kcriture, ne peut concevoir jioiirrait même douter s'ils portent jusque-là sans enfanter le péché : Deinde conciipisccnieur ohstiii.ition el leur malice. On aime ce lin cum coticcpcril , piirit peccnlum (Jac, 1). qui est la matière et la cause du péelié ; mais C'est par l'exacte fidélité à éviter des entreon n'aime point dans le fond le péciié même : tiens dont nous savons bien que la scandac'est à-iliie, on aime le plaisir que Dieu dé- leuse licence corrompt la pureté des mœurs, Jend, mais non pas parce qu'il le défend. On puisque c'est de laque viennent les premièaime le profit de l'usure qui est injuste : res plaies et souvent les plus incurables mais on l'aime parce qu'il est commode, et que nous fait le péché. C'est par la sévère, non parce qu'il est injuste. On aime la vcn- mais salutaire, m.iis nécessaire détermin.igeautcqui est criminelle ; mais on l'aime, lion à nous interdire des sociétés et des (omjiarcc qu'on croit ijue l'honneur y est engagé, merces qui sont pour nous comme les liens et non pas p.irce qu'elle est criminelle. du péché; des représentations et des specla-
Je dis plus: on voudrait, s'il était possible, des dont runi(|ue effet esl d'émouvoir les pouvoir se[)arer 1 un de l'autre; el par une passions les plus vives et de répandre dans lirécision dont le libertin s'accommoderait l'imagination et dans les sens les plus danvoionliers, on voudrait que ce qu'on aime ne gereuscs semences du péché: des assemblées fût pas défendu de Dieu; on voudrait (|ue où l'esprit impur est coinmi! dans son règne Dieu ne s offensât jias du plaisir (|iieloii el en [lossession de tendre à l'innocence les recherche en satisfaisant sa passion; en un i;icges les plus iuévilabies du péché ; des lec- 3>iot,oii voudrait pouvoir se contenter et iic iuresoù notre damnable curiosité est si soupas pécher. .Mais parce que ces deux choses vent el si justement punie par les malignes tionl inséparables , et (jiie, dans la conjonc- impressions qu'elles laissent du péché. C'est lure où je suppose le pécheur, le désir (ju'il jiar le sacrifice entier et sans réserve de ces y dç se conienier, l'cmp )rte par dessus Li amitiés, dont nousnousaperccvonsbienquç^
SUÇON» AYENT. SKU.MON V. DE LA PEiM I LNC.K
Ipiuiressc malheureuse, quoique couverte (l'un voile (le pudeur, n'est au fond (]u"un raffinement lie sensualité et qu'un dt'guiseriient de («vlié. C'est p.ir le |u-oinpl et éternel divorce avec cette personne dont les artifices, aussi liien que les cliarnu's, et souvent bien plus que les charmes, sont les amorces fatales du pi^'cla'. C'est parla sainte violence que chacun de nous doit se aire sur tout cela, puisitiie ce sont là, dans la pcnsi>e de rAp<5lre, les armes de liniquitti et du péché : Anna iniiiaitalh pecculo {lium. \'l). En un mol, c'est par cette circoncision évaugéiique, qui, ne s'arrèlanl pas à la surface ni au changement extériiHir de l'homme, dépouille l'homme de ce ([u'il a dans le cœur de plus intime cl de ce qui esl eu lui l'origine du péché.
Oui, c'est par l;\ que le chrétien doit mesurer l'enicace et la vertu de sa pénitence, et s'il est d ins l'obligation d'approcher de ce sacrement que Jésus-Christ a institué pour la réconciliation des pécheurs, c'est par là (ju'il ddii commencer à acconqjlir le grand précepte de l'Apôtre; Probet nulcin scipsum homo (I Cor. XI). Que l'honune s'éprouve luimême, et autant qu'il le i>eut dans cette vie, qu'il s'assure de lui-uième. Or, il le peut par là, reprend saint Chrysostouie, et moi j'ajoute qu'il ne le peut que par là.
Supprimez touies les paroles inutiles, et convertissez-vous solidenienl : Tollilc vcrhu, et convertiinini {Osée, XIV). Ainsi parlaient les prophètes, exhortant à la pénitence le peuple de Dieu ; et c'est, pécheur à qui je parle, le minisière dont je m'acquitle aujourd'hui. Vous délestez, dites-vous, votre péché, vous y renoncez, du moins le croyezvous ainsi. Mais peut-être vous flattez-vous dans le témoignage que vous vous rendez, et voire contrition prétendue n'est rien moins (levant Dieu que ce qu'elle vous paraît. Peutêtre êtcs-vous plus touché de la honte de votre péché que de sa malice , du remords et du trouble (ju'il vous cause, que de l'injure fju'il fait à Dieu, de l'embarras où il vous jette, que de la disgrâce de Dieu qu'il vous attire ; si cela est, contrition tout humaine. Peut-être Vdire erreur vient-elle de ce (]ue vous confondez les grâces de la pénitence qui sont en vous, avec la pénitence qui n'y est pas ; les désirs de conversion que Dieu vous inspire, avec votre conversion même dont vous êtes encore bien éloigné ; c'est-à-dire, peutêtre vous croyez vous changé et converti, lorsque vous souhaitez seulement de l'être; si cela est, contrition apparente. M.iis voulez-vous soriir de celte inccrliludc '? Voulezvous bien connaîire ce que vous êtes ? Tol- ' lile yerba : s:>»s vous arrêter aux paroles, toujours éipiivoqucs , toujours suspectes, voici la rèi^' lions dans le délai convienne à la chaire.
Vous êtes un homme du monde, un homme disijngué par votre naissance, mais dont les aiTaires, ce qui n'est aujourd'liiii que trop lu.i.mun, sont dans la confusion cl daus le
-pie que vous devez prendre. Enn'y aura lien qui ne
désordre. Que ce soit par un malheur oti car votre faute, ce n'est pas là mainleuani (hqiu)i il s'agit. Or, dans cet étal, ce (lui \ous porte à mille péchés, c'est une dépense qui excède vos forces, et que vous ne soutenez que parce que vous ne voulez pas vous régler, et par une fausse gloire (luc vous vous laites de ne pas déchoir. Car de là les injustices ; de là les durcies criantes envers de pauvres créanciers que vous désolez ; envers de pauvres inarchauds aux dépens do qui vous vivez, envers de pauvres artisans que vous faites languir, envers de pauvres domesti(iues dont vous retenez le salaire. De là ces frivoles et trompeuses promesses do vous ac(iuilli'r ; ces abus de votre crédit, et ces chicanes infinies, pour éloigner un paiement ou pour l'éluder. De là ces dettes éternelles, (lui en ruinant les auties, vous damnent vous-même. lU-trauchez cette dépense, et si \ ous voulez que je sois bien persuadé de la vérité de votre coulriliou, ayant peu, passez-vous de [leu. Ne vous mesurez pis par ce que vous êtes, mais par ceqiu^ vous pouvez. Otiz-moi ce hne d'Ii ibils, celle superiluilé de trj'in, cette vanité d'équ:|)age, celle curiosité de meubles, lléduit à la disette et à une triste indigence, sui)portez-la , mais supportez-la en chrétien; et puisqu'il lo faut, faites-vous en un mérite et une vertu. Sans cela, eu vain pleurez-vous votre péché; en vain formez-vous mille repentirs, ou plutôt, en vain les lémoignez-vous, ces re|)eiitirs ; ce sont des paroles, et Dieu vous demande des effets : Tbllile vcrba, et convertiinini.
Vous aimez le jeu ; et ce qui perd votre conscience, c'est ce jiu-là même ; un jeu SUIS mesure et sans règle; un jeu ([ui n'est plus pour vous un divertissement, mais um; tic( o[i;itiou, mais une profession, mais un tr.ilic, mais unealiacheet une passion, mais, si j'ose ainsi jiailer, une rage et i ne fureur; un jeu dont on peut bieiidiie à la lettre, que c'est un abîme ([ui attire un autre abîme, ou même cent autres a\Amvs : Abyssus ubyssuin invocnt ( Ps. XL! ). Car de là viennent CCS innombrables péchés qui en sont les suites , de là roui)li de vos devoirs, de là le dérèglement de votre maison, di; là le pernicieux exemple ([ue vous donnez à vos enfauls, de là la dissipation de vos revenus, de là ces tricheries indignes, et s'il m'est permis d'user d'un terme plus fort, ces friponneries que cause l'avidité du gain ; de là ces emportements, ces jurements, ces désespoirs (lans la perte ; de là, souvent et plus que la fragilité du sexe, ces honteuses ressources où l'on se voit forcé d'a^oir recours ; de là celte disposition à tout, et peut-être au crime pour tr(uiver de quoi fournir au jeu. Retranchez ce jeu ; et parce qu'il est bien plus aisé de le quitter absolument ([ui» de le modérer, quitlez-le, faites-en une déclaralion publique, donnez à Dieu une preuve de la sincé rité de votre contrition, en coupant la racine du mal; cl pour vous assurer vous-même que vous ne \oulez plus pêcher, imposezvous la loi de ne plus jouer. Sans cela, vous
SSJ
on\T;.LT.s SAca
aurcî beau diic, fomr.ie !c [lublicaiii t!c l'Evnngilo : Scigurur. soyez-moi propice, je rocoiiii.iis mon péché; voire voix est la vois de Jnrob, tuais vos mains sont les mams rl'Esaù : Tollite verba et convertimini.
Enfin, esamincz->ous devant Dieu; et, juge équitable de vous-même, défait de toute fiié- 7enlioii. voyez ce qui sert de sujet au péché; tuais voyez-le préparé et résolu à n'en excepter rien, à n'en retenir rien dans le sacrifice (lue vous en devez faire. \'()i!à par < ù vous coiinaitrcz si vous êtes pénilcul. AUa(iuer le jiéché, non en idée, mais en substance, en saper le fondement et le renierscr, c'est ce ijue saint Paul appelle courir, non pas au hasard, mais à dessein d'arriver au terme: Siccurro, non quasi cicrem verberans (1 Cor., IX). C'est ce qu'il appelle combattre , non pas en dminaiit des coups perdus, ni en iVappant l'air; mais en faisant tomber l'enneiiii (jue vous poursuivez, et en reniporlaiU sur lui une pleine victoire. Je passe au second principe.
On n'est pas toujours maître de ses pensées, ni des premiers mouvements de son <œur ; mais on est toujours responsable de ses .iclions et de sa conduite : et quand on vient, par exemple, à surcombcr dans une o casion dangereuse, d'où la loi de Dieu nous obligeait de sortir, mais où malgré la loi de Dieu néanmoins l'on e?l demeuré, on n'a jamais droit alors de diie, je n'ai pu me défendre de ce péché; m.iis on doit dire, je ne l'ai pas voulu, ou je ne l'ai que très-fai- Mement (t peu sincèrement voulu. Appliquez-\ous.
Je l'avoue, chrétiens: un pécheur converti «le bonne foi, dans l'état même de sa cimucision, peut encore avoir des faiblesses; et tout con\erli qu'il est, il peut déplorer sa misère avec le inéaic sujet et dans le même esprit que saint Pau!, en disant comme cet ;ipôtre : Scniio aliam legem in membris meis , repuf/nanlem Ifgi mtntis mcœ, et caplivantfm fub icge peccati{ Rom., Yll ) : Infortuné que je suis! je sens dans moi-même une loi qui me lient captif sous le joug du péché, et qui rorabat contre la loi de ma raison. Mais reinaniuez, dit saint Chrysostome, réflexion admirable et édifiante jiour ceux qui m'écnutent : remarquez que (ju and saint Paul parlait de la sorte, il protestait au même temps avec une sainte confiance, qu'il n'avait rien d'ailleurs à se reprocher : yHiil inihi cnnscins sum ( I Cor., IV ) ; qu'il élail fiilèle à la grâce ; ((u'il marchait dans la voie du salut, non-seulement avec circonspeciion, mais avec tremblement; (|u'il traitait rudement son corps, qu'il le châiiait et le réduisait en servitude ; Ccistifjo corpus m/'uin, et in feriitulem rediqo { 1 Cor, l\ ). Or, ce lémoitrnagc de sa fidélité, de sa vigilance, de son ausiérilé de vie, de son allenlion sur soiniéme, le mettait à couvert de toute illusion, lorsqu'il se plaignait do la révolte de ses passions, cl qu'il gémissait dans la douleur de se voir réduit à un état si humiliant : c'était une douleur sincère et pleine de bonne fv'i. Mai'^ le lang.ige li^pocrilc, c'ci! de par-
ES. r>OUUD.\LOUE. * 2'^
lercomme saint P.uil, elde soconduire commn le nv ndain. Le langage hypocrite, c'est de s • plaiiiiire de sa faiblesse, et cepe:idant de l'exposera des tentations où loute la force, toute II vertu même des saints suffirait à peine pour résister. Le langage liypocrile, c'est de gémir sur la violence de ses passions, et toutefois de se précipiter aveuglément dans des périls où l'on sait que les passions même les plu; modérées ne pourraient presque se contenir ; c'est d'» s'écrier: Infelix ego homo ! !i«o»!.,Vll), malheur à moi d'être né si sensuel et si fragile ! et malgré cet aveu, de rechercher contre l'ordre de Dieu des occasions où la fragilité, de simple maiheur qu'elle était, devient un crime ou du moins la source de tous les crimes. Telle est l'hypocrisie de la pénitence ; et c'est par l,i, rues chers aud.ileurs, que vous en devez juger.
\ ous êtes faible, j'en conviens ; la loi du péché règne en vous; la concupiscence vous domine; vous [lortez dans vous-même et avec vous-même votre ennemi qui est voire chair. .Mais \oi!à pourquoi je prétends que vous vous jouez de Dieu , si dans le moment ((ue vous pleurez voire péché , vous n'en voulez pas retrancher l'occasion. Voilà pourquoi je soutiens que vous mciiti z au Sainl- Êspril, el qu'il y a dans votre [lénilence une contradietion énorme, si, vous confessant faible d'une part , vous n'en êles pas de l'autre plus circonspec'. et plus vigilant. Car avec quel front pouvcz-vous dire, comme David, en gémissant et en pleurant, j'ai péché contre le S.dgneur : Peccavi Domino ( II /?('(7.,X1I;; tandis ([ue vous \ ous obstinez à ne pas éloigner de vous un danger prochain où, sans commetlre d'auire péché, \ ous péchez déjà, et contre le Seigneur, et contre vousmême, en risquant voire conscience et voire salut ?CûnuueMl pouvez-vous alléguer à Dieu l'infirmité de voire àme, et vous servir de ce motif pour loucher sa mi-:éricorde, tandis qu'à cette infirniilé vous joignez encore l'infidélilé et la malignilé?Je dis infiilélité et malignité, de demander à Dieu qu'il vous guérisse, el de ne vouloir pas vous préserver de ce qui vous lue ; de reconnaître que vous êles malade, el d'agir conmie si vous jouissiez d'une bonne saule; d'appeler le ciel à lémoin de \olrc douleur, et de ne vous résoudre jamais, en vertu de cette même douleur, à rien sacrifier, ni à vous séparer de rien : n'est-ce pas encore une fois vouloir imposer à Dieu et aux hommes"?
Non, non, mon cher au iiieur, tandis que vous en usez de la sorte, il n'y a d<ins vo'.ie pénitence que dissimulation el que mensonge ; et il ne vous est plus permis, en \ous plaignant connue saint Paul, de vous appliquer ces paroles qui ne peuvent vous convenir : iVort qiiud vola bonnm, lioc ugo ; .«ci/ gunl odi malum , hoc facio {Rom. VII).
Car au lieu que cet homme apostolique élail inconsolable de ce qu'il ne faisait pas le bien qu'il voulait, et de ce qu'il faisait le mal qu'il ne voulait pas, p.'.r une oppo:>iiion cxlrêuiL- de vous à lui,
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gF.C.O.ND AVENT. SKUMON V. DE LA PENITENCE.
t indis que vous persévérez dans Toccasion (lu péché, vous Aoulcz lotU le riial que vous faites, cl ^ous ne voulez luiUomenl le bien que vous ne laites pas. 1, 'efficace de ia pénitence consiste donc à sor!ir généreusement de l'occasion pour vaincre le péché, et non pas à vouloir vaincre le péi hé en demeurant dans l'occasion ; et c'est ici où j'aurais besoin de tout le zèle des prophètes pi ur confondre l'aveuglement et rcndurcissemciil des pécheurs. Car voici, chrétiens, où le relâchement des mœurs nous a conduits. On traite un confesseur d'homme dilllcile et scrupuleux; on se rebute de lui et cm le quitte lorsque, fidèle à son ministère, il suspend, pour ceux qui refusent d'éviter certaines occasions, la grâce de l'absolution. Mais quand la suspendrat-il donc , et quelle preuve plus évidente peut-il avoir de la mauvaise disposition avec laquelle un mondain S' présente à ce sacrement, que de le trouver résolu à retourner toujours dans les mêmes compagnies, et à fréquenter les mêmes lieux où tant de fois son innocence a fait naufrage"? Si jamais il peut et il doit user du pouvoir qu'il a reçu de lier les consciences, n'est-ce pas alors? Il voit, et vous le voyez vous-mêmes, que l'alTieuse continuité de tant de rcchulcs roule uniquement sur une occasion que vous lui innrcpicz; et il ne peut gagner sur vous de vous en détacher. S'il consentait, malgré cet obstacle, à vous délier et à vous absoudre, bien loin que vous dussiez louer sa lâche condescendance cl l'approuver, n'en seriez- Aous pas scandalise ou ne dcvriez-vous pas i être? et, dispensateur qu'il est des mystères de Dieu, n'en devieudrail-il pas le dissipateur?
A Dieu ne plai'ie, chrétiens, que je prétende par là autoriser les sévérités indiscrètes que l'on voudrait quelquefois, et peutêtre sans fondement, imputer aux ministres de Jésus-Christ dans l'administration de la pénitence 1 Mais à Dieu ne plaise aussi que j'autorise jamais les dangereuses et criminelles facilités de quelques ministres à ce divin tribunal I Or, y en aurait-il jamais eu déplus dangereuse et même de plus criminelle que de réconcilier et d'admettre à la participation des sacrements . un pécheur obstiné à ne pas sortir de certaines occasions? Ce sont, dll(S-vous, dis occasions qu'il n'est pas en votre pouvoir de iiuilter; et moi je réponds que vous les quitteriez dès aujourd'hui, si de là dépendait l'avancement de votre fortune temporelle, cl si par là vous sauviez tel ou tel inleiêt que vous avez à ménager dans le monde. Ces occasions, njoutez-\ous, sont des liens que vous ne pouvez rompre sans éclat, et par conséquent sans scandale : et moi je vous dis (juc le grand scandale est de ce que vous ne les rompez pas; et que, scnidale pour scandale, s'il éiait vrai que vous en fussiez réduit !à, encore vaudrait-il mieux essuyer le sra;;dile salutaire qui fait cesser le péché et qui sauve voire âme, que de soutenir, comme vous laites, le scandale mortel qui vous perd et ^ui est le sui croit du péché même.
Mais Dieu, dans ces occasions, me proégera, et j'ai en lui cette confiance. Conliaiice réprouvée, dit saint Clirysoslome, qui n'abnutit qu'à t'Miter Dieu et qu'à tomcnler l'impênilence de l'Iiomme : confiance outrageuso à Dieu, et qui ne sert qu'a endurcir le pécheur. Ah ! mon Dieu, que ne piêche-l-ou éternellement cette Nérité ! que ne la prêciie-ton et à temps et à contre-temps! que ne la préche-l-on p.rtoul et sans égard, puisque c'est de là que dépend la con\crsion, la reformation, la sanctification du monde chrétien ! Quoi qu'il en soit, meschers auditeurs, ne comptez pas sur votre pénitence : et quelque fr\ ente qu'elle vous paraisse d aiil'i'-rs, tenez-la pour \aine, si elle ne va non pius seulement à retrancher la malière et la cause du péché, mais encore à réparer les elTcls du péché. C'est la seconde partie.
SECONOE PARTIE.
Comme il est évident que la pénitence est une partie de la justice et que c'est ainsi que les Pères de l'iLgliso nous ont fait concevoir cette vertu, l'ayant toujours considérée comme une volonté sincère dan-i le pécheur de se faire justice à lui-même, delà faire à Dieu, cl, pour rendre à chacun ce (jui lui c>t dû, de la faire encore au prochain, si le prochain a été olTensé , il s'ensuit ciu'une des principales fonctions de la [lénitence chrétienne est de réparer les ciTels du péché. Mais, sui'posant l'indispensable et l'incontestable nécessité de cette réparation, il s'agit, mes chers auditeurs, d'en bien comprendre l'étendue, parce que c'est de là que dépend l'exacte mesure de la pénitence. Or, pour cela, je m'attache à deux importantes maximes de l'Ecriture qui doivent corriger en nous deux des plus visibles et des plus dangereux abus à quoi nous soyons sujets, lors même que i»ous voulons retourner à Dieu et dans le projet et le plan de conversion que nous nous formons. A'oici une instruction bien solide et dont je vous prie de profiler.
Première maxime : pour se convertir efficacement à Dieu, il ne suffit pas de faire pénitence, mais il faut faire de dignes fruits de pénitence. C'est ce que prêchait Jean-Baptiste, cet homme envoyé de Dieu (lour préparer au Seigneur un peuple parfait. C'est ce (ju'il enseignait aux Juifs qui venaient l'cniendre dans le désert et qui se présentaient à lui pour être baptisés. C'est la conclusion qu'il tirait, et qu'il leur adressait à tous quand il leur disait, avec ce zèle et cet esprit d'Elie dont il était rempli : Facile eryo finclus difinus pœnilcnliœ { Luc. Ul). Car, cooime rem.irquc saint Grégoire pape, par là ce divin précurseur déclarait que les fruits de la pénitence devaient être distingués de la pénitence même, connue la sulislance de laclue l'est de ses fruits. Par là il leur donn.iit à connaître que la pénitence ne se réduit pas uniquement à pleurer les péchés passés, mais à se mettre en état de ne les plus commettre dans l'avenir : Transncta pue, et illa deinceps non coiHinillcre (Grcg. .'.'".y ); que pleurer les péchés passes cl méitie y rcnou-
eî5 OP.ATEUUS SACl
(pr pour toute la suite do la vio, c'est le Unv\ et comme la racine de la pénitence ; niais qu'il doil naitre de là îles fruits de grâce el (le sahil, sans lesquels la pt-niteiice ne peut éhe (lu'uii arltre stérile et exposé à la malédiction, l'ar là, il arcomplis.sail diiincmenl son ministère, soil à l'égard des péi iicurs endurcis, en les obligeant à l'aire pénitence; soit à l'égard des pécheurs pénitents, en leur apprenant à faire de dignes fruits de pénitence : Atque ita generahm omnibus c.rliihrbat doclrinmn; non pœnitentibiis, ut picndcntiam (iijpiciit: pœiiilenttbus, îil difjnus jia-iiitentiœ fiuctas facercnt (Greg. Mag.).
Or quels snnt, encore une fois, ces fruits salutaires, ces fruits de pénitence? les voici : réparer les pernicieux. cITi Is du péché par des œuvres direclenieni contraires au péché même, selon ses dilïérenles espèces. Je m'explique. Uéparer les effets de l'usurpa li(in ou d'une possession injuste, par la restitution; réparer les effets de la médisance ou de la calomnie, par le rétablissement de riionneur et de la réputation ; réparer Us eiTels de rempor!cmcnt et de l'outrage, par l'humilité de la satisfaction ; réparer les effets de l'inimitié el de la haine, par la sincérité de la réconciliation. Voilà, dit saint Grégoire, les «lignes fruits, les fruits proportionnés, les fiuits necissaires, les fruits non suspects de la pénitence. Tout ceci est essentiel : ccou- Icz-uioi.
Dignes fruits de pénitence, parce qu'il faut, pour les produire, que le pécheur fasse des efforts dont il n'y a que la vraie pénitence, je veux dire, que la pénitence surnaturelle <t même la plus surnaturelle qui soit capable. En effet, par quel autre motif que celui d'une pénitence très-parfaite et toute surnalureile, un riche avare pourra-t-il se résoudre à rendre un Ijien qu'il a injusUniciit acquis ou injustement retenu, mais dont il ne peut plus se dépouiller sans ilcchoir du rang où il est, et dont la restitution lui devient par là queUpie chose de plus t:isle et île moins supportable que la mort même? Par quel autre motif un homme hautain et lier pourra-l-il gagner sur lui de faire des démarches humiliantes, pour satisfaire, aux dépens dr son orgueil, a ceux qu'il a oll'ensés? et s'il est oflcnsé lui-n;èa!e, par quel autre motif lui persuadera-t-on détonlîcr le ressentiment de l'injure qu'il a reçue, et de se réconcilier de bonne foi avec son plus mortel enmnii? Ce m- peut être là, Seigneur, que l'ouvrage de votre main et un tel changement ne peut venir que de vous. La vertu de rhon)Tiie lu; va point jusque-là. Il faut non-seulcmenl que votre grâce vii'iine à son secours, mais la plus puissante de vos grâces. 11 faut qu'elle lui fasse concevoir et enfanter ces résaluiions héroïiiues ; et sans elle, l'esprit corrompu du moi;dc les ferait immanquablement avorter. C'est par celte giàce, ô mon Dieu, que vous triomphez des creurs les jdus rebelles et les plus durs; c'est par elle <|UG les hommes les plus violents et les plus féroces deviennent doux et trailabics comme tics agiie.iu^ ; par die que l'usuiiKiteur du
iiiS. BOrnUALOLE.
bien d'autrui consent à se dessaisir de tout ce qui ne lui appartient pas, et quelquefois même encore de ce qui lui appartient, en rendant, comme Zachée, non-seulement au double, mais au-delà. Et si vous daignez aujourd'hui. Seigneur, donner bénédiction à ma parole, qui est la vôtre, c'est par un efTet de cette pénitence victorieuse que l'on verra peut-être dans ce saint temps des miracles qu'on n'espérait plus, mais dont vos serviteurs vous béniront el qui édifieront plus votre Eglise que les miracles mêmes par où elle s'est établie : je veux dire, des injustices réparées, des calomnii s rétractées, des querelles paciilécs, des inimiliés éteintes, des cœurs réunis : dignes fruils, puisque !e Saint- Esprit eu est l'auteur et que ce sont évidemment ceux que saint Paul appelle fruits de lumière, fruits de bonté, de justice, de vérité: fructas enim iiicis est in omni bonilnie et jiislilia el verilate { Ephes. \).
Fruits proportionnés : à quoi? à l'offense. Autrement, la pénitence est non-seulement défectueuse, mais odieuse; non-seulement réprouvée de Dieu, mais condamnée même du monde : car le monde même veut ici de la proportion. Vous vous êtes enrichi aux dépens de la veuve el de l'orphelin, cl vous vous en croyez quille pour quelques bonnes œuvres dont ni l'orphelin ni la veuve ne profileront. Vous avez déchiré la réputation do votre frère; et, sans qu'il vous en coûte rieu de plus, vous vous contentez de vous acquitter envers lui des simples devoirs d'une charité commune. Vous avez, pour perdre votre ennemi, exagéré et inventé; el toute votre pénitence se termine à gémir devant Dieu et à prier. Prière exécrable, dit le Sage ; et moi, appliquant cette expression à mon sujet, je dis, iiénilenie exécrable, parce que celui qui la fa:l, en la taisant même, ne v ut pas écouler l,i loi ni l'accomplir. C'est la raison qu'en apporte le Saint-Esprit : Qui déclinât aures suas, ne (indint legem, oraliu ejus fiel exécrabilis ( Pivv. XXVIII). Non, non, mon cher audiîeui', il n'en va pas connue vous le pensez. Dans l'ordre inviolable et indispensable que Dieu a établi, la médisance ne se répare point jiar la prière, ni l'injustice par l'aumône. Pour avoir devant Dieu le mérite d'une pénitence efficace, il y faut observer les proportions prescrites par le droit divin; el, au lieu de se faire une pénitence selon son goût, ou même selon sa dévotion, il faut se faire une dévotion il une pénitence selon les règles de la droite conscience. Or, jamais une conscience droite ne vous permettra de rendre précisément à Dieu ce que vous avez enlevé au prochain, ni d'appliquer à la charilé ce qm- vous devez à la justice : à Dieu, m)us dira-t elle, ce qui est à Dieu; et à César, ce qui est à César. Voilà la loi étermlle el invariable qu'i'lle vous oblige à suivre.
Fruits necissaires : c,:i- vn vain imaginerons-nous des tempéraments et des accommodements , des explications et des lours ; malgré tous les tours cl toutes l.'S ex; licalions , malgré tons les accommodements et tous les icmpéraoïcnts , il en fau-
SIXONf) AVn.M. SEIlMON V. DK l.A rKMTFNCK
lira toujours \(iiir à la décision (îc sjiint Aug:iistiii , contre laquelle ni la cupiililé. ni riiiii|uilé , ni le relâchement de la murale, ni la f.Tni|ilioii des usages du nnimle ne prescriront jamais. Si , pou\aiil resliluer un bien dont la conscience est eh irgée , \ous refusez de le rendre, quelque té moi^çnage i|ue vous puissiez donner d'un cœur contrit et pénitent , vous coiilrefailes la pénili'nee , mais vous ne la faites pas : \on iiijitur jia'nitenlia, sed fiiujilur [S- Auijusl.) El si c'est véritablement et sincèrement que vous la faites, poursuit ce saint docteur, le péché ne vous est pardonné qu'à condition ijue le dommage sera réparé : Si nulcm rc/aciler agitiir, non remittitur pcccalitin, niai 7'cslitunliir ablntiim {Idem). Or, ce qui esl vrai des biens di- fortune l'est également de l'honneur. Allez, tant qu'il vous piaira,au\ pieiis des prélres, confesser votre injuslice ; proslenuz-vons, liuniiliez-\ ous, accusez-vous : si cepcnilant vous ne prenez pas et ne voulez pas prendre les mesures onvenables pour rétablir ce que \ous avez détruit, ou en supposant ce qui ne fut jamais , ou eu révélant ce qui devait être éternellement caché dans les ténèbres , et ce qui l'aurait été sans la malignité de votre cœur, ou sans l'indiscrélion de voire langue , qu't si-ce que voire pénitence ? Uii fantôme , rien davantage. Que dis-je ? c'est un crime, c'est nu sacrilège : iYon remitlitur peccalum, nisi rislititnlur (tblalum.
Fruits certains et non suspects. En effet , on ne soupçonnera jamais un pécheur qui veut bien se soumettre à celte réparation de n'être pas solidement converti. C'est un gage dont les censeurs même les plus rigides , je veux dire, dont les confesseurs les plus sévères ne sont pas en droit de se défier. Dans tous les autres fruits de la pénitence . il pont y avoir de l'oslenlalion cl de l'hypocrisie ; mais ici, ni l'hypocrisie, ni l'ostentation n'est point à craindre. Car il n'arrive guère qu'un iionime se détermine à quelque chose d'aussi niortiliant qu'il l'est, de rendre ce qu'il pourrait pardi'r, ou de se dédiic de ce qu'il a lémérairemenl et faussrmel avancé , quand il n'est converli qu'en apparenre. 11 faut i'élre en effet, pour se condamner ainsi sii-niéme, et pour ne se faire nulle grâce. T.a pénilcnre alors ne peut donc être douleuse. Non pas, a près lont , qu'on ait une assur,;nce enîière de son clat. Personne, dit le sage, ne sait s'il est digne de haine ou d'anio ir ; c'est un des seciels que Dieu s'est réservés, pour nous obliger à vivre dans une dépendance plus absolue de sa grâce, .'lais île toutes les marques à quoi l'on peut reconnaître les vrais pénitenis, la plus iufiilllble , c'est sans contredit celte généreuse réparation des elTcts et des suites du péché. Réparation qui remet le calme dans une âme , réparation qui nous affranchit des remords de la conscience , réparation qui nous fait goûter cette bienheureuse iiaix, où consiste , selon Tcrtullien, la félicité du péeheur juslifié : facite €rgo fructus diijiios pœniteiUi'.c.
Mais, chrélieus , quelle eU lillusion de
noire siècle 1 Au lieu de juger de la péniU nco par ces fruits , qui sont à toute épreuve , on en veut juger par des pratiques très-équivoques et qui souvent ont |)lus d'éclat que de solidité. Voici ma pensée. On voudrait voir, comme aulrefois, les pécheurs humiliés sous la lendre . couverts de ciliées , exténués de jeûnes. Beaux dehors, mais du reste, dehors trompeurs, si cependant et avant toutes choses on ne les oblige pas à satisfaire aux devoirs naturels de la charité et de la justice. Ces lois de police et de discipline, que l'Eglise dans la suite du temps a trouvé bon de miliger , on les voudrait encore dans toute leur rigueur, et je les y voudrais moi-même, mais à celte condition essentielle, que d'abord ces lois fondamentah's , ces lois capitales , dont jamais ni \'\l~ glise, ni Dieu mémo n'ont dispensé, fussent observées ; cl c'est à quoi l'on ne pense pas. Cela veut dire que, par un esprit pharisaïque , on s'allache à l'écorce de la pénilem e , tandis qu'on en laisse les fruits.
Si conile maxime de ri'crilure: il ne suffit pas, dit sailli Paul, de faire le bien devant Dieu pour glorifier Dieu, il faut encore le faire devant les hommes, pour éililierleshommes:Prori'(/p;!rfs hoiia, non siihuii cornm Dco, sed etiani corain liutninihus (11 Cor., V'ijl). Ainsi parlait l'Apôtre, et je dis par la méaie règle , il ne suffit pas de faire pénitence devant Dieu , il faut eiKore la faire devant les hommes. On la fait devant Dieu en reconnaissant son péché, mais ou la fait devant les bonimes en réparant le scandale du péché, et en Alant même jusqu'aux apparences du péché. Sans cela , c'est la décision expresse de saint Thomas et de tons les autres théologiens après lui, sans cela [loint de pénitence.
Que ne puis-je, mes chers auilitcurs , vous
f.iire eomprendre ce point de nior.ilc cl.ins
toute son étendue et dans toute sa force! il f.iiit •lue la pénitence répare le scandale du péché. Car malheur à nous si nous tombions dans l'erreur des liérésiarciues , qui , cornunpant la loi de Dieu sous ombre de la réformer, réduisent toute la pénilcnce à no pécher plus. Malheur ù nous si , reaouvelanl au moins par nos actions et par nos mœurs le dogme iin[iie de Lulher, nous venions à nous persuader (]ue tout le mystère de noire jiistiricalion fût compris dans ces paroles du Fils de Dieu mal entendues , quand il dit à celte femme adullère : .Mlez, et ne commettez plus la même faute ; Vade et jam amplius noli peccare (Jonn., \\\\). En sorle que ce fût assez pour une Ame crimiiiolîe de dire ; J'ai quille mon |)éclié sans qu'il lui en coûtât davantage. P. us vaine peut-cire, reprend saint Grégoire , du témoignage qu'elle se rend de ne plus pécher, qu'elle n'est humble du souvenir d'avoir péché ; ou tranquille et contenle d'ello-iiiême , parce que son péché n'est plus, cl prétendant à Ions les droits de linnorenee des justes s ms parliriper à l'humiliation des pécheurs. Abus , dit ce grand pape : le scandale du péché esl une partie du péché; et tandis que le scandale n'est [loint réparé , quoique le léchc ccss; , ou , '
s:;,!) OU.VTELUS SACilES. llOURDALOLit; 2(0
jieur pnrK'r plu? dniromciit , quoique vous naslères ; faisant un divorce éclalanl S'.oc
rossiez de le commodre , il n'est point abso- le monde, et sans écouler le sang el la cJiair,
!ui;n'ntdétruit. Il faut doncque la pénitence, se croyant obligés d'édifier le monde par
• iprès avoir pourvu à l'un, s'applique à leur renoncement au môme monde. Aurions-
i'autre; et parce qu'elle ne le peut faire nous des Thaïs et dos Pélagie si illustns par
qu'aux dépens (lu porhour niéiiio, règle nd- leur pénitence, si celte maxime n'avait
iuirablc de saint Anguslin , il faut, si c'est pas passé pour constante dans noire reli-
unc pénilenco efficace, qu'elle abolisse le gion ? Quoi donc , ces saints se trompaical-
péché dans la personne du péciieur , et ils? était-ce ignorance dans eux ou folie? sa
(lu'elle confonilo le pécheur pour anéantir chargeaient-ils inuliicment d'un joug qu'ils
le péché. Aulrement, poursuit ce Père, quel ne devaient pas porter? ne connaissaient-ils
exemple tirera le prochain de votre convcr- pas les voies de Dieu, et est-ce à nous seuls
sion ? Et s'il est vrai que votre péché ait eu qu'il les a révélées ?
îcs suiles funcsies que vous déplorez vous- Ah! chrétiens, concluons au conlraire que mêmes ; s'il est vrai qu'en vous égarant vous puisqu'ils marchaient dans des voies droites en ayez égaré (aiit d'autres, n'est-il pas dans et saintes, noire égarement est d'en vouloir rordreqU('VOusserviezàlesramener;etn'est- prendre de plus spacieuses et de plus larges, fe pas une justice que vous leur rendiez ce mais directement opposées au terme où la que vous leur .ivcz fait perdre, en les édi- vraie pénitence doit nous conduire. Apprefiant par votre pénitence autant que vous nous comme eux à faire cesser non-seuleîes avez scandalisés par les dérèglements de ment le mal, mais les apparences du mal; et votre vie? pour cela ne nous contenions pas de craindre Cependant, chrétiens, ce n'est guère ainsi Dieu, mais respectons encore le monde. Car que l'on raisonne dans le siècle ; et n'est-il le monde, tout profane qu'il est, mérite quelpas plein de ces àines mondaines, qui, ju- quefoisd'êtrerespeclé;el il nele méritojamais géant selon les désirs de leur cœur, malgré mieux que lorsqu'il condamne jusqu'aux aptous les oracles du Saint-Tisprit, se font une parences du péché, que lorsqu'il s'en scanprudence , mais une prudence charnelle , de dalise, que lorsqu'il nous en fait des crimes, sauver du débris lout ce qu'elb's en peuvent Si le monde nous paraît en cela un censeur sauver; de se réserver dans l'état même de sévère, édifions-nous de sa censure et de s;i leur prétendue pénitence , toul ce qui peut sévérité. S il est injuste, profitons de son inservir, ou de ressource, ou de consolation ;\ justice. S'il est railleur el médisant, rcnd(Mis leur amour-propre, tous les agréments de la grâces à Dieu de ce que sa médisance même société, tout l'éclat de la prospérité , lout le sert à nous rendre plus vigilants, plus réguluxe et le faste de la vanité , en un mot, liers, plus chrétiens. Bénissons le ciel de ce tout l'exiérieur du péché; qui , non con- que le monde, au milieu de sa corru[)tion, a tentes de paraître toujours telles qu'elles ont encore ce reste de zèle pour l'intégrité et la été, et par conséquent de l'être t'iujours, pureté des mœurs, et de ce que le vice n'a puisqu'il n'est presque pas possible dans la [las encore prévalu jusqu'à pouvoir obtenir pratique de séparer l'un de l'autre, et de du monde que le monde l'approuvât. Si le retenir les apparences du péché sans en monde nous paraît porter sur cela Irop loin conserver le fond; qui, dis-je , non cnn- sa délicatesse, ne nous figurons pas si ai-élentes de tenir toujours au dehors la même ment que le monde ait tort; et mettons i luconduile , et de suivre le même Irain de vie, tôt lout le tort de notre part, de ne vouloir veulent encore agir en cela par principes et pas en croire le monde, même dans une par raison? Or, c'est à ces âmes préoccupées chose où le jugement même du monde s'acel séduites que j'aurais bien aujourd'hui à corde si bien avec le jugement et la loi de représenter les conséquences de celle er- Dieu. Ne respectons pas seulement les sages reur, en leur opposant la vérité que je et les forts, mais aussi bien que l'Apolre, tes prêche. Car esl-ce ainsi , leur dirais-je avec imprudens et les faibles. Abstenons-nous timt le zèle que Dieu m'inspire pour leur comme lui, non-seulement de ce qui est crisalut, esl-cc ainsi que tant de fameux péni- minci el illicite, mais de ce qui nous scmlil.; tenls se sont convertis? Quand, lout liés de innocent et permis. Pourquoi aurions-nous l'esprit de Dieu, ils sont entrés dans la voie dans noire cunduite plus de liberté que saint de la pénitence, est-ce ainsi qu'ils y ont Paul? Enfin, évitons tout ce qui donne lieu marché? L'humilité, l'auslérilé, la retraite , aux discours du monde, lout ce qui fonde le n'est-ce pas le parli qu'ils ont généii'U-' - jugement léuiéraire, lout ce qui autorise et ment et hautement embrassé? Coiiiment qui favorise le péché , toul ce (|ui l'autorise dans l'ancienne lui les Acliab, les Nabucho- dans autrui, et lout ce (jui le favorise tians donosor, ont-ils paru devant Dieu el devant nous. Par là , nous rendons notre péniles hommes? Ne se sont-ils pas montrés , lenco elficace ; et après avoir retranché la nu plutôt n'ont-ils pas cheiché à se montrer matière el la cause du péché, après avoir sous le sac et en posture de suppliants, réparé les suites et les eiïets du péché, il ne |iour rétablir par une déclaration authenti- nous reste plus qu'à nous assujettir aux re- (jue ce qu'ils avaient détruit par leurs exem- mèdes du péché. C'est le sujet de la dernière pies scandaleux ? A quoi se sont condam- partie.
nés lant de pécheurs revenus à Dieu dans troisième partie.
la loi de grâce? où se sonl-ils cnnlinés ? dans Ce n'est pas s.itis raison que les Pcros ont
des solitudes, ilans des déserts, dans des mo- considéré le péché, suituul quand lliahitude
Çfl
SÎXU>D xWEiNT. SEhMON Y. DE LA PLNlTEN'Cr:.
PI! est formi'C, coninse uno dangereuse maladie que la pénitence avait à comlviltre, el eontre laquelle il était nécessaire qu'i'lle em- )'lo\i\t les plus souverains remèdes. En effet, (lit saint Clirjsostonie, de là dépend la desliiu'c ou bienheureuse ou malheureuse du pé>heur. Bienheureuse si, toui hé du zèle de son salut, il se résout à user de ces remèdes salutaires que lui [irescril la pénitence. M illicureuse, si le dcgoûi qu'ils lui causent lui en donne de l'horreur, el si la répugnance (lu'il sent à se vaincre, les lui fait rejeter. Car il n'y a, ajoute ce Père, que des frénétiques qui, fr.ippés d'un aveuglement encore plus déplorable que leur mal même, refusent de s'assujettir à ce qui les doit iiifiillil)leinen! guérir. Convenons donc, mes cliers auditeurs, de deux obligations bien essentielles, que la loi de Dieu nous impose, et qui regardent les deux sortes de remèdes que nous di'voiis prendre contre le péc'lié : ceuxlà [jour nmis eu garaiiîir, et ceux-ci pour nous en punir ; ceux-là pour n'y plus tomber, et ceux-ci pour l'expier; les premiers, remèdes préservatifs; et les seconds, si je puis ainsi parler, remèdes correctifs ; et par un simple usage des uns el des autres, mettons-nous en élat, sinon d'être absolument assurés de nuire péniti nce, au moins d'en avoir une certitude morale, et d'cire bien fondés à| croire qu'elle nous a fait rentrer en grâce avccDieu, cl qu'elle nousy doitconserver.
11 n'y a personne, et ceci regarde la pre-^ mière obligation ; non, chrcliens, il n'y a, j'ose le dire, personne ([ui, p ir les dilTérenles épreuves qu'il en a faites, \)Ciur \)vu (|u'(l- Ics aient été ou accoinpagnées ou sui> ii s de rélli'xion, n'ait reconnu ce qui peut le préserver du péché, et ce qui est |)ropre à le maintenir dans l'ordre. Je détic b's âmes les plus volages et Us moins attentives à leur conduite, de n'en pas demeurer avec moi d'accord. Car enfin, quelque dissipé, ([uelque inconsidéré, quelque emporté même et quelque a\euglé que soit un pécheur, il ne l'est jamais tellement que, dans le cours de ses passions les plus déréglées, il n'(j|]Serve encore snalgré lui ses pas, ou plu lot ses égarements et ses chutes; et que, dans ses chute^;, pour grièves qu'elles soient, il ne se rende souvent au fond de son cœur ce témoignage secret : si j'usais de telle et de telle précaution, le péché n'aurait plus tant d'empire sur moi, et je pourrais même enlièrement par là le prévenir el l'arrêter. Or, je dis, mes frères, que la preuve convaincanle d'une sincère conversion est de prendre dans la voie de Dieu ces précautions néce^saires, de suivre sur cela ses vues particulières et ses connaissances, d'être sur cela fi<lèle à soi-même, de s'écouler soi-même et do ne rien négliger de tout ce qu'on juge avoir plus de vertu pour nous soutenir et nous défendre.
Ainsi, mon cher auditeur, vous avez cent fois éprouvé que le plus certain et le plus puissant prcscrvatifcontre la cupidité et l'amour du plaisir qui vous domine, est l'ap- Diication et le travail; qu'assidu à un exer-
cice qui attache l'esprit el qui le fixe, vous vous conservez sans peine, ou avec beaucoup moins de peine, d iiis l'innocence ; et que tandis que vos jours étaient, comme parle le prophète, des joins pleins, c'est-àdire, des jours pleinement el ulilenunt employés , le péché ne trouvait nulle entrée dins votre cœur ; vous le savez cependant, vous aimez le r.pos et la tranquillité, vulre penchant vous porlc à une vie oisive et molle, el ce fonds de paresse qui vous est naturel et que vous entretenez, vous éloigne de tout ce qui gêne l'esprit et qui captive les sens. En quoi consiste, par rajsport à vous, l'efficace de la pénitence'? C'est à vous prémunir de ce côté-là vous-même contre vousmême; c'estàvous occuper, puis(]ue le grand soutien de votre faiblesse esl l'occupation, à vous occuper par un esprit de religion, quand vous n'y seriez pas engagé d'ailleurs par d'autres intérêts el d'autres devoirs; à vous occuper par un esprit de pénitence, car c'est une pénitence en elTcl très-agréable à Dieu; à vous occuper sans rien rejeter de tout ct; qu'il y a de plus pénible et de plus fatiguant dans l'emploi que la Pro\ idcme vous a commis ; à vous charger de tout le fardeau, fùl- 11 encore plus pesant, et en dussiez-vous être accablé. l'our(|uoi'? parre qu'au moins êlcs-vous par là réduit à l'état bienheureux de ce solitaire, qui disait, au rapport de saint Jérôme : Je n'ai pas le loisir de vivre, et conunent aurais-jo le loisir de pécher? Vivere mihi non licet, et f/nomodo fornicnri li~ cebit {[lieron.]'! Bien loin donc d'envisager cette vie laboricu-ie comme une serviluilc, rendez grâces à Dieu de vous avoir donné dans votre élai un moyen si honnête et si raisonnable, si présent el si sûr, pour vous détourner du vice, cl de vous avoir fait trouver dans votre condilion même un reméii(; conre ces passions si vives que fomente l'oisiveté et (jue le seul travail peut amortir.
J'en dis autant de vous, qui n'ignorez pas et ne pouvez ignorer à combien de chutes et de rechutes voire fiagilité Ions les jours vous expose, et quel frein serait capable de vous retenir; que contre les plus importunes ou les plus violentes altaques, vous lrou^eriez dans la fréquente c>inlession un secours toujours prêt et presque toujours immanquable; que muni du sacrement et de la grâce qui y esl attachée, on en est cl plus fort dans les occasions, et plus constant dans les résolutions; que plus vous vous en éloignez, plus vous vous affaiblissez, plus vous vous relâchez ; que, pour marcher d.ins la voie du salut avec persévérance, il vous faut un conducteur et un guide, un homme qui vous tienne la place de Dieu, el qui, par ses conseils, vous affermisse dans le bien; que l'obligalion de recourir à lui et de lui rendre compte de vousn êmc est comme un lien qui arrête vos légcrelés el vos inconstances; en un mol, que c'est dans le spcré tribunal, et entre les mains de ses ministres, que Dieu, pour parler avec l'ApoIre, a mis ces armes, dont nous devons nous revêtir po:ir résister et
OUATEUr.S SACRES. UULRDALOIT.
piuT tenir Fi-rmo au jour do la tentalion. Vous cil (îles instruit, liclasl et vos propres innllieiirs ne v(ni« l'ont que trop appris. tJepeinlant la confession vous gène, surtout la confession fréquente; cette loi, que le ministre du Seigneur vous impose de vous présenter à lui (Je 11 iiips en temps, comme au niédoeiu de votre âme, pour lui découvrir vos blessures, vous paraît une loi onéreuse, et vous avez de la peine à vous en faire un engagement. Si d'abord vous vous y 61 es soumis, si vous l'avez acceptée, vous rétractez bientôt voire parole, et vous secouez enfin le joug. Puis-je présumer alors que \otre pénitence ail eu cette bonne loi, celle sincérité qui 11 doit rendre valable devant Dieu"? Si cela était, dans le besoin pressant où vous vous trouvez, mon cher auditeur, vous seriez au moins disposé à vouloir guérir, et dans cette disposition vous chercheriez le remède; convaincu par vous-même de son utilité et de sa nécessité, sans attendre qu'on vous l'ordonnât, vous seriez le premier à vous le prescrire. Vous accompliriez à la lettre et avec joie la condition que le prêtre, selon les règles de son ministère, a prudemment exigée de vous ; il vous verrait au jour marqué revenir à lui. pour reprendre auprès de lui de nouvelles forces; vous vous feriez même de votre tidélilé cl de votre exactitude, non-seulement un devoir, mais une consolation. El que ne fait-on pas tous les jours pour un moindre intérêt? au retour (l'une maladie dont vous craignez encore les suites, à quoi ne vous réduisez-vous pas , de quoi ne vous abstenez-vous pas'? est-il régime si rebutant, si mortifiant, que vous ne suiviez dans toute sa rigueur, et tel qu'il vous est prescrit? Avcz-vous delà foi, si, lorsqu'il s'agit de votre salut, vous tenez une (oniliiilc tout oppnm>i>'> fl r.nisonnez-voiis eu chrétien, si vous n'observez pas pour votre âme ce que vous observez avec tant de soin, et même avec lant de scrupule, pour votre corps?
Achevons et disons un mot de la seconde obligiition. Pour se convertir cfticacemen;, il ne sullil pas de se préserver du péché en évitant de le commettre, il f<iut l'expier après l'avoir commis ; il faul exercer contre soi-même celle justice vindicative que Dieu exercera un jour contre le pécheur impénitent. Or, voici, mes chers auditeurs, le dernier désordre qui, dans la plupart des cliiéliens , rend la pénitence inutile et sans effet. Quelque usage que nous fassions du sacrement de la pénitence, nous ne nous corrigeons pas , parce qu'à mesure que nous péchons, nous ne nous punissons pas; et, sans on chercher d'autre raison, nous vivons des années entières dans riniquité, parce que notre amour-propre nous inspire la mollesse, cl qu'ennemis d'une vie austère, il nous entretient dans l'habitude d'une mallieureuse impunité.
Si le châliment du péché, je dis le cliâtir.icnt volontaire , à quoi, comme arbitres cl juges dans notre propre cause, nous nous cobdamnous , et qui est proprcu;ont , [lar
rapport à nous , ce qui s'appelle pénitencp ; si le châtiment du péché suivait de près lo péché même; si nous avions assez de zèle pour ne nous rien pardonner ; si malgré notre délicatesse, autant de fois que nous oublions nos devoirs et pour chaque infidélité où nous tombons, nous avions le courage rie nous imposer une peine et de nous mortifier, j'ose le dire, chrétiens, il n'y aurait plus de vice qu'on ne déracinât, ni de passion qu'on ne surmonlâl.
Je ne prétends point pour cela que la pénitence soit une vertu S( rvile cl qu'elle n'agisse que par la crainte. Car on peut , dit saint Augustin, se punir par amour, on peut se punir par zèle de sa perfection, on peut se punir pour venger Dieu , on peut se punir pour se régler soi-même ; et si c'est par crainte que l'on se punit, on peut se punir par une crainte filiale et qui procède de la charité, en s'obligeanl, pour rentrer en grâce avec Dieu et pour lui payer le juste trilmt d'une satisfaction qui l'honore, à faire telle ou telle œuvre de piété, à praticjucr telle ou telle austérité , à se retrancher tel ou tel plaisir permis, à se priver de telle ou telle commodité.
Aussi , quand l'Eglise autrefois punissait par des peines canoniques et [iroporlioiinécs chaque espèce de péché, elle ne croyait pas ôler par là aux fidèles cet esprit d'adoption qu'ils avaient reçu dans la loi de grâce, ni leur im[)rimer cet esprit de servitude qui avait régné dans l'ancienne loi. Son inlenlion , en observant celle sévérilé de d:scipline, élait de soutenir les uns et de ramener les autres ; de seconder les i fforis de ceux-ci dans leur conversion, et de mainlcnir ceuxlà dans une sainte persévérance. Telles otaioiit los vues de l'Eglise ; et Dieu, bénissant sa conduite, l'on voyait de là tant de chrétiens conserver sans peine la grâce de leur baptême; et l'on ne pouvait douter do la pénitence et de la douleur de ceux qui l'avaient perdue, quand pour un seul péché mortel ils jeûnaient des années entières et se soumettaient sans résistance à des exercices aussi laborieux qu'humiliants. L'innocence florissait alors et la pénitence était excml)!.iire, parce que le péciié n'élail point impuni. .Mais aujourd'hui l'on en est quitle et l'on en vent être quitte à bien moins de frais, cl que s'ensuit-il ? c'est qu'aujourd'hui l'on pèche beaucoup plus hardiment, que l'on demeure dans son péché beaucoup plus tranquillement, que l'on s'en repenl beaucoup plus faiblement, que l'on y renonce beaucoup plus rarement, et que presque toutes nos pénitences sont vaincs ou du moins très-suspcctes. Ces peines prescrites par l'Eglise ont été modérées; et dès là l'inondation des vices a commencé, dès là la disii|iline s'e-t énervée, dès là le christianisme a changé de face. Tant il est vrai que le pécheur a besoin de ce secours, et qu'il, ne faut point compter qu'il soit pleinement converti, tandis qu'abauiionné à lui-même et ,à sa dii^eiélion, disons plutôt à sa lâcheté, il u'aura que de
SKCOND AVENT. SEIIMON M. SUR LA NATIVITE DE J.-C.
SEUMON VI.
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l'indulgence pour lui-même, et ne cherchera quW s'épargner.
Or, fiisons maintenant, ehréliens, ce que faisait l'Eglise dans les premiers sièch'S ; entrons dans les mêmes sentiments, remplissons-nous du même esprit, conformons-nous aux mêmes pratiques. Souvenons nous que si l'Eglise s'e>l relâchée en quelque cliose sur ce qui concerne l'usage de la pénitence, c'a été sans préjudice des droits de Dieu, et que là-dessus, elle n'a ni voulu ni pu se relilcher en rien ; que si elle a consenti à changer quelques régies qu'elle même avait établies , elle n'a point touché à l'obligation essentielle de satisfaire à Dieu , qui n'est pas de son ressort. De là, concluons qu'à le bien prendre cette condescendance de l'Eglise ne doit point servir à autoriser notre lâcheté ; parce qu'il est toujours vrai que plus nous nous ménagerons et moins Dieu nous ménagera ; que plus nous nous flatterons et moins Dieu nous pardonnera ; que moins nous nous punirons et plus Dieu nous punira. Car le droit de Dieu, et le même droit, subsistera toujours. Ainsi, persuadés que le péché doit é:re puni en cctie vie ou en l'autre, ou par la vengeance de Dieu, ou par la pénitence de l'homme : Aul a Deu vindicanlc , au( ub homiite pcenitente (Terlnll.^:, n'attendons pas que Dieu lui-même prenne soin d'en tirer toute la satisfaction qui lui (\st due. Prévenons les rigueurs de sa justice par les rigueurs de notre pénitence, .\rmon--nous d'un saint zèle contre nous-mêmes ; prenons les intérêts de Dieu conlre nous-mêmes ; vengeons Dieu aux dépens de nous-mêmes.
Si ceux que Dieu nous a donnés ou que nous avons choisis pour médecins de nos âmes sont trop indulgents , suivant l'escellente maxime de saint Bernard, suppléons à leur indulgence par noire sévérité. S'ils ne sont pas assez rigides ni assez exacts, soyons- le pour eus et pour nous, puisque c'est pei'sonneilement de nous qu'il s'agit et que nous devons plus que tcut autre nous intéresser pour nous-mêmes : Si niKlicus clementinr fiierit, tu âge pro te ipso [Bernard]. Appliquons aux maux spirituels de nos âmes des remèdes spécifiques ; et, selon la différence d( s pêches . eniployons pour les punir des moyens dilTéreiils, la ntraile et la sêparaliim du nioi.d-. pour puiiir la licence des conversations ; le silence, pour punir 11 liberté et l'indiscrétion de la langue; la niodcslie dans les habits et dans l'équipage, pour punir le luxe ; le jeûne, pour punir les excès de bouche cl les débauches; le renoncement aux plaisirs innocent*, pour punir l'attachement aux plaisirs criminels : Quis scit si converlulur, et ignoscat (Joe!., ll)?Qui s.-til si le Dieu des miséricordes ne se convertira pas à nous ?qui le sait? ou plulot qui en peut douter après la parole auilientique (ju'il nous en a donnée? En un mot, mes cliers auditeurs, retranchons la cause du péché, réparons les eflcts du péché, assujettissons-nous, quoi qu'il nous en coule, aux reujèdcs du péché, et par là nous rentrerons dans le chemin (lu salut e! de la gloire, où nous conduise, etc.
OKArECRS SACKils. X!\".
l'OtK LE JOUR DE XOtL
Sur la nativité de Jésus-Christ.
Dixil illis angélus : NiJile timere ; ocre onim cvangoliio vobis gaiiiliiim inagriiim, nuoil eril omiii populo; fiiiia n.ilus est voliis liodie Salvalor, qui est Cliristus IJou.iiius wi ciTilateDa\id.
L '(inge leur dit : Ne craignez jminl ; car je wois mus aniwticcr une iiourelle, qui sern jtour tout te peuple le sujet d'une grande juie; c'e^l iiu'auj(,urd'liui dtiiis lu lide de Oa- \id il rous est né un Sameur, (jui est Jésiis-Chritl (S. Luc cil II). '
Sire, Ainsi parla l'ange du Seigneur; mais il parlait à des bergers, c'est-à-dire à des hommes sim|des qui , éloignés du monde et veillant à la garde de leur troupeau , menaient une vie aussi innocente qu'elle était pauvre et obscure, il leur annonçait un Sauveur qui, né dans un étable, venait honorer leur condition par le choix qu'il faisait de leur pauvreté ; et qui, se dépouillant pour les sauver, de la majesté d'un Dieu, paraissait dans une crèche, re\étu non-seulement de la forme d'un homme, mais d un homme inconnu comme eux, souffrant col^me eux et, à l'exception du péché, parfailement semblable à eux. .le ne m'éioiinc donc pas s'il leur disait : Nulile timere : Ne craignez point. Car qu'auraicnl-ils pu craindre, demande saint Chrysoslome, dans un mvslèr(» ou tout les consolait; dans un mvslèVe ou ils ne trouvaient que des suji Is "de (,énir Dieu cl de le glorifier ; dans un mvslère qui leur faisait connaître le bonheur de leu.condition, et qui par là leur rendait leurs misères, non-seulement supportables, mais désirables, mais aimables? Je ne m'élonnu pas , dis-je , si l'ange députe de Dieu leur tenait ce langage : Ecce eiangelizo vohis gaiidiiim magnum : Je vous apporte une grande nouvelle, une nou\clle qui vous comblera de joie ; savoir, qu'il vous est né i.'n sau\ eue : Quia natus est vohis hodie Salvalor.
.Mais, chrétien-, dans l'obligation où je suis d'accomplir aujourd'hui mon minislère, et ayant l'honneur de prêcher l'Evan-ile de Jésus-Christ dans la cour du plus gr-and dt'n rois, il s'en faut bien qi:e j'aie le même avantage que l'ange du Seigneur. J'annonce aussi bien que lui la naissance du Sauveur du monde; mais je l'annonce à des audileuis à (lui je ne siis si elle doit être un sujet de consolalion. J'annonce un Sauveur humble et pau\re; mais je l'annonce aux grands du monde et aux riches du monde. Je Vannoncc à des hommes qui, pour être chrétiens de profession, ne laissent pas d'être remplis des idées du monde. Que leur dirai-je donc, Seigneur, et de quels termes me ser\irai-je pour leur proposer le mystère de votre humilité et de voire pauvreté? Leur dirai-je: ne craignez point? Dans l'état où je les suppose, ce serait les tromper. Leur dirai-je : craignez? je m'éloignerais de l'esprit du mystère mêmi; que nous célébrons, et des pensées consolantes qu'il inspire et qu'il doit inspirer aux plus grands pécficurs. Leur dirai-je : affiigez-
OMTEURS SACRES. BOUUDALOUE.
ses
vous, pendant que toul le monde chrélien est dans la joie? Leur dirai -je: consolez vous, pendant qu'à la vue d'un Sauveur qui condamne toutes leurs maximes, ils ont tant de raisons de s'affliger? Je leur dirai, ô mon Dieu, l'un et l'autre; et par là je satisferai au devoir que vous m imposez. Je leur dirai : affligez-vous et consolez-vous; car je vous annonce une nouvelle qui est tout à la fois pour vous un sujet de crainte et un sujet de joie. Ces deux sentiments, si contraires en apparence, mais également fondés sur le mystère de Jésus-Christ naissant, sont déjà le précis et l'abrégé de toul ce que j'ai à leur dire dans ce discours, après que nous aurons imploré le secours du ciel par l'intercession de la plus sainte et de la plus heureuse des mères. Are, Maria.
C'était la destinée de Jésus-Christ, de paraître dans le monde comme un objet de contradiction; et par un secret impénétrable de la Providence, d'y être tout à la fois, et la ruine des uns, et la "résurrection des autres : Eccc pusitus est lt>'c in riiinam et in rcsurrecticnrm nudtorum {Lac, II). Toute la vie de cet Homme-Dieu n'a été que l'aecomplissement et la suite de' celte prédiction. Ce n'est donc pas sans raison que je vous ai proposé d'abord sa sainte naissance comme un sujet de crainte et de joie : de crainte, en le considérant, tout Sauveur qu'il est, comme la ruine des impies et des réprouvés ; et de joie, en le regardant comme la résurrection des pécheurs qui se convertissent et qui deviennent les élus de Dieu.
Appliquons-nous, chrétiens, cette vérité.
Je puis dire que toute l'affaire du salut consiste à bien ménager, par rapport à Dieu, ces deux sentiments opposés de joie et de crainte; et c'est pour cela que David instruisant les grands de la terre, à qui Dieu lui faisait connaître que cette leçon était particulièrement nécessaire, leur disait par une manière de parler aussi surprenante qu'elle est judicieuse et sensée : Scrvitc Dninino in timoré, et cjcultnte ei cum tremore ( l'sal. II ) : Servez le Seigneur, et réjouissez-vous en lui avec iremblement. Pourquoi trembler, dit saint Clirysostome, si je dois me réjouir en lui ; et pourquoi me réjouir en lui, si je dois trembler? C'est, répon<l ce saint docteur, qu'à l'égard de Dieu, en malièrede salut, l'homme, soit juste, soit pécheur, ne doit point avoir de joie, qui ne soit mêlée d'une crainte respectueuse, ni de crainte, quoique respectueuse, qui ne soit accompagnée d'une sainte joie. Car, selon les règles les plus exactes de la religion, il ne nous est point permis de craindre Dieu sans nous confier en lui, ni de nous c )nner en lui, sans le craindre.
Or, je prétends, et voici mon dessein , je prétends que le mystère de la naissance de Jésus-Christ, bien conçu et bien médité, est de tous les mystères ' du christianisme le plus propre à exciter en nous , et celle crainte salutaire, et celte joie solide et intérieure. Je prétends que la vue de ce Sauveur i!é dans une crèche nous fournit de puissants motifs de l'un el de l'autre. Motifs de
crainte, si vous êtes de ces mondains qui , aveuglés par le Dieu du siècle, quittent la voie du salut pour suivre la ^oie du monde. Motifs de joie, si vous ouvrez aujourd'hui les yeux, et si vous voulez être de ces chrétiens fidèles qui cherchent Dieu en esprit et en vérité. Motifs de crainte si, comprenant bien pourquoi Jésus- Christ est venu nu monde, et de quelle manière il y est venu, vous reconnai-isez l'opposition qu'il y a entre lui et vous. Mot ils de joie si, persuadés el confus de l'opposition qui se rencontre entre Jésus- Christ el vous, '\ous prenez enfin la résolution de vous conformer à lui el de profiler des avantages que vous donne pour cela même la condition où Dieu vous a fait naître. Selon la différence de ces deux élals et de ces deux caraelèrcs, ou craignez, ou consolezvous. Etcs-vous du nombre des mondains ? craignez, parce que ce mystère va vous découvrir des vérilés bien aflligcantes : vous le verrez lians la première partie. Etcs-vous ou voulez-vous être du nombre des chréfiens fidèles? convoi, z-vous, parco que ce mystère vous découvrira des trésors infinis de grâce et de miséricorde : vous le verrez dans la seconde partie, ^'oilà les véritable^ dispositions avec lesquelles vous devez voiis présenter devant la crèdie de votre Dieu, llendez-vou-; dociles à sa parole, afin que je puisse aujourd'hui les imprimer bien avant dins \os cœurs, el donnez-moi toute votre attention.