CAREME. SERMON I. SUR LA PENSEE DE L\ MORT
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tous en général, chacun en parliciilicr, soiivcnoz-vous que vous n't^les que pouilre, et que vous relournerez en poudre. Ce souvenir ne vous plaira pas; celle pensée vous lilessera. vous troublera, vous afllif^era : mais en vous blessai\l elle vous guérira; eu vous Iniulilaiit cl en vous ariligeanl, elle vous sera salutaire; et peul-élre, roiuine salutaire, vntis (leviendra-l-elle enfin, non-seuleiiirnl suppoilalile , niais consolante et a2;réal)le. (Juoi qu'il en soit, je vcu\ \ous eu f ire voir les avantages, et c'est par là que je couinienee le cours (!e ni"S prcdicalions.
Divin Kspril, vous qui d'un charbon de l'eu pnrifiâtes les lèvres du jiroplièle, et les lilis servir d'organe à votre adorib^e parole, ptiriliez ma langue, et faites que je puisse dignement renqdir le salut ministère que v<uis m'avez confié. Eloignez de moi tout ce qui n'est pas de vous ; ne ni'ins()irez point d'autres pensées que celles qui sont propres à toucher, à p:M>uader, à convertir. Donnezmoi, 1 o:umc à r.Vpôlre des nations, non pas une éloquence vaine, qui n'a pour but que de contenter la curiosité des hommes, mais une éloquence chrétienne, qui, tirant toute sa vertu de votre Evangile, a la force de remuer les consciences , de sanctifier les âmes, de gagner les pécheurs et de les soumettre à l'empire de votre loi. Préparez les esprits de mes auditeurs à recevoir les saintes lumières qu'il vous plaira de me comuuiniquer ; et C(unme en leur parlant je ne dois poinl avoir d'autre vue que li'ur salut, faites qu'ils m'ecoulent avec un tièsir sincère de ce salut éternel que je leur prêche, puisque c'est l'essentielle disposition à toutes les grâces qu'ils doivent attendre de vous, (yest ce que je vousden)ande, Seigneur, et pour eux ci pour moi, par l'intercission de Marie, à qui j'adresse la prière or.iiiiaire : Ave. Maria.
C'est un princi[>e dont les sages mêmes Ju paganisme sont convenus , que la grande science ou la grande élude de la vie est la science ou l'étude de la mort, et (juil est impossible à l'homme de \ivre dans l'ordre et de se maintenir dans une vertu solide et const.inle, s'il ne pense souvent qu'il doit îuourir. Or, je trouve que toute noire vie, ou, pour mieux dire, lout ce qui peut être perfectionné dans notre vie, et parla raison, cl par la foi , se rapporte à trois chosrs : à nos passions, à nos délibérations et à nos actions. Je m'explique. Nous avons dans le cours de la vie des passions à ménager; nous avons dos conseils à prendre, et nous avons des devoirs à accomplir. En cela, pour me servir du terme de l'Ecriture, coiisisle tout ; l'homme ; tout l'homme, dis-je , raisonnable et chrétien : Hoc est eniin oiiinis homo [Ereles., XII); des passions à ménager , en réprimant leurs saillies et en modérant leurs violences ; des conseils à prendre, en se préservant, et des erreurs qui les accompagnent, et d( s repentirs qui les suivent ; des devoirs à accomplir, et dont la pratique doit être j)rompte et fervente. Or, pour tout cela, chrélirns, je prétends que la pensée de la mort jious suffit , et j'avance trois propositions
que je vous prie do bien comprendre, parce qu'elles vont faire le partage de ce discours. Je dis que la pensée de la mort est le remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions; c'est la première partie. Je dis que la pensée de la mort est la règle la plus infaillible pour conclure sùremi'nt dans nos délibérations; c'est la seconde. Enfin je dis que la pensée delà mort est le moven le plus efficace pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions ; c'est la dernière. Trois vérités dont je veux vous convaincre, en vous faisant sentir toute la force de ces paroles du mon texc : Mémento, homo, quid pulris es, et in puiverem rcrerteris. Vos passions vous emportent, et souvent il vous semble que vous n'êtes pas maîtres de votre ambition et de votre cupidité : Mémento, souvenez-vous, et pensez ce que c'est que l'ambition et la cupidité d'un homme qui doit mourir, ^'ous délibérez sur une matière importante, et vous ne savez à quoi vous résoudre : Mémento, souvenez-vous, el pensez quelle résolution il convient de prendre à un honmie qui doit mourir. Les exercices de la religion vous fatiguent et vous lassent, et vous vous acquittez négligemment de vos devoirs : Mevienlo. souvenez-vous, el pensez comme il importe de les observer à un homme qui doit mourir. Tel est l'usage que nous devons faire de la pensée de la nujrt, et c'est aussi tout le sujet de votre attention.
PREMIÈRE l'ARTIE.
Pour amortir le feu de nos passions, il faut conuuencrr par les bien connaître; et pour les connaître parfaitement, dit saint Chrysostome, il suffit de bien comprendre trois choses ; savoir : que nos passions sont vaines, que nos passions sont insatibles, et que nos passions sont injustes ; qu'elles sont vaines par rapport aux objets à quoi elles s'attachent; qu'elles sont insatiables el sans bornes, el par là incapables d'être jamais satisfaites et de nous satisfaire nous-mêmes; enfin, qu'elles sont injustes dans les sentiments présomptueux qu'elles nous inspirent, lors- (jue aveuglés et enflés d'orgueil , nous prétendons nous distinguer en nous élevant au-dessus des autres. Voilà en quoi saint Chrysostome a fait particulièrement consister le désordre des passions humaines. Il nous fallait donc pour en réprimer les saillies et les mouvements déréglés quelque chose ciui nous en découvrit sensiblement la vanité, qui , les soumellanl à la loi d'une nécessité souveraine , les bornât dans nous malgré nous ; et qui, faisant cesser toute distinction, les réduisît au grand principe de la modestie, c'est-à-dire, à l'égalité que Dieu a mise entre tous les hommes , et nous obligeât, qui que nous soyons, à nous rendre au moins justice, el à rendre aux autres sans peine les devoirs de la charité. Or, ce sont , mes chers auditeurs, les merveilleux effets que produisent infailliblement dans les âmes touchées de Dieu le souvenir et la pensée de la mort. Ecoutez-mo! el ne perdez rien d'une instruillon si édifiante.
Nos passions sont vaincs : cl, pour nous eu
ORATEURS SACRES. BOLRDALOUE.