‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 40 sur 132 · ORATEURS SACRES. BOURDALOLE · texte numérisé non relu

ORATEURS SACRES. BOURDALOLE

Iinaliors de Dieu impose à riiomme une ab- blier que les bonnes œuvres n'avnieiU nuilu siilue nécessite d\i;,'ir; que toutes nos aclioris, p.irt au salut, cl que toute l'affaire de la bonnes ou mauvaises, roulent sur ce décret justification se réduis.iil à un seul point, ja que Dieu a formé de toute élernilé ; que, veux dire à une simple imputation des nié- Boumis à ce décret, nous n'avons plus le riles de Jésus-Cbrist, sans qui! en dût coûter pouvoir de nous dé'ermincr au bien, ni de autre cbose pour être sauve que de croire nous déiournerdumal ; quenousavonsperdu et de s'assurer soi-même, par l'esprit inlénotrc libre arbitre, et que, [>ar conséquent, rieur de la foi. qu'on était en cfl'et justifié les préceptes de la loi, à ceux qui ne les et prédestiné. Secret admirable pour aplanir observent pns, sont impossibles : l'un ou le cbemin du ciel et pour y faire marcher l'auîre, dis-je, après avoir établi ces fonde- à l'aise, non-seulement les âmes làcbes, mais nionls, n'aurait-il pas é(é bien reçu à faire le même les plus chargées de crimes. Or, je prédicateur et à nous dire, en nous prêchant vous demande si cela seul ne suffisait pas la péiiitcucc : Failcs un eiîort, mes frères, pour les convaincre de fausseté ? rompez vos liens, afl'ranchissi z-vous de l'es- Vous me direz que cette doctrine, en rapclav.iu;e où vous êtes, sortez de l'occasion, portant tout à la prédestination de Dieu , renoncez à voire péché. Mais comment et ne laissant rien à la liberté de I homme , l'er.lendcz-vous, aurait pu lui répli(|uer un est bien plus capable d'humilier l'honrne cl pécheur? Si mou péthé est arrêlé dans cet de réprimer son orgueil : et moi, chrétiens , ordre imiiïunble des décrets de Dieu, le je ne conçois pas comment on peut se laisser •noyen que j'y renoucc ? et le moyen au séduire par une difiiculté .lussi vaine que ronirairc que je n'y renonce pas, si mon celle-là. Car, en quoi consiste la vraie husalut est résolu? Si je ne suis pas prédesliné, miliation de l'homme? n'est-ce pas, dit saint (oinment puis-je me con\crtir ? et si je le Bernard , en ce que l'honune ait (juclque suis, comment puis-je ne me convertir pas? chose à se reprocher; en ce qu'il soit obligé pourquoi donc me presser de la sorte, puis- à se repentir, à s'accuser, à se condamner que, selon vous, je suis nécessité à l'un ou soi-même; en ce qu'il envisage toujours son à l'autre ? Vous dites que c'est Dieu seul péché comme un sujet de honte, comme une (jui me détermine à faire le bien : pourquoi malice punissable, comme une infidélilé critlonc employer votre zèle à m'y déterminer minelle ; en ce qu'il ne puisse pas se défenet à m'y résoudre? par une telle réponse, dre de porter contre lui-même ce lémoignariiomme le plus endurci n'aurait-il pas jus- ge , qu'en péchant il est allé contre les destifié son i(npénilence contre les maximes seins de Dieu, et qu'il a manqué à sa grâce ? les plus.sé\ères de celle prétendue ré- Voilà, selon loules les Ecritures, ce qui peut forme? et ce qui doit humilier le pécheur. Or, com- De là vient que ceux qui la prêchaient nient entrera-t-il dans aucun de ces senti- ( c'est la réflexion d'un savant cardinal, menis, s'il est imbu de l'erreur que je eoml'ornement de noire siècle et le défenseur bats? et s'il est prévenu de cette pensée, de ri'glise ) , de là \ient que les prédicateurs (ju'il n'a pu éviter le mal, comment se le rede cetl- réforme, ou plutôt les minisires de prochera-t-i! ? s'il est dans celle opinion que cette hérésie, ne s'altacbaicnt presque ja- son péché n'a été qu'une suite l'alale et némais à rexhorlaiion, quand ils étaient obligés cessaire d'une destinée dont il n'élait pas le (l'inslruire les peuples. Us parlaient sans mailre, comment s'en accusera-t-il ? que ne cesse à leurs auditeurs de celle profondeur pourra-t-il point alléguer à Dieu pour se et de cet abîme lies jugements de Dieu ; ils justifier du blâme de l'avoir conmiis ? Il n'en leur en inspiraient de l'horreur ; ils leur va pas de uiéino dans Ja créance commune faisaient admirer cette adorable inégalité qui et dans les principes de la doctrine catholifait des uns des vases de colère et de per- que. Car nous disons à Dieu : Seigneur, il tlilion, et des autres des vases de misèri- est vrai, j'ai été rebelle à vos ordn» : vous corde : mais à peine s'engageaient-ils, ou à m'avez appelé, et j'ai refusé de vous obéir : les presser sur les obligations de leur état, je suis un ingrat et un perfide; et ce qui fait ou à les confondre surle désordre de leurs ma conlusinn, c'est que je ne le suis que mœurs. S ils le faisaient quelquefois, c'était parce que je l'ai voulu ; et qu'étant aidé, faiblement et avec une secrète répugnance, comn)e je l'étais , de votre secours, je poucomme s'ils eussent bien senti qu'ils se vais ne le pas \ouloir. En parlant de la sorconlredisaient eux-mêmes et qu'ils eussent le , nous nous humilions : mais quiconquf reconnu que ces grands et ces énergiijues s'écarte de celte voie simple de 1 1 foi, lient mouvemenls d'indignation, de reproches, de un langage tout différent. .\u lieu de s'accumenaces, d'invectives contre les [léiheurs, scr, il accuse Dieu, il fait Dieu auteur de ses qui sont si |>ropres à la parole de Dieu, et désordres, il s'en prend à Dieu de ce qu'il où les prophètes ont fait paraître toule la est vicieux et emporté ; ainsi , bien loin force et toute la grâce de l'Esprit-Saint qui qu'on lui inspire l'huinililé en lui ôlanl les animait ; que tout cela, dis-je, ne leur l'exercice de sa liberté, c'est , au contraire, con\en.iil pas. Pourquoi? parce que tout parla qu'on lui apprend à s'élever ©outre cela supposait une liberté qu'ils avaient en- Dieu même.

Irepris d'abolir et dont ils ne retenaient que De plus, il ne suffit pas, pour être saine,

le nom. .lusque là que , pour parler consé- qu'une doctrine serve à nous humilier: il

(luwnmeut, et pour soutenir leur erieur par faut (ju'ellc nous rende tout à la l'ois hum-

uiie .lulre erreur, ils en vinrent cnlin à pu- blés et fcrvenls ; et si l'iiuiiiililé uu'ellc uro

Ji;i CAIIEME. SERMON IX. SLR LA l'HEDLSTlNATION. ir.2

(luit (Ml nous n"ost suivie de celle ferveur , 1< s repreu.n'l , les toiiv.iiiuiuait, les coikLhii- (•■(•st une liuuiililé Iroiupeuse, qui nous se- nait, et par là niêiue les iiiiporluiiail : mais (Iu:t el qui nous i)er(L Or, il n'y a que la l'aulre , n'exigeant d'euv rien aulre chosfl créance c:iliHili(iue qui puisse bien concilier (juc de déplorer leur niisùre , de s humilier es deux choses, la ferveur el l'iiinuiliié ; sous la puiss;inte main de Dieu, s'accoiumoparci' que c'esl la si uie où l'on trouve cclti.! dail parfuiU ment à leur j^nût. Car ils vuualli.inc' parfaite de la prédeslinalion el lie la laient hien s'humilier devanl Dieu, pourvu liheite. (lar le pela;;iani.sme , atlribuaut des qu'ils en fussent quilles pourp.ela, et qu'on forces à l'hiimme pnuragir iiulépendanimcnl ne leur demandât rien davant,i{;e. de Dieu, semblait rendre Ihomme fervent, De là vient encore, tiue dans les lenips où mais il lui donnait de quoi s'enori^ueillir. la corruption des mœurs a élé plus générale, Le ealvinisnie, d'ailleurs, pour élever la pré- ces tnalières de la piedeslinaliou et du libre (Il sliualiiMi de Dieu, anéantissant le libre ar- arbitre sont devenues plus communes, e(, si bilre de riionime, humiliait l'hoiiime en ap- j'ose dire , plus à la mode, fliiacun en a p'répareiice ; mais il lui (jtail en elïel loule la tendu discourir, ju^-ijuà ctux même et juspiMlique des bonnes (ruvres. Qiii' fait I E- (|u'à celles ([ui devaient moins en parler, glise '.' elle lient le milieu entre ces deux ex- Elles ont alïeelé <ette vaine science (jue saint iremités ; et , conduite par l'esijrit de vérité Paul leur défendait si expres^ément ; elles <.(\ .|ui la gouverne, cUt' nous enseigne une sont rendues éloquenlcs sur la laililisse de Voie qui nous mainlient d lUs riiumilile rlire- l'iiomnie et sur sa dépendance iiiliuie d(j tienne sans préjudice de la ferveur , et ((ui Dieu ; elles se sont fait uni' déxolion d'en e\(ite en nous la ferveur sans intéresser raisonner, el elles ont enliu réduit loule leur l'htiniililé chrélienne ; et cette voie , c'est la piélé à cette spéculation et à ce lan''a"o docirine que je vous prêche , savoir, que, d'humilité. Or, j'avoue, chrétiens, (|ue, bien pour raccomplissemenl de la prédestiiialion loin d'être tonclié de ce langage, j'ai' tonde Dieu, nous devons coopérer el travailler jours eu de la peine à ne pas iw'l-ix délier : avec Dieu. car on ne sait que trop jiisiin'où peut aller Sans cela, non -seuleiiicnl nous nous relà- l'abus de celle prétendue faiblesse, et les chons dans les devoirs du clirisliaiiisine , conséquenresqu'en tirelejlibertina"e.Ou'ui>;3 mais nous loinbons, par une suite nécessai- âme vertui use el attachée à ses devoirs acre, dans les derniers désordres. Car sur ce misse de la faiblesse extrême où nous somprincipe , que , quand Dieu le voudra et mes tombes par le péché, j'en suis édifié: l'aura prévu, on ne man(iuera pas de se coii- pourquoi ? parce que sa vie est un lémoiverlir, et que jiisiiuc là il serait inutile d'y gnage (lu'elle prend la chose dans le bon penser, on s'abandonne à tout , on se laisse sens et dans le véritable esprit de la foi. emporter à la violence de ses désirs, on Mais qu'une âme mondaine s'en ex(ili(Mi(! contente ses appétits les plus sensuels, on ne sans cesse, cl en revienne toujours à ce se modère en rien. Kl de là vient que les li- mystère de la prédeslinalion de Dieu et do bcrtins du siècle, par une politique et un rimpuissaiice de la créature, c'esl un scanintérêt qu'il est aisé de coin|irendre , ont dale |)0ur moi; car, sans entreprendre do toujours appuyé it paru goûter ces opinions juger ce (juclle conclut de là , je ne puis dures de la prédeslinalion : pour(|uoi ".' parce m'empêeher de voir ce qu'elle en peut con- (lue, dans la dureté même de ces opinions, dure. Or, à (luoi n'irait pas cette coiieluiK trouvaient de ([uoi se consoler en se jus- siou '? Encore une fois, l'âme simple et bien tifiant à eux mêmes le déiéglement de h ur intenlionnee sie fait point tant la tluvdoconduite et leurs plus scandaleux déborde- gienne et la savante : elle sait ce que Dieu meiits. Car ils étaient heureux que ce mys- lui cimimande, el elle met en lui sa conlère de la prédeslinalion divine leur fût pro- fiance. Voilà à quoi elle s'en tient. Mais pose d'une manière qui les rendît plus supposé ce commandement et cette condigncs de compassion que de répréhension ; fiance, elle sait que c'est à elle du reste à se (lui leur épargnât la honte de leurs crimes , conduire, à répondre de ses actions, et à se qui leur fouriùt des expressions pour s'en garantir par là non-seulement de la censure aiciiser sans peine, en disant : C'esl Dieu des hommes , mais du jugrnient de Dieu: qui m'a m.iiKiué ; (lui les autorisât, pour ainsi, sans philosopher , elle trouve le point ainsi parler, à être violents, médisants, las- de la vraie philosophie clirétieniie, qui est cifs , impiidiiuies , sans qu'on eût droit de de se tenir dans le devoir et de bien leur en faire d'autre reproche, sinon qu'ils vivre.

s'étaient rendus coupables de loul cela dans Et , certes , où en serions-nons , si cette

la personne du premier homme, en coniu el- règle venait à être abolie ? s'il fallait que le

tant avec lui, ou plutôt par lui. ce premier gouvernement du monde roulât sur ce piin-

pcclie qui nous a tous perdus : ( e qu'ils n a- cipe, que les hommes, conséquemmenl à la

vaieiil nulle peine à reconnaître, et ce qu'ils prédestination de Dieu, ne sont plus maîtres

confessaient volontiers, parce que ce repro- de leur vobmlé, où en serai!, je ne dis pas

elle leur était commun avec le reste des hom- le christianisme el l.i religidu , mais mémo

mes au lieu que la doctrine de l'Eglise leur la police qui maintient tous lesElits '/ Queiie

était une source de remords, parce qu'elle prolulé y aurail-il dans le commerce, quelle

leur opposail toujours ce mauvais usage fidélité dans les mariages , qaelli- soumis-

dc leur liberté, sur quoi ils ne pouvaient sion dans les inférieurs, queie moJératiou

se défendre. Celle-ci les rappelait à l'o.dre, 4^iis les supérieurs'? L'un dirait : la colère

«3 ORATEURS SACRES. nOURPALOlJE. u\i

m'i'n^)0\^{^' . et ji- no puis nie relcnir ; r.iu- siinijUiour, nrc ]ir(rsit)tipiio sine mcrilif (/cr.</.

Ire : la doniin.ition nie léviilte, et je ne suis (.S Idrii. ) lîlle a dt; (|Uoi |iiésurner, nt.ii^

pas né piiiir ohéir; relui-ci : je ne me sens non pas i!e ses niéiiles propres; elle a des

pas encore assez efriracenienl inspiré de niérilos aeijuis par la grâec, mais non pas

payer mes (1 lli'S ; celle-là : j'adeiids que pour présumer d'elle -même : /label undi

Dieu me loticlio pour garder la loi coriju- prœsumdl. sed non mcrild : lialicl mcritn, sed

gale. Et de là (piel renvcrsemcnl dans l'uni- non ad prwsuinendum [lliid.). D'où il s'eii-

versl quelle (léi>ravation de mœurs 1 Vous le suit, par un secret divin, que sa présomplion

voyez, chrétiens, cl plaise au ciel que celte même la sanclifie, parce (lu'eile est uni(|ue-

m.iladic, dont notre siècle n'est que trop in- ment loiidée sur Jésus-Clirisl, et que ses mé-

Cctlé, n'achève point enfin de le corromjire , rites la glorifient devant Dieu, parce qu'ils

cl qu'elle n'en lasse pas le siècle de l'ini- procèdent d'une liberté par!ailemenl soumise

(jiiité consommée ! Au moins est -il vrai (lue à Dieu.

les païens mêmes en ont prévu les alTreuscs C'est ainsi, mes cliers auditeurs, que tout conséquences. Car c'est [lour cela, dit saint homme cinétien doit raisonner. Confiance Augustin, que Cicéron , n'ayant pas assez en Dieu, mais au même temps vigilance sur de lumière pour accommoder la liberté de soi-même, et attention à son salui [lour cnrl'iiomme avec la prcs:ience de Diiu , et se resjiondre aux desseins de Dieu , sans cela crov.'.nt obligé de nier l'une ou l'autre, aima l'on tombe dans une présompliori criminelle, mieux douter de la prescienc;' de Dieu, (jne Kt s.iv(Z-\ oiis . cliré.iens, par où Dieu nous de la liborlé de l'homme : pourquoi ? parcn confondra sur CL-tte prés:iin|>tion ? |)ar nousqti'en conservant la liberté de l'homme, il mêmes, par nos propres sentiments, et, aussi sauvait le l'oiidement des mœurs, des vertus, bien que le serviteur de riîvangile, par nodis devoirs. Mais pour nous, ajoute saint lie propre confession : lîx ore tuo. Car, Augusiin, nous embrassons l'une et l'autre dans les autres affaires, tout persuadés que ensemble; la prescience, pour croire ce (|uc nous sommes de la providence et de la |)rénous de\ons croire de Dieu, et la liiierté, destination de Dieu, nous ne négligeons rien poui- faire ce que Dieu demande de nous : de notre part, < t nous ne prenons même que Non aulem utrainque complcctimur : illam, tit trop de moyen^ et trop de mesures. S"agil-il liene crednmus; it:tnm , ut bcne vivamus [S. d'une entreprise où notre fortune, où notre /li(f/».«/.). Or, ce qu'il disait de la prescience, honi\cur est intéressé? (]iioii)ue nous saje le dis, et encore avec plus de sujet, de la chionsque Dieu a prévu ce qui en doit réusprédeslination. sir, el que le succès en est déjà mar(iué dans Mais peut être me direz vous que le libre l'ordre de sa prédestination, nous ne laisnrbilre et cette coopération de l'homme nous sons pas d'y apporler tous nos soins, d'y donnent lieu de nous glorifier. Eh bien 1 mes employer tout noire créiiit , d'en prévenir l'rèics, reprend s.iint Augustin, si nous som- toutes les suites, d'en éloigner tous les obnies justes et enfants de Dieu, ne devons-nous slacles ; el nous nous faisons même de noire pas, aussi bin que saint Paul, avoir de quoi zèle là-Jessus et de notre activité, une sanous glorifier en lui el par lui ? Qui <iloria- gesse et une vertu. Dieu sail, disons-nous , tur in iJomino (jhrielur [\ Cor., I). N'esl-ce ce qui en arrivera; mais il veut néanmoins pas ainsi que les saints )-e sont glorifies, et que je m'aide ; car il n'est pas obligé à faire en particulier David, quand il s'écriait : In des miracles pour moi,el sa prédestination Deo laudabo svrmoncs mcox {l'salm. LX) : ic même m'engige à me servir des moyens me glorifierai en Dieu de mes œuires : de qu'il me présente pour parvenir à la fin mes œuvres, parce que je les ai faites pour (juc je me pro[)Ose. irest ainsi que nous rai- Dieu , et en Dieu, parce que c'est de lui (luc sonnons, et en cela nous raisonnons bien, j'ai reçu le pouvoir de les faire : A'/ in Deo, Il n'y a que l'aff lire du salut où nous preft mena ; in Deo, qaia ab ipso ; meos, (/nia ac- nous d'autres idées , où nous voulons (jue i-ppi {S. Aiu/ust.). N'est-ce pas pour cela, dit Dieu fa^se loiil, où nous nous reposons de le môme Père, que nos bonnes œuvres, qui tout sur sa providence, tandis que nous de- •-ont des bienfaits cl des grâces de la part de nieurons tranquilles et sans ..clion. Dieu, sont aussi dis mérites de luilre part : Or, voilà , chrétiens , ce qui achèvera nocl que quand Dieu nous récompense, il cou- li'e ccndamnation au jugement de Dieu; celle louue en nuus ses jiropres dons : Coroitiil in opposiiioii de nous-mêmes à nous-mêmes , nobis doiin sua (//>/(/.) ? Non , non , nies frè- «elle contradiction de nos senliments , cet res , conclut ce saint docteur , il ne nous est e:ii[)rcsscment , cette aideur à l'égard des iioinl défendu de nous glorifier dans nolie i hoses temporelles, et cette ku'heté , cell'.;

>i('ii, puisqu'il est vrai, au contraire, que si négligence à l'égard du salui : voilà ce qui

i;ous n'avons d(^ quoi nous glorifier dans le nous fermera la bouche , et à ijuoi nous ne

Seigneur, il nous réprouve. Malheur à nous-, répomlrons jamais. Que faudrait-il faire?

disait saint liernard, si nous paraissons de- Ah ! mes chers auditeurs, la grande maxime,

vaut Dieu présomptueux et superbes; mais et que ne puis-je vous l'imprimer profondé-

auBsi inaiheur à nous-mêmes, si nous parais- ment dans le cœur! omprenez-la bien,

son devant lui sans mérites et sans œuvres. Nous nous appliquons aux alTaires du mon-

lîeureuse l'épouse de Jésus-ChrisI, c'esl-à- de, comme s'il n'y avait ni providence, ni

rlire l'Kg'ise, parce qu'elle a des mérites so- prédestination divine, cl que tout dépendit

lii'cs s.ins présomption, sans de vains niéri- de nous; et nous Irailons l'alTaire du salut

les : l'élis Lcclesia, cui nec inerila sine pnc- comme si nous n'eu étions jias chargés, cl

««5 CAREMK. SERMON IX. SUK L\ l'REDESriiNATION. r,fl

qiio iDiil iloponilil (le D'kmi. Itcrtilion-; l'iin il'iiicort.iiii el do cnolié, c'est la maiiiiTv' dont par l'aillri- ; si'rvoïK-noiis ilc i'oxcôs ilr l'iii Diru <i ijrcilcsliiio les iioiiimcs ; pourquoi il pour suppli'iT au dcfaul de 1'. iilrt\ i-"t'Sl-à- Iraile k's uns jiius ravorabicinenl (]uo les autliic (ravailions au\ alïaiios du oiondi- :i\vc (rcs ; pouniuiti II choisil (('uv-ci pié!vi'ablt!nu peu plus de cet abandon à la l'iinidenrc meut à ceux-là ; poui(iuoi il ne doiiiu- pas que nous portons hop loin dans l'alTaire du toujours tous 1rs secours (ju'il pourrait absalut , et travaillons à l'affaire du salut a\ec soluuient donner; car ce sont là ces (jui-spius de cet cniiiresseineiil et de celte iiiquié- lions profondes dont parlait le pape l]éleslude que nous avons trop dans les affaires lin 1", sur lesquelles l'IÙTilure ne s'('sl (joint du monde. \'aquons auK affaires du monde expliquée sullisainiMenI à nous, et (jue Dieu avec plus de conli.ince en Dieu, avec plus de veut (|ue nous regardions c(unnie des secrets sonmi-isiou aux or<lr('s de Dieu, reconnais- qui lui sont réservé'-. De !à vient (|ue l'Ksanl (]ue sans lui icius nos soins sont iiiuli- jjlise elle même n'a point porlé jusciuo là se« les; <'t vaciuons à l'affaire du salut avec plus décisions, et ([u'elle a nri.ux aimé nous laisde réflexion sur nous-iiiènies, avec plus de ser dans l'obscurité i t dans le doute, (lue de défiance de nnus-mèmcs, avec plus de zèle pénétrer dans les const ils de Dieu; cl vui'à, pour noiis-Mièiiies , reconnaissant (juc sans encore une fuis, ce (]ue nous ne C()ni[)re!ie.ns nous Dieu ne veut (las accomplir l'cruvre de pas. Or, prenez ijarde, chrétiens, ce (jui nous noire sancldicalion. Joindre ces deux clio- trouble dans ce ni} slère de la prédeslinalion, ses ensemble , et les allier dans la c'induite c'est ce que nous n'y comprenons pas et doiil de la vie, voilà de quoi nous rendre de par- nous douions ; mais, au c()iiliaire, ce ([iie faits iliréliens. nous y conqirenons, et de (juoi nous ne don- Mais surtout revenons-en toujours àc-^de Ions ()as, a une vertu admirable pour nous demande du Sauveur, et à cette volonté dont consoler, pour nous foriilier, pour dissiper nous devons être nous-n.émes garants : Vis tous les nua;ies (jui s'éiéveiit dans nos esfanus firri? V.\\ bien! ne veux-jc donc pas prils, et pour n.ous rassurer, puérirde cette maladie invétérée, (jui cans^ Si donc on agissait conformément aux desla mort à mon àme , de cette passion déré- seins de Dieu, on corri[;erail l'un par lauijlée, de cet allacliement crimiml, <le ci lie Ire; et des vérités consolantes (|iie Ditnt faiblesse houleuse ? ne m'en relèvcr,:i-]e ja- nous a expressément révélées pour animer :iiais"?ne veux-jc pas enfin y mettre ordre? notre cs[)érancc cl [)Our la soutenir, on se car, à force de nous le demaiuler et d'en con- ferait des armes pour combattre ces pi-nsées revoir la nécessité, nous le voudrons ; et à et ces défi.inces, qui n(? sont tout au plus Ionforce de le vouloir, celte volonté étant le dées (lue sur des incertitudes. .\î,iis(|ue fiicommencement de notre iruérison, *)U plu- sons-nous ? tout le contraire : de ces incerli'U de notre conversion même, nous y |)ar- liludcs mal conçues, nous nous faisons des vii'iidrons. ('.'est ainsi qu'on évilc la pré- sujets ib- tentation au pié|udice des assiiransompiion,et vous allez voir comment on ces iiue Dieu nous a positivement données ; doit encore éviter la défiance et le désespoir : je ne sais si vous m'entendez bien, et parce c'est la secoiule partie. qu'il y a dans le mystère de la prédesliua- SKCONOK PAiiTii;. lion certains points qui sont au-dessus di C'est une maxime fondée sur toutes lis nos connaissances, (|iii nous étoiuienl et (jui rendes de la priulence, qu'en malière ib" dé- nous elTraienl, nous nous en (iréoccupons libération il faut toujours commencer par ce jusqu'à douter si Dieu, en effet, nous a sinqu'il y a de sûr et d'évident, pour se detcr- cèrement aimés, jusi|u'à croire qu'il n'a pas miner ensuite sur les points douteux cl ob- eu la volonté de nous sauver, jus(|u'à nous scurs : et un des égarements lie riiomine dans abandonner à un désespoir qui, presipuî la recherche de la vérité, est de s'attacher, toujours, est suivi des derniers désordres : comme il arrive (luelquefois, à ce qu'il y a Dfspcranles senictipsos Irudiderunl impuilid'obscur et de douteux, pour s'en faire uu ri(i(e,inoper(ilioncmiinminidiliœoinnif{l':p!i., sujet de peine sur les jioinls mémo les plus IVJ. Y a-t-il un ég ircmenl plus dangereux sensibles et les plus certains. f)r, cet égare- et plus funeste ? lîevenons -en , chrétiens , ment, dont les conséquences d'ailleurs sont aux deux grands principes que llivam^ile si pernicieuses, est celui même où nous lom- nous met aujourd'hui devant les yeux, pour bons sur le sujet de la prédestination. Je nous préserver d'un tel malheur, la bn'.ité m'explique. Dans le mystère de la [irédesli- de Dieu d'une [)art, et notre libellé de l'aunalion, considéré par rapport à nous, il y a Ire : la bonté de Dieu, dans l'offre (jui' le (;uelquc chose d'incertain et ([uelque chose Sauveur du monde lait au pnralyliiiue de le d'assuré, quelque chose d'évident et quel- guérir; notre lili. clé, dans la condition ([ii'il que chose de caché; ce qu'il y a d'évident et y ajoute, en lui demandant s'il le veut : ((ad'assuré, c'( si que Dieu, de quelque manière fanas fîcri ? \a bonté de Dieu, qui nous réqu'il prédestine les hommes, est un Dieu de pond de Dieu; et noire liberté, qui nous l'ait miséricorde et de bonté ; et que si jamais il imputer à nous-mêmes notre perte : toutes nous réprouve, ce ne sera que parce (jue daux, ijui doivent nous relever de ce décou^ nous n aurons pas voulu coopérer à notre ragenicnt où notre lâcheté nous plonge, salut, et que nous aurons abusé des moyens pour nous entretenir dans l'impenilence cl des secours qu'il nous avait fournis • priu- Car voici comment je raisonne, et romuicnt ripe indubitable d.ins la religion, et que nous il me semble que tout homme chrétien doit comuicnons sans peine, liais ce qu'il y a raisonner. Je ne conniiis pas les voies se-

Or.ATEUIlS SACRFS. liOLRDALOUr;.

crèles que Dieu a (onui^s, ni los mpsiirps qu'il n prises dans la disposilion de mon salut, et il no m"app,'irlienl pas de les examiner; mais je sais par-de>>siis toutes cliosos , que Dieu est bon, el que ce nivstère de prcdeslination, qui nie paraît d'abord si terrible, est souverainement le mystère de sû miséricorde. Je sais, et c'eat ce qui doit faire ma plus solide ronsolalion , qu'en conséquence de ce mystère, mon salul est entre les niains de Dieu: voil.n ce que je sais et dont je ne me départirai jamais. C'était le sentiment do r.\pôtre : Sein cui credidi (II Tim.,!] : Je sais, disait-il, quel e^t celui à qui j'ai confié mon dépôt; et cette cnnnais^^nnce. sur laquelle je me fonile, me rend inébranlable dans ma confiance. Que Dieu soit bon, en puis-je douter, à moins que je ne doute de son éîre nicu>e, et, comme parle saint Augustin, que je no lui dispute jusqu'à son essence? Si donc, en me parlant de Dieu, on m'en fait une image qui me le représente comme un Dieu cruel , comme un Dieu qui ne m'a créé que pour me perdre, comme un Dieu qui attache mon salut à des choses que je ne puis faire, et riu'il ne veut pas me donner le pouvoir de taire, déterminé toutefois à me punir si je ne le fais pas; en un mot, comme un Dieu qui dispose tellement de ses créatures, qu'il n'y a point de père, pour peu équitable et pour peu sensible qu'il soit, qui n'eût honte d'en user rie même ci l'égard de ses enfants (car c'est l'idée qu'en donnait Calvin, et la préflestination, dans les maximes de sa secte, renfermait tout cela) ; si, dis-je, on me fijui e un Dieu de la sort', je ne dois point m'al.irncr, hrrrnroup rnoins désespérer; car j'ai de quoi m'inscrire en faux contre cette idée chiraérique et injurieuse à Dieu; j'ai de quoi la détruire, en disant :Non, ce n'est point là le Dieu qui m'a fait ce que je suis ; s'il était te!, je ne pourrais plus l'aimer; et si Je ne poiivais pins l'aliner , il ne serai! plus mon ■Dieu, ni je ne serais plus sa créature. Ce n'est point là le Deu que l'Ecriture m'apprend à réclamer comme le Dieu de mon .«îalul : Deus sahilis mcœ. Etant de ce caractère, il serait plutôt le Dieu de ma damnation. Il est vrai que c'est un Dieu tirrible dans ses conseils; mais il n'est pas moins vrai que ses conseils sont les conseils d'un Dieu souverainement aimable, et que sa miséricorde, au moins dans cette vie, l'emporte toujours sur sa justic. Or, dans celte idée, nnn-sculemcnt sa ju'ilitc snrp.isserait sa miséricorde, mais elle l'anéantirait; et Dieu, si j'ose parler ainsi . dépouillé du [)lus divin de ses attributs, ne serait plus à mon égard qu'une partie de lui-méiiie. Je le craindrais, mais de la crainte des démons. Je croirais en lui , mais d'une espèce de foi qui ne produirait que l'aversion et la haine. Or, en «lueiquo sens que je prenne les choses, la première règle que me donne le Saint- Esprit, c'est (l'avoir toujours des sentiments avantageux de la bonté de mon Dieu : Snitite de Domino in honiinte {Sap., Ij; et si li'léo que je me forme de la prédestination ne s'accorde pas avec ces sentiments , je dois con-

clure que c'est une idée fausse et qu'il ne m'est plus permis de m'y arrêter.

Je dis plus, et je prétends que ce mystère de la prédestination de Dieu, bien loin d'avoir de quoi nous troubler, doit positivement nous consoler; et, pour en être persuadé, il me suffit de me souvenir que c'est le mystère de cette charité éternelle dont Dieu nous a aimés : Jn charildte perpétua dilexi le [Jer., 111). Je puis donc bien l'admirer cet incompréhensible mystère; je puis m'écrier avec l'Apôtre : O allitudo (Itom., Xlj 1 O profondeur! ô abîme ! mais le terme qui suit me fait bien connaître que celte profondeur et cet abîme n'a rien qui doive me décourager, puisque l'Apôtre me dit que c'est un abîme de trésors et de richesses : 0 alliludo dividarum; or, un abîme de richesses peut me causer de la surprise, mais non pas me jeter daiîs l'abattement et dans la défiance.

C'était aussi sur ce fondement que saint Pierre apprenait aux fidèles à établir la fiaix de leurs âmes : Omnem sollicitudiiîein vestram projicienlPS in eum, quoniam ipsi est cura de vobis (I Pf/?-., V): Déchargez-vous , leur disait-il, mes frères, de toutes ces inquiétudes et ces anxiétés qui pourraient vous accabler. Et sur qui vous en déchargerez-vous? sur votre Dieu, qui vous aime en père, et qui veut toujours prendre soin de vous. J'avoue que notre salut est entre ses mains, el qu'il dépend mênie bien plus de lui que de nous. Mais n'est-ce pas ce qni doit faire le coriible de noire joie, de pouvoir dire à Dieu comme Dav id : /n manibus luis sortes meœ (/'.<. XXX). C'evt entre vos mains. Seigneur, qu'est ma destinée ; je ne dis pas seulement ma fortune temporelle , mais mon éternité. Quand il serait en mon pouvoir de mettre nvm sort ailleurs , où pourrais-je le placer plus siîrement qu'entre les mains de ce Dieu également puissant , bon et fidèle? S'il était entre les miennes, oîi en serais-je; et, aussi léger, aussi fragile que je le suis, sur quoi coni|ilerais-je, et où serait ma confiance et mon appui? Quelle pensée plus douce pour un ciiréiien que de considérer Dieu comme le gardien et le dépositaire de son salul? et, pour le [lécheur le plus invétéré dans ses désordres , quel fonds d'espérance que cette réflexion (]u'il peut faire : mon salul est encore dans les mains de Dieu? Dieu pourraitil le punir plus sévèrenient que de lui abandonner la conduite de celte grande alï.iire, en l'abandonnant à lui-même? et quand Dieu veut en effet exercer toute la rigueur de sa justice sur une àme libertine, n'est-ce pas ainsi qu'il eu use? N'eprouvons-uous pas, quand nous sortons de l'état du péché, que le premier mouvement de noire con^ersiou est d'aller trouver en Dieu ce salut que nous avions perdu dans le commerce du monde? et si les impies veulent nous rendre témoignage de ce qui se passe dans eux, ne seront-ils pas obligés de reconnaître et de confesser que le deruicr pas qui les conduit à l'endiircissemcnt , est cette damnable conclusion qu'ils tirent, que désormais il n'y a plus pour eux. un Dieu de salul, et qu'il iiur

IC9 CAREME. SEUMON IX. SI'U I,.\ rHEOF.STlNATFON. i-Q

s('r;iil inutile de l'y vouloir rherciior? il csl l(> puis encore par la pr;\cc de mon Dieu, cî donc lie notre intérêt que le salul dépende de il ne s'agit pour moi que de le vouloir. Dieu; el que ce soit lui qui en dispose le \'oilà , mes cliers auditeurs, par où Dieu premier par relie pi'é|)aration de grâces que confondra un jour nos désespoirs, ou plutôt saint Aususiin appelle prédestinalion. ces honteux relàiliemenls dont le désespoir Mais erilin . diles-vous, les saints ont treni- que je conibals est le principe. En vain nous Mé en considérant ce saint mystère; et, si ce retranclierons-noussurlesdilficultés du salul: niyslére a l'ait trembler les saints . pourquoi Vo;is le pouviez, nous répondra Dieu, mais ne pourra-t-il pas désespérer les pécheurs? vous ne l'avezpas viuilii.Klhicnloin que ce pré- Kncore un mol pour votre édification , j'a- texte d'une impossibilité prélendue de se saucliève par la plus invincible de toutes les ver dai>s le monde, nous rende moins coupapreuves. J'en con\iens; les saints ont Ireai- bles devant lui, cesera, dit saint Chrvsoslouie, i)lé dans la vue de ce mystère, mais bien loin le premier chel'de notre condamnation. Car le que ce qui leur a causé tanl de frayeur puisse premier de tous nos devoirs élail de savoir, autoriser noire désespoir, je soutiens que de croire, d'être bien persuadés que nous c'est ce qui le condamiu', el la raison en est pouvions nous sauver dans le monde, et dans sensible; car ils n'ont tremblé que parce la condiiion du monde où Dieu nous avait (ju'ils savaient (jue ce mystère, outre la dé- engagés. De nous être donc figuré que nous pcnilance infinie q'i'il a de Dieu, avait en- ne le pouvions pas, et d'avoir |)ar là ruiné core un enchaînement nécessaire avec leur tonte l'espérance chrétienne , de nous être liberté et (juils nul envisagé leur liberté par là réduits nous-mêmes à un abaiulnii comme la source de tous les dérèglements, criminel; c'est par où Dieu coinmciucra (1r, cela même, c'est ce qui rend notre déses- notre jugement.

poir inexcusable par rapport à notre saint; Nous voulons le saint; car, où fut jamais

pourquoi? parce (jue du nioinenUiue notre rinsensé qui ne le voulut pas? mais nons le

lilicrlé y entre, il s'ensuil toujours ([ne si voulons dune volonté générale et iiidéler-

nons nous perdons , ce n'est (]ue parce que minée; on s'en tient à des désirs vagues, sans

nous le voulons. Notre libertinage voudrait descendre janiais'aux moyens. Nous le \ou-

n'en pas convenir, el un de ses artifices est Ions d'une volonté faible et lâche; le imiin-

de nous faire croire, par exemple, (|u'il est dre obstacle nous arrête et les plus légères

impossible de S(^ sauver dans le monde, au difficultés nous rebutent. Nous le voulons

moins dans certaines conditions du monde, d'une volonté inefficace et sans action; dé;

pour avoir droit de se porter à tout , et pour qu'il faut mettre la main à l'(puvre et Iravaii-

se maintenir dans la possession de tout 1er, nous assujettir à certains devoirs iiulis-

entreprendre el de tout faire. iM.iis Dieu, pensables , à certaines prati(]ues, ;\ certaines

chrétiens, renverse bien ce prétexte par la règles, le courage nous manque, et nous nous

menace foudroyante qu'il fait aux impies rendons. Nous le voulons d'une volonté élroit(3

dans l'Ecriture : T'ocafi , et renuislis : ego el bornée ; nous sommes prêts A prendre lellc

qnoque in inteiilu vestro rideho. Car, il ne et telle voie, à faire telle el telle chose, mais

dit pas : Je vous ai ajipelès el vous n'avez pu rien au delà.

nie suivre ; paroles (|ni, tout Dieu ((u'ilest, Est-ce ainsi, nous dira Dieu, que vous le rendraient responsable de notre perte et vouliez tout le reste? Est-ce ainsi que vous nous donneraient , en quelque sorte, gain de vouliez la guérison d'une maladie mortelle ? cause contre lui ; mais : Je vous ai appelés Est-ce ainsi que vous vouliez le gain d'un el vous n'avez |)as voulu venir i\ moi ; c'est- procès? Co i.bien de ces volontés stériles < l à-dire vous ne l'avez pas voulu efficacement , sans effet Diiu ne réprouvera-t-il p.is , e:i vous ne l'avez pas voulu alisolumcnl, vous les rejetant comme de fausses volontés? Pine l'avez pas voulu constamment, vous ne laie voulait sauver Jésus-Christ ; en sera-ll'avez pas voulu de la manière dont vous il cru pour dire : Je le voulais? llérode vouaviez coutume de vouloir les choses (juand lail épargner Jean-Paptiste ; osera-t il dire vous les vouliez de bonne foi. ()r, supposé (]u'il le voulut commi" il fal!;iit le voulnir? l^e qu'il ait tenu à nous de le vouloir, quel su- jeune liomme de 1 Evangile voulait être parjet avions-nous donc, ou avons-nous encore fait ; mais le voulait-il quand il s'en retourna de désespérer? Si, pour devenir grands et triste et affligé après l'avis que lui dmina le riches, nous n'avions qu'à le vouloir, qui Sauveur du monde? Non, non, chrétiens, désespérerait de l'être? Voyez, mon frère, ne nous Hâtions pas en disant (|iie nous voudil saint Augustin, si vous pouvez vous plain- Ions nous sauver; c'est imposer à Dieu et dre dans un point où l'on n'exigerien de viius, nous démentir nous-mêmes, puisqu'au mêni'" siium que vous le vonliiz ? Vide si labor est , temps nous nous rendons malgré nous milla ubi velle satis esl [Aug.]''! Le désespoir des témoignages secrets que le salut <st , de loiiriamnês est de penser : Je le pouvais et je ne les les choses du monde, celle que nous voul'ai pas voulu ! Que dis je? leur désespoir ne Ions moins et que nous nous efforçons moins vient pas seulement de là, il vient de pi'iiser : de vouloir.

Je le pouvais alors, mais je ne l'ai pas voulu ; El c'est ici qu'il faut encore vous décou-

el maintenant (juc je le voudrais , je ne le vrir une autre erreur que vous n'avez peut-

puis plus. Or, notre condition dans cette vie être jamais rcuiarijuée , mais dont vous

n'est j.imais telle, car nous ne pouvons ja- conviendrez sans peine, pour peu que voiri

mais dire : Je le veux el ne le puis pas; mais vous appliquiez à la comprendre. ù>r, que

nous dj\ons touiours dire avec cerlitudc : Je fuisons-uons? Execlleiiîe léflcsion de saiiil

«i ORATEURS SACRES. BOCRDALOIE. 47-2

Chrjsnstomo, et qui vaut une prédir.nion adulttVe; cependanl , loul coupable qu'il cvi;

tout (iilière! que faisons-nous? le voici. il no perd pas pour cela loule cspérauce. Qui»

Dieu déclare en mille endroits de l'Ecriture, dis-jel au lieu qu'a\aiil son \>é(Uî> il appelait

et dans les termes les ()lus e\|!rès, (ju'il nous Dieu sculeiiiciit son Souverain et sou Roi :

veut sauver : ()((i l'iiU oiiines homincs salvos Hcx meus , et Deiis meus IPs. \']; aprùs son

péri (ICor., IS.; l Jim., II ); et en mille en- péché, comme remar(|tie saint Augustin, il

droits de l'Ecriture, il nous rcproclie dans les lui parle d'une manière plus tendre : Mon

mêmes termes ([ue nous ne le voulons pas : Dieu et ma miséricorde : Deus meus, tniscri-

Qiioties volui coiigrei/are filios titos , et no~ con/i'a mea ( Z-"*-. LVill ). Sur quoi ce l'ère s'é-

luisli (Matlh.. XXillj? mais nous, par une crie : O nom de convolation et de conllancel

obstination bizarre, nous lâchons à nous ô nom (jui ne me permet pas de me défier

persuader que nous le voulons , et nous jamais de mou Dieu ! f nomf/i ïu^y ^yuu «cm/ju

prélendons (|ue c'est Dieu qui ne le veut [as est despcrarc [Ai((/.]\

pas. Au lieu de douter de nous-mêmes et de Ce qui lit le malheur de Judas et ce (jui le

nous tenir sûrs de lui, nous nous défions damna, ce ne l'ut pas [irécisemeut sa ir:ilii-

de lui et nous nous répondons de nous. Nous son, mais son désespoir. Il pouvait élre un

cherchons des subtilités pour nous prouver a|)ostal, un sacrilé'^'e, un traître et devenir

qu'il ne le veut pas, lorsqu'il le veut, et nous ensuite un prédestiné ; conxne saint Pierre,

sommes ingénieux à nous faire accroire que de déserteur et de blasphémateur, devint le

nous le voulons , lorsqu'il est constant (jue prince des apôtres et le chef de l'Eglise. Ce

nous ne le voulons pas. Mais à quoi se ter- qui mit entre ces deux pécheurs une dilTe-

,'uinent l'un et l'autre'? à une négligence to- rcncc si essentielle, ce ne l'ut pas le péché,

laie et absolue de tout ce qui regarde le sa- mais la vraie pénitmcc de l'un et la fat'sse

lut. Cep( ndant il sera toujours vrai, quoi pénitence de l'autre, mais la confiance de l'un

que nous fassions, que notre perte vient de et la défiance de l'autre. Si Judas cul espéré

nous; de nous, dis-je , librement et volon- comme saint Pierre, ce serait acluellement

iairement; que c'est nous qui avons péché, un saint comme lui ; et si saint Pierre eût

nous qui nous sommes égarés, nous qui désespéré connue Judas, ce serait actuelle -

nous sommes préci|iités dans labime. ment connue lui un reprouvé. L'un crut qu'il

Ah! mes chers auditeurs, n'entrons point y avait encore pour lui un fond de miseri-

lant dans ces questions impénétrables de la corde, et voilà le couimcncement de sa ()ré-

grâce et dans ce ténébreux mjstère de la destination ; mais l'autre crut qu'il n'j avait

!)rédestinalion , mais tenons-nous-en <à ce plus de pardon pour lui, et voilà sa coiidam-

qu il a plu à Dieu de nous révéler. C'est un nation. Grande leçon pour vous - niémcs,

mysiére qui a servi de fond aux hérésies; chrétiens, écoutez-la. Bien loin qu'il vous

faisons-en pour nous un mjstère de loi; c'est soit permis de désespérer des boutés de Dieu,

un mystère où l'on a donné aisément dans ce désespoir est un nouveau crime que vous

l'erreur; attachons-nous aux décisions de ajoutez aux autres. Car, dans quelque abime

l'Eglise ; c'est un mystère dont les libertins que vous vous soyez plongés, il y a toujours

se sont prévalus pour demeurer dans leurs un précepte qui vous oblige à vous coniier

dérèglements; serTons-nous-eu pour nous en Dieu. Plus même vous êtes pécheurs, plus

••xciler à la pratique des bonnes œuvres, devez-vous rciloubler votre coiiUance 1 1 dire

Portons même encore, s'il le faut, la chose î'vcc David: Ah! Seigneur, usez envers moi

plus loin et à une extrémité tout ojiposée ; de miséricorde et de votre grande miséri-

el disons comme ce solitaire attaqué d'une corde: SecunJummagnammiH-riconlinmluam

violente tentation de désespoir : lié bien 1 si {Ps. L). Ce ijui a perdu Judas, c'est ce qui

je suis réprouvé, au moins je glorifierai Dieu perd encore t'us les jours certains pécheurs

dans celte vie. Mais pourijuoi le penserais- du siècle. Je dis certains pécheurs et non pas

je de la sorte , puisque Dieu me commande tous les pécheurs; car les pécheurs ordinai-

d'cspérer en lui , puisqu'il m'a obligé de l'in- res se perdent par un exiès d'esiiérance,

vocjuer comme mon Sauveur, puisipiil m'in- mais les insignes péclu'urs, les libertins et

vile à la pénitence, puisqu'il me punit si je les impies se |)erdent par un défaut d'espe-

ne la fais pas. et que, par là, il m'apprend rance. Et tel est l'arlilice du démon : il ôte aux

que je puis la faire si je le v eux , et me sau- uns la vraie confiance, et aux autres la vraie

ver. Voilà ce (jue je ne puis ignorer, ce que crainte ; et, à la place de ci'tle vraie ciainle,

je reconnais et ce qu'il me suffit de connaître de cette vraie coufianci', il donne à ceu\-là

[)Our me soutenir, pour m'animer, pour une f.ius.se confiance et à ceux-ci une fausse

m'encourager. crainte.

il n'y a donc point d'état dans la vie où l'on Ap|irenez-moi donc, 6 mon Dieu ! à bien

doive désespérer de son salut ; car la vie pré- ménagir ces deux senliiiieiils, la confiance et

seule est la voie du salut ; et , tandis que je la crainte ; la confiance sans la crainte m'eni-

suis dans la voie je puis toujours arriver au portera au-dessus de moi et me rendra prè-

icrme, paiceque j'ai liujoiirs tous les moyins somptueux, et la crainte sans la confiance:

nécessaires pour y parvenir, que je puis tou- ni'éloignerade vous cl me rendra pusillanime,

jour» les [irendre et que je n'ai qu'à le vou- Apprenez-moi comment je dois craindre en

liiir et le bien vouloir. Autrement, pounjuoi espérant, et espérer en craignant : craindre

Dieu me dcmaiulerail-il Ci je veux être guéri : voire justice, mais en mé.'iic Icinps espérer

l'i'.f saniis fieii (Jotin.. V )? David lievienl (ont en votre miséricorde; espérer en voire mi»é-

à la fuis coupable et d'un nicuître cl d'un ricorde, mais au mduie temps craindre votre

"73 CMU-.MK. SEUMON X. SUR LA SAGF.SSE ET LA DOUCEUR DE LA LOI CHRETIENNE. t7i

«Mi.-o. 1,0 Seim.eur n'a p;.rh- (iiru.u- fois <K-sormais que lui qui mérilo .lôlre écoule.

-Jis.iit If pronl.oU^ lOvai. il u'ii pn.n,)iKO ni qui nous don.- servir (icm.atrc. Lnu.-

nnuno pnroh!. ol jVn ai entcudu .i'ux ; sa- lou.-l.. dou,-, on diel, chretieus, œ uou-

v.„r, -nlil t-t loul-puissani ol ploiu do uiiso- vau K-islalour. ol (d)Oissous a ce le vo.v

rin.rde : Srmcl loculus r,( Drus, duo hœr ,m- réiosi,- «lui nous dil : Ipsum awlKe 1 our

iliri quia noicsias libi est cl miscrtcortiia vous iuspiror oc sonlunoul si juslo el m iio-

[Ps. LXn.Ouo vont dire oola? doïi.audo sainl cossairo, jo veux vous onlrolonir de la loi

Au.'usiin. Il osl vrai, répmul oo l\^io. que oiirélienno ; ol, pour Irailor di^no.uonl un si

l>i:u n'a jamais produit quunc parole au- uraud sujci. j'ai hesoiu dos grAoos du >ainl-

drdans do lui-inèine. qui esl son Verbe ; mais Lsprit ; je les d(-man> o, olo., Ave nsann.

00 Vorho. relte parole sorlio do Dioii nous a Onand saint Paul dil qu il a | lu a Uioi. dr;

fait onl-MKlro doux voix, oelie de li misôri- sauver les hommes par la loUe île l'-van-

fordc ei celle do la justice : MUcrkordinm, gile : Plxnùl Iho jur stultiluim ym-dtcu lo-

qnn plenn est terra, et jusliliam, qwi rcddel nis snlvos jncrc credciitrs (1 ioi.. 1), ii ne

unicuique secundum oprrn sua i.Uuj.).Uxyo\\ faut pas se figurer que la loi oliietiemio aU

de la ju^liee nous menace ol la voix de la rien pour cola de contraire a la veriiai.ie

luiséricorde nous rassure. L'une et l'autre, sat;esse et à la raison. Lar. selon la reinar-

par cot admiralde Icnipéramonl de oon- que de saint Jérôme, le morne apolre, apiis

fiance et do crainte, nous couduiseul dans avoir parlé de la sorte, déclare néanmoins

le chemin do retornile bienheureuse, que je que son nunislére est de proclier la sat;osse

vous souhaite, etc. ■"■^ spintuo's et aux parfaits : Sainenlunn lo-

cc-cAiov V qiiimnr inler pcrfcctos. Puisque je lions au-

i?t,tmUM .\. jourd'hui la même place que le docteur di 9

roLU LE DiMANCUE OE LA SECONDi; SEMUNi: DE nalioiis, tout indii;ue (]ue j'en puis être, et

CARÊME. puis(iiie je \mis prêche la iiième loi qu'il

Sur la sanesse et la douceur de la loi chic- prêchait aux ^cMilils, j'ai droit, chrétions, de

tienne. ^"ns dire comme lui, et je vous le ois des

A.|l.nc en lo.,uonlo, ccce nnl.'s In.i.M .a.-nnl.r.vil ...,s. l'oi.lréede .0 discours, que la loiévau-oli-iue

F.tPc«-o v»x .itMinbc, iiicciis : Ilic oMli!iiisiiieiisililiHins, dont |eviens VOUS parler, esl. (le louios les

ai quo inilii hcrio ciini|il:i.ui. I|siirii :niiiiu'. lois, la plus raisonnable et la plus saf;o ;

Tdtidis qu'il iJinUiii encore, tiiietiiii'e Iniiiinettse le^eiivr- o'ost ma première |iroposition. Je ne ni <'n

/fijwa.el il sorlil une niix île celle nuée, iiiii fif (iilriidic ces ii,,„j; p;,^ |;', . nuiis pour vous y atlaclier 011-

viiroles : C'Cil mon Fils hien-iiinié, en qni j'iii inh ntcs coin ' ' , ,.' , ', ,•..:,,„(,, „,,„ ,.,.m.> lui

]lui.a„ces. Eeonlc, le {S. Maiih.U-h. \v/l). ''"re plus lorlomenl , j ajoute que c II. loi

SI sage osl en moine temps de loules Us lois

SiRE. voici l'accomplissement i\i^ ce grand la plus riimablo et la plus douce. C'est ma seiiiyslèie qu'annonçait l'Aprtlro aux Hébreux, coude proposition. Deux ra|>ports sous leslorsqu'iilourdisail que Dieu, ayant aulrerois quels nous (k^oiis considérer la loi de Jéparlé à nos pères en plusieurs manières iM'- sus-Christ : rapporta l'esprit, raiipoit au férenles par ses prophètes, il nous a onliu cœur. Par rapiiort ;\ l'esprit, elle n'a riou parlé dans ces derniers lomps par son Fils ijui ne soil digne de notre estime : par rapinéme : Mullifariam, mullisfjue modis oliia port au cœur, elle n'a rien qui ne soit digne /)eus lor/uens patribns in proplictis,novissiiiic do notre amour. C'est ainsi (jue je prélemls locutus est iKibis in l'ilio (Ilebr.A). C'est combaltre deux faux iiriiuipes dont les endans la transfiguration de JésU'^-GîirisI, qui nomis de la religiouclnétieiine se sont sor\is fait aujourd'hui le sujet do notre l'"vaii- de tout temps pour nous lu rendre également gile, (jne cette parole de saint Paul sesl plei- méprisable et odieuse : méprisable, en nous ncnient ol seusiblenient vérifiée. Dieu avait pcrsuailant i]u'elle clio(iuo le bon sens et les donné aux hommes sur la montagne de Si- règles de la vraie prudence; odieuse, l'ii iiaï. une loi dont .Moïse élail le ministre, l'in- nous la représentantcomnie une loitropduro tcrprèle, et môme, se!ou roxprc-sioii de ri'l- et sans onction. Or, à ces deux erreurs , crilure , le législateur. Dans la suite dos j'o|iposc deux caractères de la loi é\anlemps, il avait suscité des iirophètos pi;ur geliiiuo : caractère de raison et caractère de expliquer aux Iioinmes celle loi, pour leur douceur. Loi souverainement raisonnable , en faire connaître les préteptes, pour leur vous le verrez dans le premier point. Loi en reprocher la transgression, pour les y souvoraineiiicnt aimable, je vous le montrerai souDietlre et pour les engager, soit par dos dans le second jioiiil. Deux vérités imporlaumenaces, soit par dos promesses, à l'acconi- les (]ui vont faire le sujet do votre alteiilion. plir. Mais du reste, ni Moïse, ni les propliè- pkemièrk PAnnii. tes ne furent que les précurseurs derHom- .\ prendre les choses en oll s-mémes. et me-Dieu ; et la loi qu'ils ])ubliaienl ne fut dans les termes de ce devoir légitime qui asqu'une disposition à la sainte ol nouvelle loi sujetlil la créature au créaiour, il ne nous que Jésus-Christ devait apporter au nionili\ appartient pas de contrôler, ni mémo d'oxa- C'est pour cola qu'il paraît entre Moïse et miner la loi que Jésus-ChriEt nous a aii- Rlio, l'un législateur, l'autre prophète, el porléc du ciel, et (juil est venu imblier au qu'il y parait tout éclatant de luiiMèro; monde. Car, puisque les souverains de la c'est, dis-je, pour nous apprendre que Ujiites terre ont le pouvoir de faire des lois, sans les ombres de l'ancienne loi élanl ilissipées, être obligés à dire poiir(|uoi ; puisque leur que toutes les prophéties ayant reçu un vdjonlé el leur bon plaisir sulfit pour .uilo parfait étlaircisscinent , il n'y a plus riser ks ordi es iju'ils portent, sans qEt leus s

ORATr^URS SACRES. BOURDALOUE.

^-.ijels en puissent demander d'aulre raison, il est bien juste que nous nrcordions au pleins le même privilège, et que nous rendions le inéine liommage à celui qui non- Sf'uli nient est notre législateur ri notre nia!- !re, mais notre Sauveur et noire Dieu. Ce qui nous regarde donc, c'est de nous sounietlre à sa loi , et non point de la soiimit- Ire à notre censure ; c'est d'observer sa loi, avec une (idclilé parfaite, et non point d'en faire la discussion par une curiosité présoinplueuse.

Cependant, chréliens, il se (rouvc que jamais loi dans le monde n'a été plus critiquée et, par une suite nécessaire, |)lus coiiil).itlue ni plus condamnée que la loi de Jé^us- ("lirist ; e( Ton peut dire d'elle ce que le Saini-Esprit , dans l'Ecclésiaste , a dit du moi.de en général, que Dieu, par un di'ssein parliculier, a voulu, ce semble, l'abandonner aux disputes et au\ conteslalions des liomnies : Tradidit mumliim dispulndatii eonim (Eccl., III). Car celle loi, tonte sainte et toute vénérable qu'elle est, a été, si j'ose m'exprimer de la s irte, depuis sou inslilulion, le problème de tous les siècles. Les pa'i'ens, et même dans le cbristianisme, les libertins, suivant les lumières de la prudence cbarnelle, l'ont réprou\ée romme trop sublime et trop au-dessus de riiumanilé. c'està-dire comme affectant une perfection outrée et bien au-delà des bornes que prescrit la droile raison. Et plusieurs, au contraire , parmi les bèréliques, préoccupés de leur sens, l'onl attaquée comme trop naturelle et trop humaine, c'est-à-dire comme laissant encore à l'homme Irop de liberté, et ne portant pas assez loin l'obligation élroili^ et rigoureuse ries préceptes qu'elle élablil. Les premiers l'ont accusée d'indiscrétion, et lis seconds de relâchement. Les uns, au rapport de saint Augustin, se sont plaints qu'elle engageait à un delacheuifnl des choses du monde, chimérique et insensé : Visi sunt iif chrisdinii res liiinwnas slittle et siiprn(/umn oportet dcscrere (Aiig.); et les autres, téméraires et prélenilus réformateurs , lui ont reproché que sur cela même elle usait de trop d'indulgence et (lu'elle exigeait encore trop peu. Sa\ez-vous, chréliens , (C que je voudrais d'abord inférer de là? Sans [lénétrer plus a\ani, ma conclusion serait que la loi chrétienne est donc une loi juste, une loi raisonnable . une loi conforme à la règle universelle de l'esprit de Dieu : pourijuoi ? parce qu'elle lient le milieu entre ces deux cxtrémilés. Car, comme le caraclère rie l'esprit de riiomme est de se laisser toujours emporter à lune ou à l'autre et que le caractère de l'esprit de Dieu, selon la maxime de saint Grégoire pipe, consiste dans une sage modération, il est d'une conséquence presque inf<iillilile, qu'une loi (|ue les hcmmes onl osé tout à la fois condamner et d'excès it de défaut, est justement celle où se trnuve ce tempérament de sagesse et de raison ijui en l'ail, selon la pensée du Projhèle royal, nue loi sans tache : Lcx Doiidtii imiiiacul'a'.a {Ps. XVIIIj.

El certes, ajoute saint Augustin (rctte remarque est imporlanle), si la loi de Jé»us- Christ avait élé parfaitement au gré des païens, dès-là elle aurait cessé, pour ain^i dire, d'élre raisonnable; et si les libcrlif:s rapprouraient, dès là elle nous devrait étri; suspecte, puisqu'elle aurait plu, et ((u'elie plairait encore à des hommes vicieux et corrompus. Pour élre ce qu'elle iloit être, pour être une loi irréprochable, il faut nécessairement qu'elle ne soit pas de leur goût, et l'excès même qu'ils lui ont imputé, est sa justification. Je dis à proporlion de n:êmedes hérésiarques, prévenus d'un faux zèle et enflés d'un vain orgueil : ils ont voulu la resserrer, celte loi déjà si étroile ; ils ont enlrepris de réformer, coaime p.itle ^"incent île Lérins, ce qui devait les reformer eux-ii;èmes, et il a fallu que la loi ( hrelienne [our ne pas aller à une sévérilé sans mesure, el pour demeurer dans les limites de ce culle raisonnable qui fait son essentielle dillërence et par où saint Paul la dislingue, ne se rapportât pas à leurs idées, et qu'ils y trouvassent des défauts, afin qu'il fût vïai qu'elle n'en a aucun.

S'il s'agissait seulement ici de faire une simple apologie des de\oirs du christianisme je pourrais m en tenir là, cl, sans rien dire de plus, je croirais avoir suffisamment rempli mon dessein ; mais je vais plus loin, et, autant qu'il m'est possible, il faut, chrétiens, vous mctire en état de rendre désormais , sans contradiction , sans résistance , une obéissanceentière à ce divin Maître que Dieu nous ordonne d'écouler : II ic est Filius meus dileclus : Ipsum audite. Il faul vous affectionner à sa loi, vous y allacher el pourcela vous en donner toute la connaissance nécessaire : altenlion, s'il vous plalt. J'a\ oue donc que la loi de Jésus-Christ, est une loi saiiite cl parfaite; mais jesoulieiis au même temps (|ue^ dans sa perfection, elle n'a rien d'outré, comme l'esprit du monde se le persuade : j'avoue que c'est une loi modérée, el, comme Iclle, proportionnée à la faiblesse des hommes ; mais je prelends que, dans sa modération, elle n'a rien de lâche, comme l'esprit de l'hérésie se l'est figuré. Or, ces deux vérilés bien conçues m'engagent efficacement à la pratiquer, celte loi ; détruisent tous les préjugés que le libertinage ou l'amour-propre pourraient former dans mon esprit coiilic celle loi, me délerminenl à vi»re en clirétien, parce que rien ne me parait jlns raisonnable ni plus droit que la conduite de celte loi : quel avantage, et pour vous , et pour moi, si nous étions bien remplis de ces sentiments 1

Non, mes frères, dit saint Chrysostome Irailanl le même sujet ; la loi de Jésus-ChrisI, dans sa perfection, n'a rien qui doive blesser la |irudence humaine la plus délicale ; cl, la rejeter comme une loi ouirée, c'e^l lui faire injure el ne la pas connaître. Soit que nous ayons égard aux obligations générales qu'elle impose à tous les étals, soit que n'ws considérions les règ'es parliculières qu elle trace à chaque condition, parloul elle porte

477 CAREME. SERMON X. SUR LA SAGF.SSE ET LA DOUCEUR DE LA LOI CIlliETlENNE. 4:S

avec soi, si je puis user de ce terme, le sceau parce qu'aulrcmcnl, alTranciii du jouj? d'une d'une raison souveraine qui la dirige; par- sainte austérité, je tomberais dans une critout elle l'ait voir qu'elle est émanée du cdii- minelle et Monteuse mollesse, seil de Dieu comme de sa source. Car enfin, 11 est raisonnable que la vengeance me poursuit saint Clirvso-tome, qu'y a-t-il de soit défendue : car, que serait-ce, si chacun fi singulier dans la loi cliréiienne (jui" le bon était en droit de satisfaire sc^ resscnlimenls, sens le plus exquis ne doive approu\er? Elle et à quels excès nous porterait une aveuyie oblitte riioiiime à se renoncer soi-même, à passion? Raisonnable non-seulement que inoriificr son esprit, à crucifier sa chair; j'oublie les injures déjà reçues, mais que je elle veut qu'il éloulTe ses passions, qu'il sois prêt à en essuyer encore de nouvelles , abandonne ses intérêts, qu'il supporte un et qu'en mille conjonctures où ma faiblesse outrage sms se venger, qu'il se laisse enle- me ferait perdre la charité, si je m'o|)iiiiâvcr ses biens sans les redemander; elle lui traisà faire valoir, dans tonte la rigueur, des recommande deux choses, en apparence les prétentions, je me relâche de mes pretcnlions, plus contciiiicloires, du moins les plus pa- et je medésiste de mes demandes : pourquoi? radoxes : l'une, <le haïr ses proches et ses parce que la charité est un bien d'un ordre amis; l'autre, d'aimer ses persécuteurs et sii(iérieur, et que jp ne dois risquer pour nul ses ennemis; elle lui fait un crime de rccher- autre; parce qu'il n'y arien que je ne doi\e cher les richesses et les grandeurs, .une vertu sacrifier pour conserver la grâce, qui se d'être humble, une béatitude d'être pauvre, trouve inséparablement liée à l'amour du un sujet de joie d'être persécuté et allligé ; prochain. Raisonnable que cet nmiuir du elle régie jusqu'à ses désirs, jusqu'à ses peu- prochain s'éttiide jusqu'à mes ennemis même sées ; elle lui ordonne, en telle occasion qui les plus mortels; puisque, sans parler de la se présente, de s'arracher l'œil , de se cou- grandeur d'âme, de cette grandeur héroïque per le bras; enfin, elle le réduit à !a néces- et chrétienne qui paraît dans l'amour d'un site même de verser son sang, de donner sa ennemi et dans les services qu'on lui rend, la vie, de souffrir la mort, et la plus cruelle foi m'enseigne que cet homme, pour êtie mort, dès que l'honneur de sa religion le mon ennemi, n'en est pas moins mon frère ; demande et (|u'il est question de prouver sa et que d'ailleurs j'attendrais moi-même, si foi. Or, tout cela, mes chers auditeurs, est j'étais ennemi de Dieu, que Dieu u^ât envers raisonnable, et tellement raisonnable que, moi de miséricorde, et qu'il me prév înl de sa si la loi évangélique ne l'exigeait pas, tout grâce: car, pourquoi serais-je plus dêlicat(iue intéressé que j'y puisse être, et quelle que lui dans n>es senlimentsel dans mesalTcrtons? soit la corruption de mon cœur, j'aurais Itaisonnahle, par un retonr(|ui semble d'abord peine à ne la pas condamner. Venons au dé- bien surprenant et bien étrange, que je haïsse iail, et reprenons. mes amis, mes proches, ceux mêmes à qui je Oui, il est raisonnable que je me renonce dois la vie, quand ceux à qui je dois la vie, moi-même: c'est de (luoi je ne puis douter quand ceux à qui je suis le plus étioilciient sans rac connaître et sans ignorer ce que je uni parles liens du sanget de l'amitiésoni des suis ; car, puisque je ne suis de moi-même obstacles à mon salut : car alors l.i raison <]ue vanité et que mensonge ; puisque tout veut que je m'en éloigne, que je les fuie, iiue ce qu'il y a de bien en moi n'est pas de moi, je les abhorre ; et c'est ainsi qu'il faoi rnlcnct que je ne suis de mon fond , que misère , drc cette parole de Jésus-Christ: S.^iptis requ'aveuglemeiit, (lu'emporlemeni, (]iie déré- nit ad me, et non odit patrem cl malnw. mm glemenl, n'cst-il pas juste que, me regardant potest meus esse di^cij)ulii^ ( S. Luc, XIV ) : moi-même et me voyant tel, je conçoive do Si (juclqu'un veut venir à moi et ne hait pas l'horreur pour moi-même, je me haïsse moi- son père et sa mère, il ne peut être mon ilisi iméine, je ine détache de moi-même? et voilà pie. l'arole, dit saint tirégoire pape, (|ui n'aie seus de ce grand précepte de Jesus-Chrisî: bolil point les devoirs des enfants envers les Abneijet srmetipsum. Une \cul pus (\\\c \c vc- parents, mais qui comlamne l'inipiêté des nonce, ni à mes vrais intérêts, ni à la vr.iie parents prévaricateurs, lor>qn'ils aluisriilde charité que je me dois à moi-même, ni à la leur pouvoir pour servir de démons à b urs vraie justice que je puis me rendre ; mais enfants, et pour les engager dans la voie de parce qu'il y a une fausse justice que je cou- perdition. lîh quoi 1 reprend Tertuliien. jusfonds avec la vraie, parce qu'il y a une fausse tdiant cette maxime évangélicjue, il f.illait charité (l'ai me flatte et qui me séduit, parce que les soblats romains, pour être iiuorporés qu'il y a un faux intérêt dont je me laisse dans la mili<t', fissentcomme une espèce d'abéblouir et (jui me perd, et que ce que j'.ij)- juration et de iièrcsetdemères,enlrcles ni.iins pelle moi même n'est rien autre chose (jue de ceux qui les commandaient ; et l'on eslilout cela, il veut que, pour me défaire do tout mait celle sévérité de discipline également cela, je me défasse de moi-même eu me re- jiisie et nécessaire; si donc Jésus-Chiisl nonçant moi-même. nous impose la même loi en cert^iines con- II est laisonnahle que je mortifie ma chair, jiuutures, savoir, quand rattachement d'im parce qu'autrement ma chair se révoltera lils à son père, d'une femme à son mari, est contre ma raison et contre Dieu même ; ijue incompatible avec les inlérêtsde Dieu et l'uje captive mes sens, parce qu'autrement la béissancequi lui est due, pouvons-nous dire liberté que je leur donnerais m'exposerait que c'est trop en demander ? à mille tentations; (]ue je traite rudement Mais pourquoi s'arracher l'œil? pourijuoi liiuu corps, cl que je le réduise en servitude, se couper le bras.^ répondez vous-même,

470 OUAIEL'l.SSACllI.S. UlJinDALOL'K. 43.1

divin Sauveur; et, sur la dunMé de celle liim de smilTrir (ont. pIulAl que de coinnicKrt expression, satisfaites dans un mot la |)ru- une iàeln'lé el iiru' perfidie ? mais mol jp dedencc humaine : c'est qu'il vaut mieux, dit- mande s'il n'est jjas rai'ionnable iju'uu boniil, entrer dans la vie n'avanl qu'un icil ou me de guerre se sacrifie, en mille renronqu'unemain(iued'èlre pourjamais condamné très, comme une victime toujours sur le au tourment du feu; c'est que tons les jours, point d'èlre immolée et de re(e\oir le coup à la honte des serviteurs de Dieu, un honmic mortid , plutôt que de manquer ;\ sou dedu siècli', pir une sagesse momiaiue, s'arra- voir? il ne le trouve pas seulement r.iisouche l'œil, se coupe le bras, selon que Jésus- nable , mais il s'en fait un point d'honneur Christ l'a entendu ; c'est-à-dire s'arrache lui- et une gloire. Quoi donc, mes frères , remême à ce qu'il a de plus cher, et se sépare prend saint Augustin, le martyre pour Dii'u de ce qu'il aime plus tendrement, afin d'évi- sera-t-il censé une folie, et le martyre pour ter un scandale dont il craint les suites le monde une vertu ? la raison de l'honnne fâcheuses pour sa fortune ; c'est qu'une aura-t-elle peine à reconnaître l'ohlig.ilion fenuiie du monde que la raison conduit en- de l'un , larulis qu'elle approuve el qu'elle core, ne balance pas à rompre un engage- autorise l'obligation de l'autre? Non , non , ment, quel(|iie flatteur, quelque utile qu'il chrétiens, rien en cela, rien en tout le reste soit, dés qu'elle en prévoit quel(]ue danger qui ne soit à l'épreuve de notre censure, pour sa réputation; comme si Dieu avait Soyons raisonnables, el nous avoner<Mis que voulu qiu^ la conduite des enfants du siècle la loi de Jésus-Christ lest encore plus que servit de leçon aux enfants de lumière, ou nous. Soumettons-nous de bonne foi à tout pliilôt comme s'il avait voulu que ce fut une ce (]ue la raison ordonne, la loi évangélique apologie du précepte de l'Evangile : Si ocii- n'aura plus rien qui nous choque; car, si lus tuus sciindalizat te, crue eum ( Malllt., elle nous iboqiie, c'est parce (ju'elle nous WIII ). assujettit trop cà la raison, et qu'elle n'ae- Cc n'est pas assez : pourquoi faire à l'hom- corde rien à notre passion. Prenez garde , me un crime de ses désirs , et traiter d'adul- s'il vous plaît; je ne dis pas que la loi chrétère un regard impur el lascif? Apprenez-le tienne n'ajoute rien à la raison, c'est une de saint Jérôme : c'est qu'il n'est l'oint pcr- erreur des pclagiens ; mais je dis qu'elle mis de désirer ce qu'il n'est pas permis de re- n'ajoute rien à la raison, qui ne la perfecchercher ; c'est que toute loi qui laisse les lionne, qui ne l'élève, qui ne la purilie , et désirs dans l'impunité, est une loi impar- que la raison elle-même n'eût élabli , si, par l'aile, propre;^ faire des hypocrites plutôt que elle-même, elle eût été assez éclairée pour dcsjusles.pnisqu'ilesl impossible de réiormer en décnuïrir l'excellence el l'utilité. I homme, si l'on ne commence par réformer Je sais, mes chers auditeurs, et c'est ainM son cœur. Pourquoi ériger en béatitude un que je passe à la seconde vérité, qui , bien état aussi vilel aussi abject que la pauvreté? loin d'affaiblir la première, va plus solide- Beaii paupercs spirilu [Madh.. V). his,cz-i'n nient encore la confirmer; je sais, cl j'en par vos propres sentiments : c'est (lu'aulant conviens, qu'il y a eu de tout temps dans I

lu'on a de mépris pour la pauvreté forcée, monde des esprits singuliers, qui, prévenus autant convient-on que la [;auvreté volon- de leurs idées chimériques , ont porté celte

taire d<inl parle Jestis-Christ est respectable; perfection de la loi chrétienne bien au delà

el d'ailleurs l'expérience nous fait bien voir tic ses bornes. .Appliquez-vous à ma pensée,

qu'il n'y a d'heureux sur la terre que les ceci mente voire réflexion. Je sais que sainl

pauvres de co'ur, puisque la source la plus Augustin a observé que la perfection do

ordinaire de nos chagrins est l'attachement l'Evangile, mal conçue el soutenue par un

aux biens de la vie. Jlais enfin, et voici le faux zèle, a fait naître dans la suite des siè-

point capital , pour(iuoi réduire des hommes clés les hérésies h s plus opiniàires; et, pour

f.iibles à (elle affreuse nécessilé, ou d'être descendre auxespè(es parliculières , je sais

apostats et analbèmes.oud'endnrerà certains que, dès la naissance de l'Eglise, il s'éleva ,

temps de persécution le plus rigoureux mar- comuu^ (lil l'Apôtre, des sectes de parfaits el

lyre? car c'est là-dessus que la loi de noire d'illuminés, (lui condamnaient, cetix-là le

Dieu pourrait paraître, aux sages du monde, mariage, ceux-ci l'usage des viandes; les

d'un caractère |)lus outré; elle nous or- uns la pénitence réitérée, les antres la fuite

donne , et nous l'ordonne sous peine d'une dans les persécutions; réprouvant de leur

éternelle daiuuation , d'être habituellement autorité propre tout ce qui ne leur semblait

disposés à nnuirir, plutôt même que de dé- pas assez saint, et s'érigeanl pour cela, non

gnisernotre loi. Orcela, dites-vous, est-ilrai- pas en simples réformateurs, mais en sou-

sonnable? et moi je réponds : En pouvez- verains el en législateurs. Je sais (in'une des

vous douter? et, pour s'en convaincre, fauU illusions de Pelage fut de confondre les con-

il autre chose que les premiers principes de seils avec les préceptes, et de prétendre, par

la raison ? En ellêl, on demande s'il est rai- exemple, qne, sans le dépouillement réel et

sonnable de s'exposer à la mort, plutôt que eiïeclif des biens temporels, il n'y avait point

de trahir la foi qu'on doit à son Dieu ; mais de salut, ne voulant pas qu'un clirélien pût

moi je demande s'il n'est pas raisonnable rien posséder sans tomber dans une espèce

<)u'un sujet soit | rêl à perdre la vie , plulôl d'apostasie, et sans démentir sa profession,

que de trahir la foi (ju'il doit à son inince? Je sais «lue, par ce juincipe, (iuel(|ues-nns

mais moi je demaiule s'il n'est pas raisonna- même en sont venus jusciu'à troubler la so-

ble au'un houunc d'honneur soit c;i dispobi- ciélé civile, traitant de desordre rus;;gc

iSl CARKME. SKRMON X. SVP» I.\ SAGESSE F.T L\ POITEUR DE LA LOI CHRETIENNE. 4»^

t'iaMi (le [unirsuivre sos droits en jll^lico , modo à tous les étals cl à toutes les condi- ]n'oiiaiil à lit IcUre ee (lui esl écril : Et ait- lions des Iioiiiiik's;o1!c est parlaile, m;;is dune Inu el <iui iiuferl tjuœ tua siinl , ne rcpclas perlcelion qui, bien loin de causer du trou- (Luc, \'I) ; cl, sans prévoir les funestes eon- l)le, rèi,'ie tout , corrige tout , iiiainliiiit toul seciuences ijui suivraient de là, el les nvan- dans l'ordre; elle esl parlaile, mais do ce lages qu'en lirerail une injuste cupidité, dé- genre de perleclioniionl paile saint. \inbroise, feiulanl à un serviteur de Jesus-Christ de re- qui inspire une liuniilitc sans bassesse , une deniander jamais son bien, lui lul-il même jiénérusile sans orgueil, une modestie sans arracbé par violence. Je sais, dis-je , tout contrainte, une liberté sans ép.inchenieni; recela, et, si vous voulez, je sais encore que tenant comme dans un juste équilibre tous ces fausses idées de perIVction n'ont coin- les mou^ements el toutes les affections de muncmenl servi (ju'à rendre la loi ciné- Lame ; enfin, elle est parfaite, mais toujours tienne méprisable ans païens, insupportable dans 1 etcnilue de ces deux termes, discréaux libertins, scandaleuse et sujet de cliule lion et vérité.

,Tux âmes faibles et timorées; autre rcmar- J'ajoute que, par une disposition d'ailleurs que de sainl Auguslin : mé[)risable au\ toute divine, comme ellcn'a rien d'onlré dans païens, qui, juge.inl par là de notre religion, sa perfeclion, elle n'a rien aussi de làelieilans l'ont rejetée comme une religion exirava- sa modération. Faudrait-il insister sur ce casUe, (luoiqn'elle soit l'ouvrage el le chef- point, si nous ne vivions pas dans un siècle ti'œuvre île la sagesse d'an lïieu , insuppor- où la parole de Dieu doit servir de préservatable ;iux li!)erlins, (jui sont bien aises, en tif à tout et contre tout'.' Non, la loi de Jén)atiôrc d'obligations et de dooiis, qu'on Siis-r.brisl, dans sa modération, n'a rien de leur exagère les choses, pour avoir droit lâ( lie ; (juclque effort (juaient fait les héréde n'en rien croire et surtout de n'en rien sianjues (lour la décrier sur cela, elle s'en est faire , cl qu'on leur en demande trop pour liauiemeut défendue, el en a même tiré sa avoir un prétexte de refuser tout; siijel de gloire, lui vain J'ertuliieii lui a-t-il reproché scandale cl de chute pour les âmes faibles, son indulgence dms le pardon des péchés; qui, de ces erreurs , se sont sou\cnt formé en vain a-t-il déclamé ciintre les catlioliiiues des consciences, et à qui ces fausses cou- et les a-l-il appelés charnels ; en vain a-t-il sciences ont fait coinmeltre de véritables re|ire>ente l'Église de son temps comme un crimes : car voilà les eff'ets qu'a priiduits champ ouvert a toute sorte de licence : Ue cette prétendue [icrfeclion , quand elle n'a cumiio taxisfimir disciplinœ (Terlull.) ;bcs inpas élé mesuréL' selon les règles de la vraie veclivi s n'ont servi qu'à marquer l'aigreur foi. Mais toul cela, mes chers auditeurs, el l'amertume de son zèle, et n'ont fait imn'est point la perfection de la loi chrétienne: pression que sur (luelques esprits faibles. II ponnjuoi? parce qu'il n'y a rien en tout est vrai que la loi chrétienne ne désespère cela que la loi chrétienne n'ait désavoué el pas les pécheurs ; mais, sans les désespérer, qu'elle n'ait même censuré. Comme elle elle leur inspire une crainte bien plus saluscsl déclarée contre tous les adoucisse- laireque ledesesi)oir,el sans leur oter la conments qui posaient altérer sa pureté, aussi liance, elle sait bien rabattre leur présompn'a-l-elle pu souffrir qu'on portât trop lion. Il est vrai ((u'en toutes choses , elle ne loin la sévérité de ses préceptes, pour lui conclut pas à la damnation; mais sans y donner une fausse couleur de sainteté. (Juel- conclure absolument, elle ne manque pas, sur que apparence de réforme qu'elle ait aper- miilesujets, d'en proposer ledanger d'une maeue dans l'hérésie , elle s'en est tenue invio- niére à saisir de frayeur les saints mêmes. Il lablemenl à celle grande parole : lialiona- est vrai que, dans l'ordre des péchés, elle ne bile ol'sccjuium (Rom., XII) ; afin, dit sainl condamne [las tout comme mortel ; mais à Jérôme, que l'infidélité la plus critique n'eut (juiconque connaît Dieu, à (juiconque \eul rien à lui opposer, el que la raison la jiliis ellitacement son salut, elle donne une grande «ensée n'y trouvât rien qui [iiU justement la horreur de touli)éclié, même du véniel. II blesser. est vrai qu'elle distingue les préceptes des Car, encore une fois, étudions bien celte conseils ; mais elle déclare au même temps loi ; et plus nous l'approfondirons, plus elle que le mépris des conseils dispose à la traiisnous paraîtra sage; soit qu'elle coniredise giession des préceptes, el ([ue l'un est une nos idaisirs, soit (ju'el.'e nous accorde cer- suite presque infaillible de l'aulre. tains divertissements honnêtes et modérés; Or, j'avoue, cliretiens, que, parmi tous les soit qu'elle condamne nos entreprises , sot motifs (jui me persuadent la vérité de la (luelle nous permelle certains soins conve- sainte religion que je professe, il n'y en a nabics et souvent même nécessaires; soit point de plus puissant que celui-là." Saint qu'elle réprime notre ambition , soit qu'elle Augustindisait que milleraisonsratlaehaieiil nous laisse la liberté de penser à nos besoins, à la foi ; et il en f.iisait un détail cajiabled'en et de pourvoir, par (les voies légitimes à 110- convaincre les esprits les plus indociles: Ire établissement ; soit qu'elle reprouve no- MultameiiiEcclestajustissimercliiienl [Aug.). Ire luxe, soit qu'elle approuve une bienséance Mais pour moi, je sens que cette sagesse toute m(jdeste el chrétienne; partout nous decou- pure el toute divine de la loi de Jesus-Clirist vrirons le même caractère de sagesse. Klle a je ne sais quoi de particulier qui me touest donc parfaite, mais d'une perfection (jui che el qui m'entraîne ; car je dis avec l'abbé gagne le cœur en persuadant l'esprit ; elle est lUipert : Puisqu'il y a un Dieu, el que les parfaite, mais d'une perfeclion ([ui s'acconi- preuves les plus sensibles et les plus éviden-

ISS OnATEUIlS SACRES. BOL'RDAl.OUI':. 4St

es me le (lémontrcnl; puisqu'il f.iul riioiio- [Multh. XI). D'où vient que, p.ir ur.cadmi- -er, ce Dieu, p.ir un culte propre, et par rabie loiiiluile de sa sagesse , il n'a invité à i'ex'cnicc (l'une roliiîion, je ne [luis manquer, le prendre que ceux qui se liouvaicnt déjà en ellll)ras^.■^nl celle-ci, où je découvre un chargés d'ailleurs et l'alignés, s'engageant à fond de sagesse et de sainlelé, qui ne peut les soulager, cl toutefois ne leur pioinettanl venir que d'en linut, et qui est inconlestable- point d'autre souiagciiii'iit que de leur iiiipoiiient au-dessus de lliomnie. S: celait une sa- ser sou joug et de les obliger à le porter : gcs.se profane, elle pourraild'abord in'éblouir; VeniCc nd me, omnes (jui laborafis, et eijo reniais, pour peu que je voulusse m'appliquer ficiain rus [Ibid.) • mystère qui semblait d'aà l'approioiulir et a la bien connaître, j'y bord impossible et contradictoire, mais dont trouverais bientôt quelque faible pour m'en l'accomplissement a fait connaître l'infaildelroMiper. Il n'y a qu'une religion sage lible vérité; mystère confirmé jiar l'expécomnie la nôtre, c'est-à-dire d'une sagesse nence de tous les justes et même de tous les toute sainte, d'une sagesse établie sur le Ion- pcclieurs, puisqu'il est évident que rien n'est dément de toutes les vertus, à quoi je ne plus capable de soulager un pécheur diargé puiNSe refuser de me rendre, parce que c'est delà pesanteur de ses crimes et fatigué de la sans contredit l'ouvrage de Diiu, et que je servitude du inonde, que de prendre le joug n'ai rien à y opposer. Je m'écrie , avec [dus de Jésus-Christ et de s'y souineltre parlaitede sujet encore que saint Pierre : Domine, ment.

bonnm est nos hic esse. Ah 1 Seigneur, c'est Pour former donc une idée complète de

un bien pour moi. et un bien que je ne puis la loi évangéliquc, il ne fallait jamais sépa-

asscz estimer, d'avoir connu votre loi et de rer ces deux choses qu'elle a si saintement

l'avoir embrassée : c'est là que je dois m'en el si divinement unies, le joug et la dou-

teiiir, et, pour m'y conserver, je dois être ceur. Or, c'est néanmoins ce qu'ont séparé

prêt, comme vos martyrs, à sacrifier ma for- les hommes, qui, par une préoceupalion do

lune et à répandre mon sang : Domine, bo- leur amour-propre, ne s'arrêtant qu'à ces

ninn est nos lue esse. Saint Pierre, dans le termes de joug et de fardeau, et pour avoir,

transport de sa joie, demandait à demeurer dans leur lâcheté, quelque prélexle, n yjui-

sur le Thabor ; mais parce qu'en le deman- gnaiit pas cette onction et celte douceur que

daiil, il ne pensait qu'à une félicité tempo- Jésus-Christ y a ajoutées, se sont figuré la

relie, et non point à l'éternelle béatitude de loi chrétienne comme une loi fâcheuse, [)e-

l'aulre vie, l'évangéliste ajoute qu'il ne sa- saute, insoutenable, faite seulement pour les

\ait ce <iu'il disait : Nesciens quid diccret uiortilier, et par là s'en sont eux-mêmes re-

(L((C., IX). Pour moi, mon Dieu, je comprends butes, el enont rebuté les autres. Semblables

parfaitement ce que je dis, et c'est avec une à ces Israélites qui venaienl de découvrir la

connaissance enlièie que je vous demande à terre de promission, et qui n'en donnèrent

demeurer toujours ferme etinébranlable dans au peuple que de l'horreur, parla triste pein-

l'obéissance el dans la pratique de votre loi: lure qu'ils lui en firent, comme dune terre

Domine, bonum est nos hic esse. Je ne crains affreuse (]ui dévorait même ses habitants et

point de m'égarer en la suivant, parce que où ils n'avaient vu que des monstres : Jlœc

c'est, de toutes les lois, la plus raisonnable terra (juam litslravimiis , dévorai hubilatures

dans ses maximes, et la plus sage, cou. me stius : ibt vidimtts munsira [Num. Xlil) ; ar-

elle est encore, par son onction , la plus ai- tifice le plus dangereux el le plus subtil

niable et la plus douce : nous Talions voir qu'ait toujours mis en œuvre l'ennemi de

dans la seconde partie. notre salut, pour perdre les Ames el pour

SECONDE PARTIE. J élouH'er toutes les semences du christia-

II est de la grandeurde Dieu d'avoirdroitde nisme. Mais en vain l'emploiera-t-il jamais

coiiiiiianderaux hommes de grandes choses, outre un chrétien solidement instruit de sa

et d'exiger d'eux de grands services; mais religion et sincèiemenl disposé à garder la

il est aussi de la même grandeur de Dieu loi qu'il professe : pounjuol ? parce qu'étant

que ces grands services qu'il exige des boni- tel, il s'en défendra alseinenl par cette peii-

mes, non-seulement ne les accablent point sée dont sa loi le prémunit, qu'autant que la

par le poids de leurs difficultés, mais qu'ils loi de snn Dieu est parfaite, autant l'onction

leur deviennent agréables et ((u'ils y trou- qui 1 accompagne la rend- elle aimable et

vent de la douceur. Car, comme dit le sa- facile à pratiquer : et quoi que la chair et lo

vaut Cassiodore, la gloire d un maître aussi monde puissent lui suggérer, au contraire

grand que Dieu est d être tellement servi, il en reviendra loujours à ce sentiment de

([u'on se f.nsse de l'obligation même de le Da\id ■.(Juam dulcia faucibus meis eloijuia

servir un bonhi ur et une fêlicilé. Ceux qui, tau (l's. CX\'J11)1 Ahl Seigneur, que votre

(le leur propre sens, ont voulu expliciuer la loi est douce pour ceux (lui la goûtent, et

loi chrétienne, se siuit encore ici égarés en qu'il faut être grossier et sensuel (xiur ne la

s'atlachant trop à l'un de ces principes, et guûterpas 1 Cl en effet, si David pou\aitparler

ne faisant pas assez de réflexion sur l'autre. de la sorte en vivant sous une loi de rigueur

Il est vrai que Jésus-Christ, notre souverain telle ([ue fut la loi de Moïse, ce serait , non

législateur, nous a proiiosé sa loi connue un point seulement une honte, mais un crime,

joug el comme un fatdeaujmais au même de n'en pas dire autant de la loi clirélienne,

temps il nous a fait onlendre (|ue ce fardeau puisque c'est une loi de grâce el une loi

était léger, el que ce joug était doux : J!<j/uw de charité. Remarquez bien, s'il vous plaît,

(non mcum suave est , et vnus meitm lue mes chers auilileurs , ces deu.x qualités qui

*S5 CAUr.MK. Sl.UMON X. SUU L.V SACKSiE ET LA DOUCLLR DK LA LOI CHRETIENNE. ÎSS

sinl i-ssi'iili TIfs ù lu loi de Jc'sus-Clii-ist : loi pas pu avec vous; avec quelle fuililé

ai glace et loi île chailté ; voilei ce cjui vous ne me suis-je pas privé de ces p'ai>iis durit

mol en état de l'observer, malgré loule la je m'étais l'ail une servitude houleuse, et

difiiculté de ses devoirs, cl ce (jui aneaulira comliii'ii ui'a-t-il elé dmix de (luiller ce que

dovaut Dieu loutis vos excuses, licoulez- je eraij;iiais lanl de perdre? Je me figurais

moi. dans votre loi et dans moi-mèoie des inoiis-

Cesl uni- loi de grâce oii Dieu nous donne très (jui me iiarais^aieiil iiisurnioiilalilcs ;

iiir.iillihlcmenl de quoi accomplir ce ((u'il mais j'ai reionnu (pie c'élaient des mi)n-.trt'S

luvus commande; disons mieux., où Dieu imaginaires, du moniciil (pie vôlre grâce a

lui-iiiome accompLt eu nous ce qu'il exige louilié mon cœur, cl voilà pourquoi je ne

de nous: que pouvez - vous soiiliailer de fais phiN d'exceplion ni di" réser\ e en ce (|ui

plus '.' Ce qui vous empêche d'accojJi|ilir la rv^^triia \oli\' >-ci\iCi- : I)(i i/iiod jnbcs, et juOe

loi, ce ipii V ous lait même désespérer do l'ac- quod ris. C'est ainsi (pie |)arlait ce grand

coinpiir j.imais , ce sont, diles-»ous, les in- saint; et si la force de la grâce est (elle, coiu-

(Tinalions vicieuses de voire cœur, c'est celle meul pou\ons-iious dire à Dieu (|ue sa loi

(liair, conçue dans le péché, qui se rc\olte est un joug Irop rude à porter, cl (pii nous

sans cesse contre l'espril ; mais imaginez- accahle ?

vous, mes frères, répond saint Clirysosiome , M, lis je n'ai pas celte grâce (jui soutenait que Dieu vous |iarle en ces termes :0 homme, saint Augustin et (jui le faisait agir. Penlje veux aujoiird hui vous oter ce cœur, et être, chrétiens, ne lavez-vous jias; mais vous en donner un autre; vous n'avez que vous melli z-vous en état de l'aNoir'/ vous la force d'un homme, et je veux, vous don- disposez-vous à l'ohleiiir 'Ma demandez-vous ner celle d'un Dieu ; ce n'est point vous seu- à Ùieu'.Ma cherchez-vous dans les sources leiDcnl qui agirez, vous qui comhattrez , où il l'a renfermée, (|ui sont les sacrements? vous qui résisterez ; c'est moi-niéme (jui retranchez-vous de votre cœur tous les ol.comhattrai dans vous, moi-inèine qui Iriom- stades (ju'il lui oppose ?etri'est-il pas étrange pherai de ces inclinations et de celle chair que, ne faisant rien de tout ce ([u'il l'audràil corrompue. Si Dieu s'adressait à vous de la faire pour vous faciliter l'observation de la sorte, s'il vous faisait celte olTre, oseriez- loi, vous osiez encore vous plaindre de $• s vous encore vous plaindre ? Or, en combien dillicultés , au lieu de vous en prendre à d'endroils de l'Iùrituie ne vous l'a-l-il pas vous-mêmes et à votre lâcheté? Dieu, mes ainsi promis? N'elail-ce pas à vous (|u'il di- chers auditeurs, aura bien de (]uoi la cousait jiar le prophète Kzécliiel : Je vous ôlerai fondre, cette lâcheté criminelle, en vous déce cu'ur endurci, et je vous donnerai un troiiipanl de l'erreur iiui en etail le principe cœur nouveau, un cœur docile el sou|ile à et qui lui servait de prétexte; car il vous ma loi? N'est-il pas de la foi que cette pro- dira, avec bien jilus de raison (]u'â son i)eiimesse regardait ceux qui devaienl vivre pie : Non, ce n'est pas la rigueur de ma 1 >i dans la loi de grâce, el n'y êtes-vous pas (lui peut et qui doil vous jiistilier; ce conidans celte loi de grâce, puisque vous êtes mandemenl que je vous fiisais (ce sont les chrétiens? (Jue craignez- vous donc? que paroles di; Dieu même dans riîcritnrc] né- Dieu ne tienne pas sa parole? mais c'est tait ni trop éloigné, ni Irop au-dessus de douter de sa fidélité ; (jue, malgré la parole vous. Il n'était point élevé jusipiau ciel, de Dieu, vous ne Irouvu'Z trop de peine à jiour vous donner sujet de dire ? Oui pourra observer sa loi? mais c'est douter de sa y atteindre? il n'était point au-delà des nicrs puissance. [lour vous donner lieu de demandei- : (Jui

Ah! Seigneu", s'écrie saint Augustin, coin- osera se promettre d'y parvenir? au con-

maiulcz-nioi loul ce qu'il vous plaira, pour- traire, vous l'aviez auprès de vous, il était

vu ([ne vous me donniez ce que vous me au milieu de votre cœur, vous le trouviez

commandez, c'esl-à-dire que vous me don- dans votre condition, dans votre étal, pour

niez par votre grâce la iorce d'exé<uter ce pouvoir aisément l'accomplir : comment

que vous me commandez par votre précepte : cela? parce que ma grâce y était au même

l)a quud jabes. et jubé quod vis {Atuj.}. Non, temps attachée. Or, Dieu, par ces paroles,

mon Dieu, ne m'épargnez pas, n'ayez point ne juétend.jit rien autre chose que de dé-

dégard à ma délicatesse, ne considérez point Iruire tous nos prétextes, quand nous nous

ce que je suis; car, puisijue c'est vous qoi dispensons de garder la loi, et que nous la

dev( z vaincre en moi, c'est sur vous-iiiêuie considérons seulement en elle-même, sans

et non pas sur moi que je dois compter. considérer les secours qui y sont si abon-

Uscz-donc de votre empire absolu, chargez- danis.

moi de loul le poids de vos commanilemenls. Car, de dire que ces secours nous maiioliligez-uioi à tout ce que mes sens et umii qiieiil lors même que nous les demandons; amour-propre abhorrent le plus, faites-moi dédire que toutes ces grandes promesses niarcher par les voies les plus élrintes ; avec que Dieu nous a faites de répandre sur votregrâce, rien nemecoûtera. J'en parle, Sci- nous la plénitude de son esprit, n'aillent gneur , ajoulait-il, par mon expérience pas jusqu'à nous donner de quoi soutenir personnelle : car c'est vous qui avez rompu avec douceur el avec joie la pratique de ses mes liens, et je veux, pour l'inlérêl de voire commandements; de dire que toute la prégloire el pour la justification de votre loi, le éininence de la loi de grâce au-dessus de la publier à toute la terre. Ahl mon Dieu, (iiie loi écrite se réduise à rien, et que tout l'efli'aviz votis pas pu dans moi, el (juc n'ai-je Ici de la rédemption et de la mort de Jésus

487 onATi:i:as s vciujs. buurdalole. /.ss

('tirisl ait 6lc d'appesantir le joiif; tlu Sci- lois de travail et de peine ; mais la liuisièine };neur : ail 1 chrétiens, ec seraient autant de est une lui de consolation et de douceur, blasphèmes contra la bonté et la fidélité de Ou'est-il arrivé de làl'Ies lioninics, dit saint Dieu. Que nous inatique-t-il donc? Deux Augustin, ont gerni sous ces lois de travail, choses r une foi sincère et une espérance de peine, de crainte; mais leurs gémissevive; l'une pour nous altacher à Dieu, et nienls, leurs peines et leurs crainles n'ont l'autre pour nous conlier en Dieu : car, eu pu leur faire aimer ce qu'ils prali(iuaient ; nous unissant à lui par l'une et par l'autre, au lieu ([ue les cliréiiens ont trouvé dans la nous changerions noire failiiesse dans une loi degrâcc un goût qui la leur rend aimable, force invincible, comme dit le prophète: Qui et une onction (jui la leur fait observer avec ."pcrant in Domino, ntutabtinl foi liludincm plaisir : Timnerunl, et non implererunt ;<inin- {Isui. XL); nous commencerions à mir- rcntnt,climi>lcverHnl {S. Aiig.]. Les, hommes. cher, à courir, à voler comme des aigles : sous les deux premières lois, intéressés et Assument pennas, ut aquHœ : volubunt , cl avares, craignaient un Dieu vengeur tle leur non déficient (I Util. ); mais, parce que nous convoitise ; mais, malgré cette crainte, ils nous détachons de lui, nous demeurons loti- ne laissaient pas de commettre les plus injoiirs faibles cl languissants, toujours dans le justes violences, de ravir le bien d'aulrui, chagrin et le dégoût, toujours dans l'abatte- ou du moins de le désirer: au lieu que dans ment et le désespoir; comme si l'Kvangile la loi nouvelle ils se sont attachés amoureun'elait pas une loi de grâce, et que la loi de semenl à un Dieu pauvre; et par amour pour grâce n'eût pas aplani toutes les dillicullés. lui, bien loin d'enlever des biens qui ne leur Que sera-ce, si j'ajoute que celte loi de appartenaient pas, ils ont donné leurs biens grâce est encore une loi de charilé et d'à- propres, et se sont volontairement dep<iu:llés iiiour? Amour et charilé, dont lelVet propre de toutes nUoscs-.Timucrunt, et rapucruni rcs est d'adoucir tout ; de rendre tout non-seu- alienns ; amavcrunt.el donaveruntsuas{lbid.). leinent possible, mais facile ; non-seulement Voilà ce que les amateurs du monde ne supportable, mais agréable; d'ôler au joug comprennent pas, et ce qu'ils pourrai nt toute sa pesanteur, et si je l'ose dire, d'en néanmoins assez comprendre par eux-mêmes faire même un joug d'autant plus léger (|u'il et par leurs propres sentiments. Us ne nous est plus pesant. Paradoxe que saint Augustin enleiident pas, quand nous leur parlons des expli(iue parune comparaison trè^-nalurclle, merveilleux effeisde la charilé de Dieu dans ci donl je puis bien me servir après ce l'ère. un cœur: mais qu'ils en jugent par ce que Car vous voyez les oiseaux, dit ce saint doc- fait dans eux l'amour même du monde. A leur; ils ont des ailes, et ils en sont char- quelles lois les tient-ils asservis, ce monde gés ; mais ce qui les charge fait leur agilité; qu'ils idolâtrent? lois de devoir, justes, mais et plus ils en sontcliargés, plusilsdevieiinent pénibles; lois dépêché, injustes et lionteuagiles. Ôlez donc à un oiseau ses ailes, vous ses; lois de coutume, extravagantes et bile dêih.irgerez ;mais en le déchargeant, \ous zarrcs ; lois de respect humain, cruelles et le mettez liors d'état de voler : (Jaouiam ex- Ivranniciues ; lois de bienséance, ennuyeuses oneiare voluisti, jacet {An(j.). Au contraire, et fatigantes. Cependant, parce qu'ils aiment rendez-'.ui ses ailes, qu'il en soit chargé tout le monde, ce qu'il y a dans le service du de nouveau, c'est alors iju'il s'élèvera : pour- monde de plus fâcheux, de jihis incommode, <inoi? parce qu'au même temps qu'il porte de plus dur, de plus rebutani, leur devient ses ailes, ses ailes le portent. 11 les porte sur aisé: rien ne leur coûte pour satisfaire aux la terre, et elles le portent vers le ciel : Hc- devoirs du monde, pour se conformer aux (leal omis, et volabit {Ibid.). Telle est, re- coutumes du monde, pour observer les bienprend saint Augustin, la loi de Jésus-Christ : séances du monde, pour mériter la faveur Tdlis est Christi sareina [Ibid.], tous la du monde. Or, qu'ils aiment Dieu comme ils portons et elle nous porte; nous la [lortons aiment le monde; que, sans changer de senen lui obéissant, en la praticiuant; mais elle timenis, mais seulement d'objet, au lieu dtt nous porte en nous excitant, en nous forli- demeurer toujours attachés au monde, ils liant, en nous animant. Tout autre fardeau commenecnt à s'attachera Dieu; cette loi n'a que son poids, mais celui-ci a des ailes : du Seigneur, (jui leur |iaraît impraticable, Alia sareina pondus luibet , Clirisli pcnuus changera, pour ainsi dire, de nature jiour [Auq.]. eux. Ils travailleront, et, dans leur travail, Laissons celte figure, chrétiens, et par- ils trouveront le repos ; ils combattront, el. Ions encore plus solidement. Dieu, souverain dans leurs combats, ils trouveront la jiaix ; créateur possédait trois (]ualilés par rap- ils renonceront à tout, el, dans leur reiioiiport à ses ciéalures : celle de niailre, qui rement, ils trouveront leur trésor; ils eiinous soumettait à lui en qualité d'esclaves ; dureront tout, ils se mortilieront en tout, et, celle de rémunéraleur, qui nous attirail à dans leurs mortifications et leurs pénitences, lui en (lualile de mercenaires; celle de père, ils trouveront leur bonheur, (lui nous attache à lui en qualité d'enlanis. C'est ainsi que la loi de Dieu est lout à la Or, selon ces trois qualités, c'est la rellexion fois un joug et un soulagement, un l'.irde.iu Je s.iint liernard. Dieu a donne trois lois et un soutien. Si vous en doutez, j'en appelle, aux hommes : une loi d aulorilé comme à non point à votre témoignage, puisque vous les esclaves, une loi d espérance comme à ne pouvez rendre témoignage de ce que :les mercenaires, el une loi d'amour comme viuis n'êtes pas en élat de senlir,mais au 16 à des enfants. Les deux premières furent des nioignage de tant de saints qui l'ont éprou\é

CAHÈME. SERMON XI. SLT, L'IMPENITENCE FINALE.

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et (le tant d'âmes justes qui réprouvent encore tous les jours. Eh quoil cette loi de charité n'a-t-elle pas changé les chaînes en des liens d'honneur? témoin un saint Paul. N'a-t-elle pas donné des charmes à la croi\? témoin un saint André. N'a-l-elle pas fait trouver du rafraîchissement au milieu des flammes ? témoin un saint Laurent. N'opèrel-ello pas encore à nos yeux tanlde miracles? n'est-ce pas elle qui lait porter à t;int lie vierges chrétiennes toutes les austérités dd cloître? n'est-ce pas elle qui eng.ige tant do pénitents dans une sainte guerre contre euxmêmes, et qui leur apprend à crucifii-r leurs corps? n'est-ce pas elle qui fait préférer la auvreté aut riehessi's, l'obéissance à la iberté, la chasteté aux douceurs du mariage, les abstinences et les jeûnes, les haires et les ciliées à toutes les commodités de la v ie? Que dis-je dont vous n'ayez pas des exemples présents et fréquents? et ci'S exemples que vous voyez, ne sont-ce pas autant lie leçons pour vous ? Si donr, conclut saint Jérôme, la loi vous [)araît difûcile, ce n'est point à la loi qu'il s'en f.iut prviilre, ni A ses difficultés, mais à vous-mènu s et ci votre inilifférence pour Dieu. Elle est difficile à ceux qui la craignent, à ceux qui la voudraient élargir, a ceux que l'espril de Dieu, cet esprit de grâce, cet esprit de charité ne réveille point, n'anime point, ne touche point, parce qu'ils n'en veulent pas être touchés. Mais prenons confiance ; cl, dans un saint désir de plaire à Dieu, entrons dans la voie de ses conimandemenls, nous y marcherons comme David, nous y courrons, nous arriverons au terme de 1 éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

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