‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 66 sur 132 · POUR LE VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE · texte numérisé non relu

POUR LE VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE

Sur l'cloiQnement de Dieu Dieu.

et h retour à

lliii cijiii ilixissel, voce magna rUimavit : Lazare, vciii for.is : ol .sUiliiii |ii'<jdiii(|iii fucial inorluus,

Afidiit jiiiilc' lie In sorte, il l'iin il liiinir voix : Lazare, xorlei : ei U l'henrciiii'iiie le inuil sorlit du loiiUieiiit (S. Jeiiu, ih. -M).

Sire, Quand le Sauveur du monde ressuscita la fille du prince de la synagogue, il ne prononça pas une parole, et il se contenta de lui prendre l.i main et de la relever : Teiinit manuin ejus, et surrcait puella {l\l(itl/i., IX). Quand il ressuscita le fils de la veuve de Naïin, il parla et parla en maître ; Adolesccns, libi dico: surge {Luc.,\) : Jeune homme, levez-vous, je v(ms le coiiiniande ; et le mort aussitôt lui obéit : Etresedil qui eral mor~ tuus (Luc, V). Mais pour ressusciter Lazare, que fait-il"? Non-seulement il parle, mais il crie à haute voix, il prie son père de l'exaucer, il pleure, il frémit, il s'émeut : Clnmaril, i lurri/iniilns est, iiifreuiuil, lurbnvit sripsum {Luc, VII). No nous étonnons pas, chrétiens, de la (lilTérence de ces trois résuriections ; en voici, dans la pensée de saint Augustin, tout le mystère : La fille du jirince de la synagogue venait d'expirer, elle avait encore, pour ainsi dire, son âme sur ses lèvres ; lui rendre la vie, c'était, ce semble, un miracle facile à Jésus-Christ, aussi ne lui en coùta-l-il que de le vouloir. Le fils de la veuve de Naïm n'était pas seulement mort,

"US cxnr.wE. skrmon xxv. srrs L'ELoir.NF.Mr.NT dk diku et i.e retour a dieu, tig

iiinis sur le (loiiit tl iMre iiiliiimé, cnr on le les , cl vous ;i|i|ireiulrcz (;ii('lli's iléiiinrrhcs

portail t'ii lerre, el l'nii laisait acdicilcmiMil roniliiisciil iiic'iiie les .itiiis ilo Dieu à l'oi.ii de

la cérémonie! dos fuiu'r;iillcs ; le ressusciter, [xTditioii, ce sera la première partie; veni'z,

c'einil rclîct (l'un pouvoir plus alisolu, el pécheurs, el vous apprendrez par quelles

voilà pourquoi le Siuveur des hommes usa voies vous devez marcher pour parvenir A

de commandement. Sîais F.azare était dej;\ une solide et véritable conversion, ce seta

dans le tombeau, el il y était depuis quatre la second(' partie. Heureux si je puis enfja

jours; faire revivre un mort de quatre jours, trer par là les uns à ne pas déchoir de leui

ce devait Hrc le chel-d'a-uvre el comme un état de justice, et les autres à sortir de l'elat

dernier ctTort de la toute-puissance du Fils de leur i)éche. de Dieu. premièiie partie.

Or, toutes ces fii.Mirc<, mes frères, dit sailli Quoique riioinme, depuis sa cnule, ait

Au;;uslin, nous marquent de tjrandes vé- une pente nalurelle, el par conséqui'iit une

rites; el ces résurrections visibles, si nous mallieureuse facilité à se pervertir, il e>t

eu savons pénétrer le secret, sont autant néanmoins vrai , el l'expérience nous le

de règles que Dieu nous propose pour une démonlre, que, dans le cours ordinaire , il

aulre résurrection intérieure el invisible, ne se pervertit jamais tout à coup, mais

mais bien plus importante, qui est la cou- par degrés; c'est peu à peu, cl d'une

version de nos âmes. Rendons-nous donc manière souvent imperceptible, que sou

attentifs, pour comprendre aujourd liui ce désordre va toujours croissant, et le Saint-

que Dieu veut nous enseigner. Fiap|ions à Esprit ne pouvait nous mettre devant les

la porte, afin qu'on nous ouvre : Oiiiiiia isld yeux une plus sensible image de ce

iiiniiHiit nobis aliiiitiil ; intcnlos nos voliinl ; funeste progrès, qu'en nous proposant

ul pul.<emits, horliinlur [Anfj.]. V.l ])»iii- ohlc- l'exemple de l^azarc ; car ce n'est pas sans

nir les lumières du Sainl-Ksprit, ;\ «lui scUl mystère que ce même Lazare, qui, par une

il appartient de nous donner l'intelligriice disposition particulière de Dieu , devait élr(^

de notre évangile, implorons le secours de la ligure du pécheur, nous est représente par

la mère de Dieu, en lui disant : Ave, Mnrin. l'F.v.ingélisle en cimi différents états, l're-

II est évident, chrétiens, (lu'oulrc la [ire- mièremenl , comme malade el dans une niière vue que se (iroposa Jéstis-Chrisl en extrême langueur : Eial (jiiiddtn lavfjiKns ressuscilanl Lazare, et qui fut de donner Lnzarus [Joan. XI); secondement comme aux Juifs une preuve éclatante cl couvain- assoupi cl dans un sommeil léihargi(iue : caille de sa divinité, il eut encore dessein (le Lnznrus nnUcns nosicr dormit (Ibid.); eu nous marquer, dans toutes les circonstances troisième lieu, comme mort el sans aucun de ce miracle, les déplorables suites du pc- sentiment de vie : Lnznrus mortttus est (lli.) ; elle el les merveilleux effets de la grâce : ensuite, comme enseveli, et nn-me depuis les déplorables suites du péché, pour nous en quatre jours : Qualridiiunus est illnd.) ; en donner de l'horreur, et les merveilleux elTets lin comme infect cl sentant déjà mauvais : de la grâce, pour réveiller notre coiifi.iiice et Domine, jam fœtet [Ibid.]. Or, quelle idée pour exciter en nous le zèle de noire sanclifi- plus juste peut-on se former du m.illuur cation. En effet, m'attachanl à mon évan;;ile, d'une àmc qui, séduite par la passion, et el, selon l'interprétation de saint Augu>tin, le entrainée par le charme du monde, vient injirenanl dans un sens moral, sans m'écarler sensiblennut à se corrompre, et qui d'abord en rien du sens histiMi(iue, j'y découvre n'a point d'autre marijue de son déréglenn'iit deux choses très-utiles pour noire commune qu'une certaine langueur dans le service insiruclion , et qui vont partager ce dis- de Dieu ; qui, de là, tombe dans une espèce cours, savoir : l'état d'un ju'.te qui se per- de léthargie el dans un profond assoupisseverlil, el l'état d'un pécheur qui se convertit; ment sur tout ce qui regarde ses devoirs et léial d'un juste qui se pervertit renréseiilé l'affaire de son salut; qui, bientôt après, dans la mort du Lazare , el l'étal d'un pé- perd la vie de la grâce par le péché; cheur qui se convertit, figuré dans sa résur- qui, par de fréquentes rechutes, s'ensereclion. L'un et l'autre, comme vous le ver- velit, pour ainsi dire, dans l'habilude du rez, est si nalurellemenl exprimé, que tout crime; et, afin que l'application soit ence que nous dirons de Lazare, ou mourant el tière, qui, corrompue elle-même, et dans mort, ou rentrant dans la vie el ressuscilé, ses maximes et dans ses mœurs, rêvons instruira des vérités les plus esseiuiel- pand encore au dehors une contagion les qui regardent, ou notre êloignenicnt de mortelle, el infecte les autres de son mau- Dieu , ou notre retour à Dieu. Venez donc, vais exemple? N'est-ce pas ainsi que s'acjustes el pécheurs; venez, justes, cl recon- complit tous les jours ce mystère d'ini(|uilê, naissez-vous dans ce tableau qui, sous la fi- el que l'on descend, sans y prendre garde, gure d'un mort , ami de Jésus-Christ, doit jusqu'au fond de l'.ibîme'? Fcoulez-mof , vous faire craindre souverainement la mort et ne perdez rien d'une moralité aussi cliréd'une âme par le péché ; venez, pécheurs, tienne que celle-là.

el contemplez-vous dans ce même tableau Le premier pas qui conduit à la mort, je

qui, sous la figure d'un mort de quatre jours dis à la mort de l'âme, c'est la langueur:

ressuscité, doit, >i vous voulez |irofiter de Erat qnidem lanrjnevs. Non pas, reprend

la parole que je vous prêche, vous faire non- saint Bernard, el remarquez ceci, non pas

seulement désirer, mais espérer la résurrec- celte langueur de charité dont l'Kpouse des

lion de votre âme par la grâce; venez , jus- canliaues se faisait un mérile au|>rés de sou Obatel'rs saches. W\. (Yinrjt-quatre.)

7i-7 ORATEURS SACRES

(îivin Epnnx. (innnd elle disnil aux filles de Jérusalem : Ailjarovos.si iiucnerilis (lilrcliim nicum, ut nunticlis et quia amorr lanijuro (Cnnt. VI) : Je vous cDiijure, si Vdus Iroiivez iiiciu bien-aimé, de lui dire que je languis d'aitiuur pour lui : ear, laii^Miir d'.iiiinur (;mui- Dieu, ce n'est point un éial inipail.iil, puisqu'au coniraire c'est la perrcelion même. Knn pas encore cette l,inj;ueui- involontaire et d'aridité dont se plaignait David, lorsque, touclié du sentiment de sa misère, il disait à Dieu : Anima mca sicut terra sine aqna tibi (l'sal. CXLII) : Mon âme, Seigneur, est devant vous comme une terre sèche et aride : car, celle sécheresse intérieure qui allligeait le saint roi , pouvait être une épreuve de Dieu, et une épreuve rigoureuse, sans êlre un désordre qu'il eût à se reprocher. Quand donc je dis langueur dans le service de Dieu, je conçois, et vous devez concevoir avec moi une langueur d'infidélité, nue langueur qu'on ne peut imputer qu'à soi-même, et dont l'cITet ordinaire est que, i>eu à peu, l'on se relâche de cette régularité qui enlretenait la ferveur; qu'on se rehulc de ses devoirs, qu'on s'ennuie de la dévotion, qu'on ahindonne la prière, qu'on quille l'usage des sacrements, qu'on se dégoûte de la parole de Dieu, qu'on a horreur des pratiques de la pénilencc, que les obligations les pins communes de la religion deviennent pesantes et onéreuses, qu'on s'en dispense aisément, qu'on ne s'en acquille que très-négligemment, en un mot, qu'on ne sert plus Dieu en esprit, mais comme par cérémonie, l'honorant des lèvres et non du cœur : Populus hic labiis me honorât {hni., XXIX) ; car voilà le portrait que saint Bernard taisait autrefois de celte langueur spirituelle ; et Dieu veuille que notre expérience ne nous ait jamais fait sentir ce (ju'un sage discernement et l'esprit de Dieu lui en avaient fait <onnaîlre.

De vous dire, chrétiens, que cette lanpueur est un état injurieux à Dieu, c'est sur «juoi il serait inutile de m'élendre, puisque \ous le comprenez assez de vous-mêmes, et que Dieu s'en est si haulement déclaré dans J Kcriture : car, pourquoi, dans l'ancienne loi. Dieu rejetait-il expressément les victimes qui paraissaient languissantes lorsqu'on les conduisait au sacrifice, pour lui être immolées, sinon, dit saint Chrjsostome, parce que la viclime (lu'on offrait au Seigneur re- ]jrésenlail l'âm-e chrétienne, dont la vive et ardente yi'iclè devait êlre le véritable sacrifice de la loi de grâce; et qu'en effet ri«n n'est plus indigne de Dieu qu'une âme lâche, qui n'est plus touchée ni de la vue de ses iii'rfettions, ni de la reconnaissance de ses liienfails, ni de la terreur de ses jugements, !!i de zèle et d'amour pour lui? Vous me demandez, disait-il aux Israélites, en quoi vous me déshonorez, et moi je vous réponds : lin ce que vous ne me présentez que des ho>lies méprisables, en ce que vous n'of- IVez sur mon autel que ce qu'il y a dans vos Sioupeaux de n)alade et de languissant : His:i3lis:ln quo drspeocimus numcn tuuin? Si

BOURDALOLE.

offeralis claufliim et languiâum.vonne.mnliiin est (j)/(//(ic.. ])? Or, ce que Dieu leur disait, il nous ledit à nous-mêmes. Pour toutes les choses du monde, vous êtes vifs et agissants, mais, pour moi, vous n'avez (luc de l'indifférence cl de la froideur; s'il s'agit de vos affaires temporelles, de vos iiiléiêls, de voire fortune, c'est là que tout votre feu se réveille, et que vous redoublez vos soins; mais s'agil-il de ma gloire? s'agil-il d'accomplir nu devoir chrélie;!, de m'adresser une piière, d■assi^ler au mjsière redoulable de mes autels, d'examiner le fond de vos consciences , de méditer ma loi et de l'observer, découler ma parole et d'en profiter? ce n'est alors que tiédeur et que négligence. Allez, mondains, allez chcicher un Dieu qui puisse agréer voire cuKc et qui s'en tienne honoré; mais , de ma part, nallendez que de justes reproches et de rigoureux châlimenls. Langueur non moins pernicieuse à l'homme (|u'elle est injurieuse à Dieu ; et cela comment? par mille raisons : |iarce que c'est une e-pèce de maladie que les remèdes les plus efficaces peuvent à peine guérir; parce que, dans la pratique, celle guérison est en effet aussi rare que difficile, fiarce qu'on voit bien plus d'impies se convertir de bonne foi, que d'âmes tièdes reprendre un esprit de ferveur ; parce que les conséquences de ce mal sont encore plus funestes que le mal même; parce qu'elles sont d'autant plus à craindre qu'on les craint moins, et que souvent on n'en voit jias même le péril; parce que, sous prétexte qu'on est exempt de certains vices grossiers , on vit dans une sécurité trompeuse; parce que c'est enfin pour cela que le Sainl-E<pril, dans l'Apocalypse, a dit au tiède ces élonnanles paroles : i'tinam friyidus esses aul culidus {Apoc, 111) : Plût au ciel que vous fussi( z, ou tout à fait à Dieu, ou tout à fait contre Dieul Mais celte morale me conduirait trop loin, passons à un autre point.

De la langueur on tombe dans l'assoupissement, et le passage de l'une à l'autre est si naturel, que selon le texte sacré, il est mémo commeinfaillible. Dans ce premier état d'imperfeclion que je \iens de mar(]uer, queUiuc languissante que fût une âme, encore n'étiilelle pas entièrement ni absolument insensible aux mouvements de la grâce ; eui ore s'humiliait-elle et gémissait-elle qui'hjueiois de son relâchement ; encore était-elle «luilquefois effrajée de celle menace : Seil quia lepidus es , inciiiiain te evomere ex ore meo [Ibid.) : Parce que vous êtes tiède, je commencerai à vous rejeter; encore, pour se garantir de ce malheur, écoutait - elle de temps en temps la voix de sa conscience ; une prédication solide et touchante, une remontrance vive et forte , une maladie , une disgrâce, une allliclioi; , ne laissaient (las d'avoir encore quehiue vertu pour la réveiller et pour lui insi)irer, malgré sa tiédeur, de bons désirs. Mais dans létal dont je parle et qu(! je déplore, on n'éprouve plus rien de li'Ul cela. Ce qui causait à l'âme de saintes fraveurs, n'en cause jdus ; ce qui proiluî-

:i) CAUEME, SF.UMON XXV. SUR L'ELOIONEMENT DE DIEU ET LE RETOIJK A DII.L' 7:0

«.lit Jcs remords n'en produit plus; ce qui Seigneur a répandu sur vous un esprit il'as-

pxcitail la douleur i-l la coinponcljnn, ne se soupissetnent , c'esl-à-dire , eonuiie l'cx-

fait plus même sentir ; ce qui doiuKiit de la pliiine saint Aui;uslin, parce que, tduclié do

CDUiiision, ne l'ait plus rougir : pourquoi ? vos iiilidéiilcs, il a (lermis ()ue vous soyez

parce que l'assoupiS'Nenienl est f'uiiué. Ou lombes dans l'assoupissement, vos yeux se-

esl encore, quand à Tessenlicl, ami de Dieu, runl l'ermôs à la lumière et aux plus claires

mais ou l'est comme Lazare, dont le Sau- vérités, et vous serez souids à la voix de vos

veur disait : L«;«ri(j(, ninicus nosler. dormit |dus zélés ])roplièles. Ils vous parleront, et

(Joan., XI). (>ar de même que le sommeil du vous ne les entendrez plus ; ils vous repro-

corps tient tontes les opérations des sens clieront vos désordres, et vous ne les croi-

liées et suspi'udues, aussi dans ce désordre rrz jdus. Or, cela nicme , reprend saint

où ràm<^ se Irduve il senilde qu'on ail des Chrysoslome, ne s'accom(ilit pas loul à coup,

yeux pour ne plus voir, el des oreilles pour Comme les vierges folles de l'Kvaiigile, d'i;n

ne plus entendre : i't lidcules nun vidiunt, assoupissement léger par où leur inallieur

el (liiilienles nun intelliguni iLiic, \III). commença, vinrent enfin à s'endormir tout à

lit voilà, mes cher-- auditeurs, l'état mal- f lit : Dormilavernnl onnes, et durmierunl

heureux où parurent ces Irois disciples que {Mntlli., XXV), de même eu est-il d'un iiion-

Jé-us-Christ avait choisis pour l'aicompa- diiu (|ui quille D eu el que Dieu délaisse,

jjner au jardin et pour élrc témoins de ses L'encli mlenienl du siècle, l'edal de la pros-

derniers seniimenls la veille même (le sa pas- périlé, l'amourdu plaisir, la liherlé, l'iiulé-

sioii. Cet adorable Sauveur venait de les pendance, l'impunité, tout cela l'endort peu

<|uiller; et, en les quillant, il les avait avcr- à peu, jusqu'à le réduire au déplorable état

Is que l'heure aijprochait où leur fidélité se- où l'Ecriture nous représente l'inroiluno Jo-

rail mise à l'épreuve de la plus violente leu- nas, lorsqu'au milieu de la tempête, tandis

lalioa. Il leur avait représenté le danger que les autres étaient dans l'effroi, il d'uieu-

press.iiit où ils étaient, el le scandale que rait seul plongé dans un profond somrucil :

causerait li'ur lâcheté s'ils l'abandonnairnt. Et dormirlmt suporr i/mvi {Junw, I). Un

11 les avait exhortés à se tenir sur leurs prédicateur a beau décl.imer, un confesseur

gardes et à veiller : Vùjilate [Mallh., XXI\', a beau conjurer, exhorter, menacer, après

etc.). .Vinsi, dis-je, leur avait-il par^é pour avoir bu ce calice d'assoupissement et s'en

les préparer au combat ; mais, au bout do être comme enivré dans le progrès d'une vie

quelques monienls, il les Irouve assoupis el mondaine et sensuelle, on ne se réveille

eiidorjois: El invenit eus dorndcntcs (Multli., plus : Dormiebul soporc (jravi. Et c'est ainsi,

XXVIj. Exemjde, mais exemple terrible de lâche chrétien, que vous devenez tous les

ce qui nous arrive tous les jours dans la jours plus insensible en buvant, selon le lan-

<-onduile du salut. On s'étonne el l'on a rai- gage du même Isa'ie, le calice de la colère du

son de s'élouner que, malgré tous les oracles Seigneur, et en le buvant jus(iu'au fond:

de la parole de Dieu, qui nous crient sans Qui bihisti de ntanu Doniiiii c(dicein irw fjiis,

cesse : veillez, tant de chrétiens, sages d'ail- r( usfiite ad fiindum cdlicis sopuiis biOisli

leurs selon le monde, s'endorment néan- {Isal. Ll).

moins sur l'essenlielle affaire de leur éler- Le mal peut aller encore plus loin, et il y

nilé : et n'esl-il (las, en effet, comme in- va. Car cet assoupissement conduit enfin à

compréhensible qu'un homme, instruit des la mort ; cl, en ceci, la destinée du pécheur

priiK ipes de sa religion el qui connaît la né- est malheureusement semblable à celle de ce

cessite et la diflii ulté de se sauver, qui se prince réprouvé dont il est dit, au livre des

voit environné de précipices eld'écueils, qui Juges, que, joignant la mort au sommeil, il

sait que le monde, pour le perdre, lui dresse périt par un coup du ciel dans le lieu

partout des embûches, que l'cnneiiii, comme même qui devait lui servir d'asile : Qui

un lion rugissant, tourne autour de lui pour soporcm inorli consocians, defecil et nior-

je dévorer, que la mort l'attend comme un /wu5 ei« (y«(/(c. IV). Car, de s'imaginer alors

voleur, pour le surprendre, qu'il est à la que la vie de la grâce puisse longtemps

veille d'un jugement sans miséricorde, et sur subsister; de se flatter que, ne donnant p:es-

!>■ point d'une éternité bienheureuse ou mal- que aucune marque de religion, el n'eu pra-

heureuse dont il court tous Icsrisqucs, puisse li(|uanl plus les œuvres, on eu puisse con-

lomber d.iiis un tel assoupissement et y de- s«rver l'esprit ; de croire qu'on se préservera

nicurer? (iest (C (jne nous ne concevons pas; de celle seconde mort que cause le péché,

mais nous n'avons de la peine à le concevoir sans faire paraître à l'égard de Dieu nul

que parce que nous ne remontons pas jus- signe de vie : abus, chrétiens , et confiance

qu'à la source et aux jugements de Dieu. présomptueuse. On meurt donc, et l'on cesse

Car il est vrai que Dieu s en mêle, et que absolument de vivre pour Dieu : et il n'est

cet assoupissement, dont nous sommes la plus seulement vrai dédire : Lnia/'u.; f/orm)7;

principale et première cause, est en même Lazare dort; mais il faut ajouter : Laznnt's

lemps un des effets de sa plus sévère justice. mortuiis est [Joan. XI): Lazare est mort.

Qui nous l'apprend? lui-même, par ces pa- Car le péché, j'entends le p-che inorlel, oa

roks d'Isa'ie, irop expresses pour en douter, la mort de l'âme par le péché, succède à sou

et Irop funestes pour n'en p.is trembler : assoupissement : une médisance griève qui

Qiioniani iniscuit vobis Duminus spiiilum so- écha|)pe, u-iie haine secrète qu'on nourrit

polis, Claudel ocidos icstiox et prophclufi dans le cceur, un cmporlemenl di.' ven^ean;»

vcstrus oj)ciie! {Isui., XXIX) ; parce que le qu'on ne réprime pas, une injuslice que l'ou

7M OaVTRliRfi SACnRS. r.dllROALOlIE. 7?;3

romnicl, nn i!('"-ir nimiiu'l à (inoi l'un cou- (|iic J^siis Christ f.issc a;iir si prAco toute sent, mille aiilios sorîi'S de péi Ix'-s coiitre i)uiss;iiitt' , pour leur rendre celle vie diviiie lesquels on n'esl point en f;ar(le, aelièvenl (iiie le pécii('' leur a l'ail perdre. d'éloulTcr dans l'âme ehrélienne celle élin- Miracle, poiirvnil ce saint docteur, toujour^ celle de vie (jui lui restait. De là ce jii^le en aecompa'^iié, dans l'exéculion , de dilficiil qui la grâce proilnisail lies opérations saintes tés cl d'obstacles; mais doiil les obstacles cl méritoires, ce juste qui, malgré ses nlà- cl les dillicuUés sont encore bien plus insurclicmcnls avait encore l'habiluiic de la » lia- monlablcs quand l'âme, ainsi inerte par le rilé , ce juste qui , tout mourant qu'il était, péché, au lieu de recourir promptement ;^ ne laissait pas d'être encore ami de Dieu cl l'aiileur de la vie, et de se mettre en étal, enfant de Dieu, dépouillé de celle grâce (pii par la pcnilence , d être spiriluellemcnl resl'animail, n'esl plus devant Dieu qu'un triple su^^cilée, s'ensevelit dans son péihéparl'hacadavre sans action el sans mouvement : bitude même du péché. Car voilà jusqu'iu'i Lnztinis morfiins csl. Le comble de la iléso- l'iniciuité se porte, cl , s'il peut y avoir de lalion, c'est que l'on en vient souvent là sans l'ordre dan> le dérégliimiil d'une âme qui se le savoir, el (lue, par un aveuglement qu'on p"rverlil, voilà l'ordre que le Sainl-Èspril ne comprend pas, parce (ju'il n'a point nous y fait remarcjner. Ce péché, qui, selon d'exemple dans la nature, quoiijue mort selon l'expression du prophète royal, est comme Dieu, l'on se croit toujours vivant. une r<;sse que l'impie s'est creusée, devient un Voilà néanmoins, mes chers auditeurs, ce tombeau pour lui. Ce n'esl plus s ulemcnl qui ne manque piesque jamais d'arriver un mort de ([iiatrc jours ; mais, par le délai dans le cours d'une vie lâche; et tel fut l'état qu'il apporte à sa conversion, par la trande cet é\éque à qui Dieu disait : Scio opcra (|uillilé avec !a(]uclle il denu'ure ilans la distua, quia vomrn liabcs quod livmt, et niortuHS grâce de Dieu, c'est peut-être un monde es (Apoc. III) : Je sais quelles sont vos quatre années, souvent mène dedix, de vingt œuvres : vous passez dans le monde pour un années et au-delà. Voulez-vous, mes chers homme vivant, el vous êtes mort. Conune s'il auditeurs, que je vous représente en un lui eût dit : Je sais (]ue vous vous êtes acquis mot, mais d'une manière sensible, l'affreux dans le monde une vaine estime; je sais qu'il étal où il se trouve alors? Figurez-vous léy a des honuncs trompés par la fausse ap- tat de Lazare dans le tombeau. Il avait, dit parence de voire vertu ; je sais qu'on vous rE\angéliste, les pieds cl les mains liées, le croit de la pr(d)ité et de la piété ; mais je sais corps enveloppé d'un suaire serré de bandes, aussi qnevous n'avezdeloulcelaque lenom; sous une pierre d'une énorme grosseur. Li- Nomen luibcs riuodrivrifi. Je sais qu'avec tout (julus pedes et manus insiids, cl fticies illius re mérite qui éblouit les yeux, un péché que suilaiio crat llgnla { Jnan., XI). Tel est la passion vous cache el sur quoi elle vous l'homme du siècle plongé dans son habitude : aveugle , un péché que vous ignorez, mais mille engagements le lient et l'attachent à la dont voire conscience n'est pas moins char- créature; mille embarras de conscience l'cngée, un (léché que vous vous dissimulez à veloppcnt sans qu'il voie de jourpour en sorvous-mêuie. donne la mort à votre âme: tir; le poids d'une longue habitude l'accable, Noincn liahes fjtiod i-i'ian, ri inorluus es. et met le comble à son malheur aussi bien Or, à combien de mes auililcuis ce reproche qu'à sa malice. Ah I mes frères, conclut saint ne peul-il pas convenir? Combien de chré- Augustin, qu'il est difficile à un homme que liens , réputés justes, ont en elTet tous les le péché tient asser\i de Li sorte, de se dédehors d'une vie pure et innocente, et sont gager et de se relever 1 Qikiih difficile sitriji/, ttuitel'ois comme des sépulcres blanchis, r/iiem lantumolcsconsucliidinis premil (Au(j.)\ pleins de corruption et d'iniquité? Corn- Si ce n'était qu'un simple mort, c'csl-à-dire bien de femmes, prétendues régulières el un pécheur seulement pécheur , mais sans honnêtes, sont à couvert de la censure sur attachement à son péché, sans nulle obligaiin certain honneur du monde, et dès là tion particulière qu'il eiit contractée par son croient avoir accompli toute justice el éirc péché, il pourrait plus aisément revenir, et , on assurance auprès de Dieu , quoique mille à force de s'écrier avec l'Apôtre : Infelix ei/o péchés (lu'elles ne complent pour rien, im- lioiiin, quis me liherahit de corporc moriin tnodeslies, luxes, folles dépenses, amour //ly».* (/J()»?i. Ml)l liil'ortuné que je suis I qui d'elles-mêmes, dureté envers les pauvies , nie délivrera de ce corps de mori ? il aurait oisiveté molle, jeu sans régie, divertissements lieu d'es[iérer un heureux retour à la vie. continuels et sans mesure, soient pour elles Mais quand, après !(• péché , il se voit étroiautanl de priiu'ipes de mort? Combien dhy- temenl serré p.ir les liens du péché; quand poeritcs dont la vie, sous le faux éclat de le péché, outre la mort (ju'il lui a causée, l'a quelques actions saintes cl vertueuses, n'est fait entrer en de malheureuses intriguer, l'a qu'un fantôme qui séduit? et combien d'au- embarqué dans des commerces d'où il ne lui 1res, trompés par eux-mêmes el ne se con- est plus libre de se retirer sa:is faire dans le naissant pas, prennent pour sainteté, pour ruondo des éclats aux(]uels il ne peut se revertu, pour religion, ce qui, dans l'idée de soudre, l'a jeté dans un goufl'rc el dans nu Dieu, n'est (juc vanité, n'est qu'intérêt, n'c t laliyrinlhe d'affaires (jui n'ont [loint de fin, l'a qu'imperfection? Tous, autant ilc sujels à rendu personnellement responsable! des criqni Ton peut dire : IVunien Inihcs ijuod riras, mes d'aulrui; quand le péché attire après soi ' t morlinis es. Tous, dans la pensée de saiuî des reslitulinns, des réparations, des salisfic- Aiigustiu, autaiU de Lmutm sur qui il faut lions (lui doivent coûtei', el dont rien néan-

753 CMU;MI:. SLll.MOiN X\V. SIJK Ll'LOlCNKMI.M l>i; ItlKll i;T LE nKIOim A DIEU TM

moins no piMil dispenser; ;ili I c'i'Sl ah)rs (in'il Irilni.iil li; pouvoir de reniellrc les pé<l\és. r.Hil à Jé>tis-('.hrist loiile l.i verlii (le sa ^jràie Aussi esl-il \rai (|uc le Sauveur du monde |>i)ur arraclu'r cetle âme du sein de la niorl. n'usa de eel empire absolu nuil avait sur la (".'est alors , et en vue d'une résurnclion mori, en ressusi ilant les morts, que pour si niiraeuleuse, <iue cet Honinie-Dieii resseni niar(|uer celui «lu'il avait sur le pécli6, en li'S nuMnes mouvemenls dont il fut a|;ilé à eonverlissant et en sanciilianl les pt'clieurs; l'aspccl du (omlieau de Lazare. (Vesl alors el son dessein, remarcjuc saint (^lirv sostome, qu'il a de quoi pleurer, de quoi frémir, do fut toujours que l'un servK de jjreuvc et de quoi se troubler. Car qu'v a-t-il, dit saint Au- lifiure à l'autre, et (jue le miracle visible qu'il ^uslin, de plus digne des larmes d'un Dieu, o|ierait lors(iu'il commandait auv morts du «lirune âme créée à riiiiage de Dieu, et sortir de leurs lomlieaux, nous représentât devenue l'esclave du démon et du péché? sensiblement le miiaile invisible de sa prâee, (Juel sujet plus capable de troubler un Dieu lors(iu'il commande à une âme criminelle de Sauveur, qu(^ <te voir da'.is l'Iiabilude du sortir de son désordre el (lu'il la (ire en elTei crime eldans le centre delà perdition ce ([u'il de la puissance de l'enfer. Or, c'est, direa sauvé? liiMis, ce qui parait aujourd'liui dans lexenilùilin, .iprès la sépulture suit la corrup- pie le plus anliienti(iue et le |)lus fameux de lion du cal ivre et l'inreilion même qui eu I'Im angile. A j)|iliquons-nous â considérer ce sort : Doiiiinr, juin fa'lct (Juan., XI). Car un miracle; n'en perdons pas une circonstance, pécheur dont le fond est gâté et corrompu ne el, pour y observer (jucique ordre, voyons s'en lient pas là, et, quand il le voudrait, il ce qui engagea le Fils de Dieu à ressusciter ne le peut pas. Son liberlinage, qu'il avait Lazare ; voyons quelle condition il exigea intérêt de cacher, se répand malgré lui au avant ((ue de lui rendre la vie; voyons queldehors; peu à peu il se l'ail connaître, et, à les paroles il employa pour accomplir ce mesure qu'il se l'ail connaitre, il devient cou- ( hef-ii'ieuvrc île sa toute-puissance ; voyons lagieux. Comme il n'est lien de plus subtil de quelle manière Lazare, tout enseveli qu'il â se communiquer que l'exemple, chaque était, entendit sa voix cl lui obéit; enliii exemple qu'il donne porte avec soi celte voyons ce qu'il ordonna à ses apôtres et ce odeur de mort dont i).irlail l'Apôtre : Odur (|U(! ses apôtres exécutèrent au moment que tnorlis in inorlcm (11 for., II). Et parce que le tombeau fut ouvcit. De tout cela formonsle monde est plein d'âmes faibles qui n'ont nous une idée de la conversion parf.iile el de pas la force de résister aux impressions la ju^lilication du pécheur, qu'elles rei^oivent, non-seulement il les scan- Oui donc engagea le Fils de Dieu â ressusdalise, mais il les corrompt. Ainsi, un père citer Lazare? le zèle de Rlarilie et de Madevicieux pervertit, sans le vouloir même, ses leine, riiistantc prière de ces deux sieurs en enfants; ainsi une mère co^iuelte inspire l'air faveur de ce frère bien-aimé qui faisait le sudu mon le aune lille qu'elle élève; ainsi un mai- jet de leur douleur. Car c'est pour cebi qu'cl- Ire débauché rend des donicstiques complices les députèrent d'abord vers Jésus-Christel etimitalcursdc ses débauches ; ainsi une fem- qu'elles lui firent dire: Seigneur, celui qiie, me sans conscience dérègle loule une mai- vous aimez est malade :/i'cfe '/»c»t (i»in.s («son; ainsi un homme libertin et sans reli-

linnatur {Joan., IV). C'est pour cela que IMarlhe alla au-devant de lui, qu'elle se jeta

giou, abusant de son esprit et débitant ses IMarlhe alla au-devant de lui, qu'elle se je fausses maximes, suffit pour infecter toute à ses pieds el lui dit : Seigneur, si vous eusune cour. Ahl mon Dieu, un ouvrage digne siez élè présent ici. mon frère ne serait pas de vous, c'est la conversion de ce pécheur : mort : Domine, fi fuissrs lac, frôler meus non Domiuf. jiim fœlet {Joan., XI). C'est un lioin- esael morluus [Ibid.). C'est jiour cela qu'elle me pernicieux et pour lui-même et pour les lui marqua tant de foi et tant de confiance, autres , c'est un homme corrompu dans ses lorsqu'elle lui répondit : Oui , Seigneur, je mœurs et dans ses sentiments; mais enfin, crois (jne vous êtes le Fils du Dieu vivant, et tout corrompu qu'il est, il peut encore ser- que rien ne vous est impossible : Ulit/ne, Dovir de sujet à voire grâce. Je sais que, pour mine, ego credidi quia lu es Chrislus Filiin le convertir, il ne faut pas moins ((u'un mi- Dci vivi (Ibid.). Ce n'esl pas que le Sauveur racle; mais ce miracle Seigneur, est dans vos du monde, pour d'autres raisons, n'eût déjà mains, il ne lient qu'à vous de le faire; el résolu de faire ce miracle; mais il voulait enc'esl celui, mes chers auditeurs, que je \ais core être prié, il voulait que les pressantes vous faire admirer d.ins la résurrcclion de sollicitations de Marthe cl de Madeleine fus- Lazare. Lazare mort, figure d'un juste qui sent un des motifs qui l'y portaient, il voulait se pervertit; Lazare ressuscité, figure d'un par là donner à connaitre ses senliinciils pécheur qui se convertit : c'est la seconde jiour elles ; en un mol, il voulait que Lazare partie. fût reikMable à ses sœurs de celte seconde vie SF.c oNni-: PARTIE. à laquelle il allait renaître, cl, par un secret Il faut, dit saint Chrysoslomc, que la con- île providence qu'il était important de nous version d'un iiéihcur soit (pielque chose de révéler, il voulait faire dépendre de l'inlerpius "rand et de plus divin que la résinrec- cession et de la charilé de ces saintes âmes lion d'un mort, puisque les pharisiens, qui ce qui ne dépendait absolument que de luir.-fiisaient à Jésus-Christ la qualité de Fils même.

de Dieu, ne s'étonnèrent jamais ijuil ressus- Belle leçon, mes chers auditeurs, qui non-

«.■iiât les morts, et <|uo. toujours, au cou- seulement autorise la créance calholiqiij

tïairc, ili se ic^udaliièicnl de ce «iuli s'al- loudiaul l'iuterccisii-u des i-aiiilïj mais éli>-

"5."! " OliATELIlS SAC

hlit soliiletnenl et confir.nc un ;uitr(' arlirlt; de noiro foi (oiich.int la cominiiiiioii dos saints, je vciix diie (oiiclianl I ohligaiion do prier les uns pour les aulrcs. Leçon d aulanl plus n^'ccssaire tiaiis le clirisliaiiisine, qu'elle V paraît aujourd'hui et <iu'elk' y est niènie en clTet plus négligée. Je m'explique. Nous avons des frères selon l'esprit et peut-cire selon la chair, qui, maintciianl el au moinciit où je parle, égarés de la voie de Dieu, sont dans la voie de perdition el dans l'état •lu péché. Dieu veut les ressusciter par sa çrâce, mais il veut au même temps que nous soyons auprès de lui ks solliciteurs, les négociateurs, les coopérateurs de cette résurrection spirituelle. Il veut que nous la demandions avec ardeur, et que, par nos vœux et nos larmes, nous le forcions en quelque manière à nous l'accorder. Sans cela, il îie lui pliît pas d'ouvrir les trésors de cette grauilo miséricorde qui doit être le principe 'iu salut et de la conversion des grands pécheurs. Ainsi, dit saint Fulgence, l'Eglise n'aurait pas saint Paul, ce vaisseau d'élection, si saint Etienne n'eût prié, et j'ajoute qu'elle n'aurait pas saint Augustin, ce docteur de la grâce, si sainte Moni(iue n'eût pleuré. Il a fallu que cette mère zilée sentît une seconde fois, si j'ose m'exprimer de la sorte, les douleurs de l'cnlantcmeiU pour régénérer son (ils à Dieu; et que le premier des martyrs employât la voix de son sang jiour faire de son persécuteur un apôtre de Jésus-Christ. Ni Augustin ni Paul n'étant pas alors en disposition d'intercéder pour euxmêmes, celait à ceux que Dieu a\ait choisis et qui avaient grâce pour cela, de leur rendre ce favorable office. Autrement, qui sait si ces deux hommes, les lumières du monde chrétien, ne seraient pas toujours demeurés dans les ténèhres, l'un du vice, cl l'autre de l'erreur? Or, ce (jui a paru d'une manière miraculeuse dans ces conversions éclatantes .se [lasse encore tous It s jours à l'égaid de tant de pécheurs, sur qui Dieu ne répand ses dons que parce qu'il y a des justes charilahles qui lui offrent pour eux des sacrifices, et que sa providence se plaît à sanctifier les uns par l'entremise et le secours des autres.

Ah 1 mes chers auditeurs, combien pensezvous qu'il y ait dans le monde d'âmes perdues et comme abandonnées de Dieu, parce qu'il n'y a personne qui prie ni qui s intéresse pour leur salut? Combien pourraient (lire à Dii'u ce que le paralytique disait à Jésiis-Ciirist : Domine, hnmlnein non Ititbeo {.loan., V) : Il y a tant d'années que je suis (lins l'état déplorable de mon péché, parce que je n'ai pas un homme qui soit touché de ma misère et qui pense à m'aider. Si cette mère , d'ailleurs passionîiée pour son (ils, 1 avait aimé en mèie chrétieime, à force de S!)lliciler auprès de Dieu [)our sa coincrsion, elle l'aurait ri tiré de son libertinage et tic ses débauches. Si cette femme monilaiiie, au lieu de certaines jalousies qui l'ont si crucilement tourmentée et <ini la piquent encore si vivement , avait eu une jalnu--ie sainte et telle que l'avait l'Api'jlre : .Einulvr

ui:s fîounn.vLouE.

(nim vos Dci ccmutalione (Il Cor. XI ); c'està-dire si, dans un vrai désir de voir ce mari changer de conduite et quitter ses habitudes, elle se fût adressée au ciel, elle aurait eu la consolation de le ramener à Dieu. Si cet ami faible et lomplaisant s'était fait un point de conscience de remettre son ami dans l'ordre, et qu'il eût eu recours aux autels, d'un impie il en aurait fait un serviteur de Dieu. Mais où sont maintenant ces amitiés solides? où est ce zèle pur, cette charité divine? On s'inquiète , mais d'une inquiétude toute pa'ienne; on a du zèle pour des enfants, mais un zèle fondé sur le sang et sur la chair. Que ce fils qu'on idolâtre tombe dans une maladie dangereuse , on fait cent fois à Dieu pour lui la prière de Marthe: Domine, ecce (luem amas , iiifîrmalur. Mais est-il dans un engagement criminel, mais entrelicnt-il un commerce qui le perd , mais mène-t-il une vie libertine et scandaleuse, on y est insensible ; c'est un jeuniî homme, dit-on, que le torrent du monde entraine; il en reviendra : cependant on le laisse dans son désordre, et il y vit peut-être pour n'en sortir jamais et pour y mourir.

Vous dirai-je, chrétiens, que cette insen- Fibililé est un des articles dont nous aurons à répondre au jugement de Dieu; et (jne, dans la rigueur de sa justice, Dieu nous demandera compte de ces âmes que nous aurons négligées lorsqu'il nous était si aisé de contribuer à leur conversion et de l'obienir? ce serait une morale terrible pour vous , mais où je ne dois pas m'cngager, parce qu'elle est trop étendue et trop vaste. Quoi qu'il en soit, toujours est-il vrai que dans l'ordre de la prcdesliiialion , tel «lu'il a plu à Dieu de l'établir et de nous le déclarer , la conversion des pécheurs est communément attachée aux prières des justes; que c'est ain^i, mon cher auditeur, que vous-méniequi m'écoutez avez peut-être été autrefois tiré de l'abkne, et que vous seriez le plus méconnaissant des hommes si vous ne f.iisiez (las pour les autres ce qu'on a fait pour vous; que c'est en cela que consiste le zèle chrétien , et qu'au lieu de tant déclamer contre les impies, si, par une charité solide, vous preniez soin de prier pour eux , Dieu qui veut , tout impies (]u'ils sont , les convertir, vous accorderait la grâce qui les doit sauver. Je sais qu'il y a des péchés pour lesquels le disciple même bien-aimé ne nous a pas conseille de prier, parce que ce sont des ()écliés atroces (jui vont à la mort : Eal peccatiiiiKul tnorlcm; non pro illo dico ni roijct quis {Joaiu, V). Mais alors , dit saint Augustin, il fa;:l recourir à l'artifice de Marthe ; il faut comme elle faire prier Jésus-Christ, le grand avocat des pécheurs auprès de sou Père, le souverain prêtre, le médiateur par excellence, et lui dire, avec cette bienheureuse fille : Scd et niitic scio, quia qmvcumque pupofcerisa Dec, ilnbit lilii [Ibi'l., XI]. Il est vrai. Seigneur, il ne m'apparlient pas de demander nu miracle aussi singulier (|ue la couversioi» de ce pé( heur endurci ; mais je suis certain que si vous l'entreprenez , si vous employez

757 CAUEMK. SKRMON XXV. SUR LELOIGNKMKM' l>K l'IKÎi M Lh HKIOI 11 A Kll.l . ;,,h

pour lui votre intercossinn toiitc-puissaiilo, des iniraclcs ; mnis ce ii'c-sl pdiiil un !>i(ii riiM) lU- vous sera refusé. Oui, chrcliiMi-î, Je- avoujîlo, pour i)ro(ligiicr ses mirailos pi nonr sus-Clirisl, si y puis parler de la sorte, eu- les avilir. De tous les niirnties , noire contrera en cause avec vous ; ce cœur rebelle, version est celui qu'il souliailc le plus arec cœur de pierre sera tout à coup fléelii cl denuneiit; mais il la souhaite selon les régies attendri ; la grâce y ranimera les sentiments de cette sage miséricorde à laijuelîe il préde religion que le péché semblait y avoir tend que nous répondions . et qui doit être étouffés: ce pécheur ouvrira les yeux, il re- accompagnée de notre fidélité. D'espérer connaîtra son injustice, et son repentir l'ef- que pour parvenir à ce miracle il sera loufacera. On en sera surpris dans le monde ; jours disposé à faire un autre miracle encore mais ce prodige viendra d'une âme fidèle, plus grand , qui serait de nous convertir et d une Marthe pieuse , d'une Madeleine fer- de nous sauver sans nous , c'est prendre vente qui se sera prosternée devant le Sei- plai>ir à nous tromper nous-mêmes : Tollile tjiteur, et qui l'aura touché par ses pleurs Inpidem (Juan., I) : Levez la pierre, c'est-àel par ses gémissements. dire : quittez ce commerce, retranchez ce Ceci, toutefois, ne suffit point encore; car, luxe, renoncez à ce jeu , brûlez ce livre, pour re-isusciler Lazare, le Fils de Dieu com- fuyez ces spectacles, évitez ces occasions ; manda qu'on levât la pierre qui fermait le car tout cela ce sont comme des pierres qui tombeau; et c'est une circonstance que les vous rendent impénétrables aux traits de la Pères ont remarquée, et d'où ils ont tiré une grâce. Mais dés que la grâce ne trouvera instruction bien importante pour nous. Ln plus tous ces obstacles , vous verrez , aussi ctTel, dem.inde saint Cbrysoslomc, pourquoi bien que îMartbe , le gloire de Dieu, et la le Sauveur du monde exige i-t-il celte con- vertu du Très-Haut éilatera dans votre condition ? Il ne fut point nécessaire que la version : Yiilcbis gloriain Dci {IfiiiL). Sans pierre fût levée, lorsque après sa mort il vuu- cela, ne comptez pas sur un double miracle, lut se ressusciter lui - même et sortir du se- lorsqu'un seul miracle sullit; et n'attendez pulcre. Ne pouvait-il pas faire à l'égard de pas que Dieu vous convertisse ni (juil vous Lazare le même miracle"? D'ailb urs, si cette sauve à votre gré. Quoi que vous en puissiez pierre qui couvrait Lazare était un obstacle, penser, il en faudra toujours revenir à la ne poiiv lit-il pas d'une parole lever tous les parole lie Jésus - Christ : Tollile lapiilcm; obstacles? Ah! mes frères, répond ce saint puis(iu'il est constant , dans les prinri|)es docteur, Jésus-Christ pouvait l'un et l'autre; mêmes de la foi , que la première action de et, quant à son absolue puissance, le miracle la grâce est d'éloigner de nous tout ce qui «lu'il allait ojiérer ne dépendait de nulle cou- lui fait obstacle , et que c'est en cela qu'elle diliou. Mais cet Homme-Dieu , qui disposait fait d'abord sentir son efficace, et qu'elle les choses selon les vues de son adorable sa- commence à être victorieuse, gesse, et qui j)rélendait que cette résurrec- Aussi, la pierre levée, que fait Jésuslion fût pour nous un ])arrait modèle de con- Christ? c'est alots qu'il se met en devoir d'aversion, ne voulut rien faire sans la coopé- gir. Il tourne les yeux , et il tend les bras ration de ceux qui s'intéressaient pour La- vers le ciel ; il rend grâce à son l'ère de l'azare. Il voulut (jue les Juifs , qui attendaient voir exaucé. D'une voix impérieuse il se fait ce miracle, y contribuassent eux-mêmes , et entendre à Lazare, et lui ordonne de parafque leur ministère servît à l'accomplisse- Irc ; Claininit voce inagiin : Lazare, veni fonicnt de ses desseins. Lever la pierre, c'était ras- [Joan., XI). Celle voix de majesté, qui, de leur p.irt une action possible et fadie; il selon le témoignage de Jésus-Christ même, voulut qu'ils commençassent par là. Figure pénètre jusque dans le creux des tombeaux : qui nous dérouvre un'des points les plus es- Qui in monumenCis sunt , audicnl voceinFilii sentiels touchant la justinealion des liommes. Dei { Ibid., Y ) ; celte voix de tonnerre qui. Car si vous êtes mort selon Dieu, mon (lier selon l'expression du prophète, brise les ceauditeur , si vous avez perdu la vie de la drcs du Liban, divise la llamme du feu, grâce, le Sauveur du monde veut faire un ébranle et fait trembler les déserts , c'csl-àiiiiracle pour vous et eu vous ; mais il y a dire dompte l'orgueil de la plus liére iiii- (les obstacles, dit saint Augustin, que vous piété, éi'eint l'ardeur de la (dus viveeupi devez auparavant et nécessairement lever. dite, force la résistance de riufnlélilé la plus * 11 s'agit de ressusciter \otre âme , de vous obstinée : c'est celle voix (]ui fraii[)e Lazare tirer de l'abîme du péché, de vous renouve- et qui le rappelle du séjour de la mort ; et 1er en esprit , et cet Homme-Dieu le peut; c'est pour obéir à celle voix que Lazare soi l mais il veut, avant toutes choses, que vous au même instant de r(d)scurilé de son lomleviez certaines pierres de scandale (jui dans beau : hl stalini prodiil qui cral morluns le cours de la vie sont des (distacles à sa [Ib- XI). Tauiiis qu'il était caché dans ce grâce, et qui lui lienneut votre cœur fermé. lieu de ténèbics, fa vertu de Jésus-Christ Qu'ai rive-l-il? Ou voudrait qu'il fîl l'un denu'ur.iil comme suspendue : il faut (ju'il sans demander l'autre ; on voudrait qu'av( c sorte dehors, qu'il se produise, (]u'il se nioutous les obstacles (]ue nous opposons à nuire Ire au ,our pour être parfaitement ressus-- Con\ersion, et qu'il nous pluil d'entretenir cité: Lazare, veni foras. Or, voilà, mou (m dans nous-mêmes ou hors de nous- fière, reprend saint Augustin esliorlaiit mêmes, il opérât en nous les jilus merveil- un pécheur et l'inslruisant ;^ur les devoirs l.'ux effets lie- sa grâce vivifiinle ; ou le von- de la \raie [léuileiice , \oilà mr (luoi sous diail , uKiis en vain, Jé-us Christ est le ('i(U d vez vous ioriner et ce qi.e >ous de-

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OUATF.URS SACRES. noURDALOUE

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vez vous .Tppliqiicr. C ir landis qiio vous fuyez la luiiiit'ic, l.indis que vous vous lenoz enveloppé diiis les ombres d'une coiiseience criiniiie'.le, laiidis que vous ne décoiivrez pas le fond de voire ûiiie , celle {jrâce qui ranime les morts n'a dans vous ni pour vous nul efîcl de vie. Il faul (juo vous vous fassio; connaîlre, et ijite, p.ir une confi'ssion sincère de vos désordres, vous sortiez tomme un autre L.izarc hors tlu tombeau : Et ftatiin pruiliil qui erat movluus. Il faut que tout ce qu'il y a dans vous de plus intérieur soit révéié , cl que, sans attendre le jugement à- Dieu , vous comparaissiez devant le tribunal de ses ministres; que vous leur déclariez avec humilité et sans réserve ee que si Icngteujps peutêtre vous avez affecté de vous raclier à vous-même. Car tel est l'ordre de Dieu , et f,'e>l ainsi qu'il lui a plu d'attacher à cette déclaration la grâce de votre sanctification : Lazare, veni foras. Cela vous trouble, ditesvous, et à peine y pouvcz-vous penser sans fi'éuiir ; mais la cliose n'en est pour vous ni moins salutaire ni moins nécessaire ; et le trouble même qu'elle vous cause est une preuve de sa nécessité. Car, pourquoi le Tils de Dieu se troubla-t-il en ressuscitant Lazare , sinon pour vous apprendre ce qui devait vous troubler vous-même? Qiiid citim ifl, quod Inrbavit semclipsum. nisi ut slijiiifivaret tibi, quod el tu turbari dtbcas (Auq.) 1 Ce sont les paroles de saint Augustin. Il se troubla, ajoute ce Père, parce qu'il le voulut ;el nous devons nous Iroubler parce qu'il liî faut el que ce trouble nous convient : Turbalus est, quia voluit ; nos quia decct el oporlet [Idem). Son trouble fut un témoignage de sa charité el de sa miséricorde, et le nôtre doit être reflet de notre contrition. Non, mon cher auditeur, ne craignez point de vous troubler vous-même quand vous êtes d.ms létal du péché ; mais craignez plutôt de ne vous pas troubler assez, puisqu'il n'y a qu' le seul trouble de la pénilence chrétienne qui vous puisse sauver. Troublez-vous, alin que Dieu, selon l'oracle de David, guérisse les plaies de votre âme, el qu'ému de votre dou eur et de vos larmes, il en fasse un remède à vos maux : Sana conlritiones ejus, quia commota est {Ps. LIX). Si c'est trop peu de vous Iroubler, frémissez à l'exemple de JesusChiist ; mais frémissez en esprit et dans les vues de la foi. Ne vous contentez pas d'une sim[)le horreur qui passe el (|ni n'est que dans le sentiment, (^ir riiomme, dit admirablement saint Augustin, doit frémir contre lui-même, comnienl? en confessant ses jiii(iuilês; et pouniuoi? afin que l'habitude du péché cède à la violence el à l'efficace du repentir : Ilomo enim (juasi (réméré sibi débet in confessione peccatorum,ul violentiœ pœnilendi cédai consucludo peccandi [Aug.). Après cela, chrétiens , que rcstera-t-il , sinon que l<s prêtres, représentés par les apôtres, ou plutôt représentant les apôtres et Jésus-Christ même, vous délient comme Lazare? Sulrilceum, et sinile nbire {Joan. XI). viesl là (ju'ils commenceront à exercer en

votre faveur leur niinislère, el qu'en vertu de celle absolulion juriiliciui' dont la grâce leur a été confiée , ils scronl autorisés de Dieu, pour vous dégager des liens de voire péi hé : Solvile eum. Prenez garde : Je Fils de Dieu ne dit pas seulement aux disciples, en leur montrant Lazare : Déclarez-le délié, mais déliez-le vous-mêmes : Salvitc; pour nous marquer (c'est l'application ((uo le saint concile de Trente fait de celle figure , el ses paroles doivent nous tenir lieu d une décision expresse et infaillible), pour nous mar(iuer que ce que nous appelons absolution dans le sacrement, n'est point une simple commission, ou d'annoncer l'Evangile, ou de déclarer les péchés remis, mais un acte de juridiction par où le minisire et le lieutenant de Jésus-Christ prononce, exécute, remet, jiislifii'. (7est pour cela même quo Jésus-Christ, selon la solide remarque de l'abbé Ruperl, usa, dans cette occasion, du même terme dont il devait se servir en f.ijsant aux ministres de son Eglise celte promesse solennelle : Quudciimque solveritis super terrain, erit solutum et in cœlis {Matlh., XXVI) : Tout ce i|ue vous délierez sur la trrre seia délié dans le cic! ; [)roniesse où il ne [irétendait pas précisément leur l'aire entendre nue ce qu'ils auraient délié sur la lerre serait délié i>oui la terre, comme s'ils n'eussent dû absoudre; quo des censures des hommes; mais où il voulait expressément s'engager à délier dans le ciel tout ce qu'ils auraient délié sur la terre : Erit solutum el in cœlls, parce qu'en cfl'i't le grand pri\ilége de rordinalion el du sicerdocc devait être de pouvoir délier les consciences par rapport au jugement de Dieu. O mes frères ! conclut saint Augustin, dans l.i paraphrase de noire évangile , quel bonheur et quel avantage pour nous, si nous pouvions, en suivant ces règles, ressusciter les pécheurs, cl nous ressusciter nous-mêmes avec eux 1 0 si possemus exritare lioiniiies mortnus, el cum ipsis pariler excilnri {Aufj.}\ Vm sorte, ajoutait cet incomparable docteur, (|ue nous fussions aussi touchés de l'amour de cette vi(! bienheureuse qui ne doit jamais finir, qu<' le sont les gens du siècle de celle vie mortelle qui leur échappe à tous les monienls : Ut laies essemus amalores rilœ jiermanrntis, quales sunt amalores hujus vilœ fagienlis [Idem).

Plaise à Dieu , chrétiens , qu'il y en ait parmi vous de ce caractère, el que ce ne soit pas en vain que je vous aie développé ce grand miracle de la résurrection des âmes 1 plaise à Dieu qu'entre ceux qui m'écoulent il y ail quelque Lazare qni sorte de son tombeau, converti et justifié 1 Peut-êlre le plus endurci el le plus abandonné de ceux à qui je parle, est celui que Dieu a destiné pour cela ; peut-être celui dont vous attendez moins ce merveilleux changement, el que vous savez y avoir plus d'opposition, est l'heureux sujet (jue Dieu a choisi. Pour(iuoi ne l'cspércrais-je pas? pour(iuoi metlrais-je des bornes à la grâce de mo-i Dieu ? le br.is (!u S.'igneur est-il raccJ^)urc^ ? ie Dieu d'Elie n'esl-il pus encore le Dieu d'Israël? n'esl-il

761 ' CAIIEME. SEIïMON XXM. SU« LA l'AUOI.E DE DIEU. 76i ,..is U.ujoui-s le maître .les cœurs? n'a l-il n.iit reiulu lionmiage à cotlc adorable papas le même pouvoir ((u'il avait lorsnii'il rôle. ,• , , i i ■ ressuscitait les /norls ? et nVsl-cc pas dans A peine ful-e 'e sor ,e (le la bouelu- ,!c les plus grands pérhenrs (lu'il se platt à faire JosuO, ((ue le soleil arrêta sa course Mo^se êcl lier sa miséricorde ? Faites, 6 mon Dieu ! ne leut pas plus lui prononcée, que les eaux (luè ce ne soit point là un simple souhait, devinrent immobiles. Le ciel s ouvrit cl so mais nue reiï.l réponde à ma parole, ou ferma, à mesure quelle fut emiiloyee par i)luiôt à la vôtre ; opérez ce miracle, non- Klie. On vil la mer s humilier et les tenipôseulemont pour 1 1 conversion particulière de les se calmer au moment que Jesus-(.hrisl celui de mes auditeurs que vous avez en vue, parla. Voilà ce que peut dans la nature la mais piuirlexemple de tous les autres. Ainsi parole de Dieu; mais ce n'est rien encore, vous verilierez, A divin Sauveur, ce que vous j'ose le dire, eu comparaison des mir.ich 8 (îles dire à Madeleine cl à Marlhe, que la éclalanls qu'elle a lails dans l'ordre de la maladie de Lazare n'allait point juMiu'à la Rràce. Car c'est celte même parole qui a coiimorl mais qu'.-ile était pour la «loire de verii et sancune le monde, qui a Irioniplie do Dieu'ct du Fils unique de Dieu : iiiliimilns l'idolàlrie. (|ui a dompte le vice et I mquele, liac non est ud murlrm, sed pro (/lurUi Dri, ni qui a brise les cèdres du Liban , et aballii 1 or- (jhrificelur Fdius Dei per cam (joan. \l); ou gueil des puissances de la l';'''"^.;.'.';f,,^'^"!"'| si l'état de ce pécheur est un étal de mort, coiifnn(jrntts ccdros (l>sal. XXVlll). t. est celle mort passagère, reprend saint AiiRU^tin, elle qui, .innoncée paribmze pécheurs, s est n'ira point jusqu'à une mort clernelle , fait entendre par loul l'univers ; (lui. sans nul mais elle servira à faire paraître et à l'aire artifice et sans nul secours de 1 eloquenco admirer la vertu loulc-puissantt; de Dieu: humaine, a persuadé les i>hilosophes, a con- Mors isin non eiit ad morlein, scd nd mira- fondu les libertins, a convaincu les athées ; culumlhig.). Contribuons nous-mêmes à ce en un mot, qui, par la seule force de la vémiracle; par là nous glorili.Tons Dieu, et nié a en|;cudre. pour m exprimer •''vee I am.us rentrerons dans la voie de l'élernilé pê.lre saint Janiues, des millions de lideles A b.euheureuse, où nous conduise, cic Jesus-Chrisl: \ ohnitnne oumfinuntiwsrirho

rcntalis [Jac. 1). D'où vient donc, demande

SKUMON XXVL saint Chrysoslome, (|ue cette parole, toute

féconde et toute divine qu'elle est, paraît

poun LE uiMiNCUF. i.E LA ciNQUiEMiî ;, „jouidhu i si faible ct si stérile dans le chris-

SEMAINE. lianisme'? D'où vient (jne le saint ministère

Sur la parole de Dieu de la piédi( alion, ijui, dans le cours naturel

de 11 l'rovidence, (b vr.iit produire des fruits

OnirxDcoest,v,,lmDdnn,i,t. si abondants, par une i.vilheureuse falaliié,

(•.luiqni e^ de Dwn. cuknd U parole df V,ch {S.Jean, ^,^, d^.venu, à notre conÙision, un des emplois,

' '■ ce semble, les plus inutiles'? D'où vient

Sire, inême (lue la parole du Sei;,'neur, bien loin

Il n'est rien de plus efficace el de [ilus fort d'èlre salutaire pour nous, a tous les jours nu

<iue la parole de Dieu. Je ne dis pas seule- ellVt tout oppose; et ((u'au lieu d'être le

nient celte parole conçue d.ins Dieu iiiêiiie, priuiipc de notre conversion, (die devient,

et par laquelle Dieu se |)aric à lui-même, qui par nu jugement de Dii u bien redoutable, le

est le Verbe incréé; mais celle que Dieu sujet de noire condamiiaiion ? C'est ce cpic

produit au dehors et qu'il fait enlcndre à j'entreprends d'examiner dans ce discours,

ses créatures, soitqu'il la leur adresse im- Je veux vous découvrir la source d'où pro-

mcdiatement, ou qu'il se serve jiour cel.i du cède un mal si pernicieux; cl, en vous la

ministère des hommes qui en sont lis orga- fusant cnnnaîlre. vous melire en étal dy

lies et les interprètes. C'est cette parole que apporter les remèdes nécessaires. Il s'agit,

Salomon, dans le livrede/(i 5f//yp.s'.«e, a appelée ô l<;sprit saint! de justifier votre parole. Lié-

l()iiii'-\>u\!>sai\lti'. Omnipotens senna luHs (Snp. p/indez sur moi vus lumières, afin (ju'a la

XNIllJ.El en effet, à voir ce qu'elle a opéré, faveur de vos lumières, je puisse pénétrer

soit dans l'ordre de la nature ou dans celui de dans les cœurs et y graver prolbndénienl les

la grâce, rien ne lui convient mieux que ce grandes vérités que cette matière m'engago

c.iractère de toule-puissance, car c'est elle , a traiter. C'est la grâce que je vous demande

dit 1 Ecriture, qui, par un pouvoir souver.iiii par l'intercession de Marie: Ave. Mririn.

a tiré tous les êtres du néant, qui a affermi II est constant, chrétiens, que jamais la

les cieux, qui a donné à la terre sa cousis- parole de Dieu n'a été plus souvent annou-

lance et sa fécondité. C'est elle, selon l'ex- (éc dans le christianisme, (]u'elle l'est de

pression de saint Paul , qui ap|)elle les cho- nos jours; mais il est également vrai que ce

ses qui ne sont pas et qui n'ont jamais été, bnn grain, semé dans le champ de l'Kgliso,

comme si elles claîint ; qui, en ressuscilant n'y lut jamais plus stérile, et tjue jamais les

les morts, fera sentir un jour sa vcriu à chrétiens n'en ont retiré moins de fruit. Il

celles qui ne sont plus, et (jui, sans aucune n'est point maintenant de prédicateurs do

résistance leur fait prendre, tandi< (|u'el!es l'Evangile qui ne puissent se |ilaindre à Dieu

sont, tous les mouvements qu'il plaît à Dii u, et lui dire ;ivec Isaïe (LV) : Domine, quis cre-

leur créateur, de leur imprimer. En sorle ^/i(/(7 «m/f/fu nos/ro '? Seigneur, c'est votre pa-

«lu'il n'y en a pas une, ajoute saint Augiis- rôle iiuc nous avons prêcbée ; nous avons

l;n, qui par quebiuc prodige exlraordiiiaire paru dans le monde comme vos ambassa-

ORATEUHS SACIiES. BOUUDALOIJE.

loi

dcurs; on nous n roriis, et reçus niômp .ivcc hoiiiuHir; in.'iis s'est-il (rduvé quelqu'un qui nous ;iil donné créance? Après nous être épuisés pour représenter de votre [)art les vérités éternelles, quel en a été le succès ? Nous avons pu quelquefois remuer les consciences, exciter dans les cœurs la crainte de vos ju|;ement8 ; mais, du reste, quel changement avons-nous vu dans les nieenrs, et ;\ quoi avons-nous pu connaître l'effet de votre s.iinte parole?

Voilà, mes chers auditeurs, ce qui faisait ."lUtrefois l'élonnement des prophètes, et ce qui fait encore le mien. Je demande d'où peut venir cette inutilité de la parole de Dii'u, et à qui elle doit être imputée? Est-ce à la parole même de Dieu? est-ce aux prédicateurs qui la débitent? est-ce aux chrétiens qui récoutent?car il faut, parnécessité, que ce soit à l'un de ces trois principes. Or, de vouloir en accuser la parole de Diea même, ce serait une injustice; car elle n'est pas moins puissante aujourd'hui qu'elle l'a été du temps des apôtres. Dédire qu'elle s'est altérée dans la succession des siècles, ce serait tomber dans l'erreur de nos hérétiques. 1, 'Eglise, dit Cassiodore, a toujours conservé et conservera, jusqu'à la consommation des temps, la parole de Dieu aussi pure que la foi. Nous prêchons le même Evangile que saint Pierre prêchait, lorsque, dans\in seul discours, il conviTiit trois mille auditeurs; et quand le S.iint-Espril descendit visiblement sur les fidèles qui entendaient la parole de Dieu, comme il est rapporté par saint Luc, ce n'étail pas une a:'tre parole que celle dont nous vous faisons part tous les jours, et que vous écoutez dans nos temples. (Juoi donc ! f-ont-ce les prédicateurs qui causent ce désordre? J'avoue, chrétiens, que tous ne la dispensent pas avec les mêmes dispositions ni la même édification. J'avoue qu'il s'en est trou\é comme dit l'Apôlre, qui l'ont retenue captive: qu'il s'en trouve encore qui la rendent mercenaire, et qui, par une espèce de simonie, en trafiquent pour acheter je ne sais quel ciodil et une vaine réputation dans le monde. J'avoue même ([ue quelques-uns ont deshonoré le saint minisière par le déréplement de leurs nwurs ; semblables à ces pharisiens qui enseignaient, mais qui ne pratiquaient pas : UicunI, cl non faciuiit.

Mais après tout, ce n'est ni au mérite ni à la sainteté des prédicateurs que l'efficace d<! la parole de Dieu est atinchée : elle opère [lar sa propre vertu , et elle a même cet avantage sur les sacrements, qu'eil,. ne dépend point de l'intenlion de ses ministres. S'ils la profanent, ils se pervertissent euxmênics ; mais, en se pervertissant, ils ne laissent pas de sanctifier les autres; et l'on peut dire de celle divine parole ce (|ue saint Augustin disait du baptême conféré par les scliismatiques : Il est nuisible à ceux qui le donnent mal, et il est profitable à ceux qui le reçoivent bicw.Nocnt imlifjiie liarlniiiibu.i, fil proilesl (lif/ne susciiiienlibux (Au(j.). Si donc, uics frères, la parole de Dieu fructifie SI peu parmi vous , c'est à vous-mêmes (jue

vous devez vous en prendre : et , pour en venir à mon dessein, je trouve dans la plupart des chrétiens trois obstacles bien ordinaires à la prédication de l'Evangile; savoir, le dégoût de la parole de Dieu, l'abus de la parole de Dieu, enfin, une résistance volontaire à la parole de Dieu ; et ce sont ces trois obstacles que j'entreprends, ou de lever, ou du moins de combattre dans ce discours. Le dégoût de la parole de Dieu , qui se rencontre particulièrement dans les âmes lâches; l'abus de la parole de Dieu, où tombent communément les âmes vaines ; la résistance à la parole de Dieu, qui est le caractère lies pécheurs. Or, suivant l'ordre et le partage de ces obstacles ainsi distingués ^ j'avance trois propositions qui renferment un grand fonds d'instruction et de morale. Car je dis que le dégoût de la parole de Dieu est une des plus terribles punitions que doive craindre un chrétien : c'est la première partie. Je dis que l'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essentiels que puisse conjmettre un ( hrétien : c'est la seconde. Je dis que la résistance à la parob; de Dieu est une des plus prochaines dispositions à l'endurcissement et à la réprobation d'un chrétien : c'est la troisième. Les premiers ne l'écoutent point , parce qu'ils s'en dégoûtent; les seconds l'écoutent, mais non point (omme parole de Dieu, et en cela ils en al)usi>nt ; les derniers l'écoutent, et l'écoutent même comme parole de Dieu, niais ne la veulent point pratiquer , et c'est ainsi (lu'ils y résistent. De là, par une règle toute contraire , je veux conclure avec Jésus-Chiist : T'enli qui audiunt rnijum Dci , et (rtslodiiinl illnd {Luc, XI) : Heureux ceux qui écoiiti-iit la parole de Dieu, et qui la [iratiqu<Mil. En trois mots : dégoût de la parole de Dieu opposé à la bé itilude de ceux qui l'écoutent : Bcdli qui audiunt. Abus de la parole de Dieu opposé au bonheur de ceux qui l'écoutent comme parole de Dieu : Bcati qui audiunt vei bum Dci. Résistan( e à la p.irolc île Dieu opposée au mérite et à l'.ivaiitage de ceux qui l'écoutent comme parole de Dieu , et qui la praliqu!'nt: Benli qui audiunl rerbum Dci , cl custodiuul iilud.C'csHtini le sujet de votre attention. Commençons.

PREMIÈIÎE PARTIS.

Je vous l'ai dit, chrétiens, et il est vrai : c'est par la p.inde de Dieu (jifil a |)lu à la Providence de sanctifier le monde. \'oilà le moyen que Dieu a choisi , et l'instrument dont il s'est servi pour la conversion des âmes. 11 pouvait y en employer d'autres ; mais, dans le cours ordinaire et même naturel de sa sagesse, il s'est, eu quel(|uo sorte , borné à celui-là. En effet , di' le grand apôtre, la foi n'est venue que de ce qu'on a entendu ; et l'on n'a entendu que parce que la parole de Jésus-Christ a été prêchée : Fidm ex audilu , 'tuditus uutcm per verbum Chrisli (Rom., X). Or, ce qu'il disait alors de la foi à l'égard des infidèles, je puis le dire de la pénitence à l'égard des pécheurs, cl de la persévérance à l'égard des ju.>tes : on ne se convertit et l'on ne change de vie que parce

Tô') CAREME. SERMON XXVI. SUU I.A PAROLE DE DIEU. 7f,6

«inon se sont toiiclié di's vérilôs élcriu-lles, puiiil, et pnr lesquelles il nous prinil. Uéei ces vérités sont l;i pardle de Dieu (ine l'on dexiou (jui confonilr;iit ;in moins notre inlieiilend : parole qui, publiée et léjrilinieinenl delilé, lorsque nous prélendons sur ee point aunoneée par les ministres de l'Evangile, nous justifier aux (iép<ns de Dieu, puisqu'il frappe d'abord nos oreilles, mais pénètre est évident <jue tous les principes d'où natt ensuite jusque dans nos ccnurs, et en remue le dejjoût de sa parole sont, par rapi'ort û les plus secrets ressorts. Parole, ajoute ex- nous, autant de principes volontaires, et par cellemment saint Augustin, «lui sert de dis- là même autant de sujets de (Ondauinalion. position et comme de véhicule à toutes les Cependant, sans entreprendre de les ap(»roinspirations et à toutes les grâces intérieures fondir, contentons-nous d'en voir les malque Dieu veut répandre sur nous. Parole heureuses conséquences; car, que fait co qu'il nous fait dislribuer comme un de ses dégoût de la divine parole? il nous en éloidons les plus précieux , et qui, par une es- gne, et il nous rend incapables d'en profiter, pète d'enchaînement , attire encore tous les <.)r, l'un et l'autre est également A craindre, autres dons à quoi la prédestination de parce que l'un et l'autre est un des plus ririiomme est attachée. N'est-ce pas ainsi que gourcux chàliments que Dieu exerce sur un Dieu en a toujours usé? et, en consultant les pé( heur quand il le \i\vc dés cette vie à la oracles de l'Ecriture, ou plutôt l'expérience sévérité de sa justice.

de tous les siècles, Irouve-t-on (|ue les hom- Savez-vous, chrétiens ( ceci mérite votre mes soient jamais sortis des ténèbres du pé- allenlion, el, sous une figure sensible, va ché , et parvenus à la lumière de la grâce vous découvrir un des plus importants separ une autre voie que parcelle de la parole crels de la prédestinati((n el de la réprobaqu'ils avaient entendue? D'nù je conclus lion des hommes ), savez-vous par où la coe^u'un des plus graii<ls malheurs que l'hom- 1ère de Dieu commença à éclater sur les me chrétien ail à craindre, disons mieux, Israélites, el par où ces esprits rebelles com- (ju'unc d 'S punitions di' Dieu les plus visi- n)cncèrent eux-mêmes à s'apercevoir qu'ils hlesdonl Ihounuechrétiendoivese préserver, avaient irrité contre eux le Seigneur? 1,'F,esl de tomber dans le dégoût de celte sainte crilure nous l'apprend; ce fut par le dégoût parole; car, quel malheur pour moi (|ue qu'ils conçurent pour la manne. Je m'explide concevoir du dégoût pour ce qui doit me (lue. Cette manne tombait du ciel, et c'était convertir, pour eo qui (loil me samer, pour l'aliment dont Dieu les avait pourvus dans ce qui doit m'affiM lionner à mes devoirs, le désert, et qu'il prenait soin luiiiième de pour ce qui doit guérir mes faiblesses, pour leur distribuer chaque jour à proportion de ce (lui doit corriger mes erieurs, pour ce leurs besoins. Nourriture qui les maintenait qui doit me ranimer si je suis lièile, pour ce tous dans une santé parfaite ; eu sorte, dit le qui doit m'éclairer si je suis aveugle, pour texte sacré, qu'on ne voyait point dans leurs ce qui doit me nourrir si je suis vivant, pour tribus de malade : Et non cral in tri'iahtis ce qui doit me ressusciter si je sois d.ins un forum infinnus ( Psal. CIV ). Nourriture élat de mort: et ne soul-ce pas là les elTi Is (]ui, toute simple qu'elle était, avait néande la parole de Dieu? moins les qualités les plus rares; cjui, pjvr Oci, chrétiens, suffirait pour établir ma une merveille bien surprenante, s'accommopremière proposition. .M, lis, parce (lue vous dail à tous les goûts, el (]tii , sans nul autre attendez que je vous en donne une iiilelli- assaisonnement, leur tenait lieu des mets gcnce plus parfaite, appliquez-vous à ce les plus exquis. Mais (iu'arri\e-l- il? A peine que je vais vous dire. Je n'examine point ont-ils secoué le joug du Dieu d'Israël, et ici les sources d'où peut procéder ce de- par là obligé le Dieu d'Israël à se retirer goût si commun dans le christianisme, cl si d'eux, tiu'il leur firend un dégoût de celte pernicieux. Si j'en voulais rechercher le viande. Oiioiqu'elle soit en substance toupriiicipe, je vous ferais aisément reconnaî- jours la même, elle commence à n'avoir plus tre qu'il vient dans les uns d'un orgueil se- pour eux le même attrait; ils ne vont plus crel, d.ins les autres, d'un fond de liberti- la recueillir (ju'avec dédain ; el, dans l'usage nage; dans ceux-ci, d'un attachement lion- qu'ils en l'ont, ils n'y trouvent plus rien que leux aux plaisirs des sens ; dans ceux-là, d'insipide. Etonnés de ce changement, (|ue dune insatiable cupidité des biens tempo- se disent-ils les uns aux autres ? Anima nurels. Car, le moyen , dit saint Chrysnslome, fli-a jam nnnscat super cilto isto Irfi.-tsinio de goûter une parole qui n- prêche que riiii- ( Mum.. XXI ). Quel prodige ! celle manu ', milite, que l'austérité, que la pauvreté évaii- autrefois si délicieuse, nous est maintenant gélii|ue, tandis qu'on est anibilieux, sen- iiisuppnrtable. Ils soupirent après des viausuel, intéressé ? Co'iimenl goûter ce qui re- des plus matérielles cl plus grossières ; el inet sans cesse d 'vanl les 3eox l'obligation l'h^criture ajoute qu'au même temps la coindispcnsable di' haïr el de fuir le monde, 1ère de Dieu s'éleva coiilre eux : ht ira Dit tandis qu'on a 1 esprit et le (frur préoceii- cisccmlit super eus {Psul. LXXVII). Comme pés de l'amour du monde? Voilà, dis-je, de si la dépravation de leur goût, selon la belle quoi je vous ferais convenir, el par où vous réllexion dtjrigèiie et de saint Jérôme, eût ve.-riez que ce dégoût de la parole de Dieu été le premier cITet de la vengeance du Selest de la nature de ces choses qui, s Ion la gneur. Or, tout cela, reprend l'Apôtre, n'édoctrirje des Pères, sont tout à la fois dans lait que l'ombre de ce (lui devait s'accomnous, el péché, cl peine du péché, c'cst-à- jdir en nous, (lar voici, mes chers audileurs, tlire de tes choses pour Ics.^ul'IIcs Dieu uocs ce ([ui se ijassc lous les jours en je ne sais

Oll.VTEUliS SACHES. BOIIIDAI.OIIE.

fomliion de diriHicns i!ii sii^cle ; cl [il.iisc ;iu fii'l qu'une funeste expérioiue ne vous l'.iil pas fait connaître. La parole ilo Die:, dit saint Augustin, est la vraie manne, c'est-à- «lirc la nourriture spirituelle ipie Dieu nous a préparée, et (]ui doit èlre pour nos âmes, suivant le dessein de !a Providence, tout <e (|iie la manne du désert clail pour les corps. Mt en eflet, (]uatul autrefois nous étions dans {"ordre, et que nous marcliions dans les voies de Dieu, cette parole nous soutenait, celte parole nous consolait, celle parole se proportionnait ei nos besoins et à nos goûts ; nous l'écoutioiis avec plaisir, nous la recevions avec avidité, nous en scnlioiis la vertu secrète el toute miraculeuse. Mais maiiilenant que, par noire infidélilé, nous avons engagé Dieu à se tourner contre nous , nous n'éprouvons plus rien de tout cela. Cette parole, toute divine (]u'elle est, ne fait plus, ni sur nos ctrurs, ni sur nos esprits, nulle impression. Il ne nous reste iju'un Irisle dégoût, qui nous fait dire comme les Juifs: Nausent anima no:ilrii super cilio istu lerissiino ( Ntim., XXI ). De là vient que nous la négligeons, et (jue nous refusons de l'entendre ; (jue nous préferons à ce devoir les plus vains amusements, que tout nous sert de piélexte pour nous en dispenser, que nous regardons ce saint temps du carême comme nu temps de fatigue. De là vient, si (jnelquefois nous y assistons , ou forcés par une cerlaine bienséance, ou entraînés par l'exemple, (|ue nous n'eu profitons plus: [iDurquoi ? parce (jue, pour iirollter d'une viande, il faut l'aimer et la goûter; el que ce qui est vrai des alimenls du corps l'est encore plusdesalinienls spirituels. Aussi Dieu s'est-il déclaré lui-même qu'il reuiidira de biens les âmes alTamécs : Animiim cstiriciitem saliinil bonis { Psal. C\'I ) ; c'est-àdire, qu'à mesure que nous entretiendrons dans nous un saii:t désir de sa parole, celte parole entrera dans nos âmes avec la pléni'ude des grâces qui la suivent immédialement : comme, au contraire, il menace ailleurs de renvoyer ces âmes dédaigneuses <|ui ne savent pas estimer un de ses dons les plus précieux, et do les priver de tous les avantages qui y sont attachés : Esuricntcs iinplevit bo7iis, et divilcs dimisit inancs [Luc. I ) , un autre texte porte : Fasddiosos dintisiC inanes.

Ainsi voyons-nous tant de monilains ii'enlendre la parole de Dieu qu'avec indifférence, et n'en remporter qu'un vide alïreux de toutes les pensées du ciel el de tout ce qui pourrailles exdleràcliercber le royaume de Dieu et sa justice. Ainsi les voyons-nous sortir des prédications les plus louchantes sans en être émus, souvent rebutés des choses mêmes dont les autres sont |iénélrés, et, par leur insensibilité, montrant bien qu'ils sont de ces délicats que Dieu rejette : Fasddiosos dimisit inancs. Mais, dites-vous, ce dégoût que nous condamnons el que nous Vous roproclions, u'esl point |)récisemei)l un dojciût de la parole <le Dieu , mais de la par(^!î de Dieu mal annoncée; cjr si je li cu-

vais, ajoutez-vous, des hommes solides et judicieux, des hoinmes cOMimc les prophètes, aniii;és de l'espril de Dieu, el capables de me représenter avec force les obligations de mon état; si je trouvais des prédicateurs de l'Iîvangile, tels que le désirait saint Paul, qui joignissent le zèle à la science, et qui sussent , en cclairanl l'esprit , remuer hcœur, je les écouterais, et je les écoulerais avec plaisir. C'est ainsi qu'un lâche auditeur voudrait encore se jusiilier aux dépens de la Providence , el qu'il prononce luimême son jugement. Car, s'il était vrai, chréliens, qu'il n'y eût plus de ces hommes évangéli(iues propres à émouvoir el à instruire, (luelle mar(iue plus sensible pourriez-vous avoir de la colère de Dieu? Ne serait-ce |)as l'accomplissement de cette menace (jue Dieu faisait à son peuple : Je leur ôterai les prédicateurs de ma parob' ; et ceux (|iii en porteront encore le nom, et qui en feront l'ofllce, ne seront plus que des hommes vains, semblables à ui\ airain sonnant el à une cymbale relenlissante. Voilà, disait le Seigneur, par où je les punirai. Jo ne susciterai plus de prophètes qu'ils écoutent ; il n'y en aura plus (jui ait le don de les toucher et de les convertir; ils demeureront sans maître et sans docteur qui leur enseigne ma loi : Absque sacerdote , doclore <l ahsqiie Icije (Il Parai. W }. Ne conimenceriez-vous pas, dis-je, à ressentir l'effet de celle malédiction, et, saisis d'une frayeur sal'ilaire, à (|uel autre (ju'à vous-mêmes pourriez-vons imputer cette triste disette? .Mais, malgré l'iniquité du monde, nous n'en sommes pas là. Uendons grâces au Seigneur : il y a encore dans l'Eglise des hommes éclairés et fervents, des successeurs de Jean-Baplisie, qui, comme des lampes ardentes et luisantes, découvrent la vérité el la prê( lient sainlement, fortement, utilement. .M.iis vous eu voulez (jui la prêchent poliment et agréablement, rien davantage ; je dis poliment selon vos idées, el agréablement par rapport à votre goùl ; el parce (jue ceux (jne vous entendez, queliiue zèleiiu'ils puissent avoir d'ailleurs, n'ont pas néanmoins le don de vous plaire , c'est assez pour vous en éloigner. <.)r , en cela même consiste la misère S|iirituelle de votre âme, et le châtinieut de Dieu; je veux dire en ce qu'il n'y a plus d'hommes assez parfaits pour satisfaire votre goût et pour répondre à votre délicatesse. \'oilà par où Dieu commence à vous réprouver. (Jar, la réprobation deDi<'U s'accomplit aussi bien à voire égard, (juand il n'y a plus de prédicateurs qui vous |daiscul, ([ue s'il n'y en avait plus absolument pour vous iiisiiuTc ; el peiil-êire vaudrait-il mieux pour vous qu'il n'y eu eût plus absolument, (jue de n'en plus trouver qui s'allirenl voire attention et votre estime. Klal dé|d(Mable, mais étal ordinaire des gens du monde, et particulièrement de ceux qui vivent à la cour; il n Y a [dus pour eux de i)aro'e de Dieu, parce (lù'il n'y .) plus de sujets (jui aient les (jualilés requises pour la leur rendre supportable. S"ilj raiso'jiiaicnt bien, ils concluiaieut

CAP.F.Ml'. SERMON WYI. SlTv lA r.\nOi.E DF. [)\El,.

lie là que Dieu donc est iriiU- CDiitrc eux; nn'il } a (li)iu; on cuv iim-lquo priiuipi- lie rclii^ioii, ou coiTomini, ou alléro; que <'C riillincinoiil de goût dont ils se iiiquenl o^t, pour nrpxpriiufr de l.i sorte, un des indices les plus certains de la niau\aise coiislituiion de leur toi ; ([ue de là, s'ils n'y prennent gardi', s'ensuit la ruine évidente de leur salut. Car enfin. Dieu, tout sage et tout bon qu'il est, ne fera pas (mur eux d'anires lois de providence que cidles (juil a établies. Or, il a sanelinc le monde par la prédication de l'Evangile, et il n'est pas croyable qu'il les convertisse par un autre moyeu que celui là. Je sais (jue le fonds de ses grâces n'e>t point épuisé et qu'il pourrait , i)our les sauver, au lieu de sa ()arole, cmi)loyer les prodiges et les miracles; mais, pour peu qu'ils se fi^sl•nl justice, ils reconnai:raic:il iiu'exiper de Uieu ces miracles , après avoir rejelé sa parole, c'est une préjoiiiplion criminelle. Ainsi, dis-je, raisonneraient-ils. Mais le comble du malbeur pour eux est de ne rien com|irendre de tout cela, cl, par un iveuglcnjenl dont ils se sa\ eut encore bon gré, de s'en tenir à des vues purement humaines, comme si le défaut de prédicaleurs, tels qu'ils les demandent, n'était qu'une preuve et de la finisse, et de la justesse de leur esprit; comme si Dieu ne devait pas confondre celle prétendue finisse et cède fausse justesse tl'espril par elle-même, en pirmetlanl quelle serve d'obstacle à un nombre infini de gràci s à quiii leur salut était atlarbé, et qui dépendaient de la docilité d'un esprit humble. Je ne dis point par quelle injustice, ou plutôt, par quelle bizarrerie, ce (lu'il y a de plus vénérable el de plus saint dans la parole de Dieu, a cessé d'être du goût du siècle, et surtout du goût de la cour, .\ulrefois les mystères de la religion, expliques et dévelopjiés. étaient les grands sujets de la chaire. .M iinlenaiit, parce (juo la foi des hommes est languissante, on ne trouve plus dans ces grands sujets que de la sécheresse; el ceux (|ui les doivent traiter, forcés en quelque sorte de condescendre au gré de leurs auditeurs, ou évilenl d'y entrer, ou ne font, en y entrant, que les eflleuier. Si les Pères de Th^glise revenaient an monde, et qu'ils précb issent dans cet auditoire ces éloquents discours qu'ils faisaient aux peuples, et que nous avons encore dans les mains, je ne sais s'ils seraient écoutés, et Dieu veuillequ'ils ne fussent pas abandonnés. Les éloges des saints, les merveilles que Dieu a opérées pir ses élus, étaient des matières louchantes pour les fidèles ; c'est de là que les ministres de riivangile tiraient certains exemples éclatants el convaincants, qui animaii-nt, qui einourageaienl, qui servaient de modèles et de règles ; comment aujourd'hui ces exem- (iles seraient-ils reçus ? On ne veut p'us (lu'unc morale délicate, qu'une morale étudiée, qui fasse connaître le cœur de l'homme, el qui serve de miroir où chacun, non pas .se regarde soi-même, mais contemple les vices d'aulrui; et qui sait si cette imirale u'aura pas enfin le même sort, et si elle ne

perdra pas biiiilôt cette pointe qui la soutient? .\près cela, (lue reslera-t-il à un prédicateur pour gagner les .'imes ; dirons mieux, que restera-t-il par où la grâce de Jésus-Christ, sans un (uiracle du ciel, puisse trouver entrée dans les cu'urs ?

.'\h I chiétiens, où en sommes-nous, cl à quelle extrémité notre foi est-elle réduite? d'où peut venir un tel désordre, si ce n'e^l pas d(! l'abandon de Dieu, el à quoi peut-il aboutir qu'à notre perte éternelle? ne goûtant [dus la parole de vie, que devons-nous .iltemlre iiiie la mort? \'oilà, mes chers auditeurs, où nous conduit l'esprit du siècle : vous le savez, à ne chercher plus que l'agréable et à rejeter le sérieux et le solide, A n'aimer que ce qui plaît el à mépriser ce (]ni instruit et ce (jui corrige, à faire perdre aux plus saintes vérités toute leur vertu , et, si je l'ose dire, à les anéantir : (Jiwnimn dimiiiuliv suiit vnild/es a filiis Itomniiim {l's. XI). Heureux donc , mon Dim , ces chrétiens dociles el fiilèli's (|iii goûtent voire [larole el qui l'ecoutint parce qu'ils la goûtent : lleiili (/ni (luiliitiU. Leurs ca-urs, comme une terre bien cultivée, reçoivent ce bon grain, et ce bon grain y prend racine et v fructifie au centuple. Sont-ils dans les ténèbres ? c'est une lumière (jui les dirige. Sont-ils dans la langueur? c'est une grâce qui les ranime. E\cilez en nous , Seigneur, un désir ardent el un goût salutaire de celte parole de vérité, de cette parole de sainteté, de cette parole de salut; mais en nous la faisant aimer, faites, ô mon Dieu! que nous l'aimions comme votre parole, afin d'en éviter l'abus. C'est le sujet de la seconde partie.

DLUXIÈME PARTIE.

Saint Paul, instruisant les premiers fidèles sur l'Eucharislie qui de nos mvstèrcs est le plus auguste, se servait d'une expression bien remarquable pour leur donner à entendre l'abus qui se faisait dès lors et qui so l'ait encore tous les jours, d.ins le (hrislianisme, de cet adorable sacrement : Qui eniin mijtulncat iiuli(inr,JH(liciiimsifiimtnulurnt, non dijwlicans cnrpus Pomini (I Cor., XI) : Quiconque, leur disait-il, mes Irères, mange'iiidignement de ce p lin de vie, doit savoir qu'il mange sa propre comiainnalion ; et pourquoi? parce qu'il ne f lit p.is le discernement (|u'il doit faire du corps du Seigneur. Prenez ganle, s'il vous plaît : r.^polre réduisait l'abus de la coiiimunion à ce seul point, de recevoir le corps de Jésus-Christ sans distinguer que c'est le corps de Jésus-Christ ; d'user de celte viande céleste qui est immolée sur l'autel, comme on userait d'une viande commune ; de ne la pas prendre avec ce sentiment respectueux que demande la chair d'un Dieu ; de la confondre avec les aliments les plus vils, ne mettant nulle diflérence entre manger et communier, entre participer à la sainte table el être admis à une table profane ; abus qui, dans ces premiers siècles de l'Eglise, pouvait venir de l'ignorance des gentils ou de l'ignorance même des Juifs nouvellement convertis à la foi; mais abus qui, par notre infidélité cl par la corruption de nos mœurs,

Olî.VTF.URS SACHES. BOLT.DALOLE.

«>sl(lovrnu bien plus fréquent ci plus criminel, p'irce (lu'il n'est rien lie plu* ordinaire, ni riiii de plus déplorable que de voir emore aujourd hui des rlirélicns qui coiiimmiienl sans disierner la nourriUirf sacrée qui leur csl offrrle; c'pst-à-dire sans qu'il paraisse que c'esl une viande divine cl la ciiair niênie du Uédeniptcur qu'ils croient recevoir : Non dijiidicnns corpus Damim.

Or, j'applique ceci à mon sujet; el, sans prétendre que la comparaison soit entière, elle nie servira néanmoins et me tiendra lieu de preuve pour établir ma seconde proposition. Nous commettons tous les jours mille abus dans l'usage de la parole de Dieu, et malheur à nous si , les commettant , ou nous ne les connaissons pas, ou nous ne les ressentons pas; mais, cbréliens , l'abus capital, celui que nous devons sans cesse nous reprocher, et d'où suivent tous les autres, c'est que , dans la pratique, nous ne faisons pas le discernement nécessaire de cette adorable parole: je veux dire que nous ne l'écoutons pas comme parole de Dieu, mais comme parole des hommes ; qu'au moment qu'elle nous est annoncée, au lieu de nous élever au-dessus de nous-mêmes pour li recevoir avec cette préparation d'esprit qui nous la rendrait également vénérable et profitable, en nous souvenant que c'est la parole du Seigneur, nous nous en formons des idées tout humaines; que nous ne la déshonorons pas moins, selon la remarque de saint Chrjsostome, en l'approuvant qu'en la méprisant, puisque dans nos elogrs et dans nos mépris, nous en jugeons comme si c'était l'homme et non pas le Dieu tout-puissant qui nous parlât. Voilà ce que l'expérience m'a appris, ce qu'elle vous apprend à vous-mêmes, et de ()uoi je voudrais vous faire sentir toute l'indignité.

En elfei . convenez avec moi , mes chers audit'urs, que cet abus est un des désordres les plusesseutii'ls où nous puissions tomber; désordre, reprend saint Augustin, par rapport à Dieu, qui, selon l'iicriture, étant un Dieu jaloux, l'eslsingulièrement de l'honneur de sa parole; désordre par rapport à nousmêmes qui, par là, détruisons et anéantissons loue la vertu que Dieu, conmie auteur de la grâce , communique à cette sainte parole pour nous sanctifier : deux points d'une exirême importance. Kcoutez-moi : quand vous ne faites pas un juste discernement du cor|is de Je^us-Chri<t, saint Paul prétend, cl avec raison, que vous le profanez : liens eril cnrpuris et sanguinis Domini (I Cor., XI); et moi je soutiens, par la même règle, que vous profanez la parole de Dieu, quand vous ne savez pas la discerner de la parole de l'homme, selon l'esprit de notre religion. Ne comparons point ici ces deux désordres pour en mesurer l'excès et la grièveté. Vous avez horreur d'une communion sacrilège, et, loin d'affaiblir et de diminuer en vous ce sentiment , je voudrais, s'il m'était possible, l'augmenter encore et le confirmer. Mais ma douleur est qu'avec celte horreur d'une communion intligne, vous n'ayez nul remords

de l'outrage que vous faites à Dieu , en écoutant , si je puis m'exprimer de la surie, sa parole indignement, et je voudrais que l'horreur de l'un, par une conséquence naturelle, servît à exciter en vous l'horreur de l'autre. Tremblez , vous dirais-je . quand vous mangez le pain des anges avec aussi peu de foi que vous mangeriez un pain terrestre et matériel ; en user ainsi , c'est un crime que vous ne détesterez jamais assez; mais tremblez enrore . ajouleraisje , quand vous entendez la parole que l'on vous prêche, avec aussi peu de religion que si c'était un discours académi(iue ; quand, dis-je, vous l'entendez sans mettre entre elle el celle des hommes la différence que Dieu y met et qu'il veut que vous y mettiez, el comprenez bien qu'il y a dans l'abus de la prédication une espèce de sacrilège que nous pouvons comparer à l'abus di> la communion. Voici comment saint Auguslin lui-même s'en est expliqué : Non minus esl terbum Dei, quant corpus Chrisli [Auf].). Non, mes frères, disailil, la parole de Dieu que nous entendons n'est rien, à notre égard, de moins précieux ni de moins sacré (jue le corps n>ême de Jésus-Christ : voilà le principe qu'il supposait comme inconlestable, d'où il tirait cette conclusion qui, toute sensée qu'elle esl, avait toutefois besoin d'être appuyée de son aiitorilé : Xon minus ergo rciis erit, qui rcrbum Dci perperam audicrit, quum qui corpus Clirisli in lerram cndere smi iicgligcnda prœsumpserit [Idem] : Celui-là donc, ajoutait-il , n'est pas en queli|ue sorte moins criminel ni moins sujet à l'anathème de saint Paul qui abuse de cette sainte parole et qui la profane, que s'il profanait le corps du Sauveur en le laissant tomber p.ir terre et le foulant aux piids. Avouons-lo néanmoins, mes chers auditeurs, c'est ce <]ui vous arrive tous les jours et à quoi vous n'avez peut-être jamais pensé pour en fiire devant Dieu le sujet de votre confusion el de votre douleur ; car si l'on venait entendre la parole de Dieu comme parole de Dieu, y viendrait-on par un esprit de curiosité pour l'examiner, par un esprit de malignité pour la censurer, par un esprit d'intérêt pour faire sa cour, par un esprit de mondanité pour voir et pour se faire voir; le dirai-je et n'en serez-vous point scandalisés? par un esprit de sensualité pour contenter les désirs de son cœur et pour trouver l'objet de sa passion ?

Ah ! chrétiens, ne rougirait-on pas de s'y présenter avec de telles disposition» ? cette pensée seule : C'est la paroh; de mon Dieu que je vais écouler, ne suffirait-elle pas pour nous saisir d'une salutaire frayeur? occupé de celte pensée, n'y viendrait-on pas avec un esprit humble, avec une âme recueillie , avec un cœur touché cl pénétré des plus vifs sentiments de la religion ; en un mol, comme l'on irait à un sacrement el au plus redoutable des sacrements, ((ui est celui de nos autels? car, voilà toujours la \éri!able et juste idée que nous devons avoir de la parole de Dieu : Non minus est verbum Dci, quain

r3 CAREME. SERMON XXVI. SIR L\ PAROLE OF. DKV. 774

corpus Cliisli ; quand donc vous venez l'eu- ii'6tail-co p.is, ce semble , «no ilisposilirm lendre avec des vues toutes contraires, il esl bien avanta;îeuse pour l'I'lvan^ile ? Ab 1 évident que vous ne la regardez plus coinuie clirélieiis, dirons plulôl (juc c'était un obsuarole do Dieu, mais couiinc parole de tacb- au proizrès de l'^vaiii^ile : ils écoulai< nt î'iioinine ; et tel esl l'abus que je combats, et saiul l'.iul comme boinme, aulreiuent ils (]u'oii ne peut assez déplorer : car, dit saint n'auraient pas pense à eu faire un dieu ; sa Obrvsostoine. Dieu parlant eu Dieu, veut parole a|j;issiit donc en eu\ comme la parole èiieécouté en Dieu, et ijuand il p.irle ()ar la d'un bomrne ; et eu ell'et, ces applaudissebnccbe des prédicateurs, <iui sont ses ort;a- mcnis, ces éloges sont les l'ruils ordinaires nés, il veut (pie ses organes soient écoutes de la parole des liunimes. quand ils ont le eiunine lui-inèine :(>((« 104- «(((/(7, »ie (tint il ; don de s'énoncer avec éloquence ou avec et qui vos spcrnil, me speriiic ( Luc. \); agrément ; mais n'ailendez rien de plus. () mais vous, sans remonter si liant, vous vou- iirurundenr des conseils de Dieu 1 de ce "raiid lez les écouter coiniue liommos, les conirocr nombre d'admirateurs, saint Paul ne convercomnu" bomnies, les railler même souvent , lit pas un inlidèle, et, de tous ces auditeurs et les décrédiler comme bonimes ; et, ce que cbannes, il n'y eu eut |ias un (|ui ne renonvous ne feriez pas au moindre sujet (jui vous çâl à ses erreurs pour embrasser la foi. A'oilà annoncerait b's ordres du prince, et vous ce qu éprouvent maintenant encore tant de parlerait eu sou nom, vous le faites iiiipune- mondains : ce sont des corrupteurs, ou s'il nient et sans scrupule au ministre de votre m'est permis d'user de la ligure du Saint- Dieu ; après cela, etonnez-vous que j'en ap- Esprit, ce sont des adultères de la parole de pelle à vous-mêmes, et que je vous accuse Dieu; peu en peine de sa fécondité, ils n'en devant le tribunal de votre conscience, d'à- cberebeiil (|Ui= le plaisir : Ailullcraiiles vervoir été cent fois, et d'être encore tous 1rs buin Dci ( Il Cor., Il ). (Jue fera le predicajoiirs, les profanateurs du saint dépôt que leur le plus zélé '.'leur r "présentera-l-il l'bor- Dieu nous a confie, el qu'il nous a conlié rcur du peclié, la sévérité des jugements de pour vous, qui est le ministère de sa parole. Dieu, les consé(iuences de la mort ? ils s'ar- De là, par une consé(iueiice immanquable, rêteronl à la justesse de son dessiin, à la l'inulililéde ce divin ministère ; car la parole force de sou expression, à rarrangemcnt de de Dieu, reçue comme parole de l'Iiomme, ne ses preuves, à la beauté de ses reuiai<iues. peut produire dans les cœurs que des elTets Leur mettra-il devant les yeux l'importanco proportionnés à la vertu de la par(jle de du salut éternel et la vaiiilé des bien, de la i'iiomne; et il esl de la foi que la parole do vie? ils conviendroiil (]u'on ne peut rien diro riiomme, quelque loucbante, qucUiiie cou- de plus grand, que loul y est noble, sensé vaincante, quelque forte et quebiue puis- suiv 1 ; niais, dans 1,1 pratique, nulle'concJu' saule qu'elle înild'ailli'urs, ll't'stirflleinèi'.ip, sion ; ils admireront, m.iis ils ne se converpour le salut, qu'un vain instrumenl. C'est liront pas ; ilésbonoranl, dit saint .Vugu^lin, ce que le grand apôlre faisait entendre aux la jiarole de Dieu par les louanges menus Tliessaloiiiciens : Idco el nos (jrudas atjimus qu ils lui donnent, ou plutôt qu'ils lui ôtent J)eo fine inlermissione ; (juonium cuinaccepis- pour Us donner à celui qui n'en est que le setis a nobis verbuin (uulitus Dci, acccpiilis diipensateur.

illud, non ul veibum hominum, sed ( >icul C'est ce que faisaient les Juifs, lorsque lo est vcre ) verbuin Dci qui operatur in vubis prophète Ezéchiel leur annonçait les cal.i- ( 1 Thcss., II ): Votre bonheur, mes frères, mités dont Dieu , pour le juste cliàtimenl de li'iir disail-il, el le sujet de ma consolation , leurs crimes, devait bientôt les afiligcr. Car c'est qu'ayant entendu la parole de Dieu, que l'Ecrilure nous apprend qu'ils étaient ennous vous prêchons, vous l'avez reçue, non chantés des discours de ce prophète, sans comme parole des hommes, mais comme pa- être émus de ses menaces ; et Dieu lui-même rôle de celui qui agit eflicacenient en vous, lui en marquait la raison : Filii populi lui Voilà la sourcede toutes les bénédictions que loquunlur de tejuxia muros et in ostiis do- Dieu a répandues sur votre Kglise, et ce qui moruin [Ezech., XXXIll):Eli bien! proplièfail que votre foi est devenue célèbre jusqu'à te, lui disait le Seigneur, s lis-tu l'elTet des servir de modèle à toutes les Eglises d'Asie. vérités étonnantes que lu (iréches à mon Prenez garde, dit Théophylacte ; c'élail la peuple '? c'est qu'ils parlml de toi par toute parole de siint Paul qui opérait dans ces la ville et d.ms toutes les compagnies. Au nouveaux fidèles, m lis ijui opérait comme lieu de glorifier ma parole, ils te préconisent parole de Dieu. X\i contraire, voulez-vous toi-même : El dicunt unus iid allerum : Vevoir la parole de Dieu, quoi<ine annoncée nile , et nudiamiis qais sil sermo egrediens a par saint Paul, opérer comme parole de /'ociifto (/6t(/.) : (juand lu dois les instruire, i'honiine '? en voici un exein|de bien remar- ils s'invitent les uns les autres : Allons, cî (|uable. Saint Paul entre dans une ville de voyous comment le prophète aujourd'hui l.ycaouie, pour y publier la loi de Dieu ; on réussira. El veninnt ad le, quasi si ingrcdinl'écoute, on est charmé de ses discours, on lur pnpulus [Ibid.] : Et, en effet, ils vieille suit en foule, ou va jusqu'à lui offrir de neut t entendre comme ils iraient à un specl'encens, jusqu'à vouloir lui sacrifier comme tacle. 7.'/ es eis quasi carmcn musicum quod à une divinité, jusqu'à le [irendre pour Mer- suavi dulcique suno canitur (Ibid.) : Ils técure el pour le dieu de la parole: Et voca- content comme une agréable musique qui haut linmahitin Jovem, Paulum vero Mercu- leur llatterait l'oreille. .Mais, prends garde, num, quoniain ipsc crat dux vcrbi [-ici., 1\'J; ajoutait le Dieu d'Israël, (ju'ils se coiilealcul

773 OR.\TEi;P.S SACRES. COURDALOLIE. 776

«l'écoii(er ce i|nc lu leur enseignes ; et du Osernis-je élever !a vois au milieu de I;i plus reste, ((uils se Sdiil mis dans une niallien- llorissante cour du inonde, si, loul indigne reuse'|ii)ssessi<in de n'en rien |ir,ili(iner : ill (pie je suis, je n'élais prévenu, et vous iiu iiudiunl verba liin, el non pirinnt ca. Pour- l'étiez comme moi, de celle pensée, que Dieu «noi ? parce (lue c'est la parcde (lu'ils enteii- m'a confié sa parole, el que c'esl en son dent et non pas la mieniK! : Et aiiilliint nom que je vous l'annonce : Viri [mires , ver lia tua. Or ta parole peut liien avoir la <imd miramini inUocmilnos quidinULcminiî glace de leur plaire; mais elle n'aura ja- Cependant, quoiqu'il soit vrai que tout mais la force de les converlir. prédicateur de riîvangiie , en coiiséiiuencc Aussi, reprend saint Jérôme, y va-t-il de de sa mission, est l'anibassadeur et l'organe l'honneur de Dieu que la conversion des de Dieu, n'en peut-on pas faire le choix et Ames, qui est le grand ouvrage de sa grâce, s'attacher à l'un plutôt qu'à l'aulre? Oui , ne soil pas altril)uée à la jjarole des hom- chrétiens, ce choix peut être bon et utile ; mes, ni même à la sienne confondue avec mais il doit être réglé selon la prudence du celle des hommes. Vous voulez entendre le salut. Ainsi le disciple Ananie fut-il choisi prédicateur parce qu'il vous |)Iaîl ; el Dieu préférahlement à toul autre, pour être le ne veut pas (fue ce soil par ce qui vous plait docteur el le maître de celui même qui dedans ce piédicatcur que vous sojez cou- vail l'être de toutes les nations. Ainsi Dieu verli , mais par la simplicité de la foi. N'es- même inspira-t-il à saint Augustin, encor(! pérez pas (ju'il change cet ordre, et (lu'il pécheur, de se faire instruire par saint Anifa^se pour vous une loi particulière. Mais hroise, et de l'écouter. Ainsi, mon cher ausavez-vous comment il vous punira'? il se dileur, Dieu peut-être a-t-il résolu d'opérer ven"era de vous par vous-mêmes; il vous votre conversion par le ministère de Ici prélaissera en partage la parole des hommes , diealeur, el lui a-l-il donné grâce pour cela ; puis(iue c'esl celle que vous cherchez; el , c.ir c'esl ce qui arrive lous les jours, el rien pour sa parole, il la révélera aux vrais lidê- n'est plus ordinaire dans la conduite de la les qui la reçoivent avec une humble do(i~ Providence. Mais voulez -vous que votre lilé : ou, pour mieux dire , de celle même choix ne fasse rien perdre, ni à la parole de pariile, il vous laissera tout ce qu'elle peut Dieu de l'honneur qui lui est dû, ni à vousavoir de spécieux et d'inutile à quoi vous même du profit (]ue vous en pouvez retirer? vous attachez; mais lout ce qu'elle a de so- voici deux avis im|)orlanlsque je vous donne, lide cl d'avantageux pour le salut, il le ré- et que vous devez suivre. Premièrement, servera â ces âini'S choi>ies qui ne cherchent entre les ministres de l'Evangile , ne préfédans sa parole ({uc sa parole même. Etrange rez pas tellement l'un que vous méprisiez el iicrnieieux abusl On écoute les prédica- les aulres. Car, étant tous envoyés de Dieu , leurs pour juger de leurs talents, pour faire vous les devez lous honorer ; el tel sur qui comparaison de leurs mérites, pour rabais- lomberaient vos mépris, est celui peut-êli'e ser celui-ci, pour donner la préférence à ce- dont Dieu se servira pour converlir toul un lui-lcà ; et souvent on verra dans une ville , peuple : or, il est de la Providence qu'il y dans une cour, touchant les ministres de la ait des prédicateurs pour ce peuple aussi parole évangélique, le même partage d'es- bien que pour vous. Secondement, n'ayez prit qu'on vit autrefois à Corinlhe louchant égard, dans le choix (lue vous faites, qu'à les ministres du baptême, quand l'un disait : votre avancement spirituel el à votre per- Pour moi, je suis à Apollo ; et l'autre : Pour feclion : c'est-à-dire ne vous attachez à un moi, je SUIS à Ccphas. Ah ! mes frères, re- préilicateur. que parce qu'il vous est plus prenait saint Paul, pourquoi ces contesta- utile pour le salut; car il faut vouloir les lions el ces partialités'? .lésus-Ghrist esl-il choses pour la fin qui leur est propre- : or, donc divisé? />ivisi(s est C/»r(.''(i«s (1 Cor., 1) '? la parole de Dieu n'a point d'autre fin que lisl-ce Apollo qui a été crucifié pour vous , notre sanctification. Quanil , pour la sanlé el avez-vous été baptisés au nom de (déplias? du corps, j'ai à choisir un médecin, je n'exa- N'est-ce pas le même Dieu (jui \ous a saiic- mine point s'il est orateur ou philosophe , tifiés par eux? A quoi j'ajoute, chrélieiis, s'il s'exprime avec politesse, et s'il sait donn'esl-ce pas le même Dieu «jui vous parle et ner à ses pensées un tour ingénieux el déli- ((ui vous exhorte par notre bouche : Ueo tx- cal; mais je veux ([u'il ail de l'expérieni^e et horlante. prr nos (I (Jur., V)? Qui sommes- qu'il soit versé dans sou art; je veux qu'il nous , disait ailleurs saint Pierre, en piê- connaisse mon tempérament, et qu'il soit eu chant aux Juifs, pour mériter que vous vous état de me guérir ; cela me suffit. Si donc je occupiez de nous, et que vous fassiez dis- trouve un ministre de la divine parole (|ui linclion de nos personnes? Pourquoi nous m'édifie, qui fasse impression sur moi, (|ui legardez-vous, tandis (jne nous faisons lof- ait le don de remuer mon cœur, qui me porte (ice de simples ambassadeurs ? ]'iri frdirrs , plus efficacement, plus forlement à Dieu, qiiid viirnmini in hoc, aut nos (/uid iiiliicniini c'est là que je dois m eu tenir. Voilà l'homme (Art., III)? Sans celle qualité d'ambass.ub ur que Dieu m'a député pour me faire connalde Jésus-Christ, moi, qui parais aujouid liui Ire ses volontés; voilà pour moi son anibasdans celte chaire après y avoir déjà tant de sadeur. Qu'il n'ait, du reste, nul avantage fois paru, oserais-je soutenir la présence du de la nature : il me louche, il me convertit ; plus grand des rois, et la soutenir de si près, c'est assez. En l'écoulant, j'écoule Dieu mêlandis (lue les nations entières tremblent de- me; et mon bonheur, en écoulant Dieu dans vaut lui, cl qu'il répand si loin la terreur? son ministre, est d'allirer sur moi les grâce»

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