PREMIÈRE PARTIE
C'est fiar la persuasion que doit commencer ce grand et saini exercice de la préparation à la morl. Car, comme dit saint (ihrysoslonie. il est difficile que je me prépaie sérieusement à une chose dont je ne suis pas encore persuadé; et quand elle doit avoir di^s suites aussi irréparables et aussi terribles que celles de la mort, il n'est pas plus possible, si j'en suis fortement persuadé, que je ne m'appli(]uc de lout mon pouvoir à m y disposer. Ne regardez donc point, mes clicis audileurs, ce que j'ai maintenant à vous dire comme une proposition paradoxe, ou comme une instruction du moins inutile; et ne nie répondez point que la mort est tellement certaine, (]u'il n'y a rien dont les hommes soient malgré eux plus convaincus. Car je soutiens, nu contraire, (ju'il n'y a rien , ou [ircsque rien, dont ils le soient moins. Vérité qui doit vous surprendre, et que je ne comprendrais pas moi-même, si je ne savais pas en quel sens elle doit être entendue : mais vérité constante, et que je prétends vous rendre sensible dans l'exposition qucj'en vais faire.
Il est vrai, chrétiens, nous sommes , vous et moi. persuadés qu'il y a un arrêt de morl porté dans le tribunal souverain de la justice de Dieu contre l'homme pécheur, et que c'est un arrêt !:'révocable et sans appel : Slatntitm est hominibus semel mori {fJcbr., IX); mais par quel enehanlemeni do notre amour propre, nous oublions, sans y prendre garde.
CAr,f:Mi:. si iîmon wiv. sim la l'iUTAnvrioN a i.\ mokt.
(]'ip cclarrèl doit <?trc rxcculù dims nos pcrlionnos; cl nous vi\oiis en clTet comme si nous ùlioiis piTsnniiôs m\c nous ne devons jioinl niourir. Nous s.ivons l)ieii,cii f^éiiéral, t|ii(" Ions les liDinmos iiioiii roiil ; m.iis par inillo illusions et iiiillo fausses esiiéranrcs (|iii nous jouent, quoi qn'il eu soil du };éiiélai, nous trouvons loojours le moyen de noas exeepler en parlieulier. Disons mieux : nous avons liien une é\idenee et une conviction spéculative (jne nous mourrons nousmêmes; mais au même lemps mille erreurs prali(|ues nous l'ont croire que nous ne mourrons pas. C l'st-à-dire nous convenons l)i('U (]ue nous mourrons un jour, et ()ue c'est um; loi rigoureuse (|n'il faudra enl'ui subir, mais nous nous consolons dans la |)ensée (jue ce ne sera pas encore si lot, que nous avons encore tlu temps, que notre iieure n'est pas encore venue, (juc nous ne imiurrons pas encore de cette maladie; et celle persuasion no!!s empêche d'entrer dans les dispoiilions prochaines et nécessaires où il faudrait nous inetire pour nous préparer à la mort. Car oiiservcz avec moi , chrétiens , que ce qui niius dispose à une bonne mort n'est pas de savoir en spéculation qu'il faut mourir, mais d'êlrc aclueilemenl louché et pénétré de ce sentiment intérieur : Je mourrai , cl mon heure ajiprochc; je mourrai, et ce sera dans quelqu'une de ces années que je me promets en vam ; je mourrai, et ce sera dans l'âge cl ûi' la manière que j'aurai le nmins prévus. Voilà ce qui nous détermine à prendre sans délai CCS ferventes cl généreuses résolutions de réformer noire vie pour penser etlicacenient et solidement à la mort.
Ouc fait donc l'ennemi de notre salut? Apprenez-Ic, mes clicrs auditeurs ; voici l'artifice le plus dangereux, dont il se sert pour nous entretenir dans l'impénitencc. 11 nous laisse toutes les autres pensées de la mort, dont il sait bien que nous no ferons aucun usage, cl il nous ôte celle qui seule serait capable de nous convertir. Je veux dire qu'il ne nous pei suade pas que nous ne mourrons jamais ; ce serait une erreur trop grossière, et (lonl il n'a pas même besoin pour nous perdre ; mais il nous persuade que nous ne mourrons ni aujourd'hui, ni demain, ni dans tous les temps où la charité que nous nous (ievons à nous-mêmes nous presserait de retourner <à Dieu, cl cela lui suffit. (]ar, avec cela, ne complaul jamais sur la mort, nous ne tirons jamais ces conséquences salutaires «l'où dépend noire conversion. Et c'est ainsi que l'a entendu saint Chrysoslomc, exidiquant ces paroles de la (icnèse : j\'cqui:(jiuiin moriemini [d'Inès., III). La reniar(]uc de ce l'ère est digne de votre altenliou. Il dit dune que le démon, cet esprit du mensonge, emploie encore tous les jours pour nous séduire la même ruse dont il se servit dans le pjiradis terrestre contre nos premiers parents, et que, quand il a entrepris, ou de nous faire tiimber dans le péché, ou de nous éloigner de la pénitence, un des moyens les plus ordinaires par où il y parvient . est de nous suggérer, comme au premier homme tt à sa
femme, que nous ne mourrons point : A'cqwviumn morifinini. Mais commenl peut-il n(Uis aveugler. di' la sort", et. quand Dieu ne nous l'aurait pas dit, (luand la raison wc nous en con\aincrail p.is, l'expérience seule ne serait-elle pas plus ([ue sullisanle pomnous fiu'cer à croire (jue nous mourions? (Jiieile apparence que nous puissions ilénicntir là-dessus, non-seulement iu)tre foi et no- Ire raison, mais l'inconleslable et l'évident témojgn.ige de nos sens'.' l'ei;l être, à en juger par là, serait-il moins élcmnanl (]ue noire |)remier père eut donné dans un tel piégc ; car il n'avait encore vu nul exeuiple de la mort, et l'heureux état d'innocence où Dieu l'avait créé le faisait jiuiir d'une santé inaltérable, et le rendait même immortel. Ainsi, tandis qu'il était ilaiis l'ordre, ne ressculanl nulle faiblesse (jui l'avertît (le sa morlalilé, il pouvait plus aisément se laisser surprendre à la vaine promesse du tentateur, cl se flatter (]u'il ne mourrait pas: iXiiiuniiuaminoj'irmiiii. Mais à nous, chrétiens, à nous dont les yeux sont continuellenienl trappes de l'image de la mort; à nous (]ue la mort, pour ainsi parler, en\iri>nne de toutes parts, à nous qui la voyons dans les .lUtres, et qui. par nos infirmités , en faisons déjà dans nous mêmes les tristes épreuves, nous dire: A'ous ne mourrez point , N('(/Hiiiiu<ii)i moiirmiiii, c'était la dernière des leiitations |)ar où le démon semblait devoir nous attaquer et encore moins nous tromper. (Test néanmoins celle par où il nous altaijne le plus souvent, et, ce qu'il y a de plus cliange, c'esl celle qui lui réussit le mieux. L'ailifico est grossier, je l'avoue, mais notre aveuglement en est d'autant plus déplorable lorsijuo nous y sommes surpris. Or, nous le sommes à lous moments ; car le démon, nui cherclio en tout notre ruine et (|ui connaît notre faible, n'a qu'à nous prcitdre par là, en nous, disant: 'lu ne mourras pas cncoi e de ceci i nous le croyons. Il n'a qu'à nous faire entendre que nous soimnes jeunes, que rien ne presse, (jue nous aurons le loisir de penser à nous ; sans examiner davantage , no,u.s. nous en fions à lui, et, dans cette confiance malhi'ureuse, nous vivons tranquillement, et toujours dans les mêmes dispositions,, toujours dans le nn*'me désordre d'une viomondaine, toujours dans le même état d'une conscience déréglée, pourquoi? parce que nous ne sommes jamais persuadés, j'cnlcmls. d'une persuasion efficace, (|u'il faut mourir. Il semble que ni^us soyons même en cela d'intelligence avec notre ennemi. Car, bien loin que nous soyons jamais persuadés dt; la lîiort , nous ne voulons pas l'être, nous craignons de l'être , nous éloignons de nous toutes les vues qui pourraient nous servir à l'être, et ces vues, qui devraient nous sanctifier, ne font communément ([ue nous troubler, que nous désoler, (joe nous consterner, quchjuefois même que nous irriter, quand, aux approches de la mort, on nous tient le moindre discours, et (ju'on nous fait la njoindre ouverture louchant le danger ou \h)Uj nous trouvons. De là vient ce qu'à sajje-
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nien. remarqué saint Clirysoslomo, que la en repos ; c'esl-a-ilirc (lu'oii lui Ole un dis l>Iupart(]estionimps nieiirciit sans croire mou- plus puissants iiiolifs iJe |iénilence, et peutlii", et presque toujours avec une iissiirancc être le seul dont il soit alors capable d'ètie présomptueuse de ne pas niourir. De là touché , sa^oir, la vue prochaine du juge- ^ient (]ue ceu\-là mêmes , à (jui conslaiu- ment de Dieu. Ce ne fut point ainsi (|ue se nient et \isililemint il resle moins de jours comporta le prophète , (juand , au nom du à vivre, sont tonlefois ceux qui travaillent Seigneur et avec une sainte liticrté , il avcrplns pour la vie. Comijieii en verrez-vous lit le roi de Juda que sa fin approchait, et qui , frappés d'une tiialadie morlelle, et déjà quil fallait se disposera partir pour aller condamnés par le juttement [)uh!ic , forment rendfc compte au souverain juge : Disnone des desseins, s'engagent dans des entrepri- clomui (uw , quia moricris lu , et non vives ses , s'iiuiniètent de mille affaires lempor(l- {Jsn., XXXVIM). 11 lui prononça cet arrêt les, connue s'ils avaient le plus grand inlé- sans adoucissement. Yuus mourrez : Moricrél dans l'avenir ? (Combien de vieillanls ac- l'i"- Il n'cul égard ni à sa grandeur royale, câblés sous le poids des années, et n'ayant ni au trouble où le jetterait cette parole de [dus qu'un pas à faire jusqu'au tombeau, nwii : M orieris lu. Vous mourrez , prince , sont aussi avides des biens de la lerre, ipse vous en personne, vous, tout monarque et s'ils les devaieni posséder durant des siècles 'ont absolu que vous êtes. Ah I chrélieus, où entiers '? De là vient que les grands du lrouve-!-on aujourd'hui des prophètes, je ne monde, par une fatalité, si je l'ose dire, at- dis pas pour les rois et pour les têtes coutachée à leur condition, ne savent jamais ronnées , mais même pour les autres condioù ils en sont ([uand ils sont presque au mo- lions du monde , et surtout pour ceux qui ment de la mort, et cela parce qu'on est pré- dans le monde ont quelque distinction, soit venu qu'ils ne le veulent jias savoir. De là de la naissance, soit du rang? Je ne ni'é- ^ient que chacun eonspiie à les tromper tonne point (jue , dans des accidenls imprédans des conjonctures où il serait si impor- vus et singuliers, on meure sans être perlant do leur ouvrir les yeux. On les assure suadé qu'on va mourir. Tel est l'affreux que tout va bii'u , lor>qu'il est évident que cbâliment de Dieu ; el c'est en quoi consiste tnut va mal ; on les félicite d'un léger suc- celle impénitence malheureuse dont je vous ces el d'un changement assez favorable en parlais il y a quebjue temps, lors(|ue Dieu , apparence, mais qui n'est au fond qu'un pour punir le pécheur, permet que la mort dernier effort de la nature défaillante; on le sur|)renne dans son péché. Mais ce n'est leur cache adroilement cl avec soin toules pas là de quoi il s'agit. Ce que je ne puis asles maïques et tous les présages qu'on dé- sez déplorer ni assez condamner, c'est que couvre en eux d'une mort certaine; ou leur des mourants que Dieu appelle par les voies exagère la force et la vertu des remèdes, les plus conuuunes , que des mourants à qui sans leur parler jamais du souverain re- la mort laisse jusques au dernier soupir le mède , (]ui est la pénitence : on les amuse libre exercice de leur raison, ((ue des monde la sorte; el par quels motifs? motifs lout rants pour qui la divine justice se relâche humains : une femme, par un extès de len- de tous ses droits en s'accommodant à leurs dresse ; des enfants par respect ou par inlé- besoins . et leur donnant tout le loisir de se rét ; des étrangers, par complaisance; des reconnaître, meurent avec cela sans êlre domestiques, par ciainle; tellement qu'ils persuadés de la nécessité actuelle et de la ignorent toujours la vérité, et (|u'en mourant proximité de la mort; et que ce défaut de même ils se tiennent encore sûrs de ne pas persuasion ne soit plus précisément refTet mourir. d'une vengeance rigoureuse du ciel qui les Delà vient que ceux qui, par état et par chàiie, ni d'un événement inopiné qui les >in devoir propre de leur minisière, devraient déconcerte, mais d'une insurmontable obstipiiur\oir à ce désordre el parler avec moins nation qui les aveugle : que ce soit nousde réserve, ont tant de peine eux-mêmes à mêmes, pour ainsi dire, qui prenions à tàs'espliquer qu'ils s'en reposent les uns sur che de nous jouer nous-mêmes, de nous séles autres, un médecin sur le confesseur, et duire nous-mêmes , croyant les choses, non un confesseur sur le médecin; ne voulant ni pas comme elles sont, mais comme il nous l'un ni l'autre se faiie porteurs d'une parole plairait (ju'elles fussent; voilà ce qui me dont Dieu leur a pourtant confié l'impor- paraît digne, non plus de toute ma compastanle (pioicjue dure el fà( lieuse commission, sioii , mais de toute mon indignation, cl sacrifiant à de f.iibles considérations le Or, quel est le remède, chréiiens ? le voici, salut d'une âme dont l'éteriu^lle destinée dé- tiré de la docirinc et des maximes de saint I endail de leur fidélilé. De là viennent, s'il Grégoire pape, qui, de tous les Pères de faut enfin se déclarer et presser le malade , l'iiglise, me semble avoir élc sur le sujet dans lexlrémilé où il est, de recourir aux que je Irajlc un des plus éclairés. Première sacremcnls , de là , dis-je, li'.nt de piécau- maxime: c'est d'entretenir habituellement lions, tant de dé;;uisemcnts el de détours. On dans nous une persuasion générale de la r.issure qu'il n'y a rien encore à désespérer, mort, qui rectifie toutes nos erreurs parli- (jue, quand on l'exhorte à donner cette culières ; c'est-à-dire d'opposer continuellemarque de religion , ce n'est pas qu'on le ment à nos assurances présomptueuses toucroie dans un péril (|ni ne souffre plus de re- chant la mort, l'idée vive de la mort; de raptardeinenls , mais (ju'il est bon de se préniu- peler souvent dans noire esprit cette pensée nir de Luulc hciae cl de iC uicltic resjjril salutaire : Je mourrai, et je mourrai dans
CAULMI-. SllUMON XXIV. SUIS LA IT.El'Al'.ATlO.N A LA MOIIT.
un (le CCS niommls où je n'aurai pas cru devoir mourir. Ainsi l'oracli' int^iiu! de la vérité me l'a-t il l'ait connaître; et malheur à moi si, m.iliïié les termes expiés de l'Mvanpile, inalgié la menare de Jésus-Christ , je n'en suis pas encore peisiiadé. Souvenir de la mort «lue Moïse recommandait tant au peuiile lie Dieu, convaincu (|n'il était (]ue cette nation si inconstante et si indocile demeurerait dans la soumission tandis ([u't lîe aurait cet objet présent devant les jeux : Utinnm sapèrent et inlcllii/ercnl, ac novissima providerrnl (Dent., XXXll)!
Seconde maxime ; avoir uu ami sincère et droit , un ami (ini, sans nous ména;;er, sans écouler les sentiments d'une amitié faible ou intéressée, vienui' à nous dans lcdan;;er, et nous dise avec le mènio zèle el la même force que le prophète : Mettez ordre à voire conscience , et au [)lulôl; caria mort n'est pas loin : L)i<p(inc domiii tuœ : morieris vnim tu. Exiger de lui comme le meilleur oltice que nous en puissions attendre, ([u'il ne difrèr(^ point à s'exijliijuer, et ((u'il ne craigne point, en s'explii|uant , de nous conliistcr ; lui faire biiu compiendre que par là nous jugerons s'il est parfailement à nous, que par là nous le distinguerons dis faux amis , <iue par là nous lui serons redevables d'uiuî des grâces les plus précieuses, (|iii est la persuasion de la mort au temps même de la mort. Car voilà ce que nous devons souhailer d'un ami. Tous les autres services hors celui-là, ou qui ne vont pas là , sont vains, sont méprisables, souvent même sont dangereux. Mais penser au salut d'un mourant, mais prendre soin de son âme et de son éternité, mais le disposer par de sages conseils à finir chréiiennemeut une vie dont le terme doit être un souverain bonheur ou un souverain malheur, c'est là proprement être ami jusqu'à la mort. Cherchons-le cet ami (idèle , et où? non point parmi les mond lins ; s'ils sont amis (et combien peu même le sont!), c'est selon le faux esprit du monde, l'est par rapport aux frivoles avantages du monde, c'est pour établir, pour avancer un an)i dans le monde. IMais nous le trouverons parmi ce petit nombre d'hommes vertueux et de zélés serviteurs que Dieu s'est réservés jusques au milieu du monde, et dont lu piété nous est connue. Nous le trouverons parmi les ministres de Jésus-Christ : amis d'autant plus solides, qu'après nous avoir .aidés à bien vivre, ils nous aident encore ù bien mourir.
Troisième maxime : s'affermir contre la crainte de la mort , parce que c'est la crainte immodérée de la mort qui nous en rend la pensée si odieuse et la [lersuasion si difficile. <'e qu'on craint, on aime à se le représenter d.ins un long éloignement, et l'on tâch»; même à en perdre absolument la mémoire, comme si jamais il ne devait arriver. Or, par où combattre cette crainte? par les armes de la foi, par les motifs de l'espérance chrétienne, par les saintes ardeurs de la charité divine. Pour cela, se dire souvent à soimême dans le secret du ca:ur : Eci:c fjwnsus
vcnil [Matth., XXV) : Allons, mon âmi- , allons au-devant de ré|)oux; le voilà qui s'avaiu^e. Il \\k\ viendra pas, mais il vient déjà : licce sponsus vcntt. Ce n'est point |)0(ir vous perdre, mais pour vous tirer des nii>ères de cette vie mortelle, et vous faire enlier en [)ossessiou de son royaume. Ce ti est point pour vous rejeter de sa |uésence, mais pour vous recueillii', au contraire, dans son sein , et pour vous unir éternellement à lui : L'ccc sponsus vcnil. Langage, il est vrai , trop relevé pour des âmes sensuelles , mais senliment ordinaire aux saintes âmes; vue consolante qui les rassure , qui les fortifie , qui lis aniiiu;. Dans crtte disposition , elles se plaisent à envisager la mort de près; et plus elles reuvisagcut de prés, ])lus elles se |iiéparenl à la recevoir, plus elles redoublent leurs soins, leur activité, leur ferveur : Jîcci- sponsus vcnil, exile obriuin ci. Car, à (juoi nous |)oite cette persiiasinu? à une saillie vigilance contre la mort, qui va faire le sujet de la seconde jiartie.
SECONDE PAUTIE.
Qui le croirait, chrétiens, qu'on pût trouver un p|■é^el■valif contre la mort , qu'où jint, maigre sou incertitude, s'assurer de la mort, qu'on pût, en quelque sorte, faire ch inger de caraclère à la mort; el, au lieu qu'ellf soit trompeuse, la rendre (idèle, ou lui ôtirau moins le pouvoir de nous trahir? Voilà toutefois l'important secret que le Sauveur du monde a |iris soin de nous apprendre; et ce secret, dit saint Chrj-soslome, est renfermé dans cette si'ule [larole : Veillez : Viijilotc (Mallh. , XXV). Parole à laquelle il .seinb e ijue le Fils de Dieu ait attaché des béiiéiliclioiis iiilinies. Parole dont il a lait la conclusion presque ' universelle des divins enseignemeiris qu'il nous a donnés , cl parole aussi dont la pratique est comme le précis et l'abiegedi' toute la sagesse chrélieiine. Carà(]uoi tend la sagesse de l'Ilvangile ? à la grande all'aire du salut. D'où dépend celte essentielle, celte unique alïaire? de la mort, lit (|uel moyeu plus infaillible et plus nécessaire pour nous [iréinunir contre la mort, et pour nous metire à couvert de ses suriirises, que la vigil.ince? ]'i(jil(ile.
En ell'et, re|)iend saint IJernard, quoi que je fasse, les circonstances particulières de la mort seront toujours incertaines pour moi ; mais, tout incerl;iine qu'est la mort et qu'elle sera toujours dans ses circonstances, je puis faire eu sorte qu'elle ne uie surprenne jamais. Malgré toutes mes réflexions et toutes les recherches dont je pourrais user pour pénétrer dans l'avenir, j'ignorerai toujours le temps de ma mort, le genre de ma mort : pourquoi ? parce que ce sont des mystères ([uc le Père céleste a réservés non -seulement à sa souveraine puissance, mais à sa divine prescience : Quw l'aUr posuil in sua poleslate {AcI., XXV ). Mais, sans savoir le temps de ma mort, je puis vivre à tous les temps dans une telle attention sur moi-même, qu'il n'y ait jamais une heure où la mort ne me trouve jias en garde, : ,saus savoir le lieu
(JKATElIîS S\C!li:S D0i;i!I),\I.0lE.
tic: ma mort, je puis Icllonif-nl alioïKlrp la mort d.ins tous les !iiii\, (juil n'y en ;iit jamais un où je ne sois p.is à cnuverl de ses pié^^es ; sans s.ivoir le genre 'le ma mort, c'cj-l-à-tlire, s.ntis savoir si ce sera une mo;! lenle ou une mort subite, une mort (ran- (inilleou une mort aceonipagnée de violentes douleurs, une mort qui laisse à mou esprit lo^ite sa r.iison, (mi une nmrt qui le Iroulde, je puis prendre di- si jusles mesures, que, du reste, <c ne soil jamais une mort imprévue, l'^t voilà re qui fit la diflërcnee dos vierges sages dont il est pailé dans l'Evangile et <!es vierges fidles. Les unes u'élaienl pas plus instruites que les autres du moment où i'KpouK devait arriver, mais, dans celle incertitude, les unes, par précaution, tinrent toujours leurs lampes allumées, au lieu que les autres s'endormirent, et laissèrent, pendant leur sommeil, leurs lampes s'eUindre.
Or, c'est ici même, chrétiens, que nous devons adorer la providence de notre Dieu; c'est, dis-jc, dans cette incertiliidc de la mort, tout affreuse (|irellc est d'ailleurs, et dans l'effet salutaire qu'elle produit. Car c'est par là que Dieu nous reli.nl dans l'ordre, et qu'il nous oblige à veiller sans cesse sur nos actions, à mesurer tous nos pas, à peser toutes nos paroles, à [jurifier toulcs nos pensées, à régler tous les désirs de notre cœur. Si je savais quand je dois mourir, où je dois mourir, comment je dois mourir, peut-être vivrais-je dans un plus grand repos, mais je vivrais avec moins de dépendance : au lieu que l'incertitude du tcm[is où je mourrai, du liiu où je mourrai, de la manière dont je mourrai, me réduit à l'heureuse nécessité d étudier soigneuscmeni tous mes devoirs, et de m'appliquer régulièrement et constamment à les remplir. Etre un moment hors de celle disposition, je veux dire hors de celle Vigilance chrétienne, c'est, dit saint Jérôme, agir contre tous les principes et toutes les lumières de la raison : pourquoi? parce que c'est commettre à un seul moment l'éternité tout entière.
iMais il s'ensuit donc que la plupart des iioimnes, et même des plus clairvoyants et tles plus sages dans l'opinion des houuues, ne sont néanmoins que des aveugles et des insensés. Ah I n:c> frères, répond saint Chrygnslonie, la conséqueme n'est que trop juste, et l'Ecriture ne nous le dit-elle pas en lermes formels? n'a-;-clle pas. sur ce point, condamné hauti-menlde folie la prudence du sièile la plusraflinée? Oue peut-on [)enser autre chose, quand on voit des hommes tels, qu'à la lunite du clirislianisme nous en voyons ilaiis tous les élals, des lionuiies qui se piquent d'être vigilants et h.ihiles sur loni le reste, et qui négligent la seule affaire où il faudrait l'être; des ho-umes si attentifs .inx moindres uilérêts de la vie, et qui abandonnent au hasard le capital intérêt, dont la mort doit décider; des honmics qui passent des mois, des années à régler des eompl: s dont ils sont chargés devant d'autres hommes Comme eux, et qui ne pensent jamais à réijler ce î^'rand comide dont ils sont responsu-
hles à Dieu ; d-es houuues qui ne croient jamais avoir pris assez de sûreté dans la conduile du monde, et qui ris()urnt tout dans la conduite du salut. Tel est néauiiioins l'aveug'eiiient de tant de chrétiens, et plaise à Dieu que ce ne soit pas le vôtre ! Car, selon la parole el l'expression du Fils de Dieu, où est aujourd'hui le serviteur fidèle et prudent (jui veille pour être toujours en disposition de recevoir le maître qu'il allend, el dont il craint d'être surpris? Qiiis, pulas, rsl fidclis (lispenxiilor, el pruilens ( Ltic. XII ) ? Parlons sans figure, et ne parlons même d'abord que lie quelques points particuliers. Est-ce veiller, que de renielire au temps .le la mort à s'aei|uitter de certains devoirs d'une obligation également indispensable devant Dieu et devant les hommes? par exemple, à payer des di'ttes qui toujours grossisSiiit d'une année à l'autre, et qu'on laisse à la bonne ou à la mauvaise foi d'un héritier avare, qui saura bien par mille chicanes les contester el s'en décharger; à faire des restitutions auxquelles on aurait dû pourvoir, et dont on se repose sur des enfants pour qui elles deviendront une nouvelle matière de crime et un sujet de damnalion; à satisfaire des domestiijues qui ne touchent presque jamais rien de leur s il lire, et (lui viennent, par leurs représentations importunes, quoicjue jusles d'ailleurs, interrompre un mourant et le zèle des ministres eiuployés auprès de lui à discuter des articles embarrassants ; à éclaircir des difficultés et des doutes dont la résolution dépend de mille circonstances qu'il faudrait faire connaître, et sur quoi l'on n'a plus le loisir de s'expliquer; à voir un ennemi et à se réconcilier avec lui, quand on ne peut plus lui pardonner de cœur, parce qu'on a vécu dans une haine invétérée, et qu'on ne le fait appeler que par je ne sais quelle cérémonie, plutôt que par religion? Je ne pousse pas plus loin ce détail ; mais, pour dire quelque chose de plus général et encore de plus essentiel, est-ce veiller, que de pratiquer si peu de bonnes œuvres, que d'être si peu appliqué aux exercices du christianisme, que de commettre si aisément le péché, que d'y demeurer habituellement, que de n'avoir [iresque jamais recours à la pénitence , et de s'exposer ainsi à toutes les suites d'une mort inopinée et réprouvée?
Ah! mes frères, préservons-nous de ce malheur ; craignons la mort; mais ménageons tellement cette crainte qu'elle nous serve de défense contre la m(ut même; el puisque l'avantage le plus solide (jui nous en peut revenir est de veiller sans relâche, veillons au même temps (jue nous craignons, et autant que nous craignons; lemeltonsnous souvent dans l'esprit ces comparaisons familières, mais convaincanics, doni se servait saint Chrysostome, pour faire comprendre sensiblenu'ut à ses auditeurs la vérité que je vous prêche; car, disait ce Père , on n'attend pas à équiper un vaisseau quand il est en pleine mer, ballu des Ilots et de la tempête, el dans un danger jjrochiiu du nau
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frn|;(' ; on ne [H-nse p.is à munir une place prières, dans lous les cxerciees de la pielé «liiand l'ennenii arrive el qu'il l'iuveslil; on ne cluétieuiu' : car, sans cela, tout le reste uCst coninunce pas à iiunilder le palais du piiuce qu'illusion. Ne nous fions point n |,i vi"iqiiand le prince esl à la jiorte et sur le point lance des autres, el , dans une afl'aire oh il il'y entrer : figures naturelles (|ui nous l'ont s'a|;it de nous-mêmes, ne com|)lons, pour y mieux sentir la nécessilé d'une vigilance veillrr, ((ue sur mius-mènies. Dieu nous a prompte el assidue, qUi' lous les raisonne- donné des pasteurs, dit l'api'ilre saint l'aul , ments. Non, non, ajoute saint drégoire, qui veillent sur inuis, coaune élant responpape, il ne sera pas temps de se disposer au saliles de notre salut; mais après tout, nous jugentenl de Dieu , quand ces signes avant-w soieines nos premiirs pasteuis, el, en hien coureurs lie la venue du Fils de l'Homme pa- des rencontres, nos uni(|ues pasteurs; el raîlronl, je ne dis pas dans le ciel ni sur la toute la vigilance des pasteurs de Tliglise ne terre, mais dans nous-mêmes ; (|uaiid le soleil nous garantira pas des |ierils de la liiort , si s'obscurcira, c'est-à-dire (luand notre raison elle n'est accompagnée et soutenue de la in')sera dans le désordre eldans les ténèhres où tre ; s'ils nous refusenl leuis soins et qu'ils la présence et riiorrcur de la mort ont cou- nous laissent périr, ils rendront compte à lume de la jclcr ; quand la lune s'éclipsera. Dieu de notre perte, mais nous n'en serons c'est-à-dire quand notre volonté, marquée pas moins perdus ; la rigoureuse juslice (|ue par l'inconstance do cet astre, sera alïaiblie Dieu exercera sur eux pour nous avoir cl hors d'état de former aucune résolution ; abandonnés ne diminuera rien de celle qu'il quand les étoiles tomberont du firmament, exercera sur nous pour nous être abandonc'est-à-dire «juand nos sens s<'ront troiiblés nés nous-mêmes : car, si Dieu les a menacés et que nous en aurons perdu l'usage. Sou- en leur c<uiliant nos âmes, de les leur redevenons-nous de l'excellente réilexion de n'unticv : Sani/itincm niitein ejits de mtinti tua saint Augustin, qui seule, bien méditée, vaut rctiuirntn{li:zech., XWlll), je puis bien vous tout un discours, que, pour mourir clirétien- appli(]uer la même menace, et vous dire, de nement, il ne suHit pas, lorscjue la mort ap- la part de Dieu , qu'il vous redemandera proche, de penser à la mort , ni même de se vous-mêmes à vous-mêmes , puisqu'il vous préparer à la» mort, mais (|u'il faut y avoir a spécialeijienl chargés de vous-mêmes: pensé et s'y être préparé ; pourquoi ? parce .\nimam nulcm luuin ilc mnnn litii reqntram. que Jésus-Chrisl, dont toutes les paroles sont Mais , quelle esl la pratique de celle viautant d'oracles, el qui sait renfermer dans gilancc si nécessaire'? Je la réduis à trois un aiol les plus profonds mysières.du salui, points, qui comprennent en abrégé lou:e la ne nous a pas dit : Préparez-vous alors, morale de l'Evangile, el qui sont comme les mais : Soyez prêts : h's(olc pnrali i Luc.,\l\]. principes fondamenlaux de toute notre coii- D'où je lire cette terrible conclusion, qu'il y duite à l'égard de la mort, l'retuièremeiit , se a un temps oii l'on peut se pré|)arer à la tenir toujours dans l'étal où l'on voudrait mort et être réprouvé de Dieu. Ainsi en ar- mourir, du moins , n'être jamais dans un liva-t-il à CCS mêmes vierges , j'entends ces état où l'on aurait horreur de mourir : et la vierges folles dont je vous ai déjà proposé raison est qu'on peut mourir partout el à rexem|)le : elles se préparèrent ; elles cou- clia(|ue inslanl. Or, prenant cette rè"lc et rurent chercher de l'huile pour remplir leurs sans sortir de celle assemblée, m'adressant lampes, mais trop lard; l'Epoux était eniré à vous, mes chers auditeurs, si je vous dedans la salle, cl elles en trouvèrent à leur ni.indais : Etes-vous prêts'? qu'auriez-vous retour la purle fermée. Combien de mou- à me répondre ? Mais , ce que je ne puis ici ranis que Dieu réprouve lors même qu'ils se vous demamler à i hacnn en pa:liculier j)reparenl , et dont l'acluelle [)réparaiion, vous pouvez chacun en particulier vous par un juste jugement du ciel, n'empêche le demander àtoiH-mêmes: voudrais-je pas l'élernelle damnation, parce (ju'au lieu mourir dans celle habitude criminelle , et d'une préparation entière el consommée , porter au tribunal de Dieu tant de péchés ci; n'est qu'une |)répar.ilion imparfaite et qu'elle m'a fait commellre, cl (in'elle nie fait commencée '? lis s'éveillent de leur assoupis- commctlre tous les jours ? voudrais-je niousemcnt, ils prennent eu njaiu la lampe de la riravecce ressentiment (jue je conservedans foi , l'onclion de la charité leur man(|iie , el mon cœur, et qui m'enirelientdans une diviils s'empressent, ils s'iiKiuiètenl, ils s'agitent; sion dont Dieu est offensé et le monde me ■ mais l'Epoux cependant avance, la mort les scandalise? voudrais-je mourir redevabi. ,;u enlève, la porte de la miséricorde leur e>l prochain de telle et telle injustice que ni,i fermée, et Dieu leur déclare (]U il ne les con- conscience me reproche, el sui- ([uoi je n.nait plus. puis attendre de la part de Dieu nulle n . ' Soyons donc prêts, mes chers auditeurs, mission, tant (\uc je pourrai la réparer !' el toujours prêts : ii'»7(;(e parati ; el que que j.^ ne la réparerai pas ? Le Miulez-v. .-• cette préparation ne consiste point seule- eu eiïet, mon cher frère, voulez-vous, dis-je. ment en des projets vagues et sans fruit , à mourir de la sorle? mais si vous ne le von^ quoi se termine souvent toute la disposition lez pas, il faut donc sortir de cet étal , et au •lue nous apportons à la mort; mais en des plutôt ; car vous y pouvez mourir .lulant d« actions et des elîets, en de sérieux examens, fois ([ue vous y restez de momenls, puisiin'i! en de fréquentes confessions, en de ferventes n'y a pas un moment où vous ne soyez excommunions, en de saintes retraites, en d'u- posé aux coups de la mort, liles lectures, dans les auuiônes , dans les Secondement , faire toutes ses actions eq
flUATF.Ur.S SACHES. nOUUDAI//UI'.
vue Je la inorl , ("rsl-M-diro npir en tout {•oinnic on voiulrail l'avoir fail à la mort ; pour cela , ne rien entre preiidro , ne rien cxéciiler, n'arrêter, ne relier rien, (ouclianl l'emploi lie l:i journée, (lu'.iup.iravant et en esprit on ne se soit rois au lit de la mort , et (luon n'ait liien pensé devant Uieu ce qu'alors on ju};eia de ce!!e alTaire où l'on se sera embarqué, de ce dessein qu'on aura formé, (le ces nioveiis (ju'on aura pris pour y léussir ; ce qu'on approuvera, ce qu'on blâmera, ce (]ui consolera, ce qui arilii,'era ; comment on soubailera de s'élrc compurté dans celle occasion, d'avoir parlé dans C( tic conversalion, d'avoir rempli celle cliarge, celte commission, de s'être ac(iuitlé de ses exercices (le pénitence, de cliarité, de relif^ion. Prévenu de ces idées, on n'estime rien, on ne veut rien , on ne dit rien, on ne fail rien qui ne soit sebin la loi <le Uieu , et tout ce qu'on eslime, c'est en cbrélien qu'on l'esliine ; tout ce qu'on veut , c'est on cbrélien qu'on le vent; tout ce ([u'on dit , c'est en chrétien (ju'on le dit , tout ce qu'on fail, c'est en cbrélien , et avec zèle , avec ferveur , qu'on le faiî.
Troisièmement, rentrer souvent en soimême, s'examiner souvent soi-même pour se bien connaître ; et qu'est-ce que j'appelle se bien connaître '? c'est connaître toutes ses oblic;ations, tout le bien qu'on doit pratiquer et qu'on ne prali(]uc pas, tout le mal qu'on doit éviter et (ju'on n'évite pas, à (]uoi l'on doit prendre garde dans la condition ou l'on esl, les obstacles qu'on y trouve, ou les avantages pour le salut ; avec quels progrès on y avance , ou à (iiiels égarements on y esl sujet. Avoir pour cette recliercbo si solide et si importante des temps marqués dans l'année, dans le mois, dans la semaine; méditer sur Cela, délibérer, former ses résolutions, pleurer le passé, assurer l'avenir, et prendre sans Cesse une ardeur toiilo nouvelle, (l'est ainsi (juc notre crainte, selon l'expression du priipbèic royal, devient notre plus terme appui, parce (juclle sert à exciter notre vigilance : Pnsnisti fumamenlum cjus foniiiiltncmiPs. J.XXXVlil). Telle était' la crainte des saints, et le fruit qu'ils en retiraient. Tous les jours de leur vie, non-seulement ils envisageaient la mort , non-seulement ils veillaient pour se disposer à la mori, mais ils apprenaient la science de la mort : comment ? en se fiisant de la vie môme comme un apprentissage et un exercii-e de la mort ; et c'est ce (\u\ me reste à vous expli(iuer dans la troisième [lartic.
TKOIMKMI'; l'AUTIIÎ.
Se faire de la vie- même comme un apprentissage de la mort, et, par cet apprentissage de la mort, api)rendie en ellet et so former à mourir, n'est-ce pas Tion-seulement un paradoxe, mais une contradiction 'M'.ar, sans prétendre subtiliser dans une matière aussi solide (lue celle-ci , tout apprentissage suppose deux conditions ; savoir : un fréquent exercice de la même chose, et le pouvoir delà reconuncncer tout de nouveau , et de la rcclificr quand une fois on n'y a pas
réussi. Or, de ces deux conditions, ni l'une ni l'autre ne se trouve dans la morl, puisqu'on ne meurt qu'une fois, et qu'après la mort , soit qu'elle ait élé sainte ou criminelle, il n'y a plus de retour. Ce qui a fail dire à saint Augustin que de toutes les fautes les plus irréparabbs sont celles (jue l'on commet à la mort. Cependant, chrétiens, c'est la maxime de Ions les Pères de l'Eglise , qu'où peut apprendre à mourir , cl que cette science est la plus cminente de toutes les sciences, après la science de Dieu, si toutefois elle peut être distinguée de la science de Dieu. Il y a, disenl-ils, un apprentissage pour la mort, et c'est dans cel ap|irentissago que les saints se sont formés : tout leur soin pendant la vie a élé d'étudier la mort ; et comme il esl naturel de faire parfaiten ent ce que l'on sait, et ce que que l'on a même pratiqué par un long usage, ils sont morts en saints, parce qu'ils possédaient excclleinuient la science delà mort.
Or, il ne lient qu'à nous de les imiter. Car voici liois vérités qui nous regardent aussi bien qu'eux, et (jne nous devons tous nous appliquer à nous-mêmes. La première:
nous mourons tous les jours, selon la parole du Sainl-Espiil ; il nous est donc aisé d'apprendre à mourir. La seconde : toutes les créatures qui nous environnent nous apprennent acluellemenl, ou, pour mieux dire, nous formenl à mourir ; notre ignorance est donc sans excuse , si nous ne savons pas mourir. La troisième: la vie chrétienne à ((uoi Dieu nous a appelés, est, pour ainsi parler, une continuelle prati(]ue de la mort; nous sommes donc liieii coupables de n'être pas plus versés et plus expérimentés dans l'art de la mort. Les coiiséi]uences sont évidentes, et je vais vous faire convenir des princijics.
Non, chrétiens , il n'est pas vrai dans un sens ([lie nous ne mourons qu'une fois. Nous mourons à toute heure ; et à toute heure nous pouvons, je ne dis pas seulement sans Cl imc, mais avec mérite, mourir volonlairenienl et librement. En effet , quand Dieu menaça le premier homme qu'il mourrait dès qu'il aurait désobéi : Jn quacumque die comcderis, morte moricris [Gcnes., Il), l'arrêt, selon la rem.irque de saint Irénce, s'exécuta dans Adam au moment qu'il eut violé le (iréccpte du Seigneur. Aulrcmcnt, ajoute le même saint. Dieu aurait élé peu elficace et peu sincère dans le jugement qu'il avait prononcé, (^ar il n'avait pas dit au premier homme :Tu mourras un jour, tu mourras dans un certain temps, tu mourras après avoir vécu lanl d'années cl tant de siècles ; mais il lui avait dit absolu-, ment : tu mourras au jour même cl dans' l'instant que tu auras péché : In quncumqxie ilir. El c'est ainsi que la chose s'accomplit. Dès lors Adam, en punition de sadésobéissance, devint sujet à toutes sortes d'infirmilés : dès lors il scnlil alTaiblir son lempéramenl,et son corps dégradé, si je l'ose ilire , du privilège de l'innocence , couunença à déchoir, cl par conséquent à mourir. Or, ce
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iliii so vriifia tîaus Ad.im, se véiide ('•;;.il(— {jrnvé d.ins lo fond di; noire r'Irc crllo renient dans nous, et les païens mêmes l'ont pmi'^e j:;iMU''rale que nous fonl Ions les élél'ien reconnu. Nous nous trompons , dirait nients qui nous (()tn(iosrnl, el (]ui, en se dénude leurs sages , et nolreerreur est d'en- Iruisant les uns les autres, nous délruisent ^ isager toujours 1.1 mort eommc fulure : //t nous-mêmes avec eux. No nous eonlentuns liocfiilliiiiur,(iuu<linorlcmprosinciint(s(Sciicc.) pas décela, mais regardons autour de nous, Hien loin que cila soit, une grandeparlie de je dis que toutes les créatures qui nous rnla mort est déjà passée pour nous : Magna vironnrnl cl qui servent à notre entretien, pars cjiis jain pnctcriit ; et nous devons nou-Siulement nous annoncent la mori , l'aire elal qu'elle lient snus son domaine lout mais nous formeni actuellement et nous exerce qui s'est écoule juscju'à présent de noire cent à mourir. Corufucnt cela '? En nous (luitvie : Jil ipiidguiil œlalis rdrn, mors lencl. t.jut, en se séparant de nous , en cessant Mais saint P.iul l'a dit encore plus expressé- d'élre à nous ; ce qui déjà, comme l'observe ment, et la parole de cet apôlre doit être ici ingéuieusenicnt saint Augustin, est un vérid'une lout autre autorité : QuolnUe moriur table exercice de la mort. Car, à combien de pcr vcslram ijloriam, fralrcs (i Coi'., W) : choses |)ouvons-nous dire que nous sommes il n'y a point de jour, mes frères , écrivail-il déjà morts el que nous mourons sans cesse ? aux Corinthiens, que je ne meure; el la les plaisirs de la jeunesse ne soûl plus pour gloire (lueje reçois de vous, fail qu'il n'y a noui, el nous ne sommes plus pour eux ; la point de jour que je ne meure avec joie cl j<>ie d'hier n'est [ilus aujour.l'lnii , cl nous avec plaisir. sommes moris pour elle; les honneurs qu'on
Or, supposé que nous mourions tous les nous a rendus autrefois ne sont plus rien, jours, pouvons-nous dire qu'il est difficile et l'oubli, ([ui lui-même est une espèce de d'appren<lie à mourir; el puisqu'à tous mo- mort, les a anéanlis dans la mémoire des nienls nous mourons p.ir nécessite, (jui nous houwnes ; el comme ces iKjiineurs el ces empêche de nous accoutumer à mourir par plaisirs nous ont déjà (luillés, tout le reste, choix et par volonté '.' J'avoue, poursuit samt je ne tlis pas nous iiuitter.i, mais nous quille Augustin, enchérissanl surcellc pensée, que à mesure que nous en usons. Or, n'est-ce nos yeux sont comme enchantés par la vue doncpas uuja\euglemonl bien grossier, que lo des choses présentes; mais s'il y a un nêjlrc, si, par lanl d'essais el tjul d'épreuves charme dans nos yeux , nous en devons de la mort, nous ne parvenons pas à acquéchercher le reniède dans nos esprits; el le rir la science de la mort? remède est de bien comprendre que ce cor|)s Mais le grand el l'essentiel engagement (|ui nous paraît vivant est en cll'cl un corps que nous avons à celte science praliiiue el à ijui se détruilct un corps mourant : Fasfi'/irta'o cet exercice de la mort, c'est la profession est in visu, sed l'cmcdium in inlcUccla : vides du christianisme, où Dieu nous a appelés, rivenlcm, coi/ita moricntcm [Ahi/.). Ces pa- puisque, selon toutes les régies de l'Ecrituie, rôles sont pleines de force el d'énergie : \'ous la vie clirélienne n'est rien, à proprement vivez, dit saint Augustin, mais le même parler iiu'unc conlinelle mort. El voilà pourprincipe (jui vous fail vivre est celui qui vous <luoi saint Paul, ([ui comprenait admir.iblei'ail mourir ; elquoi(]ue vos sens vous disent ment celte vérité, ne donnait point aux prèle contraire, c'esl à votre raison de les cor- miers lidéles d'aulre idée de ce qu'ils étaient riger, en vous remontrant à vous-même que que celle-ci : Mortui eslis, el vila veslra nbcelte vie (jui vous semble vie, n'est (junn scondila est cum Christo in Deo (Culuss. ,111) : commencemciil el un progrès de mort : Vous èles isioiis.et voire vie c>t cachée Vides vivcntem, cogita niuiicnlein [Idem). avec Jésus-Christ en Dieu : Consepulli eslis
Maiscncore,ajoulesainl Augusliii,(|ui nous cKm Clirislo pcr baplismain in mortcm [liom., enseignera à mourir, et à (luel école irons- VI) : Vous êtes ensevelis avec Jésus-Christ nous pour apprendre celle incomparable le- par le baptême, qui esl pour vous un sacreçon'? Qui nous l'enseignera, chrétiens ? Tou- ment el un mystère de mort; ce qui se doit les les créatures de l'univers, et surtout entendre, ajoute saint l^lirysoslome, non pas celles par qui nous subsistons même et nous dans un sens figuré, mais à la lettre el dans vivons. Car ne sortons poiiil d'abord hors la rigueur des termes. Car à quoi vont loude nous-mêmes, mes frères, dil l'Apôtre ; les les maximes de la vie chrétienne, sinon c'esl dans nous-ménies (]ue nous trouvons à détacher l'âme du corps, c'est-à-dire à la toutes les preuves d'une ni<irt certaine. Nous ilétacherdcs plaisirs du corps, à la détacher n'avons (in'à nous interroger nous-mêmes, des sensualités du corps, à la détacher de la lout ce qu'il y a dans nous, nous dira d'une servitude el de l'esclavage du corps. Or, dévoix seciètc, mais unanime, qu'il faut mou- tacher l'âme du corps, qu'est-ce autre chose rir; et quoi que nous puissions opposer en que lui apprendrea mourir? Porro secernere notre faveur, nous n'aurons jamais d'aulre (inimamacorporequiduliudcsl,fiuamcmoridisréponse que celle-là : Jl faut mourir. Tu es cere (C(//j.)'?Uégageons-nous, disait un païen, riche el dans l'opulence, mais il faut mourir, de cet atlachomenl houleux ijui assujetlil en Tu as du crédit el de la réputalion, mais // nous l'esprilà la chair, et, parla, nous nous fmt mourir. Tu es jeune et en étal de goûter accouluiiieroiis à mourir ; Disjumjamus nos les délices de la vie, mais il faut mourir. Tu a corporibus, et sic consueseamus mori [Secs l'idole du monde, mais )/ faut mourir. nec). Mais ce que les philosophes disaient \oilà le seul langage que nous entendrons. inutilement, quoi(]ue mag;iiti(iuement, notre pour'juoi ? parce que Dieu en nous créant, a religicni nous fail une loi do l'esécuier saiu-
on.vTEur.s s.\nitF,s. nounnAr.ni'E.
tcmciit cl généreusement ; car elle nous détache de nos corps par la mortilicalion , et , en nous délacliant de nos corps, elle nous fait entrer dans la pratique de celte mort, en quoi consiste le iiiérile de la vie.
Suivons donc, mes chers auditeurs, le mouvenieiit et l'attrait de son esprit. Détachons-nous de ce corps que l'Ecriture appelle si souvent corps de péché, et n'attendons pas que la mort nous en dépouille par force, puis(iu'il est en notre pouvoir de muis en dépouiller nous-mêmes par vcrlu. Une âme qui ne renonce à son corps que dans !'inslant de la n:ort, est une âme indigne de Dieu. Vous demandez des pratiques pour bien mourir; en voici une, sans laquelle j'ose dire que toutes les autres sont vaincs et chimériques. Détachez votre âme de tout ce (|ue vous aimez hors de Dieu, voilà, en deux mots, la science de la moit. t>réveiiez par une mortification volontaire les opéralmiis violentes cl douloureuses de la mort. La mort vous ôtera l'usage des sens, faites-les mourir par avance , en leur retranchant tout ce qui peut déplaire à Dieu : liberté des paroles, curiosité des regards, délicaicsse du goût. La mort vous enlèvera vos biens, quittez-les dès maintenant d'esprit etde cœur, liien loin d'avoir cette soif insatiable d'aaiasser, d'accumuler trésors sur trésors, faitesvous, selon Dieu, une sainte gloire de les ilistribuer. Bien loin d'envier ce que vous n'avez pas, donnez sans peine et avecjoio ce que vous possédez. La mort vous séparera de vos amis, faites de bonne heure avec eux un divorce chrétien, et renoncez à ces sociétés libertines, à ces conversations dangereuses, à ces engagements tendres, à ces commerces suspects. Ne réservez rien, et souvenez-vous de la belle pensée de l'abbé Uuperl, que la mortification, pour faire l'oflice de la mort et pour en avoir les qualités, doit <''tre absolue et universelle; (iiie comme on ne dit point (ju'un homme soit mort pour avoir perdu ou la parole, ou la vue, mais que. pourcela,il faul(|u'il soit privé deloute action et de tout sentiment, aussi ne dit-on pas qu'un chrétien soit mortifié pour avoir réprimé (juclqu'un de ses appétits sensuels, s'il ne les a réprimés tous, et s'il ne les a tous soumis à Dieu. Ouand il vous arrivera des disgrâces, des afllictions, des calamités, des pertes, dites à Dieu, en vous élevant au-dessus de vous-mêmes par l'esprit de la foi : Sojez béni. Seigneur, autant est-ce pour moi d'anticipé sur ce qu'il aurait fallu faire à la mort. Ce que vous m'otez, elle me l'aurait ôlé et c'est un tribut que je lui aurais dû payer, mais m'en voilà heureusement <iuitte. J'aurais par là tenu au monde ; mais vous avez rompu mes liens et, par votre infinie miséricorde, vous avez si bien ménagé les choses, que, pour peu que je réponde à vos dessi'ins, la mort n'aura plus rien d'affreux pour moi.
Si vous êtes, mes chers auditeurs, dans CCS disposilions, encore une fois, rendez-eu grâces au ciel , car c'est olrc prépare à la mort. Et ne me répondez point qu'une telle
vie est une vie triste. Qu'elle le soit, j'y consens, mais celle vie triste est suivie d'une mort pleine de consolation, et surtout d'une mort de prédestiné. Or, une mort sainte est un avantage que nous ne (jouvons assez priser, ni acheter trop cher. Je vais plus loin, et je prétends même que, tout compensé, la \ ie d'un chrétien mort au inonde et à tout C(! (|ui pourrait l'attacher dans le monde, est mille fois plus tranquille, et par conséquent plus heureuse, que celle de ces mondains si vils pour le monde, et qui craignent tant d'en sortir et de la perdre. Cette S(ule pensée : Rien ne m'arrêle, et je suis prêt a paitir dès qu'il plaira à Dieu de m'appeler, est pour une âme le plus doux repos et le bonheur le plus solide. Mais vivre de la sorte, c'est ne pas vivre ou c'est vivre comme si l'on ne vivait pas. Ah 1 chrétiens, n'est-ce pas aussi ce que demandait l'Apôtre aux premiers fidèles, et ce que ie dois vous demander à vuus-tnèincs'? lielirjHiim est lit qui niiinlur hoc niundo , tanqitam non utanlur (I Cor., VII) : Mes frères, usez du monde comme si vous n'en usiez pas, c'est-à-dire vivez comme si vous ne viviez pas, vivez sans aimer la vie, ni tous les biens de la vie: vivez à Dieu, vivez pour Dieu, vi\cz en Dieu, afin de vivre éternellement dans la gloire avec Dieu, Je vous le souhaite, etc.