SUR I.A PARFAITE OBSERVATION DE LA LOI
rel(3, (lil le savant Guillaiimo do Paris, rien île h^er, rien de véniel. Cepemlaiit (lui le sait? qui tlf vous en est persuailé ? (iiii de vous a pris soin de s'en iiislriiire ? C()nd)ien y a-t-il là-dessns d'errems rc^pandiies dans le monde ? et, par une suite ntk;essaire,cond)ien deeriuiesse coinmoltenl tous les jours, dans la fausse et niallieureiis(« pri^vention que ce ne sont point tics fautes (|ni allireut la liaiue de Dieu ? J'ajoute qu'il y a (i'aulies péchés, tantôt griefs, tantôt légers, mais dont nous ne mesurons la malice (juc selon les divers intérêts (jui nous gouvernent. Avousnoihs fait au prochain l'injure la plus atroce ? ce n'est rien, ?i nous en croire : mais nous a-l-il offensés? la moindre injure que nous en avons reçue est un monstre ;\ nos yeux. Jamais l'agresseur a-t-il reconnu tout le tort qu'il a, et jamais l'otTensé est-il convenu du peu de tort qu'on lui a fait? L'un raugmente et l'autre le diminue, chacun connue ramour-|)ropre et sa passion l'inspirent. Jusque dans le tribunal de la pénitence, où nous prétemlons agir avec Dieu de bonne foi, combien de railleries et de médisances, combien de paroles piquantes que l'on compte pour des bagatelles, et sur quoi l'on ne daigne pas même s'expliquer ? Est-ce qu'elles sont toutes en effet de ce caractère, et qu'il n'y en ait presque aucune qui puisse nous causer de justes remords ? Estce que nous voulons mentir au Saint-Esprit, et les dissimuler malgré les remords de la conscience ? Non, chrétiens, mais c'est que nous sommes aveugles, et que notre aveuglement nous empêche de les apercevoir et d'en être touchés. Quel remède, mes chers auditeurs, et quel parti prendre pour se garantir des suites d'un aveuglement si pernicieux ? Ah ! Seigneur, vous Imc l'avez ap{)ris : c'est de me contenir dans jles bornes d'une exacte et entière soumission à jvotre loi ; c'est de ne me permettre quoi que ce :soit qui puisse en quelque sorte blesser votre loi ; c'est de n'atïec ter jamais une fausse hberté, qui isi souvent, lors même que je l'ignorais, et parce que je l'ignorais, m'a rendu prévaricateur de i votre loi. Voilà le moyen, ô mon Dieu, dont vous .m'avez pourvu, et que je dois mettre on œuvre : sans cela ma perte est inévitable. Car il faudrait, peur me garantir des chutes fatales dont je sais menacé, ou que mon aveugleuient cessât, ou qu'une étude constante et assidue de mes de- T^oiis suppléât aux lumières qui me manquent. De n'être plus aveugle, ni exposé aux erreurs de mon esprit, c'est ce que je ne puis espérer : car étant pécheur, telle est ma trisîe destinée; et comme il ne dépend pas de moi d'être exempt de toutes les faiblesses de la concupiscence, aussi
ne puis-jc ôlrc dans celle vie absolument dégagé des ténèbres de; l'ignorance, piiisjpie c'est une peine de mon péché.. De cond)atlre celle ignolauce parties réflexions continuelles sur le nombre et laipialilé de mes d(!Voirs, il est vrai que je h; puis : mais U\ ferai-je loujouis? et quand jt! le ferais, aurai-je toujoiu's assez de liuuièrcs pour y réussir, c'est-à-dire, pour connaître clairement et distinctement ce qui est d'une obligation rigoureuse, et ce qui ne l'est pas? et quand enlin je le connaîtrais, aurai-je toujours assez de force et assez de résolution pour agir sehui mes connaissances ? Ah ! Seigneur, il est bien plus court et bien plus sûr de m'interdire tout péché, de quchpie natiu'e qu'il i)uisse être. Outre que j'aurai l'avanlîige d'en être plus agréable à vos yeux; outre que je me ferai un mérite de vivre dans un plus parfait attachement à vos volontés; outre que ce sera une consolation pour moi de penser que je suis du nombre de vos fidèles serviteurs, ou que je tâche au moins à vous servir comme eux (motif à quoi je dois être plus sensible qu'à toutes les récompenses que je pourrais attendre de vous) , je n'aurai plus besoin, quand il s'agira de votre loi, de l'examiner de si près, ni de chercher tant d'éclaircissements et d'aller à tant de conseils, qui souvent me flattent au lieu de m'instruire, ou qui m'embarrassent au lieu de me calmer. Cette exactitude, cette régularité dans les plus petites choses, me tiendra lieu de tout le reste. Avec cela je pourrai compter sur vous et sur moi-même : sur vous, parce que vous vous êtes engagé à combler de vos grâces une âme qui vous donne tout sans réserve ; sur moi-même, parce que j'aurai le plus assuré préservatif contre ma fragilité naturelle et contre le penchant de mon cœur.
Heureux, mes frères, si vous entrez dans ces sentiments ! Méditez bien cette maxime de saint Bernard, que ce serait un miracle, si celui qui se permet tout ce qui lui est permis ne se laissait pas emporter à ce qui lui est défendu. Souvenez-vous de cet oracle du Saint-Esprit, que quiconque méprise les petites choses tombe peu à peu, et même sans y prendre garde, dans les grandes. N'oubliez jamais que vous êtes faibles, et que vous ne pouvez mieux vous précautionner contre le péché, qu'en évitant jusqu'à l'ombre même du péché. Entîn, mettez-vous en état d'entendre de la bouche de Jésus-Christ cette consolante parole : Venez, bon serviteur ; parce que vous m'avez été fidèle en peu de chose, prenez possession de mon royaume céleste, et goûtez-y uïie félicité éternelle. Puissions-nous tous y parvenir, chiétiens ! c'est ce queje vous souhaite, etCt
990 SERMON POUR LE JEUDI DR LA TROISIÈME SEMAINE
SERMON POUR LE JEUDI DE LA TROïSIÈ^!E SEMAINE.