PREMIÈRE PARTIE
Il ne faut pas s'étonner que la grâce, qui est le principe de notre conversion, ait pour premier caractère la douceur, puisqu'elle procèilc iinmcdiatement du cœur de Dieu, et (jue c'est le terme de son amour le plus pur pour nous. J^Iais il nous importe de bien savoir en quoi consiste cette douceur de la grâce, quels en sont les traits les plus insinuants, ce qu'elle doit l'aire en nous, de quelle manière Dieu veut que nous y répondions ; et c'est ce que le Saint- Esprit a visiblement entrepris de nous faire connaître dans la conversion de celte femme samaiilaine, dont il est aujourd'hui question de nous M ppliquer l'exemple. Car que fait la grâce pour triompher pleinement d'un cœur rebelle, et pour le soumettre ;\ Dieu ? Saint Augustin, et les théologiens après lui, l'appellent grâce victorieuse, et elle l'est en effet. Mais voici une coiuluile bien dilTérentc de la conduite ordinaire des conquérants. Pour triompher de nous, elle paj ait en quelque sorte s'assujettir à nous. Ne vous offensez pas de ce terme, qui ne déroge en rien, comme vous le verrez, nia la dignité, ni à lefiicncllé de la grâce, et qui, dans ma pensée, ne i>i;^ui(ie rien autre chose que sa douceur. Elle parait, dis-je, s'assujettir à nous; commenl? le \oici : car elle nous allend jusqu'à nous supporter des années entières ; elle prend les temps favorables; et, par une oondesceiulatice que nous ne pouvons assez recoimailre, clic ménage les occasions pour nous gagner : quelque ialéi et que nous ayons, à la rechei cher, elle est toujours la première à nous prévenir. Au lieu de nous anuclier par* violence ce
qu'elle veut obtenir de nous, elle nous le de» mande; et au iieu de nous le demander avec empire, elle ne l'obtient que par voie de so'bcitalion cl d'invilalion. Elle ne nonsdemaiii e, dit saint Prospcr, que pour avoir lieu de nous donner; et elle nous demande |)cu, pour nous donner beaucoup. Elle s'accommode à nos inclinations, h nos talents, aux qualités de noire esprit, cl souvent même, de la manière que je l'expliquerai, à nos imperlcctions et à nos faiblesses. Elle ne nous engage à rien de dillitile où elle ne nous fasse trouver de ralliait, cl dont, mat gré nos répugnances, elle n'excite en nous le désir; elle ne nous oblige â mépriser les biens de la terre qu'à mesure qu'elle nous en lait voir le néant; elle ne nous fait entreprendre dfl grandes choses pour Dieu qu'en nous imprimant une haute idée de ses perfections, et des i récompenses qu'il nous promet; elle ne nous porte à nous renoncer nous-mômes et à nous haïr nous-mêmes, qu'en nous faisant convenir, par la confession de nos propres désordres, que ce renoncement est au moins juste cl celte haine bien fondée. Car telle est, chrétiens, la conduite de la giàce, telle. en est la douceur; et c'est aussi ce que nous voyons bien clairement dans les démarches que l'ait le Sauveur du monde pour convertir la Samaritaine : conversion que Jésus-Christ nous propose comme une im;ige sensible de ce qui se passe encore tous les jours entre Dieu et nous, par les saintes opérations de sa grâce. Ecoutez-moi, et reprenons chaque article par ordre. Vous y trouverez abondamment de quoi vous instruire et de quoi vous éditier.
Je dis que souvent la grâce attend les pécheurs jusqnes à lasser la patience de Dieu. Voyez Jésus- Christ, la lorce et la vertu de Dieu môme, fatigué néanmoins, épuisé, assis sur le bord d'une fonlaine. Qu'allend-il? une âme infulèle qu'il veut sauver, une pécheresse qu'il a choisie. Et de quoi est-il fatigué? si nous nous en tenons à la lettre, c'est de la longueur du dieinin qu'il a fait: Faligatus ex ilinere i; mais comme cet Homme-Dieu disait dans le même Eva.'igilc, à ses apùlres, qu'il avait une viande à manger bien plus exquise que celle quils lui préseniaienl, une viande inyî:lérieuse et divine qu'ils ne connaissaient pas : Efjo cibiim habeo m inducure, (jiiem vos nescitis 2; aussi éprouvait-il alcra une tout autre lassitude que celle (ju'il taisait paraître, et celle lassitude lui venait sans dou^ d'avoir si longtemps supporté cette malheureuse dans le dérèglement de sa vie et daaa
l Joaii., IV, 6.-2 Ibld., 32.
SrU Î,A CRACF.
nittl>ilii(lc «le son rriino. Car vnil.'», dil siiiiil Aii^iisliii. ce qui dcvail, loiit hifii (in'il (Mail, l'avoir laUj^iié, ce «lui ilevail avoir pr('S(|ue (épuise sa paticMicc. Cependant 11 ne se rehiite point; cl (pielcpie »^loi;;iR''e de Dieu, (pielipje endincic dans son pcelu" (pie soil cille leiinne, il esl ri''solu de l'allendie : usant jujur elle, si je puis me servir du terme de l'Écriture, de ces lenteurs adorahU^s (jui arr(}lent les coups de sa justice, cl (pu suspondiMil sa colère et ses vengeances : Susk'iitatioiies Dei '. C'est pour cela cpTil est assis, et (pi'il se repose : Faliijnlun... stulebat 2. Or, ce repos d'ini Dieu dans les eniporlemcuts et les révoltes de sa cr(.\ature, c'est ce que j'appelle la douceur de la grike. Ah ! cluéliens, conil)ieu(le pil'clieursdans le monde, et p''ul<'lre parmi ceux à (jui je parle, sont acluellLincut dans le mùme état que cette femme criminelle et obstinée ? c'est-;\-dire, combien de pécheurs opiniàli'cs ont lassé Dieu, ont outragé la bouté de Dieu, otd irrité le courroux de Dieu ; et à force d'accumuler péché sur péché, reclude sur rechute, et d'augmenter par Ih ciiaciue jour le poids de leur iniquité, sont devenus pour Dieu connue de pesants fardeaux, mais dont néanmoins, par un elïet de son inépuisable miséricorde, il veut bien attendre le retour ! A juger de Dieu par nous-mêmes, peut-être cette patience serait-elle pour nous un scandale ; peutêtre nous vieudrail-il dans l'esprit (jue Dieu manque de zèle pour sa gloire, et qu'il ne soutient pas assez hautement la souveraineté de son être. Mais c'est en cela même, disent les Pères, qu'il la soutient, et qu'il l'ait éclater sa gloire : car il n'y a que la patience d'un Dieu .jui puisse aller jusque-là. Celle des hommes, qui n'a pas plus d'étendue que la petitesse de leur cœur, esl bientôt à bout ; mais la mesure de la patience de Dieu est la grandeur de Dieu même.
En effet, continue saint Augustin, Dieu est patient, parce qu'il est éternel ; il est patient, parce (ju'il est fort; il est patient, parce qu'il est Dieu : Palicnsest quia œternus est, quia fortis est, quia Deus est. Et rien, à le bien prendre, ne nous marque mieux sa divinité et n'en est un témoignage plus invincible, que celle Iranquillité surprenante avec laquelle il dissinmle et il tolère les offenses des hommes. Mais de ce principe, quelle conséquence, mes chers auditeurs, devons-nous tirer ? s'ensuit-il que le pécheur ait le droit de différer sa conversion et de faire altendre Dieu, parce que Dieu veut bien l'attendre ? C'est ainsi qu'ont toujours rai-
I Eccii., II, 3, — ! Joan., ;v, 6.
sduuc et (jiie raisonnent '»fV^»^ 'es liberlins (.-t les mondains; et c'est ce la ,x raisonnc(n(!nt et celte dauHiable pn^somption, qui de tout temps hîsacontii inéset Icscouliiine tous les joins dans leur libertinage (!t dans leurs désordres. Mais à Di(Mi ne plaise, chrétiens, rpie nous lassions un tel abus de ses miséricordes! et (priiid il s'agit de pénitence, l'erreur la plus pernicieuse où nous |)uissions tomber est de nous attendre que Dieu nous attendra : poiiivpioi ? par mille raisons (pii ne soullVenl point de lépllipie, et (|uc vous ne pouvez igiionM- sans ignorer au même temps les phisessenliilles maximes de voire religion. KcouU^z-les. Parce que si Dieu no'.isallend, c'est uni(piemenl à sa grâce que nous en sommos redevables : or, il n'est rien de plus iiii|)ie ni lii^n de plus insensé, que de compter sur cette grâce, jusqu'à s'en prévaloir contre Dieu même : An oculus tuus nequam est, quia ego bonus sum * ? Parce qu'il y eu a plusieurs que Dieu n'aitend pas, et sur qui, pour l'exemide des autres, il lui |)lait d'exercer sa juste colère, en les laissant mourir dans leur péché : E(jo vado, et quœretis me, et in peccato vestro moriemini 2. parce qu'à l'égard même de ceux que Dieu alteud, il y a un terme après lequel il ne les aUeiid plus ; Adhuc qnadniginta dies, et Ninive subvertetur ^. Parce que nous ne pouvons savoir jusqiies à quand Dieu nous attendra, ni même s'il nous attendra, et que c'est le secret le plus impénétrable pour nous et le plus caché : Quis scit si convertatur, et ignoscat ^? Parce que notre seule présomi)tion, en nous assurant que Dieu nous attendra, sultit pour l'engager à ne nous attendre pas; de peur, comme remarque Tertullien, que sa patience, qui est un de ses plus saints attributs, ne servit à autoriser et à fomenter nos crimes. Tout cela, chrétiens, autant de vérités incont(îs[ables, qui doivent nous tenir dans un sage tempéranunent de crainte et de conhance. Vérités qui nous laissent toujours dans l'espérance d'une grâce assez constante pour nous altendre, mais qui nous empêchent bien de faire fond sur celle espérance pour vivre dansri(npénitence. Vérités dont le merveilleux enchaînement nous oblige à ne pas faire attendre Dieu trop longtemps; persuadés qu'il nous attend encore, mais du reste (ja'ii n'est rien de si terrible qu'un Dieu dont la patience outrée se lasse entiii d'attendre un pécheur, ni rien de si punissable qu'un pécheur qui volontairement et de plein gré fait attendre un Dieu. Cette mo-' raie demanderait un discours entier. Je la laisse, et je passe à un autre point.
' MatUi.,itx, i5. — 2 Joan.,Tiii, Ul. — 3 Joa., ui, 4..— < iUi.. 0
SERMON POr»« J.E VRVDHEDI DE LA TROTSff-.ME SEMVÎNE.
Non-seiilernenl le Sauveur du monde altend la Samaritaine, mais, par un nouveau trait de douceur que je découvre dans sa grAce,il prend une occasion commode pour traiter avec celle pécheresse , un lieu séparé du bruit et du tumulte, où il sait qu'elle doit se rendre ; un temps co?ivenable à son dessein, où elle vient puiser de l'eau, et où rien ne pourra interrompre les leçons toutes divines qu'il se prépare à lui (aire. Non pas que Dieu, pour nous communiquer sa grAce, ait besoin de ces ménagcmenls, ni que la grâce de Jésus-Chrisl dépende absolument des temps et des occasions pom* produire en nous son effet, puisqu'au contraire c'est plutôt la grâce qui lait ces temps précieux pour le salut, et ces occasions à quoi notre conversion est attachée. Mais en cela même ne devons-nous pas admirer l'ineffable bonté de notre Dieu, qui, pour nous allirer à lui et pour nous sauver, veul bien ménager ainsi les occasions ; qui dans celle vue se sert avantageusement de celles que nous lui présentons; qui lui-même en l'ail naître auxquelles nous ne pensons pas ; qui des événenjenls les moins prémédités fait pour nous des coups de providence, et qui, méritant d'être également servi dans tous les lieux et dans tous les temps, ne dédaigne pas d'attacher sa grâce à certains temps et à certains lieux ? Quand nous lisons dans la Genèse que Rébecca, allant abreuver ses troupeaux à une fontaine, y rencontra le serviteur d'Abraham, qui lui annonça son bonheur, et le choix que Dieu faisait d'elle pour être l'épouse d'isaac ; ou dans le livre des Rois, que SaiJl, cherchant les ânesses de son [)ère, trouva le prophète qui lui déclara les vues de Dieu sur lui, et lui apprit que le Seigneur l'avait destiné pour être le chef de son peuple et pour régner en Israël, nous bénissons l'aimable conduite de la Providence. Mais cette conduite si aimable, chrétiens, n'était encore qu'une figure de ce que Dieu voulait faire et de ce qu'il fait tous les jours en faveur de ses élus. Car n'est-ce pas ainsi qu'il leur ofire sa grâce en de favorables conjonctures ? n'est-ce pas ainsi, si j'ose m'cxprimer de la sorte, qu'il leur dresse de saintes embûches, dans les occasions que sa sagesse a disposées pour leur conversion et pour leur sanctification ? El n'est-ce pas de là que de savants théologiens, entre lesquels on compte même cel incomparable docteur de l'Eglise, saint Augustin, ont l'ait consister une partie du mystère de la grâce, je dis de cette grâce que nous appelons efficace, en ce qu'elle est donnée dans l'occasioQ où Dieu a prévu qu'elle serait salutaire :
au lieu, ajoutent-ils, qu'il donne les grâces communes in;lifféremtnont, c'est-à-dire indépendamment de ces occasions et des dispositions particulières ofi nous pouvons nous trouver en les recevant ! Ceci fondé sur ce que D:eu dit dans l'Écriture à l'homme juste, ou si vous voulez, au pécheur converti : Tempore accepta eitindici te >. C'est dans le temps propre que je vou^ ai exaucé : Et iu diesalutis adjuvi te 2; et c'est au jour du salut que je vous ai aiilé. Il y a donc, concluentils, et non sans raison, dans l'ordre de la prédestination des hommes, des temps de grâce et de faveur, où le salut est non-seulement plus possible et plus facile, mais plus infaillible et plus sûr. Nous le voyons dans la femme samaritaine. Mais si nous y prenons bien garde, ce que nous voyons dans elle, c'est ce qui se passe encore tous les jours dans nous. Car y a-t-il personne que Dieu ait autrefois touché et qu'il ait ramené de ses égarements, qui n'attribue en partie sa conversion à certaines rencontres, et qui ne se souvienne que ce fut là où Dieu lui ouvrit les yeux et lui parla au cœur? Ainsi l'a reconnu saint Augustin ; et l'aveu qu'il en fait est une espèce d'hommjïge qu'il a cru devoir à la gnâce. C'est dans ses Confessions qu'il a pris soin lui-même de nous marquer jusqu'aux moindres particularités du combat qu'elle lui livra, le trouble, l'agitation où il se trouva, le jardin où il se retira, le saint ami qui l'y accompagna, l'exemple des solitaires qui le confondit, l'endroit de saint Paul qu'il lut, et dont il se sentit frappé, quand cette grâce toute-puissante le transforma dans un homme tout nouveau, et le soumit enfin à Dieu, Ainsi, dis-je, l'a-t-il publié; et si nous faisions tous une pareille confession de notre vie, ne pourrions-nous pas tous par proportion rendre de nous-mêmes un témoignage à peu près semblable ?
Quel est donc pour nous le point capital et la grande maxime de la sagesse chrétienne ? Retenez-la bien, mes chers auditeurs, et ne l'oubliez jamais : c'est d'observer avec soin ces occasions, et de ne les pas manquer. Car combien de choses dont vous ne voyez pas les conséquences et qui vous semblent venir du hasard, sont autant de moyens que Dieu a choisis pour vous retirer du monde, et dont peut-être il liu a [)lu de faire dépendre votre prédestination même ? par exemple, l'engagement que vous avez avec ce serviteur de Dieu, ce livre de piété que vous goûtez, ce sermon édifiant et convaincant que vous entendez, cette mort subite qui vous effraie, cette perte de biens qui vous afflige, cette
« U Cor,, Ti, 2. — ' Ibid.
SUR LA r.RACR
dlsfïiAco (|ni vous Iiiiniilif^, colt(^ innrinih^ ((iii, maljîré vous, vous ii^iluit i^i mener mie \ie |)liis rtV'tV, cl vous cm|iôclie de vous porter aux unîmes excî^s. Si les desseins de Dieu vous (Paient pitmemenl eonmis, e( (|iie vous sussiez avec cerliUide (|iie c'est h cela (ju'il a voulu atlaeher voUe salut, ne les ména^erie/.-vous pas ces occasions si importantes ? Or, vous n'en savez que Irop pour y adoier au moins les conseils secrets de celle IM'ovidence toute palei'iielle <|iii vous gouverne ; et si vous n'en savez pas davaidage, c'est ce ipii vous ol>lij;e encore ù vivre dans nue dépendance plus abst)Iue de celle grAcc eu qui vous vous couliez. iMais, si c'est une occasion de salid, me diiez-voiis, et (pie Dieu y ail atlaclié la glace de ma conversion il est sûr (pie je me convertirai. Je le veux, clnvliens ; mais il n'est pas moins sur que vous ne vous convertirez jamais sans un bon usage de celle gràic, et de l'occasion où elle vous est prépari'e. Car, de queltpie nature que soit cette grâce, il est de la foi que son elïet ne peut (!'tre séparé de votre fidélité ; et, de quelque manière qu'elle agisse, il en laut toujours revenir aux deux paroles du Sauveur des hommes : VUjilale et orale ^ ; Veillez cl priez. Priez, parce que vous ne pouvez rien sans la grâce; et veillez, parce que la grâce, loule puissante qu'elle est, ne fait rien sans i^ous. Priez, alin qu'il y ait pour vous un temps et un jour de salut ; et veillez, afin que ce jour de salut ne vous échappe pas. Voilà en deux mots les deux points fixes et tout le précis de la théoU)gie d'un chrétien. Poursuivons.
J'ajoute que la grâce qui opère notre conversion, ((uelque intérêt que nous ayons à la recheicher, est toujours la première à nous prévenir ; et c'est, dans la doctrine des Pères, ce qu'eile a de plus essentiel. Car si je la pouvais prévenir, dès-là elle ne serait plus grâce, parce qu'elle supposerait en nous le mérite de l'avoir prévenue. Je sais que nous pouvons, quoique pécheurs, chercher Dieu par la grâce et le trouver; mais, reprend saint Bernard, nous ne chercherions jamais Dieu par la grâce, si Dieu, parune autre grâce, ne nous avait lui-même cherchés : Nisi eiiim inius guœsita, non quœreres, sicutnec eligeres nisi electa. Or, c'est ce qui parait sensiblement dans la conversion de celte femme de Samarie. Le Fils de Dieu n'attend pas qu'elle fasse quelque avance pour venir à lui : il l'aborde, il lui parle, il l'engage, sans qu'elle y pense, dans un entretien qui doit être le principe de son saint. Tel est le mystère et le prodige tout ensemble de la charité de mon Dieu, de vouloir
bien prévenir liii-mi^me des péclieurs, cVsl-àdire dt; reclirnlicr lui -même de viles créatures ; de vouloir bii'n appeler lui-même des âmes inprales (ît rebelles, des âmes crimirK.'lles iïI dignes de toutes ses vengeances, des âmes faibles cl incoiislanles, dont peut-êlr(î il prévoit les inlidélllés et les rechutes : de les recbcnber, dis-je, et d'aller au-devaul d'elles dans u\\ leinp^". où elles ne pensent point à lui;j(î dis plus, dans un temps où elles s'éloignent de lui, où elles se soulèseut conlre lui, où même elles ont en quelque sorte horreur de lui. Ah ! Seigneur, puis-jc m'écrier ici, louché du scnlimeut de saint Bernard, et en m'appliqiianl ce dogme de notre religion, si opposé au pélagianisme, ah ! Seijiieiir, est-il donc vrai (pie.'loiil aimable que vous êtes, je ne puisse de moi-même vous aimer, el que mu misère aille encore jusqu'à ne pouvoir désirer d'être aimé de vous, si vous n'excitez en moi ce d(''sir ! Est-il donc vrai (|ue, tout Dieu que vous êtes, vous soyez dans la nécessité de faire les premières démarches pour me réconcilier avec vous, ou de m'avoir éternellement pour ennemi ? ne serait-ce pas assez que vous fussiez disposé à me recevoir ? mais du moins, ô mon Dieu, puisque vous voulez bien conunenccr, ne ré|jondrai-je point ù votre amour ? ajouterai-je à l'impuissance malheureuse de vous prévenir, le crime impardonnable de ne vous pas seconder ? Non, Seigneur ; et vous me f'ailes trop bien comprendre ce que je vous dois, pour que mon cœur demeure dans une si mortelle indifférence. Puisqu'il est de Thonnenr de votre grâce que ce soit elle qui me recherche, je veux bien me soumetirc à celte loi. Oui, mon Dieu, je veux bien m'humilier dans celle vue ; je veux bien reconnaître devant vous ma iaiblesse, et me contondre dans la pensée que de moi-même je ne puis faire un pas pour aller à vous, et qu'avec toutes vos perfeclious, je ne puis vous aimer si vous ne m'aimez, el si vous ne m'aimez avant que je vous aime. Mais du reste, Seigneur, ce sera pour moi un puissant motif de reconnaissance el de fidélité ; et le souvenir de votre in.finie miséricorde, en me recherchant malgré toute mon indignité, eu me prévenant, en me remettant dans vos voies, maltacliera désormais à vous d'un lien si étroit, que la nature, que la passion, que le monde avec tous ses charmes, que rien, quoi que ce puisse ôtte, ne le pourra rompre. Tel est le fruit que l'àme chrétienne doit tirer de ce point de foi utilement et solidement médité.
Mais encore comment est-ce que la grâce nous
SKRMON roru LE VKNDHEDl DELA TROISIEME SEMAINE.
prc^Yicnl? est-ce avec autorilé et avec empire ? Ndfi, dit le propliMe royal, mais par des béiiédi( lions de doiieeiir ; Pm'vt'ninti ntm iu bciiedictiouihus (lulrcdinis '. Car, si elle nous |»ré\ieiil, c'est en nous demandant ee qu'elle vent obtenir de nous ; et en cela, remarque sninl Piosper, consiste la différence de la j^ràce cl de la loi : a loi commande cl la giAce invite ; la loi menace cl la pràce attire ; la loi contraint cl la };iàce enjrage. Or. c'est ce mélange de la loi et de la grâce qni lait tout le mysière de l'aimable et souveraine domination de Dieu sur nos CGMus. Il ne tenait qu'au Sauveur du monde d'user de tout son pouvoir, et d'obliger la Samarilaiiie à lui rendre d'abord et sansrc[)lique une obéissance fjrcéc ; mais parce que c'est sa gn\ce qni agit c/i elle, il veut qu'elle obéisse non-sculem-'ul s<ans répugnance, mais avec joie et avec amour. Par où donc commence-t-il ? II la prie de l'écouter et de le croire: Millier, crede m\hi'>-. C H' quoique Dieu, par l'elficace dcs:i grâce, soit iraitie de nos volontés, et (pi'il puisse, comme il lui plaît, disposer de nous, il n'en dispose néamnoins qu'avec léserve, et, si j'ose me servir du terme de l'Écriture , qu'avec respect ; c'est-<*i-dire en nous inspirant, en nous persuadant , en nous demandant ce qu'il veut nous faire vouloir : Tu aulem dominator virtiitis, cum mcifjua reverentia disponis nos '*. Je dis plus : quoi(iuc maître absolu, il nous demande peu, pour nous donner beaucoup. Que demande Jésus-Cbrist à celte Samaritaine / un peu d*eau : I)a mihi bibere'^. Et pourquoi de l'eau ? pour lui faire naître le désir d'une eau bien plus excellente qu'il veut lui donner ; de cette eau salutaire et vivifiante, dont la source rejailliljusque dans la vie éternelle : Fuus aquœ salientis iii vitoiii œternuîn ^ ; de celle eau qui doit pour jamais élancber notre soif, et nous établir dans une paix et dans une lelicité parfaite : Qui biberit ex aqua, qiiam ego dubo ci, non sitiet in œterniun ^. Belle idée, mes cliers auditeurs, de ce que nous éprouvons tous les jours dans la conduite de la grûce. Que demande-telle d'abord? piespie rien. Un peu d'attention sur nousmêmes, un peu de règle dans nos actions, un peu (le disciélion dans nos paroles, un peu d'assujettissement à nos devoirs. Donnez-moi cela, nous dit Dieu : c'est bien [)eu ; mais de ce peu dépeiident toutefois les grâces les plus abondantes Et en effet, c'est souvent parcept'u,je veux dire par cette petite vicloirc remportée sur la pàsiion, par celte pclilc violence laite à l'Im-
' Psalm., xv. 4. ' Joaii., iv, 21. — ' Sap., xii, 18. — * Joan. iw, 10. — 5Ibid. 14. — eibid., 13.
meur, par ce petit sacrifice de l'infér/^f, parC'» petit ellort de la cbarilé, par ce pclit rotranchoment d'iuie vanité mondaine , que nous nous mettons <'n état de recevoir la plénilndc des dons céle-tes et des miséricordes dii Seigneur. C'est par là que commencent les grands cbangements, les grandes conversions ; et ne sommes-nous pas bien coupables, si nous refusons â Dieu ce qu'il exige de nous, quand l'avantage qu'il nous piomet est lellenii-nt audessus de ce qu'il attend ?
Disons néauii oins encore quelque chose de plus touchant. Je prétends avec saint Chrisostome que la grâce, pour agir n\oc plus de douceur, s'accomîiiode à nos inclinations, à nos goûts, à nos talents, et même en quebjue sorte à nos faiblesses, h nos imperfection?, à nos défauts. J'en ai la preuve dans cette femme de notre Évangile, l'n autre que le Fils de Dieu qui l'eût entendue disputer et raisonner sur les points les plus importants de la religion, l'aurait rebutée; un autre lui eût dit qu'il ne lui appartenait pas de pénétrer dans ces malières; que ces questions épineuses et subtiles n'étaient pas de son ressort ; et que l.i grande science d'une femme devait être de n'en point trop savoir, ou de ne point affecter de paraître en trop savoir : car c'est la réponse commime qu'ont eue de tout temps à essuyer les femmes curieuses, et qu'on a toujours fait valoir contre elles. Mais notre divin Maître n'ignorait pas que ce n'est point ainsi qu'on les convertit, et que celle réponse, mortifiante pour elles, bien loin de les corriger, ne sert qu'à les aigrir et h les irriter. Que fait-il donc ? Il tient une conduite tout opposée. Cette femme est vaine cl curieuse, il l'engage par sa curiosité même; elle se piijued'èlre savante, il ne dédaigne point de raisonner avec elle sur ce qu'il y a dans la religion de plus piofond et de plus su'olime. En instruisant les peuples, il se servait de paraboles, c'est-à-dire de comparaisons simples et familières, pour s'accommoder à la grossièreté de leurs esprits , mais il n'entretient celle-ci, toute pécheresse qu'elle est, que de malières élevées, et en des termes proportionnés à la grandeur des siijels dont il veut bien conférer avec elle : de la nature de Dieu, de la perfeclion de son être, de la pureté de son culte, de l'adoration en esprit : et parla il la détrompe, sans l'offenser, des fan.-ses idées dont elle était prévenue touchant la Divinité et les hommages que nous lui devons. Or, n'est-ce pas ainsi que la grâce agit et sur nos esprits cl sur nos cœms ? n'est-ce pas ainsi qu'elle se conforme à nous, ne nous sanctifiant prestiue
SUU LA eu ACE.
jain.iis ( roinin'ijiMV. ccv'\, je vous prie ), iit» nous paiit'liliiuil piosiiiic jamais iI'uik» maiiièic coiitiaii'c :\ nos iiiilinalittiis naturelles, mais porllvlionnanl selon Dieu nos inelinations naturelles, pour nous sanelidcr ? Soimnes-nous nrdenis cl agissants? cWo. nous anime d'un sailli ztMo et nous porle h la prali(pie des bonnes «riivres. Sommes nous leiulies el alîeetueu\?elle nous inspire pour Dieu une tendresse d'amour qui nous lait (pielquclois répandre à ses pieilsdes torrents de laiiu(>s. Sommes-nous d'une humeur l'acile ? elle reelilie celle lacililé d'Iiiimeur, el la eonverlit en cliaiilé pour le prochain. Sommes-nous d'un esprit lij^ideel sévère? elle tourne celte sévérité en lervein* de pénitence. Elle prend, dit l'aiiôtie saint IMerre, par rapport ji nous, autant de ditlérenl(>s lormes cpi'elle trouve en nous de dispositions diUéientes : Mulùformis (jratiœ Dei K Giàec qui nous engage ù être saints connue on vondrail l'être, si Dieu nous en donnait le choix, et (pie i\ous n'eussions (pi'àen ilélibéreravec nous-mêmes ; afin, dit saint CInvsostome, qu'il ne nous reste iml prétexte pour nous dispenser de la suivre, puisqu'elle veut bien se servir de notre fonds pour raceomplissemenl de ses desseins ; puisiiu'il n'y a rien dans nous qu'elle ne melte en œuvre pour l'ouvrage de notre salut; ()uisqu'elle ne demande point d'autre naturel que le nuire, point d'autre complexion que la nôtre, point d'autres talents que les nôtres, pour taire de nous ce que Dieu veut que nous soyons ; culiu, puisque, dans un sens que vous entendez assez, nous (>ouvons, eu ne cessant point d'être ce que nous sommes, devenir par elle tout ce que nous ne sommes pas.
Il est vrai, chrétiens, que par celte grâce Dieu nous oblijic à mépriser tout ce que le monde estime ; ù renoncer de cœur aux honneurs du monde ; aux plaisirs du monde, aux biens du inoiitle ; mais ici môme voyez encore et goûtez combien le Seigneur est doux: Guslale,el vidcte quoiiiam suaves est, Dominas '^.liuc nousobligeà niépr si-r le monde, qu'après qu'il nous en a t'ait connaili-e, par sa grâce, l'illusion; qu'après nous avou co .Naincusquelemoudenepe itjamaisnous rendiv heureux. Il ne nous obligea renoncer au monde qu'a[)! es nous avoir ôté, par sa grâce, l'esiime el l'amour du monde. Or, il est aisé de renoncer à ce que l'on n'eslime et ion n'aime plus. C'est la sainte leçon que Jésus-Clirisl lait à la Sa iiarilaine : Omnis qui biberit ex aqua hac,siliet iterum 3; Quiconque boira de celte eau, aura encore soif; c'csl-à-dire, quiconque aura
Peir., IV, 10. —i Psalm., xxxiii, 9. — 3 Joan., iv, 13.
de l'ambiti(Mi dans lo mon<le, quelque grand «lu'il puivs(» ('tre, ne sera jamais routent de ce qu'il est ; (piicoiMpic voudra s'enrichir dans le monde, (piehpics biens (pi'il possède, n'en aura jamais assez h son gré ; quiconque sera e-clavc de ses sens, qnoirpi'il ne leur rebise ricMi, ne les s.ilislera jamais. Unand \r. suis une l'ois persuadé de ce prin(i|K% je me (h'iache (h; toiilsans peine : et n'en sommes-nous pas invinciblement persuadés par la divine impression et les saintes lumières de la grâce ? Il est vrai que celle gi Ace in'()l)ligc(piel MKîloisà faire [)Our Dieu desclioscs dilliciles et pénibles ; mais en même temps clic m'y fait trouver de l'altrait : et roDiinenl ? par la grandeur des motifs qu'elle me i)ro[)osc, et par lespéranee des biens ineslimaldes (ju'elle me promet. Si scires donum Dei, et quis est qui dicit libi: Du mihi bibere ' ; Si vous saviez, dit le Sauveur à cette femme, quel est celui qui vous parle ; c'est-à-dire, si vous saviez, clnétiens, ce que c'est que Dieu ; si vous saviez ce que Dieu a (ait pour vous et ce qu'il mérite de vous ; si vous saviez ce que vousavez à attendre de Dieu; si vous saviez les magnifique.! récompenses qu'il réserve aux humbles, qu'il réserve aux pauvres, qu'il réserve à ceux qui souffrent et qui se mortident pour lui : si vous le saviez, ah ! il n'y aurait rien à quoi vous ne fussiez déterminés, et les croix les plus pesantes vous deviendraient non-seulement supportables, mais aimables, dans la seule vue de lui plaire. Or, qui nous apprend tout cela ? la grâce de de Jésus-Christ. Il est vrai que celle grâce va, selon l'Evangile, jusqu'à nous inspirer la haine de nous-mêmes ; mais pour nous l'inspirer, celte haine évangélique, elle nous fait convenir nousmêmes de noire bassesse, de notre indignité, de notre corruption, de nos désordres. D'où nous concluons nous-mêmes aisément que notre véritable intérêt est de nous haïr dans cette vie, si nous voulons nous aimer pour la vie éternelle. Aussi le Fils de Dieu, pour faciliter la pénitence à cette pécheresse deSamarie, lui fait-il lairc à ellemême la confession de son crime ; et, par la lion te salutaire qu'elle en conçoit, la réduit-il, presque sans qu'elle l'aperçoive, à la nécessitéde s'accuser, de se condamner, et par conséquent de se convertir, puisque c'est dans une sincère accusation, et <lans une parfaite condamnation de soi-même, que consiste la vraie conversion.
Telle est, chrétiens, la conduite de la grâce ; voilà comment Dieu se rend maître de nos cœurs. Ce n'est point par la souveraineté de son empire ; ce n'est point par les hautes lumières de son en-
' Joan., IT, 10.
SERMON rOUR LE VENDREDI DE LA TROISIÈME SEMAINE.
tendeincnt divin, mais par la douceur de la pr;\(C cl de son cspiit. lia fallu, pour ^aiincr le cœur des hounues, <|ue la luajeslc^ s'ahaissAt, et que, dans la personne du Sauveur, lu sa|zesse incréée de Dieu s'huniiliAt. Or, à l'exemple de Dieu, c'est par h\ niùme (jue nous noiis msinuerojis dans les unies, et que nous y exercerons un pouvoir d'autant plus absolu (ju'il le paraîtra moins. Ce ne sera |)oint par 1 autorité, beauioup moins par l'esprit de domination, ou par l'ascendant que nous pieiuhonsct que nous affecterons de prendre ; ce ne sera pas même par riiahileté, ni par la supériorité de génie et d'inlelligence, mais par les sages ménagements de la charité. H faut, pour engager le prochain et pour le toucher, que nous sui)portions ses défauts, que nous conq^alissions à ses faiblesses, que nous condescendions à ses humeurs, que nous soyons sensibles à ses misères, que nous entrions avec zèle dans ses besoins, et que, suivant la règle et l'expression de saint Paul, nous prenions, comme élus de Dieu, des entrailles de miséricorde : Induite vos, sicutelecti Dei, viscera inisericordiœ i . Cette instruction nous regarde tous : mais nous en particulier, mes frères, nous, disjc,que Dieu a spécialement appelés au ministère delà conversion et de la sanctification des âmes; nous qui, comme prêtres du Seigneur, sommes les dispensateurs de sa grâce, et qui devons, par conséquent, conformer notre conduite à celle de la grâce même : c'est à nous, encore une fois, que cette morale s'adresse ; souffrez que je yous l'applique, et que je me l'applique à moimôme. Car, voilà votre modèle et le mien: c'est par la douceur de notre zèle que nous devons toucher les pécheurs ; autrement, nous n'y réussirons jamais. Ayez, si vous voulez, toute la science des docteurs, ayez toute l'éloquence des prophètes, parlez le langage des apôtres, et même des anges ; si tout cela n'est assaisonné de la douceur évangélique, vous ne ferez rien. C'est elle qui doit nous préparer les voies, et nous faire entrer dans les cœurs. Sans elle, on nous écoutera, et nous viendrons à bout de tout le reste ; nous instruirons, nous convaincrons, nous confondrons, nous épouvanterons, mais nous ne convertirons pas. Sans elle, nous troublerons les consciences, nous désespérerons les faibles, nous révolterons les opiniâtres, mais jamais nous ne les attirerons à Dieu. Le Sauveur du monde ne parut sévère qu'à l'égard des pharisiens, des hypocrites qui, sous un masque de piété, imposaient au peuple et le liompaieut ; et, par un secret
> Coloss., lu, 12.
jugement de Dieu, ce fut à Tégard des pharisiens que son zèle demeura sans cflet. L' ne dis pas, mes frères, que nous devions tlaller les pécheurs par de lâches complaisiinces ; vous n'ignorez pas combien j'ai ce sentiment cnliorrein*. Je ne dis pas que nousne devons point obliger les péchems à tout ce que l'Evangile a de plus austère, aux rigueurs de la pénitence, au criicilisment de la chair, à la mortilicalion de l'i-sprit : malheur à moi, si j'en ral^atlais un seul point 1 Maisje dis qu'à celle sévérité, qui pourrait seule éloigner les pécheurs, il faut joindre celle ilouceur qui les ramène. Je dis qu'il laut proportionner celle sévérité aux dispositions des sujets, comme la grâce elle-même s'y accommode ; et non pas l'appliquer sans discernement et sans prudence, aux uns trop, aux autres trop peu, à ceux-ci hors de leur étal, à ceuxlà par-dessus leurs forces. Je dis qu'il faut avoir de saintes adresses pour faire embrasser cette sé\érité, et môme pour la faire goùler; montrons qu'elle est pialicable, et ne ()orlant jamais les chosesà des excès qui donnnent lieu aux mondains de les traiter d'impossibles. Je ne dis pas, encore une fois, qu'il ne faille jamais user de sévéïité dans la conduite des âmes, mais je dis que ce doit êlie une sévérité discrète, une sévérité qui se fasse aimer, une sévérité quirende le joug de Dieu supportable ; et non point une sévérité pharisaïque, une sévérité sans onction, une sévérité imjiérieuse, une sévérité sèche et rebutante, une sévérité qui ne pourrait convenir qu'à des esclaves, mais qui ne convient nullement aux enfants de Dieu. Plût au Ciel, mes fières, que nous lussions tous bien persuadés de celle vérité, puisque rien ne contribuerait davantage à la satictilication du christianisme! Quoi qu'il en soit, voici, mes cher§ auditeurs, ce qui nous rendra inexcusables au jugement de Dieu : l'inlinie douceur avec laquelle Dieu nous gouverne. Si les puissances de la terre dont nous dépendons se comportaient de la sorte envers nous, nous en serions idolâtres : Dieu veut nous gagner par sa giâce, et nous lui sommes rebelles ! Il me reste à vous montrer que cette grâce, quoique douce dans la manière dont elle engage le pécheur, n'en a pas inoins de force dans son action ; et c'est ce que vous allez voir dans la suite de notre Evangile, qui fera le sujet du second point.
DEUXŒME PARTIE.
Quelque obscure que soit notre foi, si nous la regardons en elle-même et dans ses m\stères, elle a cependant, selon la pensée de tous les
Sllll LA GUACR.
tlu^olopions, une esp^urtSidciuM» dnnsso.s motifs; je veux dire «jne ce (lu'elle nous révMe (;st au moins ésideiiiiueiit croMible, par lu (|ii!)lité des mollis qui nous ol)li;;enl à le croire. Or, il m*a toujours paru, cl il nw parait encore, ([u'un de ces niolils les plus |)uissanls et les plus convnmeaiitsest de voir ce (jue la grAce opère qutUquelois en certaines Ames, que Dieu, conune dit le giand apôtre, a prt^deslinées pour en ("aire des vases de miséricorde. Ceci, mes chers auditeurs, vous édillera et vous consolera. Quand les magiciens de Pharaon virent les étonnants prodiges que faisait iMoïsc dans toute l'Egypte, par le seul attouchement de cette baguette mystérieuse qui leur donna tant de terreur, ils confessèrent enlin que le doigt de Uieu était h^; c'est-à-dire, (ju'ils y reconnurent le caractère d'une vertu divine, dont ce législateur et ce prophète était l'instrument : Et dixenuU maleficiad Pharaouem : Di(ji(us Dei est hic K Et ujoi, chrétiens, quand je n'envisagerais que la conversion de cette lenmie samaritaine, telle qu'elle est rapportée dans l'Evangile, je conclurais sans hésiter qu'il y a un principe surnaturel qui agit en nous; que Dieu a de secrets ressorts pour remuer nos cœurs et les tourner comme il lui plait; que nous recevons du ciel des impressions qui ne peuvent venir que de la grâce; et que, par les divines o[)érations de celte grAce, notre liberté, sans rien perdre de son indifférence et de ses droits, est parfaitement soumise à l'empire de Dieu.
Or, en quoi consiste le miracle de cette conversion? Le voici, par rapport aux deux puissances de l'àme à qui la grâce intérieure est immédiatement communiquée; savoir, l'entendement et la volonté ; ou si vous voulez, l'esprit et le cœur. Miracle de la grâce dans la victoire qu'elle remporte sur l'esprit de la Samaritaine ; miracle de la grâce dans le changement qu'elle fait du cœur de la Samaritaine; miracle, dis-je, opéré d'une façon toute miraculeuse, et avec des circonstances qui ne permettent pas de douter que ce ne soit l'ouvrage de la main toutepuissante de Dieu : Digilus Dei est hic. Ecoutez-* moi, chrétiens, et suppléez, par une attention toute nouvelle, à la nécessité où je me trouve d'abréger en peu de paroles ce qui demanderait un discours entier.
Miracle de la grâce et de sa force dans la victoire qu'elle remporte sur l'esprit de la Samaritaine. Suivez le texte sacré et vous en allez convenir. C'était tout ensemble une infidèle et une hérétique, puisque, selon la remarque d'O-
)£xod-, Tiii, 19i
rigène, les Samaritains étaient dans le fond idolâtres, et adoraient les lausscs (li\inités de leius ancêtres, et que néanmoins ils ni; laissaient pas de pratiijiier au uiènnî temps mu; espèce de; judaïsme corrouqjU par leurs opinions pailiculières : ce (pii les divisait, et, par un schisme déclaré, les sé|)arail du reste des juifs : Nun enim coutuntur judœi sanKtritauis '. C'était une hérétique vaine et suffisante, opiniàtie et indocile, préoccupée de son erreur et délernnnéeà lasoutetùr; qui se picjuait de raisoimer et d'être subtile en matière de religion : car tout cela paraît dans l'entretien (|ue Jésus-Christ eut avec elle. Or-, vous savez l'extrême difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité morale, de réduire un esprit, encore plus l'esprit d'imc femme, quand elle est de ce caractère. V'ous savez condiien il est rare de voir une femme entêtée d'une hérésie 'je dis entêtée; car, persuadée par raison, à peine le fut-elle jamais) se mettre en état de reconnaître la vérité, la chercher de bonne foi et s'y soumettre. Soit que, par une malheureuse fatalité, l'hérésie ait cela de propre, de rendre les cœurs inHexibles et de les endurcir; soit que Dieu, par une punilion due à ce péché, qui de tous les péchés est dans un sens le plus grief et le plus punissable, ait coutume de répandre dans les esprits d'éj)aisses ténèbres qui les aveuglent toujours de plus en plus, et que saint Augustin appelle pour cela : Pœnales cœcitates; encore une fois, vous savez combien ce retour de l'hérésie à la foi, de l'orgueil de l'une à l'humilité de l'autre, demande d'eflorts, et condHcn, dans l'ordre même de la grâce, il approche du miracle. Cependant c'est ce que la grâce opère aujourd'hui, mais p.ar une vertu qui ne peut être que la vertu du Très- Haut. Jésus-Christ convertit celle fcnnne : de samaritaine qu'elle était, il la ramène premièrement à la pureté du culte juif, et puis il en lait une parfaite chrétieime. Après l'avoir lait renoncer aux superstitions de ses pères et au schisme où elle a été élevée, après lui avoir fait condamner les erreurs qu'elle soutenait avec tant d'obslination et tant de zèle, il lui fait conuailre ce qu'il est et pourquoi il est venu, le sujet et la fin de sa mission, sa qualité de Christ et de Sauveur, sa divinité même : mystères naturellement incroyables, et qu'elle ne pouvait découvrir qu'à la faveur des plus pures lumières de la grâce qu'il lui communique. Non-seulement il lui révèle ces points si importants et si siiblimes, mais il les lui persuade, mais il les lui fail goûter. Quoiqu'elle eût refusé d'abord de traiter
I Jean., ir, 9.
SERMON POUR LE VENDREDÏ DE LA TROISIf-lME SEMAINE.
ovrc lui, rllor(''coulc cnliM nvoc docilité cl avec rcp[>('ct : qiioi(inc tout ce qui venait des juifs lui fût odieux, elle vent l.ien, tout juif qu'il est, le iTcoimailie et l'adorer comme auteur de son gnhil ! Quoi(iu'elle ne \\l en lui que les apparences d'im lioinmc, elle proteste et croit fermement qu'il est le Christ, vrai Fils de Dieu. Ne faut-il pas confesper qu'une telle conversion fut l'oMivre (lu Seifrneur, et s'écrier avec David : Jhrc inut(ttii) dexlerœ Excehi ' ?
Riais en chaufreant l'esprit de cette Samaritaine, la frràcc n'agit pas moins puissamment da?is son cœur. Car outre qu'elle était hérétique et obstinée dans sa fausse créaHce, elle était impudique et liberlinc dans ses mœurs. Péchés, dit saint Chrysoslome, qui, malgré leur opposition, ne laissent pas d'avoir comme ime espèce d'aflinilé, puisque l'hérésie, 5 proprement parler, n'est autre chose qu'une corruption de l'esprit, connue l'adultère et l'impudicit.î est une rébellion de la chair. Or, Dieu, ajoute saint Chrysostome,vengeur del'un et de l'autre, punit et confond souvent l'un par l'autre, en permettant que ces révoltes de l'esprit contre la vérité soient comnninémcnt suivies des plus honteux déié^lements de la sensualité. El en effet, nous vojons ces Ames, si présomptueuses et si fières sur ce qui concerne la religion, n'être pas ordinaireuienl les plus fermes dans leur devoir, ni les plus inébranlables dans la tentation. Telle était celte pécheresse de Samarie, avec sa prétendue science et sa vaine sublililé. Elle vivait dans un concubinage public, dans un concubinage auquel clic s'était abandonnée, et dont elle avait contracté même une longue habitude ; Qmnque enim viros liabvisti ; et nunc qucm habes, non est tuus vir^. Or, s'il y a une maladie difficile h guérir, c'esl celle-IJi ; s'il y a un démon capable de résister à Dieu el à sa grAce, il est évident que c'est cet esprit impur. Mais en cela même la grâce de Jésus-Christ trouve la matière de son triomphe. Cette pécheresse, celte prostituée, celte femme esclave des plus sales passions, est enfin purifiée et sanctifiée. Il semble que Jésus-Christ lui ait donné un autre cœur; qu'après lui avoir arraché ce cœur charnel el corrompu d'où procédaient tant de désordres, il ait créé en elle un cœur nouveau, un cœur é[)uré non-seulement de toutes les souillures du péché, mais de toutes les affections de la terre. Ce n'est plus cette Samaritaine scandaleuse, qui s'était fait un front pour le crime, el qui servait aux âmes de démon pour les perdre : c'est une créaluie toute nouvelle en Jésus-
1 Psalm., I xxvi, 11. — ' Joan., ly, 18.
Christ : Nova in Chriato creatura *, une Ame transformée en Dieu, et qui ne respire plus que l'amour de son Dieu ; qui n'a plus rien que de chaste dans ses pensées, que de modeste dans ses paroles, que de réglé dans ses aci ions; qui par sa conduite exemplaire est désormais un modèle de vertu, el qui va répandre partout l'odeur de sa sainteté. Quel prodige, mes chers auditeurs! et ne dev(uis-nous pas toujours repiendre avec le proplijte : Ilœc mulutio tieilerœ Excehi ?
Mais si la grAce de Jésus-Christ lait un miracle dans la conversion de cette femme, la manière miraculeuse dont elle le fait, montre emore bien quelle est sa Ibrce el sa puiss.uico. Car, n'esl-il pas élounaul, cliréliens, que iWux changements si prodigieux ne coûtent au S.iuveur du monde qu'un moment? Quand Dieu agit selon les lois et le cours ordinaire de sa providence, il garde, ou du moins il parait garder des inesuiTs; et dans l'ordre surnaturel, alls^i bien que dans l'ordre naturel, il s'accommode fi notre faiblesse. Car, il ne fait pas les saints dans un instant ; il les sanciifie peu à peu, et, par des progrès quelqueluis insensibles, il les conduit de degré en degré jusqu'au terme d'une saitiletô consommée. Mais quand il agit souverainement el en Dieu, il ne s'assujeltit point de la sorte ; il ne prépare point le sujet qui doit servir de fond à son action. Une parole qu'il profère lait sortir des millions d'êtres du néant, étend les cieux, affermit la terre, donne à ce vaste univers toute sa perlédion ; Dixit, el fada sunt '^. Ainsi le Fils de Dieu ne dit qu'une parole à la Samaritaine : Ego sum 3 ; Oui, c'esl moi, moi qui suis ce Messie que vous attendez ; et tout à coup la voilà touchée, la voilà pénétrée des plus saints, mais des plus vifs et des plus tendres sentitiments. Parole, reprend saint Augustin, plus efficace que celle même dont Dieu créa le monde; parole qui, par une seconde création, mais bien plus admirable que la première, réforma dans le cœur de cette femme l'ouvrage de Dieu, que le péché y avait détruit. Je dis cr'al'on i lus admirable que la première, puisque dans la première le néant, sur lequel Dieu travaille, obéit sans contradiction à sa parole ; au lieu que dans celle-ci Dieu Ir.ivaillait sur le néant du péché, qui, tout néant qu'il est, est capable, comme péché, de lui résister. .Mais encore par quelle marque sensible le Fils de Dieu s'aul'»risa-t-il dans l'esprit de la Samaritaine, et par où Irouva- Ulune si tacite cl si prom|)te créance? Le vit-elle ence moment-là commander aux tein[!êtes et à
m Cor., y, 17. — » Psalm., xxxii, 9. — ' Joan., iv, 26.
SUR LA r.RACK.
in
la mer, }rii(*rlr les avonprlos-iu^s, ressusciter les morlsdetjiialrejoiirsïAli ! clinHicns, voieilaiiirrveillo (lui surpasse toutes les antres. I e iiiomjU; converti sans niiraeles, et sans niiraeles (le\eMii cliriMien, si l'on voulait ainsi le supposer, ce serait, (lisait saint Anjiuslin, le plus jxrand de tous les niiraeles; ee seiail le miracle des miracles, cl le plus convaincant pour nnpaïerj (|iti ne croirait pas les antres miracles. Or, nous le voyons, mes cliers auditeurs, ce miracle des miracles, aciomidi dans celle Samarilaiue. Les pharisiens et les do/lours de la loi voyaient tous les join's les miracles de J(^sus-Christ; ils en «liaient les témoins oculaires ; ils parlaient ;\ I^azare qu'il avait publiipiement rcssu>;cil(^, aux n\alades qu'il avait guéris; et cependant, par une obslinalion mllexihle, ils persislaieid dans lem* incr(hltdité. Mais celle-ci, sans miracles, non-seulement croit en lui, mais s'allaclie ù lui, se donne h lui, renonce à tout pour lui. D'où \ient cela ? de la toute-puissance de la grâce, qui n'a besoin que d'elle-mèMne pour trioiupher du cœur de riiomiiie.
Ce n'est pas tout. Quand le Fils de Dieu con- TCrlissait les autres pécheurs, ce n'était qu'après leur avoir donné pour sa personne, par quelque signalé bienlhil, un fonds de confiance et d'estime. Pour sauver leurs âmes, il commençait par guérir l.nirs corps ; et, par condescendance à leur faiblesse, il les eu<z;agfait à croire ce qu'il était, en leur laisantéprouvei-dans leurs besoins ce qu'il pouvait. Mais parce qu'il a résolu de faire parailre dans celte pécheresse de Samarie toute la force de la grâce, il la convertit purement, je veux dire sans autre attrait, sans autre engagement d'mlérét que celui de sacon\ersion mÎMiie. Elle ne croit poini en lui comme la femme chananécnne, parce qu'il a délivré sa fille du démon, ni comme riiéir.orroïsse, parce qu'il lui a rendu la santé : mais elle croit en lui pour lui seul ; elle s'allache à lui sans autre vue que l'avantige d'èlre à lui, et de ne vivre que pour lui. C'est là que je reconnais le caraciè.e d'une grâce victorieuse et tonle-puissante: Hœc mutalio dexXerœ Excelsi.
Enfin le miracle delà grâce, c'est qu'en sanctifiant cette ieniiiie, elle sauctilii tout le pays de Samarie, et qu'elle la rendit ca|)able de communiquer aux Samaritains le don de la foi. De péclieresse qu'elle était, dit saint Grétroire, pape, elle se trouve miraculeusement transformée en apôtre : Quœ advencrat peccatrix, revcrtitur prœdicutrix. Avant que les ap(!)lres aient paru, elle va annoncer Jésr.s-Cbrist à ceux qui ne le connaissent pas , et, sans déroger à la dignité de
saint IMorre, ni h celle des nnlreu npAIres, on peut dire (pie la pi('mi(''ie ap(Mre du chrislianismc, (•'esl la Samat ilaine. Kn ellct, son zèle la |)rcssi' de telle sorte (prdle ne peut s'urréler un moment : elle laisse le vaisseau qu'elle avait apporté avec elle, elle ne pense plus à pui.M'r de l'eau, elle (piille J(''sns-(^lirisl pour Jé>us-Christ même, elle rentre dans la ville, elle in\ile tout le monde h le venir voir et à l'i^couler; aimant mieux aller travailler pour sa gloire, que de goûter plus longtemps les douceurs de son entretien, et nîssentiiit di'jà ces saintes ardeurs et ces di\ins empressements de res|)rit d" loi, qui n'est jamais couleiil de coniiailie Dieu, s'd w le (ail encore connailreautant qu'il le peut et qu'il le doit.
t)e tout ceci, quelle conclusion? Ah ! chrétiens, ne disons donc plus, dans l'étal de notre p('>clié, que nous sommes faibles, et que notre laiblesse Ci-t un obstacle insurmontable à notre conversion ; mais disons avec i'Apôlre que si nous sommes faibles par nous-mêmes, nous sommes lout-puissants avec la grâce et par la grâce : Omuia possum in eo qui me confailal ». Défions-nous de nous-mêmes, mais espérons lou de Dieu. Je sais que [)0ur vous dégager de l'esclavage où le p('clié vous tient asservis, que pour vous interdire ce commerce, que pour renoi cor àcet attachement, que pour étouficr celle inclination,que pour vaincre le inonde, ilya ileseMoils à faire et de grands efforts ; qu'il y a des combats à livrer et de riid-s combats : mais pieuez confiance, pui que D eu vous ré[)ond de sa grâce, des que vous la demanderez de bonne loi, eî qu'il vous assure que sa grâce vous su (lit : Su[ficit tihi gratin men 2. C'est dans notre ini'irmilé même qu'elle fait éclater toute sa vertu ; et votre retour à Dieu, un retour prompt, un retour | arfail, ne sera pas un plusiirand miracle pour eile, que le changement merveilleux de celle pérlie. ressc de l'Evangile : Nain virtus in infii miiale perficitur 3. Ce n'est pas assez ; et voici, mes cher- auditeurs, le point de morale par où je finis. Si Dieu par sa miséricorde vous a tirés de l'abîme, et s'il vous a lait sentir l'impression de sa grâce, imitez le zèle de cette Samaritaine. Elle n'était j>as plus ca|)able que vous d'annoncer l'Evangile de l'îloinme-Dieu ; elle n'a\ait point de caractère particulier qui l'y obligeât plus (pie vous : pourquoi ne le ferez-vous pas comme elle ? En qualité de chrétiens, nous (levons tous par un engagement indispensable, chacun dans l'étendue de notre condition, participer au minislère a()Ostolique , et il n'y a point de (idèle,
1 Philip., iT, 13. — 2 II Cor., »., 9.— s Ibid.
SERMON POIJII LE VENDREDI D'^. LA TROISIÈME SEMAINE
do qiicli|ue profession qu'il soif, qui ne doive, au moins par ses œuvres, par ses exeuiples, par l'édincaliou de sa vie, |)arses chanlablcs conseils, prùclier Jésus-Christ. l)n pt're le doil prêchera ses erilanls, et se souvenir qu'il est leur premier apôtre ; que c'est à lui, comme père, de leur inspirer la religion, de leur en donner la première teinture, d'employer tous ses soins i\ la conserver dans leurs Ames, et que sans cela il ne mérite pas le nom de père, beaucoup moins celui de père cluélien. Un mai Ire le doit prêcher à ses domestiques, persuadé qu'il est pire qu'un infidèle s'il néglige un devoir si nécessaire, et que c'est, comme le dit l'Apùtre en termes exprès, renoncer sa foi que de laisser dans sa maison des hommes qui ignorent la loi de Dieu et qui ne la pratiquent pas : Deum negavit, et est injideli deterior '. Mais les pécheurs convertis sont ceux, entre tous les autres, qui doivent être plus touchés de cet important devoir. Pourquoi ? parce qu'ils y sont obligés, et par titre de reconnaissance, et par litre de justice, et par charité envers le prochain, et par intérêt pour eux-mêmes : parce qu'ils ne peuvent aulrement réparer le scandale de leur vie passée, ni rendre à Dieu ce qu'ils lui doivent pour tribut de leur conversion. Si donc parmi ceux qui m'écoutent, il y en avait quelqu'un de ce caractère, c'est-à-dire autrefois libertin et dans le désordre, mais maintenant changé par la grâce et résolu à vivre en chrétien : Voilà, lui dirais-je, mon cher frère, le modèle que Dieu vous met aujourd'hui devant les yeux : le zèle de la Siiinaritaine convertie. Ramenez comme elle à Jésus-Christ autant de pécheurs que votre exemple est capable d'en attirer, mais surtout ceux qui furent les complices de vos désordres. Dites-leur avec David, ce roi pénitent : Venite, audite, et narrubo, omnes gui limelis Deum, quanta fecit animce meœ 2. u vous qui craignez Dieu, ou plutôt qui par sa loi avez été instruits à le craindre, venez, écoutez, et je vous raconterai ce que peut
!1 Tim., V, 8. — = Psalm., u:v, 16-
ricorde du Seitmeur, et ce qu'elle fait ! il ne vous en faudra poiidd'autre preuve que mon exemple, et je vous dirai ce (|uc cette infinie miséricorde a fait pom- moi. J'étais dans les mêmes engagements (pie vous, dans les mêmes erreurs que vous, dans les mêmes excès que vous ; mais la grâce de mon Dieu a rompu les liens qui m'attachaient, a dissipé les nuages qtù m'aveuglaient, a éteint les passions qui m'emportaient. Je prenais aussi bien que vous pour folio tout ce que l'on me disait des vérités éternelles; mais la grAce de mon Dieu m'a détrompé, et m'a convaincu moi-même de ma propre folie. Je croyais comme vous que ce changement était impossible, que jamais je ne pourrais me résoudre à sortir de mes habitudes criminelles, que jamais je ne pourrais soutenir une vie plus retirée et plus réglée, que ce serait un état triste, ennuyeux, insupportable ; mais , jtar la grâce de mon Dieu, toutes les difficultés se sont aplanies, j'ai triomphé de la nature et de l'habitude, je me suis arraché au monde et à ses enchantements; au lieu du trouble et de l'ennui que je craignais, j'ai trouvé le calme et la joie. Et que ne puis-je vous ouvrir mon comu- ? (jue ne puis-je vous faire connaître et vous faire sentir ce qu'il sent, depuis que le péché n'y domine plus, et qu'il commence à jouir d'une sainte liberté ! Vemte, audite, et narraho quanta fecit animœ meœ.
Ah ! chrétiens, que ne peut pas pour la gloire de Dieu une âme bien convertie, et de quelle efficace est son témoignage en faveur de la vertu! La Samaritaine convertit seule presque tout un pays ; et combien de pécheurs par leur pénitence gagneraient des villes entières, et en réformeraient les abus? Inspirez-nous ce zèle. Seigneur, inspirez-le à tous mes auditeurs. Répandez sur eux votre esprit, et que touchés de cet esprit de douceur, soutenus de cet esprit de force, ils rentrent dans vos voies, et y fassent rentrer par leurs exemples ceux qu'ils en ont retirés par leurs scandales ; en sorte que nous puission tous parvenir un jour à la- «uème gloire, où nous conduise, etc.
SUR F.A PIIOVIOENCE. 4i3
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA QUATRIÈME SEMAINE