TROISIÈME PARTIE
Il y a des choses dont l'usage nous est telle-
SUR \A PAHOLR OR DIRU.
menl profltaMi', u ellos ponvonl s.ms cons(^qiitMifiM'l sans (lanjjjcr (li'vonir iiuililcs. Mais il y en a d'aiitros (|ui, du inoinont (iii'olli>s nous devif nnciil inutile-^, par iino inalheiu'onso t'atalilt\ nous (It'vicMiiuMil préjudiciables. Los aliments et les KMuùdts sont de cotte nature. Si je ne prolite pas des aliments, ils se tournent |)our moi LMi poison; et la médecine me tue désciu'ellc n'opère pas pom- nie guérir. Oi-, il en est de même, cluvli(>ns, de la parole de Dieu : elle est, dans l'ordre de la grAce, le principe de la vie ; mais (piand elle ne donne pas la vie , elle cause nécessairement la mort. Ne vous étonnez pas. dit saint Bernard, que le Saint-Esprit nous la propose tout ^ la fois dans l'Ecrittue et comme une viande et comme une épée : Non te moveat, quod idem verbum Dei et cibum dixeritet gladium. Car il est vrai (jue c'est une viande pour ceux qui se la rendent salutaire ; mais il n'est pas moins vrai que c'est une é[)ée dont les coups sont mortels, pour ceux qui ne s'en nourrissent pas. Et en cela même, ajoute ce saint docteur, Dieu vérifie parfaitement ce qu'il avait dit par son prophète, que sa parole ne serait jamais oisive, et que de quelque manière qu'on la reçût ilans le monde, elle aurait toujours soa effet: Sic ei'it verbum meiim quod egredletur ex ore meo : non revertetur ad me vacuum, sed faciet quœcumque volui K Celte parole, disait le Seigneur, qui sort de ma bonclic, et dont les prédicateurs ne sont que les organes, ne reviendra point ?i moi vide et sans fruit ; et, malgré l'iniquité des hommes, elle fera toujours ce que je veux. Mais en quel sens pouvons-nous entendre que la parole de Dieu soit toujours suivie del'exéculion des ordres et lies volontés de Dieu même? noire indocililé n'en arrète-t-elle pas tous les joLus la vertu? Non, répond l'ange del'école, saint Thomas ; car Dieu, dit-il, en nous faisant annoncer sa parole, a deuxvolontés différentes, dont l'une est tellement substituée à l'autre, que si la première vient à manquer, il faut, par une indispensable nécessité, que la seconde ait son accomplissement. Je m'explique. Dieu veut que sa parole opère en nous des effets de grâce et de salut, et c'esl sa première volonté ; mais, supposé qu'elle ne les opère pas, ces effets de salut et de glace, il veut qu'elle en produise d'autres, qui sont des effets de justice et de colère ; voilà la seconde. Je puis bien empêcher que l'une ou l'autre de ces deux volontés ne s'exécute ; m lis il ne dépend pas de moi d'arrêter toutes les deux ensemble, et de faire que ni l'une ni l'autre ne s'accouiidisse. C'est à-dire, il est bien en mon
' Isa., LT, 11.
B.— lo.M. i.
pouvoir que la parole de f)ieu ne soit pas pour moi ime|)ar'ole dévie, parce rpie je puis l'écouter avec un esprit rebelle ; il dépend bien de mol qu'elle ne soit pas h mon égard une parole de mort, parce que je puis l'écouter avec un co'ur docile ; mais j(; ne saurais éviter qu'ell»; n'ait l'une ou l'autre de ces deux (j.ialités ; je veux dire qu'elle n'ait par ra|)port à moi ou ces effets de justice ou ces effets de miséricorde ; et c'est ainsi que Dieu dit toujours avec vérité : Non revertetur ad me vacuum, sed faciet quœcumque volui '. Mais encore quels sont ces effets de justice allachés pour nous à la parole de Dieu, quand nous lui résistons ? Les voici, chrétiens, expressément marqués dans l'Ecriture : l'endurcissement du pécheur, et sa condamnation devant le tribunal de Dieu ; effets directement opposés aux dess(Mns de Dieu, en nous faisant part de cette sainte parole. C ./, dans les vues de Dieu, poursuit le docteur angélique, elle devait amollir et Hcchir nos cœurs ; mais, par la résistance que nous y apportons, elle les endurcit. Dans les vues de Dieu, elle devait nous justifier ; mais à mesure que cette résistance croit, elle nous accuse et nous condamne, pour achever un jour de nous confondre devant le souverain Juge. Encore un moment d'attention. Dieu, sans intéresser aucun de ses divins attributs, surtout sa sainteté, endurcit quelquefois les cœurs des hommes. C'est lui-même qui s'en déclare. Indurabo cor ejus 2 ; J'endurcirai le cœur de Pharaon. De savoir comment il peut contribuer à cet endurcissement, lui qui est la charité même, et comment en effet il y contribue, c'est un mystère que nous devons révérer, et que je n'entreprends point ici d'examiner. Je -m'en tiens à la foi; et la même foi qui m'enseigne que Dieu fait miséricorde à qui il lui plaît, m'apprend encore qu'il endurcit qui il lui plaît : Erqo cujus vult miseretur, et quem vult indurat 3. Or, je prétends que rien ne conduit plus efficacement le mondain à ce funeste état que la parole de Dieu méprisée et rejetée, et j'en tire la preuve de l'exemple même de Pharaon. Comprenez-le, chrétiens, et vous consultant ensuite vous-mêmes, reconnaissez que ce qui se passa d'une manière visible dans la personne de ce prince réprouvé de Dieu, se renouvelle tous les jours intérieurement dans ces pécheurs que saint Paul appelle des vaisseaux de colère et de damnation. Dieu remplit Moïse de son esprit ; il lui met dans h bouche sa parole, et lui dit : Allez, c'est moi qui vous envoie. Vous parlerez à Pharaon, et vous lui
1 Isa., LY, 11. — » Exod., 7u,3. — ~ RooJ., ix, 12.
/fiî
SERMON POUR LFl niMVVriTR DE T.A CINOTÎfï^ME SEMAINE.
gfpiifioiTz mos ordres. Je snis qu'il n'j «Ir^Tora pas; mais un iik^iiic tiMiips j'cuihiiriiai son cœur : Tu Inijucrh ei omnia quœ matnlo tibi... sed €(jo wdurnbn cor ejus... et non avdiet vos '. L'ifloI rc'pond i> la incnncc : le sniut léj^islatoiir parle, il s'acqiiiUe de la cormiiission qu'il a reçue; mais autant de fois (ju'il parle au nom de son Dieu, le texte sacré ajoute que le cœurde Pharaon s'cndurcissail : Inihiviilnm que est cor Phavdimia '. C'est le Dieu d'Israël, disait Moïse, qui vous oidouue de mettre son peuple en liberir-, el de le tirer de la serviluile où vous le retenez si iujusleuienl et si lougteuip.s. Mais qui <^tes-vous, répondait Pharaon, et ijui est le Dieu dont vous vous autorisez ? où sout les preuves et les signes de votre mission ? Vous en allez être témoin, ré|diquait l'envoyé de Dieu; et frappant de celle baguette mystérieuse qu'il tenait dans ses mains, il couvrait rEgy[)te de ténèbres, el la remplissait de ces autres fléaux don! l'Ecriture nous lait une si alTreuse peinltirc. N'était-il pas surprenant que Pharaon, malgré tant de prodiges, s'obslinàl dans sa désobéissance ? Non, chrétiens, il n'en (allait point être snr|)ris, puis(pie c'était par là même que Dieu vengeait l'oiiitagt' fait à sa parole, et qu'une résistance aussi outrée que celle de Pharaon ne devait pas être suivie d'un moindre châtiment. Ah ! Seigneur, ne nous punissez jamais de la sorte ; et pluhM que de nous livrer à un emlurcissement si lalal, employez contre nous toutes vos autres vengeances; envoyez-nous, comme à Pharaon, tles adversités, des calamités, des humiliations ; pour peu que nous soyons chrétiens, nous nous y somnettrons sans peine : mais, mon Dieu, piésetvez-nous de cette dureté de cœur qui nous rendrait insensibles à tous les traits de voire grûce et à tous les intérêts de notre salut : Aufi-r a nobis cor Icipidcwn. Voilà néanmoins, mes chers auditeurs, ce qui arrive. A force de résister à Dieu et à sa parole, ce cœur de pierre se forme peu à peu dans nous. Ne me demandez point, dit saint Bernard, quel est ce cœur dur ; c'est le vôtre, répond ce Père, si vous ne ticmhlez pas : Si non expavisti, tuum est. Car il n'y a qu'un cœur endurci qui puisse n'avoir pas horreur de soi-même, parce qu'il ne se sent plus lui-même : Solum enim est cor durwn, quod nemetipsum non exhorrziit, quia nec sentit. Aus.>î, qu'un prédicateur tâche à l'intimider, à l'engager, à l'exciter, rien ne l'émeut, ni promesses, ni menaces, ni réco'upenses, ni châtiments.
De \h cette inôme parole qui devait servir à
» Exod., vu, 2, 3, 4. — ■ Iliid., 13.
justifier le pécheur, ne sert plus qu'à le condamner. Car, plus le talent qu'on lui avait mis dans les mains était précieux, plus est-il criminel de n'en avoir fait uni usage ; plus la parole de Dieu par elle-même avait d'ellicace pour le toucher et le convcrlij-, plus est il coup.ilile d'en avoir anéanti toute la vcrlu. C est pouiquoi le Fils de Dieu fidminait de si tenibles analhèmes contre les habitants de Hethsaide et de Corosaïm ; et certes, reprend Origètie, il fallail bien fyie celle terre fût tnaiidile, puis(|u'ime semence aussi féconde que la parole de Dieu n'avait [)U rien y produire. C'est pour cela même tji le Sauveur du monde ordonnai! à ses apôtre» de sortir des villes et des bourgades où ils ne seraient point écoutés, et de secouer en se retirant la poussière de leurs souliers, poi;r marquer à ces peuples infidèles que Dieu les rejetait. Enfin, c'est en ce môme sens que saint Augustin explique cet important avis que nous donne Jésus-Christ dans l'Evangile : J'^sto conseiitievs adrersnrio tuo cito, dum es in vin cum eo * ; Marchez toujours d'intelligence et accordez-vous avec votre ennemi. Cet ennemi, dit ce saint docteur, c'est la parole de Dieu, que nous suscitons contre nous en lui résistant. Elle se déclare contre nos vices, contre nos habitiides, contre nos passions: Adversarium tuum fecisli sermonem Dei. Mais, suivant le conseil du Fils de Dieu, travaillons à nous la rendre favorable. Conlormonsnos mœurs à ses maximes, profilons de ses ensei^mements, écoulons-les, aimons-les, pratiquons-les : pourquoi? iVe forte traitai te adiersarius jwlici, et judex tradat te minislro ' : De peur que ce formidable adversaire ne vous livre entre les mains de votre juge, et ne se lève contre vous pour vous accuser.
Oui, chrétiens, elle s'élèvera contre vous, elle vous accusera, elle vous réprouveia, jlledejnanmandera justice à Dieu de tous les mépris et de tous les ahus que vous en aurez laits; et Dieu, qui fut toujours fidèle à sa parole, el qui ne lui a jamais manqué, la lui rendra tout entière. Deux sortes de personnes interviendront à ce jugement, et se joindront à elle pour la seconder, auditeurs et prédicateurs. Auditeurs, qui l'auront honorée, et qu'elle aura sanctifiés; prédicateurs, qui l'auront annoncée, et que Dieu avait remplis pour vous de son esprit. Les premiers, représentés par les Ninivites; el les seconds, par les apôtres. Car vous savez avec quelle promptitude les Niniviles obéirent à Jouas, qui leur prêchait la pénitence ; et ce sera votre condamnation : Viri Ninivitœ sur-
1 Matth., V, 25. — » Ibid.
Sin I/AMOUR DI<: DIKU. 1R3
ijeiit iu judicio rmn (jeih'rdtioiu' isla, et roivlcin- (Irais snii ver au pi-ix iin^mn de ma \i(;? il est Mai
uabinit f<im : '/»/« pœuUenliam eyenint in pi-œ- mon Dii'i, ce serait un lioiiiuMir pour moi d'avoir
rf/tv///(»/u' J(>N«' ' . H vous n'ifiiioroz pas ipic lo place aupiès dr vous sur le Iriliuual de voire
SauNCiir du monde a prouus .^ ses apùlics, et justice. Mais cet honneur, je ne i'.iu.ais <|n'aux
dans la personne de ses npiMrcs aux ministres dépens de tant d'Aines (pii vous ont coûte tout
fidMes de sa parole, de les faire asseoir aupri's voire sang. l'eut-iMre niùme en les condaïu-
de lui pour ju.uer tontes les nations : Sfdebitis naut me condannierais-jc nioi-nuhnc, ptus-
et vossui)frs.'iii'sduoilecim,judicantesduodecim que je suis encon; plus obligé (pi'e:ix à |)rali-
tribus Isracl 2. quer les saintes vcrilés (|ue je leiu- prùclie. J'aurai
Ali! Seifïueur, serai-je donc employée ce donc pliilùl recours dès maiulcuant, et |)our eux
triste ministère? Après avoir étiS le prédicateur et pour moi, au tribunal de voire miséricorde :
de cet auditoire clirétien, en serai-je l'accusa- je vous supplierai de répandre sur nous l'ahon-
leur, en serai-je le ju;;e? Prouoncerai-je la sen- dim^e de vos grAces, afin que, par la v 'rtu de
tence de réprobation contre ceux que je vou- votre gr;\ce, votre parole nous soit ime parole
de sancliiicalioncl. une parole de lu vie éternelle
• M«iui , x.i, 41. - • ibia., XIX, 28. où nous conduise, etc.
SliKMON POUR LE LUXDI DE LA CINQUIEME SEMAL\E.
SUK L'AMOUH DE DIEU.
ANALYSE
Sujet. Or, il dit cela de l'esprit qu'ils devaient recevoir par la foi.
Nous -levons tous être iiniim's du m 'me Rspi-it cjue les apôtres, et cet Esprit que leur promettait le Fils de Dieu était un Esprit de v.rilj, mais surlout un Esprit d'amour. Or, n'esi-il jms étrangi' qu'uniquement créés pour aimer Dieu, nous ayons prut-étr« jusqu'à pr'-sent i^'noré en quoi consiste l'amour de Dieu ? Il est donc important de vous en donner une connaissance exacte, et c'est ce que je vais faire dans ce discours.
PjvisiON. Adoucir les préceptes de la loi de Dieu, et les outrer, ce sont deux extrémités entre lesquellrs nous devons prendre un jusie milieu. Sans donc exagérer vos obligations louchant l'amour de Dieu, ni les diminuer, je vous dirai précisément ce que l'Evangile nous enseigne. Cela supposé, j'entre dans mon dessein, et je prétends que l'amour de Dieu qui nous est com. mandé, doii avoir trois caractères : l'un par rapjtort à Pieu, l'autie par rapport i» la loi de Dieu, le troisitme par rapport au christianisme, où nous sommes engagés par la vocation de Dieu. Pur rapport à Dieu, amour de préférence ; première partie. Par rapport à la loi de Dieu, amour de plénitude ; deuxième partie. Par rapport au christianisme, amour de perfection ; troisième pjiilie.
Première PARTIE. Amour de préférence, c'est-à-dire amour en vertu duquel Je préfère Dieu à toute créature. Dieu ne me commande pas de l'aimer d'un amour tendre et sensible ; cette sensihilité n'est pas toujours en mon pouvoir : ni d'un amour contraint et forcé; il ne serait pas honorable à Dieu d'être aimé de la sorte : ni même d'un amour fcrveni jusqu'à certain degré • ce degré de ferveur ne m'est pas connu, et Dieu n'a pas voulu me le prescrire : mais il exige de moi que je l'aime par préférence à tout ce qui n'est pas Dieu, en sorte que je sois prêt à toi-tquitter et à tout sacrifier pour lui.
Cet amour n'est-il pas bien raisonnable ? un roi veut êlie servi en roi ; pourquoi Dieu ne sera-t-il pas aimé en DieiîOr, il ne peut être aimé en Dieu, s'il n'e^t aimé préférablemenl à toutes les créatures, puisqu'il n'est Dieu que parce qu'il est audessus de toutes les créatures.
Ainsi l'aimait saint Paul, qu&nd il s'écriait : Qui me séparera de la charité de Jésus-Christ ? L'apôtre, en taisant ce défi à toutes les créatures, ne parlait point par un excès de zèle ; mais il exprimait seulement l'obligation communede l'amour de Dieu. Application de ces paroles aux différentes occasions où nous pouvons nous trouver, et où nous devons dire, comme saint Paul et dans le même sens : Je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni la grandeur, ni l'abaissement, ni les p^rincipaulés, ni les puissances, ni toute autre créature ne pourra jamais me détacher de mon Dieu.
Tel était aussi le sentiment de saint Augustin. Si Dieu, disait ce Père, vous offrait les biens du monde, et qu'il vous en assurât la posscbsion pourtoute l'éternité; mais à une condition, qui serait de ne le voir jamais, voudriez-vous lesaToir àceprix? Si cela est, vous n'aimez pas Dieu, parce que vous ne l'aimez pas au-dessus de tous les biens .'emporels.
Faisons une supposition plus naturelle encore et plus présente. Imaginez-vous la chose du monde pour laquelle vous avei plus de passion ; c'est votre honneur. Supposons qu'on vous l'ait ôté. Sur cela je vous demande si vous aimez assez Dieu pour croire que vous voulussiez alors lui faire un sacrifice de votre lessentiment. Il est difficile, j'en conviens, d'être disposé d.-lasor'ie: mais difficile tant qu'il vous plaira, c'est une disposition nécessaire, et sans laquelle il n'y a point de vrai amour de Dieu. Amour de préférence; c'est ce quicondamneraau jugement de Dieu tant d'âmes mondaines, qui, pour s'être attachées i de fragiles wéatuias, les ont aimées jusqu'à oublier l'essentielle obligation que leur imposait la charité due au Créateur. C'est ce qui cûndamn?ra, '.vi particulier, tant de pères et de mères, tant de femmes chrétiennes, tant d'amis trop affectionnés à ceux qu'ils ne devaient aiiu j.' qu'après Dieu et que pour Dieu.
Decxième partie. Amour de plénitude par rapport à la loi de Dieu, c'est-à-dire amour qui nous doit faire oborver toute 1:; loi de Dieu ; et voilà le mystère d« cette grande parole de l'Apôtre : Plenitiulo legis est dilectio. Il n'en est pas vis la charité
48i si:r.MON ponn i.e lundi de la cinquième semaine.
comm'; (les vlmIii* morales et nUurj'l^., eu sjrlc ifiinous puission't dire quand no'ii iiccoinpiissons un précepte: J'ai une cliarité coninuMicéc ; si j'en nccoinpiis plusieurs, cette c^iarité croit en moi, et elle sera parfaite iorsi(ue je les accomplirai tous. Non, il n'en va pas ainsi. L'esscice de la cliarilc ne souirro point de parta^^e, non plus que la substance de la foi. Uaatez dun seul article, plus de foi ; et violez un seul précepte, plus d'amour de Dieu.
C'l'sI donc dans l'amour de Dieu que sont réunis comin ; d ms leur centre tous les commandements de la loi, parce que cet amour, on vertu di; ce qu'il contient et de ce que nous appelons sa plénilude, est une défense générale de tout ce qui répugne à l'ordie, et un commandenienl universel de tout ce qui est conforme à la raison. En sorte que dire intérieurement ù Dieu qu'on iaime, c'est lui promittre d'obéir à toutes ses volontés.
Sur quoi saint Auj^ustin fait une réilexion bien judicieuse, en comparant deux passages de l'Evangile, l'un où Jésus-Cbrist dit: Si louv f/ardez mes commandements, vous serez dans l'excrxice actuel de mon amour ; et l'autre, oii il dit : Si rout m'aimez, ynrdcz mes commandements, tlst-ce donc par la charité que la loi s'accomplit ? demande saint Augustin, ou bien est-ce par raccoiuplissemcnt de la loi que la charité se pratique 't L'un et l'autre, répond ce Père, se vérifie parfaitement. Car quiciini|ue aime Diiu île bonne foi, a déjà rempli tous les préceptes dans la disposition de son cœur ; et quand il vient ii les accomplir dans l'exécution, il ratifie seulement et 1! confirme par ses oeuvres ce qu'il a déjà l'ait par ses sentiments. D'où il 8'ensuit (lu'un bomuie qui manque à un point delà loi, quoiqu'il observe tous les autres, n'a pas plus de charité, j'entends de celte charité divine et surnaturelle qui nous sauve, que s'il manquait ï toute la loi. Comment cela ? parce qu'en omettant un point de la loi, il n'a plus ce qui est essentiel à la charité, savoir : une volonté efficace de remplir toute l'étendue de la loi.
Voilà le sens de cette parole de saint Jacques : Quiconque pèche contre un seul précepte est aussi coupable, c'est-à-dire perd aussi immaniiuablement la grâce et la charité, q^ic s'il péchait contre tous. Et cette loi, mon Dieu, reprend saint Bernard, cette loi de voire amour n'esl-elle pas bien juste? Qu'un ami mail manqué à moi-mr;me dans une affaire importante, quoique en toute autre chose il soit sans reproche à mon égîird, je ne le regarde plus alors comme ami.
Faut-il conclure de laque, quand on a une fois violé un précepte et perdu la charité, on peut donc impunnément les violer tous ? ce serait raisonner en impie et en mercenaire. Quelque indivisible que soit la charité, il est toujours vrai, reprend saint Augustin, que plus vous violez de commandements, plus vous vous rendez Dieu ennemi, plus le retour à sa grâce vous devient dilficile, plus vous grossissez ce trésor de colère qu'il jiroduira contre vous au jour ses vengeances. Mais du reste, convenons aussi qu'il y a bien de l'illusion dans la conduite des hommes à l'égard de ce grand précepte ; Fous aimerez le Seigneur votre Lieu. Rien de plus aisé que d'aimer Dieu en paroles, mais rien de plus rare que de l'aimer en pratique.
TnoisiiiME PARTIE. Amour de perfection par rapport ri chrislianismï. Ceci se réduit à deux points : 1° Dans le christianisme je précepte de l'amour de Dieu impose k l'homme des obligations beaucoup plus grandes que dans l'ancienne loi. 2° Par conséquent l'acte d'amour de Dieu doit être dans nous beaucoup plus héroïque qu'il ne devait l'être dans un juif ou dans un gentil, pvanl que la loi de grâce eût été publiée.
1° Dans le christianisme le précepte de l'amour de Dieu impose à l'homme des obligations beaucoup plus grandes que dans l'ancienne loi : pour(|uoi cela 'f* parce que la loi nouvelle, à quoi il nous oblige, est beaucoup plus sainte que la loi de Mo'ise. Il est vrai que c'est une loi douce, selon la parole de Jésus-Christ ; mais non point en ce sens qu'elle nous urescrive des devoirs moins rigoui eux. Ce n'est point en cela, dilTerluUien, que consiste sa liberté. Au contraire, combien defoii le Sauveur du mande nousa-t-il déclaré que, pour être son disciple, il fallait renoncer au monde et se renoncer soi-même beaucoup plus parfaitement que Mo'ise ne le demandait ? On a dit à vos pères que telle et telle chose leur étaient permises : ainsi parl?it-il aux juifs ; et moi je vous dis que ces choses alors prétendues permises ne léseront plus pour vous. Cela nous fait entendre, quoi qu'en aient pensé quelques interprclcs, que Jésus-Chrisl a enchéri sur la loi de Moï.se, et qu'il nous a imposé dans sa W de nouveaux préceptes.
■Voilà ce que Tertullien appelait le poids du baptême, et voilà pourquoi il s'étonnait que les catéchumènes eussent tant d'empressement pour être incorporés dans l'Eglise de Jésus-Christ. Il raisonnait mal dans la conséquence qu'il Urait; mais son principe éUait toujours vrai, que le baptême est pour nous un engagement pénible et onéreux. Mais il y en a, dites-vous, qui ne senlenl pas ce joug. A cela je réponds qu'ils ne le sentent pas, ou parce que Dieu leur donne des forces pour le porter, ou parce qu'ils s'en déchargent par une lâche infidélité. Or, l'un et l'autre n'empêchent pas que ce ne soit un joug: ToUite jugum meum tuper vos.
2' Concluons donc que l'amour de Dieu doit être beaucoup plus généreux et plus fort dans un chrétien, puisqu'il doit avoir une vertu proportionnée aces saintes et rigoureuses ohligatons que le baptême nous impose. Disons obligations du baptême, et Bon pas vœux, parce que le vœu dans sa propre signification est un engagement libre, c'est-à-dire un engagement que Dieu ne aous commande pas, mais que nous contractons de nous-mêmes et par notre choix.
J2 vaii plus avant, et je dis même avec Guillaume de Paris, que l'acte d'amour de Dieu doit embrasser tous les consf^ils nous con iition ; en sorte que s'il était nécessaire, pour marquer à Dieu mon amour, de pratiquer ce qu'il y a dans les con.sjils lie iili!?; mortifiant et de plus humiliant, je fusse disposé à tout entreprendre et à tout souffrir. D'où vient que Tertullien appelle la foi : Fidem marlyrii dehitricem, expression qui convient également à la charité. Ainsi, quand les martyrs versaient leur sang, ils étaient loués simplement dans l'Eglise pour avoir fait leur devoir, et non pas plus que leur devoir ,• et ceux qui cédaient à la ligueur des tourments, étaient excommuniés 'comme les apostats. Il serait bien étrange qu'on n'eût pas dans le christianisme, à légard de Dieu, la même fidélité dont on se pique à l'égard de son prince et de sa patrie.
Or, dites-moi, chrétiens : s'il s'agissait maintenant ou de renoncer notre Dieu ou de mourir pour lui, trouverait-il encore dans nous des m.irtyrs ?Si nous ne sommes disposés de cœur à mourir pour sa cause, nous ne l'aimons pas. Quelques-uns prétendent qu'il est dangereux de faire ces suppositions ; et moi je soutiens que ces suppositions ainsi faites sont d'une utilité infinie, 1" pour nous donner une haute idée de Dieu ; 2° pour nous inspirer, quand il est question de lui obéir, des sentiments nobles et généreux ; 3° pour nous humilier, quand nous manquons à certains devoirs aisés et communs. Maiscessuppositions peuvent porter au désespoir. Oui, elles peuvent porter au désespoir ; mais qui ? ceux qui comptent sur leurs forces, et non point ceux qui s'appuient sur les forces de la grâce.
Je I oncois mainfonant qu^l est le mérite de la charité divine. Mais si tout ce que j'ai dit est nécessaire pour aimer Dieu, que! est celui qui aime D au '/ Demandons,, commi" rAnôtre,c» siiit amour. Dison^ comme saint Augustin : Ah ! Seigneur, je vous ai aimé trop tard •, mais au moin^ veux-je cotniueacer présealemeut à vous aimer.
suu i;amo[ii\ dk diku.
Mn
floii uHttm dixit Je ipirilH ■lunm Jecpluri trant creUnte» in Htm,
Or. il dit cela île l'osprUqu'ilsilcvnlent recevoir par la foi. (S'-n'iK /mm, chap. Vil, U'J.)
Co n'(Mait p;is pculein''iil sur les apAlros (|iio dirait (IfsciMidro ce divin Ksprit, mais sur les (lilôlos. cl l'oiiuiic la mt^me loi devait nous unir tous dans le sein de la même E^diso, le mônic Esprit devait tons nous animer et nous combler des dons de sa ^lAee. Esprit de vérité envoyé de Dieu, .selon le témoilïuane du Sauveur liii monde, pour nous en- .seifuner toutes elioses; mais de tontes les choses qu'il nous a enseignées, il nous snllira d'en bien api)rendre une seule ;\ quoi les autres se rapportent, et (pie saint Paul a voulu nous marquer dans ces belles paroles : Cfutrilas Ih'i diffusa est in conlibus nostris per Spirilnm sanc- (um ' : La charité de Dieu a été répandue dans nos cdnirs par le Saint-Esprit. Car cet esprit de hnnière est surtout encore un esprit d'amour ; et (juand une lois nous saurons aimer Dieu, nous posséderons dans l'amour de Dieu toute la science du salut, et dès cette vie même nous connnencerons ce qui doit faire toute notre occupalion et tout notre bonheur dans réternilé. Mais n'est-il pas étrange, chrétiens, qu'uniquement créés pour aimer Dieu, nous ayons peutêtre jusques à présent ignoré en quoi consiste l'amour de Dieu, et que, soumis à la loi, nous ne connaissions pas le premier et le grand précepte lie la loiï 11 est donc important de vous en donner une connaissance exacte, et c'est ce que j'entreprends dans ce discours. Il s'agit, mes chers auditeurs, du plus essentiel de nos devoirs ; et ce que le Sage a dit de la crainte de Dieu, que c'élail proprement l'homme et tout l'homme, je puis bien encore le dire à plus foi te raison de l'amour de Dieu : Hoc est enim omnis homo 2. Vous, ô Esprit de charité ! secondez mon zèle, et me mettez aujourd'hui dans la bouche des paroles de feu, de ce feu céleste dont vous êtes la source intarissable, de ce feu sacré qui lait les bienheureux dans le séjour de la gloire, et les saints sur l;i terre ! C'est la grâce que je vous demande par l'intercession de Marie, en lui disant: Ave, Maria,
Adoucir les préceptes de la loi de Dieu en leur donnant des interprétations favorables h la natu! c corrompue, c'est une maxime, chrétiens, très- pernicieuse dans ses conséquences ; mais outrer ces mêmes préceptes, et les entendre dans un sens h-op rigide et au delà des termes
• Koin., V, 6. — 2 Eccles., xn, 13.
de I.T vérité, c'chI un excès (pic nous devons également éviter. Dire : Ceci n'est pas [léché, (|uand il l'est en clfel, c'est une erreiu- dangereuse pour le sailli; mais dire : Ceci est péché, quand il ne l'iNt pas, (/est une aiilre erreur peut-élic encore plus piéjudiciable. Ce n'est |>as d'aujoiud'liui (|u'oii s'est élevé contre ceux (pii, par des principes hop larges, ont voulu sauver lou tie monde ; mais au.ssi n'est-ce pas d'aujourd'hui qu'on a comlanmé ceux cpii, par l'iiKliscrèle sév(''i ité de leurs maxiiues, ont exposé loiit le monde à to'uber dans le désespoir. Il y a plus de qualorze siècles que Tertiillien reprochait aux catholiques le relâchement de leur morale ; mais il y a aissi plus.de quatorze siècles qu'on a reproché à Teitiillien sa rip;uciir extrême et sans mesure, qui le conduisit enfin à l'hérésie. Il faut tenir le milieu, et, lorsqu'il s'a;:it de la réprobalion d'une Ame ou de sa jiislificalion, on ne doitôlre ni trop commode ni trop sévère ; mais il faut être sage, et sage selon les règles de la foi. Or, je vous dis ceci, chrétiens, î)aice qu'ayant à traiter dans ce discours une des véritf'S fondamentales de la religion, il serait à craindre que vous ne fussiez prévenus ou cjue j'exagère vos obligallons, ou que je les diminue. Double extrémité dont j'ai à me défendre: et pour cela, je n'avancerai rien qui ne soit universellement reçu, rien qui ne soit évident et incontestable, rien môme qui ne soit de la foi. Je ne m'attacherai point à l'opinion de celui ci plutôt qu'à la pensée de celui-là, mais je suivrai celle de tous les docteurs. Je ne prendrai point le plus probable, en laissant le moins probable. Je ne me contenterai point de vous dire ce qui est vrai, mais je vous dirai ce que l'Evangile vous oblige à croire. Cela supposé, j'enire dans mon dessein, et je le propose en (rois mots. Je prétends que l'amour de Dieu qui nous est commandé doit avoir trois caractères : l'un par rapport à Dieu, l'autre par rapport à la loi de Dieu, et le troisième par rapport au christianisme où nous sommes engagés par la vocation de Dieu. Par rapport à Dieu, l'amour de Dieu doit être un amour de préférence ; par rapport à la loi de Dieu, l'amour de Dieu doit être un amour de plénitude ; et par rapport au christianisme, l'amour de Dieu doit être un amour de perfection. Amour de préférence : en voilà, pour ainsi dire, le fond, et ce sera la première partie. Amour de plénitude : en voilà l'étendue, et ce sera la seconde partie. Enfin, amour de perfection : en voilà le degré, et ce sera la dernière partie. Je vais m'exnliquer, et je vou» prie de me suivre avec attention.
SERMON POUR LE LUNDI DE LA. CINQUIÈME SEMAINE
PltEMIÈRE PARTIE.
Ce n'est passons rui.son que Jésus-Christ, expliquant lui-Miôiiie le pn'îceptc de l'aniour de Dieu, en lédiiil toute la subslance h ces deux paroles: l)ili(i('S...extolo corde tuo... et ex omiii meute tua ' ; Vous aimerez votre Dieu de tout votre cœur et (le tout votre esprit; puisipie, selon la belle reuiaripie de saint Augusliti, l'un sert lï délei miner l'oblif-alion de l'autre, et que le culte de res])rit doit èlrc ici la juste mesure de celui du cœur. Eu effet h quoi m'engajre précisément cette saiute et adoraI)Ic loi : iHligea? tâchez 5 en bien comprendre toute la force. Elle jn'engage, répond le docteur angélique, saint ïhouias, à avoir pour Dieu un amour de distincli()U, un amour do singularité, un amour qui ne puisse convenir qu'A Dieu ; c'est-5-dire en \ertu duquel je préfère Dieu à toule créature. Et voilà le tribut essentiel par où Dieu veut que jercude hommage à la souveraineté de son être : Diliijcs Iknniuiim. 11 ne me commande pas absolument de l'aimer d'un amour tendre et sensible ; cette sensibilité n'est pas toujours en mon pouvoir : bt'aucoiip moins, d'un amour con- Irainl et forcé; il ne lui serait pas liouorublo d'être ai nié de la sorte : ni même d'un amour fervent jusqu'à certain degré; ce degré de ferveur ne m'est point connu, et Dieu, par condescendance à ma faiblesse, n'a pas voulu me le prescrire. Miis il exige de moi, sous [ciued'une éternelle répiubalion, que je l'aime connue Dieu, par préférence à tout ce qui n'esl pas Dieu. Observez, chrétiens, ce terme de préférence. Je ne dis pas d'une préférence vague et de [)urc spéculation, qui me fasse seulenii nt reconnaître que Dieu est au-dessus de tous ks êtres créés ; car il n'esl |)as nécessaiie pour cela d'avoir celle charité surnaturelle dont je parle, puisque les démons mômes, qui haïssent Dieu, ont néamnoins pour lui, malgré leur haine, ce senlimenl d'e>lime. Mais je dis d'une préférence d'action et de pratique, en sorte que je sois disposé, mais sincèrement, à perdre tout le reste, plutôt que de consentir à perdre un moment la grâce de Dieu. Di.^posilion tellement nécessaire, que do toutes les choses que je pui^ désirer ou posséder, s'il y en a une seule que je possède ou que je désire, au basai d d'encourir la disgrâce de Dieu; c'cst-à-diie, si cet acte d'uinour que je forme dans mon cœur, quand je prolesle il Dieu que je i'aime, n'a pas asî>ez de vertu pour ui'(>:;ga;4er ù rouipre tous les liens et Iûuîl^s les atliioii'^s 'iui pL'uvcnt me séparer de
} Luc, X, 27.-
Dieu, dès là je dois prononcer analbèmc contre moi-même, dès là je dois me corulaumer moimême connue prévaricateur de la cbaiité de Dieu, dès là je dois conclure que je n'accomplis pas le commandement de l'amour de Dieu, que je ne suis donc plus en étal de grâce avec Dieu, ni par conséquent dans la Noie du salut : pomcpioi? |)arce que je n'aime pas Dieu avec celle condition essentielle de l'aimer par piéférence à tout.
En quoi, dit saint Chrysoslome, non-seulement Dieu ne nous demande rien de trop ; mais, à le bien prendre, il ne dé|)end pas im'uie de lui Ue nous demander moins. Car remarquez, mes frères, dit ce saint docteur, que Dieu veut que nous le servions, que nous l'honorions, que nous l'aimions à proportion de ce qu'il est, et d'une manière qui le disli)igue de ce qu'il n'est pas : esl-il rien de plus raisonnable ? Un roi veut être servi en roi : pourquoi Dieu ne seral-il pas aimé en Dieu ?0r, il ne peut être aimé en Dieu, s'il n'est aimé préiérablenu ni à toutes les créatures : car il n'esl Dieu que parce qu'il est au-dessus de toutes les créatures ; et si, dans une supposition chimérique, unecréatiue avait de quoi être aimée autant que Dieu, clli; ce>berait d'être ce qu'elle est, et deviendrait Dieu elle-même. Comme il est donc \r.ii que, si j'aimais une créature de cet amour de préférence qui est i>roprcment le souverain amour, je ne l'aimerais plus en créaluie, mais en Dieu ; aussi esl-il évidcul que si j'aime Dieu d'un iulre amour que celui-là, je ne l'aime [)lus en bieu. Or, n'aimer pas Dieu en Dieu, t'est lui faire ouUagc : et bien loin d'observer sa loi, c'est couuuelire un crime, qui dan> le sentiuienl des théologiens el dans riutention des pécheurs, va jusqu'à la destruction delà Divinité.
Voilà, mes chers auditeurs, ce (jue Dieu luimême nous a révélé en cent eudroils de l'Ecriture; cl voilà à quoi se termine le devoir capital de l'homme : Diliges Domiuum Deum tuuin ex tolo corde tuo. Mais dévcloi>pons cell> vérité, el pour en avoir une intelligence plus exacte, consultons saint Paul, éroulons saint Augustin ; et, parce qu'en ont dit cet Apolre des nations et ce docteur de l'Eglise, voyons si nous pouvons nous rendre au,ouid'hui témoignage que nous aimons Dieu. Il fallait une àmo bien établie dans la foi pour faire à toutes les créatures un déli aussi géuéi' l el aussi plein de conti:mce que celui de saint Paul, (piand il disait ; Quis nus separubit a chtirilule Christi ^ ? Qui nous sépareia de l'amour de Jcsus-Christ ?
I Boni., viii, 3!>.
SUU l/AMOUIl DK DIKU.
Sera-co ruHIiclion, le «li'ntîer, la pers<5ciiUoii, ia raiiii, la niulilt', le U'v, la violence? Sera-ce l'injtislue el ia plus barbare cruauté ? Non, répoiiilail ce vaisseau dVIcclion : car je suis assuré (pic ni la morl, ni la vie, ni la j^iandciir, ni l'ai) lisseiiienl, ni la pauvreté, ni les richesses, ni les principaiiti's, ni les puissances, ni louiez aulie crealiire, m pourra j.uiiiiis nous délaclier de l'aMiourcpii nous lie fi notre Dieu. Ainsi parlait cet honnue aposloliipie. Qu'en pensez-vous, chrétiens ? ne vous .send)le.t il pas (jue c'était un excès de zèle (pii le (raiispoilait ? et, [)0ur rinlérél niéuie de sa yloire, ne croyez-vous pas qu'il renfermait dans ces p;iroles toute la perlection de la charité divine ? Vous vous trompez. 11 n'a cx|)riiné (pie l'obligation commune d'aimer Dieu. Kn taisant ce déti et en y répondant, il ne parlai» pas en apôtre, mais en simple fidèle. Il disait beaucoup, mais il ne disait rien à quoi tous les houniies ne soient tenus dans la rigueur ; et (piicoïKjiie n'en peut pas dire autant que lui, n'a poitdde part;\ l'héritage du royaume de Dieu el de Jésus-Christ ; Non habet hœreditatem in reauo Dei et Christi *. Appliquez-vous à ma pensée. Car c'est justement comme si chacun le nous se disait à lui-même (el plût à Dieu qu'à j'exeniple de ce grand saint nous voulussions nous le dire souvent !) : Eh bien ! de toutes les choses que j'envisage dans l'univers et qui pourraient être les objets de mon ambition et de ma cupidité, en est-il quelqu'une capable de m'ébranler, s'il s'agissait de donner à Dieu une preuve de mon amour et de la fidélité que je lui dois ? Qiiis nos separabit a charilale Chrisii 2 ? Venons au détail aussi bien que saint Paul. Si j'étais réduit à soutenir une violente persécution, et qu'il lut en mon pouvoir de m'en déhvrer par une vengeance permise selon le monde, mais condaumée de Dieu, le voudrais-je à celte condition t Alt persecutio ? Si, par un renversement de lorlune, je me voyais dans l'extrémité de la misère, et qu'il ne tint qu'à moi, pour en sortir, de franchir un pas hors des bornes delà justice et de la conscience, oserais-je le hasarder? An angustia ? Si, pour acquérir ou pour conserver la faveur du plus grand prince de la terre, il ne dépendait que d'avoir pour lui une complaisance criminelle, l'aurais-je en effet au préjudice démon devoir? .4» prineipatiis? Si, violant pour une fois la loi chrétienne, il m'était aisé par là de m'élever à un rang d'honneur où je ne puis autrement prétendre, le désir dem'avancer l'emportcrait-il ? ^u allitudo ? Si la voie de l'iniquité était la seule par où je pusse me sauver
• iivi-.c^ . ï, ô. — lîo n., VIII, 35
dans une ocu^asion où il irait (h; ma vie, snccom bcrais-je à la crainte de la morl (An jieviculum ? Ah! mesirères, sachez que si l'ainour (jue vous croyez avoir pour votre Dieu n'est pas d'une quahié à prévaloir au-dessus de toul cela, (piel- (pie aident el (piehpiearièelueux d'ailli'uis qu'il puisse paiaihe, ce n'est point l'amour (jue Dieu vous demande ; et souvenez-vous (jue vous êtes dans l'erreur, si, comptant sur mi tel amour, vous pensez en être quittes devant lui. Non-seulcmenl vous n'aimez point Dieu avec ce surcroît de charité qu'oui eu les Ames parlailes, mais vous ne t'aimez pas môme selon la mesure précise de ta loi; pourquoi ? parce que cet amour prélendu ne donne point à Dieu dans voire cœur la |)lace qu'il y doit occuper, c'est-à-dire ne l'y met pas au-dessus de mille choses qui néanmoins y (Toivent être dans un ordre bi* n inférieur. Car, supposez môuie cet amour dont vous vo'is flattez, vous faites encore plus d'état de votre vie, de vos biens, de voire crédit, de votre repos, que de l'héiilage de Dieu, ou, pour mieux dire, que de Dieu même; d'où il sensuit que cet amour n'est point l'amour de préférence que Dieu attend de vous et que la loi vous ordonne : Diliges ex toto corde tiio, et ex omni mente tua.
C'est ainsi que saint Paul l'a com[)ris; et quelque subtile que soit la raison humaine, elle n'opposera jamais rien à l'éviileuce de ce principe. Mais, après l'Apôtre, écoulons saint Augustin : c'est dans le commentaire du p.saume trentième que ce saint docteur s 'adressant aux fidèles, et les instruisant sur le même sujet que je traite, leur fait cette proposiiion. Que voire cœur me réponde, dit-il, mes trères : ftetipondeatcorvestrum, fratres. Car, pour aujourd'hui, c'est votre cœur que j'interroge, n'osant pas m'en tenir au témoignage de votre bouche, et sachant bien que, sur ce qui regarde l'amour de Dieu, il n'y a que le cœur qui ait droit de parler. Que ce soit donc votre cœur qui parle : Respoudeat cor vestrum. Si Dieu vous faisait à ce moment l'offre la plus avantageuse en apparence, et la plus capable de remplir toute j'élendue de vos désirs; s'il vous promettait de vous laisser puur jamais sur la terre dans l'alfluence des biens, comblés d'honneurs et en étal de goûter tous les plaisirs du monde, et qu'il vous dit : Je vous fais maîtres de toul cela; vous serez riches, puissants, à votre aise, en sorte que rien ne pourra vous troubler ni vous affliger, et, ce que vous estimez encore plus, vous serez exempts de la mort, et cette félicité humaine durera éternellement ; mais aussi vous ne verrez jamais, et
SKItMON POUR LR î^tJNDÎ DR LA rfNrîtîF,î«?R ShM.MXR.
jamais vous n'entrerez dans ce royaume de gloire que j'ai préparé à mes élus : je vous demande, reprend saint Augustin, si Dieu vous parlait de la soi te, seriez-vous contents d'une pareille destinée, et voudriez vous vous en tenir i\ cette offre ? Ergo si diccret Deus : Fadem meam lion vidi'hitis, an gniulerctis islis bonis ? Si vous vous réjouissiez, chrétiens, ce serait une marque infaillible (jue vous n'avez pas encore commencé ;\ aimer Dieu : Si (janilires, nondum cœpisti essi' amator CInisti. C'est la consé(iuence que lire ce Père. Et d'où la tire-l-il ?de ce principe fondamental, que l'amour de Dion doit être un amour de préférence, et que vous ne pouvez ravoir, cet amourde préférence, en consentant à être privés de Dieu pourjouirdes biens temporels.
Faisons une supposition plus naturelle encore et plus présente. Imaginez-vous la chose du inonde pour laquelle vousavez plus de passion, c'est votre honneur. On vous l'a ôlé, ou par une atroce calomnie, ou par un affront qui va jusqu'à l'outrage. Supposons la plaie aussi sanglante qu'il vous plaira : vous voilà perdu d'estime et de crédit dans le monde, et vous êtes d'une condition où celte tache doit être moins supportable que la mort même. Cependant il ne vous reste qu'une seule voie pour l'effacer, et celte voie est criminelle. On vous la propose ; et si vous ne la prenez pas, vous tombez dans le mépiis. Sur cela je vous demande, mon cher auditeur : Aimez-vous assez Dieu pour croire que ¥Ous voulussiez alors lui faire un saci ilîce de ▼otre ressentiment ? Ne me répond(;z point que Dieu dans cette conjoncture vous donnerait des secours particulier ; il ne s'agit point des secours que Dieu vous donnerait, mais de la fidélité avec laquelle vous usez de ceux qu'il vous donne. Il n'est pas question de l'acte d'amour que vous formeriez, mais de celui que vous produisez maintenant; et je veux savoir s'il est tel de sa nature qu'il put réprimer tous les mouvements de vengeance qu'exciterait dans votre cœur l'injure que vous auriez reçue. Car si cela est, vous avez sujet d'espérer et d'être content de vous ; mais si cela n'est pas, vous devez trembler, parce que vous n'êtes pas dans l'ordre de cette charité vivifiante qui opère le salut, et dont l'indispensable loi vous oblige à aimer Dieu plus que votre honneur.
Mais il est bien difficile qu'un homme du monde puisse être disposé de la sorte. Difficile ou non, répond saint Bernard, voilà la balance où il faut être pesé ; voilà la règle que Dieu prendra pour vous juger. Amour de préférence, c'est ce qui condamnera faut d'Ames mondaines.
qui, pour s'être attachées à de fragiles et d'i viles créatures, les ont aimées, adorées, servies, jusqu'à oublier l'essentielle obli^ialion «jue leur imposait la charité due au Créaleur. Ne parlons point même de certaines passions houleuses. Amourde préférence, c'est ce qui condamnera tant de pères et de mères, qui, pour avoir idolâtré leurs entants, mériteront que Dieu leur fasse le n iTOche qu'il faisait au grand-prêtre Héli : Mugis honorasli ftlios tuos qiunn me ' : Parce que vous avez lait plus d'étal de vos enfants que de moi, je vous réprouverai. Amour de prélércnce, c'est ce qui condamnera tant de femmes chrétiennes, qui, pour avoir poussé au delà des bornes le devoir de leur élat, auront préféré à Dieu celui qu'elles ne devaient aimer que pour Dieu. Amour de préférence, c'est ce qui condamnera tant d'amis qui, s'élant tait de l'amitié une religion , et par un dévouement sans mesure étant entrés dans toutes les intrigues et toutes les entrepiises de leurs amis, se seront rendus, aux dépens de Dieu, les fauteurs de leurs injustices et de leurs violences. Amour de préférence, premier devoir de l'homme par rapport à Dieu. Amour de plénilude, second devoir de l'homme par rapport à la loi de Dieu, et le sujet de la seconde partie.