‹ Œuvres complètesChapitre 131 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Saint Paul, instruisant les premiers fidèles sur l'Eucharistie, qui de nos myslcres est le plus auguste, se servait d'une expression bien remaninable pour leur donner à enlendre l'abus qui se faisait dès lors, et qui se fait encore tous les jours dans le christianisme, de cet adorable sacrement : Qui enim manducat indigne, judicium sibi manducat; non dijudicans corpus Domini 2. Quiconque, leur disait-il, mes frères, mange indignement ce pain de vie, doit savoir qu'il mange sa propre condamnation ; et pourquoi ? parce qu'il ne fait pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneiu". Prenez garde, s'il vous plait : l'Apôtre réduisait l'abus de la communion à ce seul point, de recevoir le corps de Jésus-Christ sans distinguer que c'est le corps de Jésus-Christ; d'useï- de celte viande céleste, qui esl immolée sur l'autel, comme on userait d'une viande comnmne ; de ne la pas prendre avec ce sealimcnt respectueux que demande la chair d'un Dieu ; de la confondre avec les aliments les plus vils, ne meilant nulle différence entre manger et communier, entre participer à la sainte table cl être admis à une table profane. Abus qui, dans ces premiers siècles de l'Eglise, pouvait venir de l'ignorance des gentils, ou de l'ignorance même des juifs nouvellement convertis à la foi ; mais abus qui, par noire infidélité et par la corruption de nos mœurs, est devenu bien plus fréquent et plus criminel, parce qu'il n'est rien de plus ordinaire, ni rien de plus déplorable que de voir encore aujourd'hui des chrétiens qui communient sans discerner la nourriture sacrée qui leur esl offerte, c'est-à-dire sans quil paraisse que c'est une •viande divine et la chair même du Rédempteur

» PMlm., Jtt, 2. - » I Cor,, «i, 2&

qu'ils croient recevoir : Non dijudicans corpu^ Domini.

Or, j'appliipie ceci h mon sujet, et sans prétendre que la compiiraison soit cnlière, elle me serviia néimiioi.ns et ukî tiendra liiMi de pieuve pour élablii' ma seconde proposiliou. N«jus commellons lous les jours mille abus dans ['hm'.^o, de la parole de Dieu ; et malheur h nous si, les commettant, ou nous ne les connaissons pas, ou nous ne les re:^senlons pas ! Mais, chrétiens, l'abus capital, celui que nous devons sans cesse nous reprocher et d'où suivent tous les aulies, c'est que, dans la pratique, nous ne faisons pas le discernement nécessaire de cette adorable parole, je veux dire que nous ne l'écoutons pas comme parole de Dieu, mais comme parole des honnnes ; qu'au moment (prcllo nous est annoncée, au lieu de nous élever au-dessus de nous-i:;èines, pour la recevoir avec cette préparation d'es[)rit (jui nous la rendrait également vénérobie et pruiila])le, en nous souvenant que c'est la parole du Seigneur, nous nous en formons des idées tout humaines; que nous ne la déshonorons pas moins, selon la remarque de saint Chrysoslome, en l'approuvant qu'en la méprisant, puisque dans nos éloges et dans nos mépris nous en jugeons comme si c'était l'hounne et non pas le Dieu tout-puissant qui nous parlât. Voilà ce que l'expérience m'a appris, ce qu'elle vous apprend à vous-mêmes, et de quoi je voudrais vous faire sentir toute l'indignité.

En eflet, convenez avec moi. mes chers auditeurs, que cet abus est un des désordres les plus essentiels où nous puissions tomber ; désordre, reprend saint Augustin, par rapport à Dieu, qui, selon l'Ecriture, étant un Dieu jaloux, l'est singulièrement de l'honneur de sa parole ; désordre par rapport à nous-mêmes, qui par là détruisons et anéantissons toute la vertu que Dieu, comme auteur de la grâce, communique à celte sainte parole pour nous sanctitier : deux points d'une extrême importance. Ecoulez-moi. Quand vous ne faites pas un juste discernement ducorps de Jésus-Christ, saint Paul prétend, et avec raison, que vous le profanez : Reus erit corporis et sanguinis Domini 1 ; et moi je soutiens, par la même règle, que vous profanez la parole de Dieu quand vous ne savez pas la discerner de la parole de l'homme, selon l'esprit de noire religion. Ne comparons point ici ces deux désordres, pour en mesurer l'excès et la grièvelé. Vous avez horreur d'une communion sacrilège, et loin d'affaiblir et de diminuer en vous ce sentiment, je voudrais, s'il m'était possible, l'augmenter

!ICor.,xr,ar.

seiOION POiJll LE DIMANCHE DE LA CINQUII'ME SEMAINE.

encore et le confinner ; mais raa douleur est qu'avec colle horreur d'iine communion indigne, vous n'ayez nul remords de l'oulragc (|ue vous failcs à Dieu en écoulant, si je puis m'exprinier de la sorte, sa parole indignonxMit ; et je vouiintis que l'horreur de l'un, pur une ronséqucncr naturelle, servit ?» exciter en vous l'hor-

/ reur de l'autre. Tremblez, vous dirais-je. quand ■voiî?. mangez le pain des anges avec aussi peu de foi que vous mangeriez un pain terrestre et matériel : en user ainsi, c'est un crime que vous ne déleslerez jamais assez. Mais tremhlez encore, ajoulerais-je, quand vous entendez la paiolc que l'on vous proche, avec aussi peu de religion que si c'était un discours académique ; quand, dis-je, vous l'entendez sans mettre entre elle et celle des hommes la différence que Dieu y met et qu'il veut que vous y nielliez ; et comprenez bien qu'il y a dans l'abus de la prédication une espèce de sacrilège que nous pouvons comparer à l'abus de la communion. Voici comment saint Augustin lui-même s'en est expliqué : Non minus est verbum Dei, quam corpus Christi. Non, mes frères, disait-il, la parole de Dieu que nous entendons n'est rien à notre égard de moins précieux ni de moins sacré que le corps même de Jésus-Christ. Voilà le piincipe qu'il supposait comme incontestable ; d'où il tirait celte conclusion, qui, toute sensée qu'elle est, avait toutefois besoin d'être appuyée de son autorité : Non minus ergo reus erit, qui verbum Del ■perpermn audierit, quam qui corpus Christi in terram cadere sua negligentia prœsumpserit. Celui-lii donc, ajoutait-il, n'est pas en quelque sorte moins criminel ni moins sujet à l'analhème de saint Paul, qui abuse de cette sainte parole et qui la profane, que s'il profanait le corps du Sauveur en le laissant tomber par terre et le foulant aux pieds. Avouons-le néanmoins, mes chers auditeurs, c'est ce qui vous arrive tous les jours, et à quoi vous n'avez peut-être jamais pensé, pour en faire devant Dieu le sujet de votre confusion et de votre douleur ; car, si l'on venait entendre la |)arole de Dieu comme parole de Dieu, y viendrait-on par un esprit de curiosité pour l'examiner, par un esprit de malignité pour la censurer, par un esprit d'intérêt pour faire sa cour, par un esprit de mondanité pour voir et pour se faire voir ; le dirai-je, et n'en serez-vous point scandalisés? par un esprit de sensualité pour contenter les désirs de son cœur, et pour trou-

• ver l'objet de sa passion, ?

Ah ! chrétiens, ne rougirait-on pas de s'y présenter avec de telles dispositions ? Cette pensée seule : C'est la parole de mon Dieu que je vais

écouter, ne suffirait-elle pas pour nous saisir d'une salutaire frayeur? Occupé de cette pensée, n'y viendrait-on pas avec un esprit humble, avec une Ame recueillie, avec un cœur touclié et pénétré des plus vifs sentiments de la religion ; en un mot, comme l'on irail à un sacrement et au plus redoutable des sacrements, qui est celui de nos autels ? Car voilà toujours la véritable et juste idée que nous devons avoir de la parole de Dieu : Non minus est verbum Dei, quam corpus Christi. Quand donc vous venez l'entcndie avec des vues toutes contraires, il est évident que vous ne la regardez plus comme parole de Dieu, mais comme parole de l'homme; et tel est l'abus que je combats, et qu'on ne peut assez déplorer ; car, dit saint Chrysostome, Dieu parlant en Dieu veut être écoulé en Dieu ; et quand il parle par la bouche des prédicateurs, qui sont ses organes, il veut que ses organes soient écoutés comme lui-môme : Qui vos audit, me audit ; et qui vos spernil, me spernit ' . Mais vous, sans remonter si haut, vous voulez les écouter comme hommes, les contrôler comme hommes, les railler même souvent et les décréditer comme hommes ; et ce que vous ne feriez pas au moindre sujet qui vous annoncerait les ordres du prince et vous parlerait en son nom, vous le faites impunément et sans scrupule au ministre de votre Dieu. Après cela, étonnez-vous que j'en appelle h vous-mêmes, et que je vous accuse devant le tribunal de votre conscience, d'avoir été cent fois et d'être encore tous les jours les profanateurs du saint dépôt que Dieu nous a confié, et qu'il nous a confié pour vous, qui est le ministère de sa parole !

De là, par une conséquence immanquable, l'inutilité de ce divin ministère : car la ()arole de Dieu, reçue comme parole de l'homme, ne peut produire dans les cœurs que des effets proportionnés à la vertu de la parole de l'honnue ; et il est de la foi que la parole de l'homme, quelque touchante, quehpie convaincanle, quelque forte et quelque puissante (ju'clle soil d'ailleurs, n'est d'elle-même pour le saiul qu'un vain instrument. C'est ce que le grand Apôtre faisait entendre aux Thessaloniciens : Ideo et nos gratins ogimus Deo sine intermissione ; quoniam cuni accepisselis a nobis verbum ouililus Dei, accepistis illud, non ut verbum hominum, sed {sicut est vere) verbum Dei qui operatur in vobis 2 . Votre bonheur, mes frères, leur disait-il, et le sujet de ma consolation, c'est qu'ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchons, vous l'avez reçue non comme parole des hommes, mais comme parole de Celui qui agit cfiicace-

» Luc, X, 16. — 3 1 Thcssal., ii, 13.

Sim LA PAHOLE DK DIF.U.

ment en vous. Voilîi la source do toutes les iyé~

nédiclionsqiie Diou a n^paniluessiir xoirc l'i^lise, et ce qui lait que voire loi esl deveiuie colùhre jusqu'il servir de modèle i\ toutes les t^^;lises d'Asie. Prenez jiardc, tlit TlitStphylacte, c'était la parole de saint Pau! (|ui opérait dans ces nouveaux (idélos, mais qui opérait conuue parole de Dieu. Au contraire, voulez-vous von- la parole de Dieu, quoicpie aiuioncée par saint Paul, opérer connue parole de Ihomme ? Ku voici un exemple bien remnnpudde. Saint Paul entre dans une ville de Lycaouic (>our y publier la loi de Dieu : on l'écoute, ou esl charmé de .ses discours, on le suit en foule, on va jusqu'à lui offrir de l'encens, jus(in';\ vouloir lui sacrifier comme à une divinité, jusqu'à le prendre [)Our Mercure et pour le dieu de la parole : Et vocahaut lianwbam Jovcm, Ptiulum veto )k'rcurium, quoniam ipse erat ilux verbi ^ . N'était-ce pas, ce semble, une disposition bien avantageuse pour l'Evangile ? Ali ! chrétiens, disons plutôt que c'était un obstacle au progrès de l'Evangile. Ils écoutaient saint Paul connue homme ; autrement ils n'auraient pas pensé à en faire un Dieu : sa parole agissait donc en eux comme la parole d'un homme. Et en effet, ces applaudissements, ces éloges, sont les fruits ordinaires de la parole des hommes, quand ils ont le don de s'énoncer avec élociuence ou avec agrément ; mais n'attendez rien de plus. 0 profondeur des conseils de Dieu ! de ce grand nombre d'admirateurs, saint Paul ne convertit pas un infidèle; et de tous ces auditeurs charmés, il n'y en eut pas un qui renonça à ses erreurs pour embrasser la foi. Voilà ce qu'éprouvent maintenant encore faut de mondains ; ce sont des corrupteurs, ou, s'il m'est permis d'user de la figure du Saint-Esprit, ce sont des adul lères de la parole de Dieu. Peu en peine de sa fécondité, ils n'en cherchent que le plaisir : Adultérantes verbum Dei"^. Que fera le prédicateur le plus zélé? Leur représentera-t-il l'horreur du péché, la sévérité des jugements de Dieu, les conséquences de la mort ? ils s'arrêteront à la justesse de son dessein, à la force de son expression, à l'arrangement de ses preuves, à la beauté de ses remarques. Leur mettra-t-il devant les yeux l'importance du salut éternel et la vanité des biens de la vie ? Ils conviendront qu'on ne peut rien dire de plus grand, que tout y est noble, sensé, suivi ; mais dans la pratique nulle conclusion. Ils admireront, mais ils ne se convertiront pas; déshonorant, dit saint Augustin, la parole de Dieu par les louanges mêmes qu'ils

,» Act., JUT, 11. — J H Cor., Il, 17,

hii donnent, ou plutftt qu'ils lui ôlent, pour les doiuu-'r à celui qui n'eu o.nI quel»^ dispensateur.

C'est ce (juc faisaient le^ juil^lorrtp.uî le pro- ]Jièle E/écliicl leur anuonriil les &jlainilésdunt Dieu, pour b; juste cliAtiinent de leurs VriiriM, devait bieulAt les aKliger. ('ar l'Ecrit' iv nous a[)pr(Mid (pi'ils étaient eue hantés des discoiiisdc ce prophète, sans être émus de ses menaces ; et Dieu lui-même hd en maniuait la r.json : Filii jwjntli tui loquuntur de le jvxta muvos et in osliis domorum ^ ; Eh bien ! prophète, lui disait le Seigneur, sais- tu l'effet des vérités étonnantes que tu prêches à mon peui)Ie ? c'est qu'ils parlent de toi ()ar tonte la ville et dans tonte:, les compagides. Au lieu de glorilierma parole, ils te préconisent toi-même : Et dicunt unus utl alterum : Venite , et andiamtis quis sit sermo egrediens a Domino '. Quand tu dois les instruire, ils s'invitent les uns les autres : Allons, et voyons comment le prophète aujourd'hui réussira. Et veniunt ad te , quasi si ingrediatur popuhis 2; et en effet , ils viennent t'entcudre comme ils iraient à un spectacle : Et es eis quasi Carmen musicum quod suavi dulcique sono canitiir 3 ; Us t'écoutent comme une agréable uuisique qui leur flatterait l'oreille. Mais prends garde, ajoutait le Dieu d'Israël, qu'ils se contentent d'écouter ce que tu leur enseignes, et du reste qu'ils se sont mis dans une malheureuse possession de n'en rien pratiquer : Et audiunt verba tua, et non faciunt ea * . Pourquoi ? parce que c'est ta parole qu'ils entendent, et non pas la mienne ; Et audiunt verba tua. Or, ta parole peut bien avoir la grâce de leur plaire, mais '.lie n'aura jamais la force de les convertir.

Aussi , reprend saint Jérôme, y va-t-il de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes, qui est le grand ouvrage de sa grâce, ne soit j as attribuée à la parole des hommes, ni même à la sienne confondue avec celle des hommes. Vous voulez entendre ce prédicateur parce qu'il vous plait, et Dieu ne veut pas que ce soit par ce qui vous plaît dans ce prédicateur que vous soyez convertis, mais par la simplicité de la foi. JN'espérez pas qu'il change cet ordre, et qu'il fasse pour vous une loi particuhère. Mais savez-vous comment il vous punira? Il se vengera de vous par vous-mêmes, il vous laissera en partage la parole des hommes, puisque c'est celle que vous cherchez ; et pour sa parole , il la révélera aux vrais fidèles qui la reçoivent avec une humble docilité ; ou, pour mieux dire, de cette même parole il vous

) Ezech., xxxiii, 30. — 2 Ibid. — ^ Ibid., 31. — < Ibid., 32 — » Ibid.

SERMON POrm LK fiîW.ANCH'î J)F TA rTNOTTÎf.^îE SEMAINE.

blpticra toulce qu'elle peut avoir de spécienx et d'in'ilile ft quoi tous vous atlachez ; mais tout ec (jij'ello a de solide et d'avantageux pour le salut, il !e réserveras ces ûines choisies qui ne cher- Clienl dans sa parole que sa parole môme. Etrange et pernicieux abus ! On écoute les prédicateurs pour juger de leurs talents, pour faire comparaison de leur mérile.pour rabaisser celui-ci, pour donner la préférence à celui-là ; et souvent on verra, dans une ville, dans une cour, louchant les ministres de la parole évangélique, le même partage d'esprits qu'on vit autrefois à Corinthe touchant les ministres du baptême, quand l'un disait : Pour moi, je suis à Apollo ; et l'autre : Pour moi, je suis à Céphas. Ah ! mes frères, reprenait saint Paul, pourquoi ces contestations et ces partialités? Jésus-Christ est-il donc divisé? Divisus est Cliristus ^ ?Esl-c(i Apoilo quia été crucifié pour vous ? et avez-vous été baptisés au nom de Cé;»has? N'est-ce pas le môme Dieu qui vous a sanctifiés par eux? A quoi j'ajoute, chrétiens : N'est-ce pas le môme Dieu qui vous parle et qui vous exliorte par notre bouche : Deo exhortante per 7Jos2 ? Qui sommes-nous, disait ailleurs saint Pierre en prêchant aux juifs, pour mériter que vous vous occupiez de nous, et que vous fassiez distinction de nos personnes? Pourquoi nous regardez-vous, tandis que nous faisons l'office de simples ambassadeurs ? Viri fratres, quid miramini inJioc, aut nos quid intiiemini ^ ? Sanscettequahté d'ambassadeur de Jésus-Christ, moi qui parais aujourd'hui dans cette chaire après y avoir déjà tant de fois paru, oserais-je soutenir la présence du plus grand des rois, et la soutenir de si près, tandis que les nations entières ti-emblent devant lui, et qu'il répand si loin la terreur ? Oserais-je élever la voix au milieu de la plus florissante cour du monde, si, tout indigne que je suis, je n'étais prévenu et vous ne l'étiez comme moi de celle pensée, que Dieu m'a confié sa parole, el que c'est en son nom que je vous l'annonce : Viri fratres, quid miramini in hoc, aut nos quid intuemini * ?

Cependant, quoiqu'il soit vrai que tout prédicateur de l'Evangile, en conséquence de sa mission, est l'ambassadeur et l'organe de Dieu, n'en peut-on pas faire le choix, et s'attacher à l'un plutôt qu'à l'autre ? Oui, chrétiens, ce choix peut être bon et utile ; mais il doit être réglé selon la prudence du salut. Ainsi le disci|)le Anauie fut-il clioisi préférabloment à tout autre, pour être le docteur et le maître de celui même qui devait l'être de toutes les nations.

» 1 Cor., I, 13. — ! II Cor., y, 20, — 3 Act., m, 12. — * Ibid.

Ainsi Dieu même inspira-t-il à saint Augustin, encore pécheur, de se faire instruire par saint Ambroise et de l'écouler. Ainsi, mon cher auditeur. Dieu peut-être a-t-il résolu d'opérer votre conversion par le ministère de tel prédicateur, et lui a-t-il donné grâce pour cela ; car, c'est ce qui arrive tous les jours, et rien nest plus ordinaire dans la conduite de la Providence. Mais voulez-vous que votre choix ne fasse rien perdre, ni à la parole de Dieu de l'honneur qui lui est dû, ni à vous-même du profit que vous en pouvez retirer ? voici deux avis importants que je vous donne, et que vous devez suivre. Premièrement, entre les ministres de l'Evangile, ne préférez pas lelleinent l'un que vous méprisiez les autres. Car, étant tous envoyés de Dieu, vous les devez tous honorer ; el tel sur qui tom- Ijcraient vos mépris, est celui peut-être dont Dieu se servira pour convertir tout un peuple : or, il est de la Providence qu'il y ait des prédicateurs pour ce peuple aussi bien que pour vous. Secondement, n'ayez égard dans le choix que vous faites qu'à votre avancement spirituel et à votre perfection, c'est-à-dire ne vous attachez à un prédicateur que parce qu'il vous est plus utile pour le salut ; car il faut vouloir les choses pour la fin qui leur est propre; or, la parole de Dieu n'a point d'autre fin que notre sanctification. Quand, pour la santé du corps, j'ai à choisir un médecin, je n'examine point s'il est orateur ou philosophe, s'ils'exprime avec poUtesse, et s'il sait donner à ses pensées un tour ingénieux et délicat ; mais je veux qu'il ait de l'expérience et qu'il soit versé dans son art ; je veux qu'il connaisse mon tempérament, et qu'il soit en état de me guérir : cela me suffit. Si donc je trouve un ministre de la divine parole qui m'édifie, qui las^c impression sur moi, qui ait le don de remuer mou cœur, qui me porte plus eKicaccmcnl, plus larîemeutà DicUj c'est là que je dois m'en tenir. Voilà l'homme que Dieu m'adéputé pour me faire connaître ses volontés, voilà pour moi son amhassadeur. Qu'il n'ait du reste nul avantage de la nature : il me touche ; il me convertit, c'est assez. En l'écoutant, j'écoute Dieu même; et mon bonheur en écoutant Dieu dansson ministère, est d'attirer sur moi les grâces les plus puissantes, et de me préserver decetendarcissemcnt fatal et de cette réprobation où conduit uneopiniàtre résistance à la parole de Dieu, comme nous Talions voir dans la troisième partie.

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