‹ Œuvres complètesChapitre 145 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il n'y a que Dieu qui essentiellement et par luimême ail une légitime autorité pour juger les hommes, j)arce qu'il n'y a que Dieu qui soit le Créateur, et par conséquent le souverain et le Rîaiire des honunes : vérité incontestable et si universelle, que Jésus-Christ même, en qualité d'homme, n'aurait pas le pouvoir de juger le monde, connnc nous apprenons de l'Evangile qu'il doit le juger, si ce pouvoir ne lui avait été donné de son Père. Seigjieur, disait David par unespritde prophétie, dunnez au roi votre jugement. Le texte hébraïque porte : Donnez au roi voire puissance, pour juger le peuple que vous lui avez confié : Deus, judicium tuum régi da * ; comme s'il eût dit : Ce jugement, raon Dieu, n'appartient qu'à vous, mais faites-en part à celui que vous avez choisi ; et puisque vous l'avez établi roi, commettez-lui votre justice, afin qu'il l'exerce en voire nom : El juslitiam tuam filio régis. Je sais, chrétiens, que ces paroles du psaume peuvent être entendues de Salomon, en faveur duquel David faisait à Dieu cette prière; mais je sais aussi que tous les Pères de l'Eglise les ont ex [)liquées de Jésus-Christ, et que les juifs mômes, suivant leur tradition, les rapportaient à la personne du jlessie, dont Salomon n'était que la figure. Quoi qu'il en soit, dit saint Augustin, il est de la foi que jamais le Sauveur du monde ne jugera les vivants et les morts qu'en vertu de la commission qu'il en a reçue : Pater omne judicium dédit Filio 2 ; que comme il n'a point pris de lui-même la qualité glorieuse de pontife, aussi ne s'est-il point attribué celle de juge ; qu'il a voulu, ou, pour parler plus exactement, qu'il a dû être spécialement appelé à cet important ministère; et que, sans la vocation divme, tout grand, tout sage, tout saint qu'il est, il n'en ferait jamais nul exercice: ainsi lui-même dans l'Ecriture s'en déclarc-t-il. Or, de là, mes chers auditeurs, je tire d'abord un argumentinvincible conlie l'abus des jugements téméraires; car, que faisons-nous quand, au mépris de celte règle, nous nous donnons la liberté déjuger le prochain ! Nous attentons sur l'autorité de Dieu, nous entreprenons sur ces droits, nous nous donnons ou nous prétendons nous donner un pouvoir qu'il s'esl réservé, et qui lui est propre ; ce que Jésus-CIuisl ne fera (jue comme délégué de son Père céleste, nous le faisons de notre chef ; ce que Dieu par privilège lui a accordé comme à son Fils, nous l'usai pons impunément et sans litre. EL voilà, dans la ducUiue de salut

/Tsalm., 1.XXI, 2. — ' Joan., t, 2a,

SUR LE JÏT.EMFNT TKMPJUmE.

Paul, le premier principe sur quoi est foiuItS; la Iciiit^riU^ lie la plupart des jiipeinenU des liomnies. Car {pii (Mes-voiis, disait ee faraud apAlr>î, pour jnijer et pour coiulamnerle serviteur daitiui ? Tu (]uix es, qui judicas alit'uuiu servum ' ? S'il tofid)e ou s'il demeure ferme, ce n'est point à vous d'eu conuaitre ; c'est ;\ eelui dont il dépend, et (jui couuue maiireest sou jii^e : Ihwiino

•0 stat aut cnilit 2. C'esl-à-dire, selon la para- ; luase de saint Chrysostome, pouniuoi jugcz- Aous de ce qui ne vous regarde pas; et pour- (luoi vos vues sVtendent-clles hors des limites où l'ordre de la Providence et votre eondilion vous lenlenueut ? Cet homme dont vous censurez la conduite, et dont vouscondaumez peutOtre nonseulement les actions, mais les intentions, est-il votre sujet ? Avez-vous dans le monde quchiue supériorité sur lui ? Reutire/.-vous coui|>le de sa vie ?En devez-vous répoudre à Dieu ?Si cela est, je consens que vous en jugiez ; et mon soin alors serait de vous apprendre la manière dont il faudrait procéder, l'esprit et la charité qu'il y faudrait apporter, les mesures de prudence qu'il y faudrait garder. Mais puisque vous reconnaissez vous-même qu'il n'est rien de tout cela, et que la personne dont vous formez ces jugements désavantageux n'est point soumise à votre directic)u, que vous n'en êtes point chargé, et que, ni devant Dieu ni devant les hommes, vous n'en devez point ôtrc responsable, pourquoi de vous-même vous ingérer dans sa cause? Aban donnez-la à son juge naturel, et respectez dans voire frère le droit qu'il a de n'être jugé que de Dieu, ou du moins de ceux que Dieu a commis pour veiller sur lui. S'il fait bien, vous pouvez par là participera son mérite; et s'il fait mal, le blâme n'en retombera pas sur vous. Mais si vous le coudaumcz, quoi qu'il fasse, vous vous rendez vous-même criminel ; car, s'il fait bien, et que vous en jugiez mal, vous commettez à son égard une injustice; et s'il fait le mal même pour lequel vous le condamnez, vous commettez une àulre injustice envers Dieu, parce qu'en le conlamuant et en le jugeant vous vous attribuez le pouvoir de Dieu.

Voilà le grand principe que nous devons suirre, et une des leçons les plus ordinaires que faisait saint Paul aux premiers chrétiens. Pourquoi? réflexion importante de saint Chrysostome : c'est qu'un des premiers désordres qui s'éleva dans l'Eglise et qui divisa les chrétiens, fut la liberté de juger. Les fidèles circoncis méprisaient les gentils qui ne l'étaient pas, et les gentils convertis tenaient pour suspects les fidè-

} Rom., xir, 4. — ' !'aid.

les qui voulaient encore se dislinjçner par la circoncision. Ceux qui s'abstenaient de viandes coudaïunaieutceux qui en usaient, et ceux (jiii en usaittnl censiuaicnt coaw (juis'en absten lient. De là les dissensions et les troubles; et c'est pour cela même (jue l'Apotrc, animé d'un zèle ardent pour l'unité et poiu-la paix, leur disait sans cesse : Ao7i cv(}o (implius invicem jutlicemus^ : Mes tières, ne nous jugeons donc plus les uns les autres; et par quelle raison ? point d'autres que celle-ci ; Omnes enim stabimiis ante tribunal Christi '; |)arce qu'il y a un tribinial où nous devons tous comparaître, qui est le tribunal de Jésus-Chiisl. Quelle conséquence ! elle est juste et solide. C'est-à-dire que tous les tribunaux i)arlicidiers que les hommes s'érigent de leur autorité propre pour juger le prochain, sont des tribunaux incompétents, des tribunaux sans juridiction, et par conséquent des tribunaux dont Dieu annide et réprouve les arrêts. Ce pouvoir de juger les hommes, surtout de juger les cœurs et les consciences des hommes, n'a été donné qu'à Jésus-Christ seul ; et tout autre que Jésus- Christ qui se l'arrogé, fût-il un ange et le plus éclairé d'entre les esprits bienheureux, doit être censé usurpateur. C'est donc une espèce d'attentat contre le Fils de Dieu que déjuger votre frère; parce que c'est, dit saint Jérôme, ôter à Jésus- Christ la prérogative dont il est en possession : Fratrem ergo quisquis judicat, Christi palmam assumit. Et en effet, poursuit le même Père, que réservons-nous au jugement de ce Dieu -Homme, s'il nous est permis déjuger inditîéremment de tout ? Si unusquisque de proximo judicamus, ecquid Domino reservamus ?

Vous me direz que le Sauveur du monde s'est engagé à nous solennellement de nous faire asseoir avec lui sur le tribunal de sa justice, et qu'une des récompenses qu'il nous propose est d'avoir part un jour à ce jugement universel, où sa qualité de Rédetnpteur lui donne droit de présider : Sidebilis et vos judicantes 3. Or saint Paul,expliquant cette pi omesse,ena étendu l'effel non-seulement à tous les hommes apostoliques, mais généralement à tous les chrétiens, et en particulier à ceux qui peuvent se rendre témoignage d'avoir été fidèles à Jésus-Christ : An néscitïs quoniam sancti de hoc mundo judicabunt '^ ? Ne savez-vous pas, disait-il aux Corinthiens, que les saints jugeront le monde; et parlant ensuite à tous : Nescitis quoniam angelos judicabimus • quanto magis sœcularia ^ ? Ne savez-vous pas, mes frères, ajoutait-il, que nous devons juger

MattU., XIX, 3d. ~ I Cu.,

' Rom., XI», 13.

Tï, 2. — * Ihid., 3,

lî.id., il). —

SERMON POUR LE VENDREDI DE LA CWQinÈME SEMAINE.

les anges mômes ? Or, s'il est vrai que nous jugerons les anges, combien plus est-il vrai que nous jugerons les hommes du siècle ? Il reconnaissait donc en nous un titre pour juger ; cl la manière dont il s'exprime marque qu'il le supposait comme un litre évident et incontestable : Ni'scitis quoniam judicabimus ? Voilà ce que saint Augustin s'est opposé à lui-môme, en traitant ce point de morale. Mais écoutez l'excellente conclusion qu'il en tirait, pour confirnicr la vérité que je vous prêche. Eh bien ! mes frères, disait ce saint docteur, tenons-nous-en au principe de saint Paul. Il est vrai que nous serons un jour assis avec Jésus-Christ pour juger ; mais cela étant, ne le prévenons donc pas, ce souverain Juge; ne soyons donc pas plus prompts que lui : puisque c'est alors qu'il nous communiquera son pouvoir, attendons qu'il nous en ait fait part, et attendons-le avec humilité et avec patience. En un mot, selon la maxime de l'Apôtre même, ne jugeons point avant le temps, ni avant la venue du Seigneur: Nolite ergo ante tempusjudicare, quoadusque veniat Dominiis '. Car il serait bien étrange que nous, qui ne sommes que des juges subalternes, nous voulussions juger avant Jésus-Christ, qui est le juge supérieur.

Or, prenez garde, reprend admirablement saint Augustin, tant que Jésus-Christ a demeuré sur la terre, quelque souveraineté qu'il eût, il ne l'a jamais employée à juger les pécheurs. Il les a excusés, il les a supportés, il les a défendus, il leur a fait grâce, il les a consolés, il les a aimés; mais il ne les a point jugés. Que dis- je? il a même protesté hautement qu'il n'était point venu pour les juger: Non venit Filius Hominis ut judicet mundum 2. De deux olïices, celui de sauveur et celui de juge, il a fait le premier tandis qu'il était parmi nous; et il a remis le second à la fin des siècles, quand il viendra dans l'éclat de sa majesté. Sommesnous plus autorisés que lui? avons-nous une juridiction plus étendue? Contenons-nous donc dans les bornes qu'il a voulu lui-même se prèscrirc. Pendant cette vie, aimons nos frères comme il les a aimés, supportons-les comme il les a supportés, excusons-les comme il les a excusés, délendons-les comme il les a défendus, compatissons à leurs faiblesses comme il y a couipali; et puis nous les jugerons un jour avec lui. 11 me semble que cette condition nous doit sulliie. Mais que nous anticipions le jugement de notre Dieu ; que dans un temps où il n'a fait que miséricorde, nous entreprenions indiscrète-

i I Coi;, iTt ^. — > Joan., ui, 17»

ment de faire justice : de quelque motif que nous puissions nous flatter, c'est une présomption et un orgueil. Dieu nous dit par la bouche de son Prophète : Cum accepero tempus, ego juslitias judicabo K Lorsque le temps que j'ai marqué sera venu, alors je jugerai ; pour nous faire entendre qu'à son égard môme il y a un temps déjuger et un temps de pardonner : Tempus judicandi et tempus miscrendi. Et nous, dit saint Grégoire, pape, par une témérité insoutenable, nous voulons juger en tout temps. Avant que Dieu ait pris le sien, nous prenons le nôtre; et nous le prenons parce qu'il nous plaît, et comme il nous plaît.

Désordre universellement condamné de Dieu, mais spécialement condamnable, lorsque nous nous attaquons aux puissances mêmes; que nous osons juger ceux mêmes de qui nous dépendons, ceux que Dieu a établis pour nous conduire, ceux qu'il nous a doimos pour maîtres et pour pasteurs, les prélats et les ministres de l'Eglise : pourquoi? parce qu'il y a dans eux un caractère que nous devons singulièrement respecter, et à quoi nous ne pouvons toucher sans blesser Dieu jusque dans la prunelle de son œil, suivant cette parole de Zacharie : Qui tetigerit vos, tanget pupillam oculi mei 2. C'est pourquoi il nous en fait encore ailleurs une défense si expresse : Nolite tangere christos mecs, et in prophetis meis nolite mtdignari 3 : Ne louchez point à ceux qui sont les oints du Seigneur, et gardez-vous d'exercer sur eux la malignité de vos jugements. Désordre essentiellement opposé à cette subordination dont Dieu est l'auteur, et par conséquent le conservatciu" et le vengeur; puisque du moment que je censure la vie et la conduite de quiconque est au-dessus de moi, je m'élève au-dessus de lui, je me fais le juge de mon juge, et par là je renverse l'ordre où Dieu m'avait placé, et je m'expose aux suites malheureuses que l'Apôtre nous fait craindre d'un tel renversement. Désordre qui affaiblit et qui énerve, disons mieux, qui ruine et qui anéantit l'obéissance des inférieurs : car il est impossible que cette facilité à juger et à juger mal ne produise peu à peu un secret mépris de celui même dont on juge, et que ce mépris ne fasse naître les contradictions, les murmures, les révoltes de l'esprit et du cœur; d'où il arrive qu'on n'a plus, dans les sociétés les plus réglées, qu'une obéissance extérieure, qu'une obéissance politique, qu'une obéissance sans mérite, parce que ce n'est point une obéissance chrétienne.

Je sais, mes chors auditem's, ce que vous avez

i P»«lm., utxiv, s. — ' 2ach., ii, 8. — » Psa',, av, 16.

SUft LE JIT.EMKNT irM^RAIRE.

coutume de répondre : que ce qui vous engage presque inal;^ré vous ;\ juger de la sorte, ce sont les imperfections et les ilofauls, ou si vous voulez, les iléré^lements et les excès de ceux que Dieu a constitués en dif;nité; qu'en condamnant leurs actions, vous ne laissez [)as d'Iionorer leur ministère; et que vous n'en pensez mal, que parce qu'ils se comporlent d'une manière à ne pouvoir en bien penser. Tel est le langage du monde ; mais je sais aussi (jue cela ne vous juslifie pas, et que quand Dieu, dans l'Exode, a prononcé cet oracle en forme de loi : Diis non detrahes • ; Vous ne jugerez ni ne médirez point des dieux de la terre, c'est-h-dire des puissances ou spirituelles ou temporelles, il n'a point fait cette précision du ministère et de la personne, parce qu'il prévoyait que le mépris de l'un serait toujours suivi du mépris de l'autre, et que les houunes n'auraient jamais un discernement assez équitable pour respecter sincèrement le ministère et la dignité, tandis qu'ils seraient prévenus contre le sujet qui s'en trouve revêtu. En effet, de tout temps les personnes élevées aux premières places, les magistrats, les princes, les pasteurs des âmes, ont eu leurs vices et leurs passions : ce sont des hommes qu'il n'a pas plu à Dieu de rendre impeccables, et dont les erreurs et les faiblesses, dans le dessein de sa providence, doivent même servir à l'exercice de notre foi et de notre humilité. Mais pour cela il n'a jamais été permis aux particuliers de s'ériger en censeurs de leur vie, beaucoup moins de leur gouvernement et de leurs ordres. Voilà néanmoins l'abus du monde. Constantin, quoique empereur, ne voulut point, par maxime de religion, juger les évèques sur les accusations et les plaiiites qu'on formait contre eux; mais aujourd'hui des hommes sans nom, par un zèle aussi faux qu'il est téméraire, jugent hardiment des évèques et des empereurs. Ce prince si3 fit un point de conscience de couvrir, pour ainsi dire, de sa pourpre royale la honte des ministres de Jésus-Christ ; maintenant on se pique, je ne dis pas de la remarquer et de la révéler, mais de l'imaginer sur les plus faibles conjectures, de la supposer, de l'assurer comme un fait évident et incontestable. Qu'un homme soit le plus accompli et le plus irrépréhensible, et qu'on le metle comme la lumière sur le chandelier : tout accompli et tout irrépréhensible qu'il peut être, on en jugera; et, h force de l'observer, on y découvrira ou l'on croira y découvrir des taches. Vous diriez que celte impunité avec iacjaelle ou juge, etl'on condamne soit jjuû eiip^'cc de cou-ohUon,

dans la nécessité où l'on se trouve d'obéir aux grands et d'en dépendre. Mais malbcurà nous si nous raisormons ainsi ! malhciii-, si nous écoutons un cliagrin bizarre, qui nous porte toujours h contrôler ceux que Dieu a mis sur nos têtes, au lieu de nous en tenir à la grande règle d'une soumission respectueuse et hurid)le : car Dieu, pour réprimer cette licence, a des cliAtiments qu'il sait faire éclater sur les coupables, quand sa justice le demande ! Marie, su'ur de Moïse, l'éprouva, et sentit bien la grièveté du crime qu'elle avait commis dans le jugement qu'elle fit de son frère. La lèpre dont elle fut couverte, l'excommunication dont elle fut frappée, et qui la sépara sept jours entiers du camp des Hébreux, furent les marques authentiques de la colère divine ; et plaise au Ciel que nous en soyons quittes nous-mêmes pour des peines temporelles! Ne dites point que tous les conducteurs du peuple de Dieu ne sont pas des Moïses, que ce ne sont pas des hommes parfaits, dont Dieu prenne également les intérêts et la cause en main . Saint Pierre vous répond que Dieu s'intéresse pour tous, et que les imparfaits et les vicieux sont aussi bien sous sa protection contre les censeurs présomptueux de leur conduite, que ceux dont la vie exemplaire est à couvert de tout reproche : pourquoi? parce qu'en qualité de supérieurs et de maîtres, ce sont les ministres et les lieutenants de Dieu, et que, par une suite nécessaire, il nous ordonne de l'honorer lui-même dans eux : Non tantum bonis et modcstis, sed etiam dyscolis i. J'avoue que, pour les contenir dans leur devoir, Dieu permet cette injuste liberté qu'on se donne de les censurer; c'est un.bien pour eux : mais malheur à celui par qui ce bien arrive, puisque c'est un de ces biens que Dieu, par la disposition de sa sagesse, ne tire que des plus grands maux, et qu'il ne peut contribuer à corriger l'un, sans pervertir et dérégler l'autre !

C'est donc ici, chrétiens, qu'il faut nous appliquer cette conclusion du Fils de Dieu : Nolite judicare, ut non j udicemini "^ ; Ne jugez point, et vous ne serez point jugés. Est-il vrai, Seigni'ur, demande saint Bernard, que celcî seul [.uisse nous délivrer de votre redoutable et inflexible jugement ? ou plutôt, est-il vrai que ce soit assez pour paraître avec confiance devant votre adorable tribunal ? Quoi ! ce jugement qui kût trembler les saints, et dont l'idée seule a causé les plus mortelles frayeurs aux Hilarion et aux Jcrômc ; ce jugement où nous devons être pesés ÙJiis là balonr.c vigoureuse du sanctuaire, n'aura

f ï Teu-., a, 18, — î Haub., t«, 1»

SERMON POUR f-E VENDREDI DE L\ CINQrir/IE SEMMNE.

pour nous rien de tenible, et il ne tiendra qu'à nous, en observant celle loi, de ne plus craindre les arrêts de votre justice ? Après cela plaignons-nous de la st'^vérilé de notre Dieu; et lors(iue nous avons Jésus-Christ mônic pour garant de la promesse qu'il nous lait, seronsnous assez ennemis de nous-mêmes pour en perdre tout le l'ruil ? Nolite judicare, ut non judicimini Poursuivons : non-seulement on juge sans autorité, mais encore sans connaissance ; aulie défaut dont j'ai à parler dans la seconde partie.

Connaître sans juger, c'est souvent modestie et vertu; mais juger sans connaître, dit saint Chrysostome, c'est toujours indiscrétion et témérité. Or, si cela est vrai généralement, beaucoup plus l'est-il en particulier, ajoute ce Père, quand il s'agit de mépriser et de condamner le prochain. D'où il s'ensuit que les jugements mauvais et désavantageux que nons faisons du prochain, sont presque tous téméraires et crimiiTcls : pourquoi ? parce qu'ils n'ont presque jamais ce degré d'évidence et de certitude qui serait nécessaire pour les justifier. En effet, chrétiens, le Prophète royal a bien raison de dire que les enfants des hommes sont vains, que leurs balances sont trompeuses, et que, par le seul défaut de connaissance, il n'y a dans la plupart de leurs jugements qu'illusion et que mensonge : Verumlamen vani filii hominum ; mendaces filii hominum in stateris, ut decipiant ipsi de vanitatein idipsum '. Car, pour en venir à la preuve, qu'y a-t-il de plus commun dans le monde que déjuger par les apparences, que de juger des intentions par les actions, que de juger sur le rapport d'autrui; ou, si l'on juge par soi-même, que de juger avec précipitation, que de juger avec une assurance pleine de présomption, que de faire valoir de simples soupçons comme des démonstrations et des convictions ; que d'abuser de ses propres vues en les suivant trop, en les portant trop loin, en les étendant au delà môme de ce qu'elles nous découvrent ? Tout cela, autant de sources des faux jugements que nous formons les uns contre les autres, et qui troublent parmi nous et détruisent absolument la société. Ne perdez rien, je vous prie, de ce détail.

On juge des hommes par les apparences ; et, comme remarque saint Augustin, il faudrait plutôt juger des apparences parles hommes. Car, sans insister siu' ce point lU morale, (jui

> Fsalm,, uu, 10,

est infini, combien voyons-nous de gens dans la vie qui, par di\ers principes, ne sont rien de ce (|uils paraissent, et ne paraissent rien de ce qu'ils sont ? Condjicn qui, par je ne sais quelle négligence, produisent peu au deh( rs ce {|u'iU ont de bon; et combien au contraire dont toute l'étude va à déguiser le mal qu'il y a dans eux, et ù se parer du bien qui n'y est pas? Combien dont certains défauts visibles et même choquants sont compensés par un fonds de mérite lièssolide, et (jui, sous un extérieur grossier et méprisable, cachent les plus rares vertus? Jugez de de ces |)ersonnes selon l'apparence ; autant d'idées que vous vous en faites, ce sont autant d'injustices. Aussi Dieu, par des vues bien différentes des nôtres, réprouve-t-il tous les jours les sujets que nous estimons, etestime-l-il ceux que nous réprouvons : pourquoi ? parce que nos jugements n'ont pour objet que ce qui parait, au lieu que le jugement du Soigneur est fondé sur ce qu'il y a de plus secret ei de plus intime : Homo enim videt ea qiice parent; Dominus autem intuetur cor i. Dieu juge les hommes (belle pensée de saint Augustin), Dieu juge les hounnes;etsi les hommes sont pécheurs, il les juge pour les condaumer : mais counncnt? Faisons-nous une loi de sou exemple, et ne craignons point que son exemple soit trop parfait pour nous, puisque, dans la matière que je traite, la perfection même de Dieu doit scrvii à notre perfection ou à notre confusion. Ce Dieu qui, selon le langage de l'Apôtre, est la lumière même, ce Dieu en qui il n'y a point de ténèbres, ce Dieu qui possède la plénitude de la science, quand il veut juger et condamner, se conteutet-il d'une vue superficielle, qui ne lui représente l'homme que par les dehors? Ah! chrétiens, vous le savez : il entre jusque dans les replis les plus intérieurs de Tàme, il péiiètre jusque dans les jointures et dans les moelles, il sonde jusques aux plus profonds abîmes du cœur, il examine, il fouille, il reciierclio : Scrutans corda et renés Deus"^. Vous diriez que son œil ne soit pas de lui-même assez clairvoyant; et afin que Jérusalem, ligure d'une âme pécheresse, ne se plaigne pas qu'il l'ait jugée sans connaissance de cause, il prend encore le l'iambeau : Scrutabor Jérusalem in lucernis^. Ainsi en use ce Dieu juste et sage : mais nous, chrc^'i'S, aveugles et inconsidérés, nous jugeons notre frère; nous attaquons la probité do celui-ci, la réputation de cciie-lù, sans autre fondement que des apparences : aii lieu de nous souvenir que tel sur qui tombe riolre censure et que nous

il Eeg.jxvi, 7, - 5 Psalm., ya, 10..— ' Sophoo. ;, la.

Sun LE JIT.EMENT TflMfiUAIKE.

croyons tiigiuMle blAme, est celui peiit-(Hic pour qui nous aurions plusil'estinic s'il i^lail connu do nous; que, sous ces apparences qui nous séduisent, il y a pcul-ùtre des trésors de j,MAee «'t d'innocence; que cet extérieur (|ui nonseho<jue est peut-être un voile d'humilité, sousle(|iie[ il a plu à Dieu de tenir cachés les plus excellents dons. Condjiendefois, pour nous éh'c arrêtés fi la surface dos choses, n'avons-nous pas conlbndu la vertu avec le vice ; et cpiels reproches atnionsnous à nous faire devant Dieu, si nous voulions de bonne loi reconiiaih'c la légèreté, je dis léfj^èreté criminelle, qui dans nos jugements nous a fait prendre de vains fantômes pour des vérités? On juge des intentions par les actions. Vous me direz qu'il est impossible d'en juger autrement ; et moi je vous réponds, avec saint Jérôme, que c'est pour cela qu'il n'en faut pas juger du tout. Changeons la proposition, et exprimonsla en d'autres termes. On juge des actions sans eu connaître le principe, qui sont les motifs et les intentions ; ou plutôt on devine les motifs et les inlentions, pour avoir droit d'interpréter et de censurer les actions. Je vous demande, mes chers auditeurs, s'il est rien de plus téméraire et de plus inique? Car, de raisonner comme l'homme mondain, à qui saint Augustin fait dire ; Attendu quid agat, et inlellujo propter quid agat; J'observe la manière d'agir, et, de la manière d'agir, je conclus pourquoi l'on agit. C'est uu abus, reprend ce saint docteur, puisqu'il est évident que la même chose peut être faite par cent motifs tout diflérents les uns des autres, et que ces différents motifs eu doivent fonder autant de jugements tout opposés. En effet, quand Aiadeleine répandit des parfums sur les pieds du Sauveur du monde, ce fut par un mouvement de piété ; et les apôtres l'accusèrent de prodigalité. Le Sauveur du monde lui-même souffrait auprès de lui les pécheurs pour les attirer à Dieu, et les pharisiens le soupçonnaient d'entretenir avec eux de mauvais commerces. Nous voyons, continue saint Augustin, les mêmes actions, en substance, louées et condamnées par le Saint-Esprit, selon la diversité des intentions. Pharaon accable les israélites de travaux insupportables, et Moïse en fait périr une partie dans le désert par des châtiments encore plus terribles; mais dans l'un, c'était un esprit de domination qui l'enflait, et dans l'autre, un zèle de religion qui l'animait : Sed ille dominatione injlatus, iste zelo inflammalm. Les impies commettaient des sacrilèges en massacrant les prophètes, et les prophètes faisaient à Dieu des sacrilîccs en exier^rtinant les impies : Occi-

derunt imjiii in'oiilirtas, orcifenuit imjiios et proliht'tiv. Dieu niêiue aussi bien que Judas 'i livré Jé.Mis-Christ aux juifs; mais liicu, en livrant son Fils, a fait éclater sa miséricorde; et Jiida.s, en livrant .soji iMaître, s'est rendu coupabli; de la plus u(iii-(> perlidic : l'Jt lumen in liiic Inidl' liinic Deux pins est, et homo reus. Qu'apprenoufr nous de là? Ah ! mes frères, cela nous a|)|ireh<J (lue ce sont les intentions des honnnes qui donnent la forme à leurs actions ; et que ces intentions d'ailleurs n'étant connues que de Dieu : Discretor cogitalioniini et inteniionum cardia ' ; c'est une exlrèuic témérité, quelque éclairés que nous {)uissions être, d'en vouloir faire le discernemeid. Pourquoi, vous qui me ju.;ez, de deux intentions que je puis avoir, m'imputerezvous celle qu'il vous plaît, surtout si celle que vous m'imputez est celle que je désavoue? Pourquoi, de deux inlenliijns, l'une bonne, l'autre mauvaise, prétendez-vous que c'est la mauvaise, à l'exclusion de la bonne, que je me suis proposée? Laissez-moi mon secret, disait Isaïe, puisqu'il esta moi : Secretum meum mihi 2; et ne vous exposez pas, en voulant y entrer, à tomber dans des erreurs dont il sera difficile que votre conscience ne soit pas blessée. En un mot, souvenez-vous de la belle maxime de saint Bernard, que l'homme, en mille rencontres, est si peu d'accord avec lui-même, et que ce qui se passe dans lui est souvent si contraire à ce qui part de lui, que jamais on ne peut bien juger, ni de ses actions par ses intentions, ni de ses intentions par ses actions.

On juge sur le rapport d'autrui ; et quoique en jugeant de la sorte on juge avec moins d'assurance, on se croit en droit de juger avec plus de liberté : coiume si le juj^ement qu'on forme n'était un péché que pour celui qui l'a formé avant nous, et qui Ta ensuite communiqué aux autres. Nous avons sur cela même encore dans l'exemple de Dieu de quoi nous confondre. Les abominations de Sodome et de Gomorrhe étaient devenues publiques ; le bruit s'en était répandu par toute la terre, et, selon le langage de l'Ecrituie, il était monté jusques au trône de Dieu : Clamor Sodomorum multiplicalus est 3. Que fait Dieu ? condamne- 1 il d'abord ces malheureux, et les juge-t-il? Ecoutez-îe s'en expliquer luimême, et voyez les mesures que sa sagesse lui fait prendi e, non pas pour donner plus de poids à son jugement, mais, dit saint Bernard, pour servir de modèle aux nôtres : Clamor Sodomorum, et Gomorrhœ multiplicatus est, et peccatum eorum aggravation r,?î nimis. Descendamf et

i iUbr-, IV, li. ~ 2 isa.^ jxiv, 16. — ' Cents., xy'.u, M,

SERMON POUR LE VENOREm DE Lk CINQUIÈME SEMAINE.

vtdebo utrum clamorem qui venit ad me opère compleverint ; Le péché de ce peuple crie vengeance au ciel, et j'apprends qu'ils ont mis le comble à leur iniquité ; mais ce n'est point encore assez pour moi : je descendrai, j'irai, je Icsvisilerai en personne ; et avant que de prononcer comme juge, je m'éclaircirai par moi-môme comme témoin. Prenez garde, reprend saint Dernard : Dieu ne s'en fie pas, en quelque sorte, àsa providence ordinaire ; et pour cela il veut en avoir une connaissance plus dislinclc et plus immédiate : Descendam, et videbo : pourquoi ? parce qu'il s'agit de juger et de condamner. Ali ! chrétiens, où en sommes-nous, et sont-ce là les sages mesures que nous prenons ? Il se répand dans une ville, dans une cour, des bruits injurieux qui flétrissent telle personne et qui la perdent d'honneur : disons-nous alors comme Dieu : Descendam, et videbo ; Je m'instruirai, je verrai, je démêlerai le vrai d'avec le faux, j'irai à la source des choses, je les approfondirai, et jusque-là je me garderai bien de décider ? Estce ainsi que nous parlons ? Vous le savez, ces bruits, quelque frivoles qu'ils soient, sont favorablement reçus. Une maligne curiosité nous les fait recueillir, et une pernicieuse crédulité nous les fait trouver probables et vraisemblables. Nous donnons créance à des hommes, les uns médisants, les autres légers ; ceux-ci peu éclairés, ceux-là peu sincères ; et sur leur parole nous hasardons des jugements dont nous devons nous-mêmes répondre. Ils nous donnent leurs réflexions pour des faits, et nous les supposons comme tels. Ils nous font une histoire de leurs soupçons; et ces soupçons nous semblent des vérités.Tout convaincus que nous sommes qu'il n'est point de canal plus infidèle que les rapports qui se répandent en secret,et qui bientôt dcvionnent publics, c'est de celte source que nous tirons mille fausses idées qui nous empoisonnent le cœur, et qui sont les semences falales des haines et des divisions. Ne nous en tiendronsnous jamais à cette règle souveraine : Descendam, et videbo ; et la précaution dont Dieu lui-môme veut user ne nous scrvira-t-clle point de modèle? Précaution surtout nécessaire aux grands et aux princes de la terre. Ils veulent tout savoir, et combien de fois arrive-t-il qu'on leur représente les choses sous de noires images qui les défigurent? Cependant un soupçon qu'ils ont conçu, une mauvaise impression qu'ils ont pi'ise, est souvert, selon le monde, la réprobnlion d'un homme, et quelquefois d'un honime iiuiocent, d'un homme qui n'a rendu, que des services et qui u'q, mérité que des réc<;mpenses. Il iaul dune

que le prince soit incrédule : obsédé qu'il est de gens qui ne cherchent qu'à le prévenir les uns au désavantage des autres, il faut qu'il soit difficile à croire le mal, et facile h en être détrompé. Autrement, pour peu qu'on s'aperçoive qu'il prête aisément l'oreille à certains discours qui vont à la ruine du prochain, il est exposé à n'avoir autour de lui que des imposteurs : Princeps qui Ubenler audit verba mendacii, omnes ministros habet impies ' .

Mais,dit-on, je juge pour avoir vu, et il ne dépend pas de moi de voir ou de ne pas voir. Autre abus d'autant [)lus dangereux et plus déplorable qu'il est souvent plus incorrigible, parce qu'il estsuivi de l'obstination et de l'entêtement. Car, qu'y a-t-il de plus ordinaire que de prendre ses conjectures pour des évidences ? Et qu'y a-til au même temps de plus à craindre qu'un esprit de ce caractère, qui se fait des évidences de ce qui lui plaît, et qui croit avoir vu tout ce qu'il a jugé ? Vous n'avez pu ne pas voir ce qui était visible, et ce que vous avez condamné: non, chrétiens ; mais il dépendait de vous de ne vous pas appliquer à ces vues souvent imaginaires ; mais il dépendait de vous d'en détourner votre esprit ; mais il dépendait de vous de vous en délier, et de les tenir pour suspectes ; mais il dépendait devons de leur opposer mille erreurs passées, oii la présomption d'une évidence prétendue vous a fait tomber. Si vous en aviez usé de la sorte, ces vues qui vous ont donné du mépris pour votre frère, en seraient tout au plus demeurées aux termes d'un simple doute, sur lequel vous auriez moins appuyé. Il vous est permis de voir ce que vous voyez ; mais quand il s'agit de condamner, il ne vous est pas permis d'aimer à le voir, de cherciier à le voir, de vous attacher à le voir : pourquoi? parce qu'avec ces dispositions, il est infaillible que vous verrez souvent ce qui n'est pas, et que vous ne verrez pas ce qui est ; parce qu'avec ce désir malin, il est sûr que vous étendrez vos vues trop loin, que vous grossirez les objets, que vous verrez comme une poutre ce qui n'est qu'une paille et un alôme, que vous regarderez comme un vice habituel ce qui n'est qu'une faute passagère, que l'impétuosité de votre esprit vous emportera, que la vraisem- ])lance vous éblouira, que l'apparence vous trompera. Tant de fois peut-être on a jugé de vou> sur ce qu'on a cru voir, et sur ce que vous prélendi'z qu'on n'a jamais vu ; et tant de fois vous vous êtes plaint de ci^sjufjt'tnenls précipités et mal fondés, t'ourq'.'oinç vous dites-vous pas

SUR I,F. JIT.KMKNT TIvMI-llAII

ce (|iifi vous ftviv, (lit aux aiitros? La piudcMice, lu retenue (jue vous exiliez d'eux, pouiciuoi ne l'exi^ez-vous pas de vous-un^uie?

Coiii'ltiotis par la pensée ou plutAt par la prière Ac saint Augustin : Daniiiif, noiwriin iiw, noirrim te ; Seigneur, disait ce l*ère, <|ue je me connaisse, et cpie je vous connaisse ! car si je m'étudie, connue je dois, ù acciuérir ces deux connaissances, occupé que je serai de nioi-inéinc et de vous, je penserai peu au proeliaiii, ou je n'y penserai ([ue dans l'onlre d'une sainte et discrète charité. Si je vous connais, ùmon Dieu, je saurai (ju'il n'y a que vous i\ qui le loiul des cœurs soit ouvert, et je n'aurai garde ainsi d'y vouloir entrer ; et si je me connais, je comprendrai (pie mon propre c(eur est un ahime où je trouve assez à creuser, sans entreprendre de pénétrer dans les sentiments des autres. Si je "VOUS connais, je respecterai votre loi, (jui me défend de juger ; et si je me connais, j'aïu'ai honte de mon ignorance, qui souvent m'a lait mal juger. Si je vous comiais, j'adorerai votre divine inlaillibilité ; et si je me connais, je rou • girai de mes erreurs passées, et j'apprendrai dans la suite à m'en préserver. Achevons : on juge sans autorité, on juge sans connaissance, et on juge enfin sans intégrité : dernier défaut dont il me reste à vous entretenir dans la troisième partie.

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