‹ Œuvres complètesChapitre 144 sur 183 · LA CONVERSION DE MADFXKINE · texte numérisé non relu

LA CONVERSION DE MADFXKINE

amoiir reconnaissant, d'aiïerinininc Ainerontro CCS retours si onlinaiivs et si tiinestes. Mille réllexions la soutiennent, et lui tout prendre le sentiment de l'Apôtre : Mihi vivere Clirislusest, et mori lucrum >. Il est vrai, je serai dans le inonde comme n'y (4anl plus, j'y vivrai comme n'y vivant plus ; mais pour qui dois-je vivre, qne powr J«''sus-Cluist mon Sauveur ? N'est-ce pas un gain pour moi que de mourir ;\ tout pour lui ; el en me rendant la vie de la grâce, n*a-t-il pas bien nu^rili^ que je lui fisse un sacrifice des vaines douceurs de la vie du monde ? Mihi vivere C/irislus est, et movi lucrum. Il est vrai, je ne serai plus comptée pour rien dans le monde, parce que je ne serai plus de ses socit'^tés, (lèses conversations, de ses jeux ; mais ce que je dois compter par-dessus tout , cl ce qui me doit tenir lieu de tout, c'est que, dégagée des liens du monde, j'en serai plus élroifement unie ;\ mon Dieu, à ce Dieu qui m'a aimée lors même qne j'étais son ennemie, à ce Dieu qui m'a recherchée lors môme que je le fuyais, à ce Dieu qui , par choix et par préférence, m'a tirée de cette voie de perdition où le torrent du monde m'entraînait. Si je l'aime ce Dieu de paix, il me suffira ; et non-seulement il me suffira, mais tout, hors de lui, me deviendra insipide, et mon plus grand plaisir sera de me priver pour lui de tous les plaisirs. Or, après rin?igne Piiveur dont je lui suis redevable, après qu'il a bien voulu se convertir à moi pour me convertir h lui, après qu'il m'a reçue entre ses bras et recueillie dans son sein, pourrais -je lui refuser mon coeur et ne lui pas rendre amour

{)0ur amour ? Mihi vivere Christus est, et mori ucrum.

Enfin Madeleine chercha Jésus-Christ ressuscité avec toute la ferveur de l'amour le plus généreux et le plus ardent. Si pour quelques lieuies elle avait quitté le tombeau, c'était pour préparer des parfums, et pour venir bientôt ensuite embaumer le corps de son Maître. Mais quelle surprise lorsqu'elle ne le trouva plus ! quels torrents de larmes coulèrent de ses yeux ! avec quel soin, quel empressement, quelle inquiétude, elle visita de toutes parts pour découvrir le lieu où il pouvait être ! Tulerunt Dominum meum, et uescio tibi posuerunt eum 2. Ah ! s'écria-t-elle, ou m'a enlevé mon Seigneur et mon Dieu, et je ne sais où on l'a mis. Avec quelle générosité elle s'offrit à l'enlever elle-même, si elle était assez heureuse pour le retrouver ! Et ego eum tol'.am 3. Mais y pensait-elle ? et comment eùl-elle seule enlevé un corps qu'à peine

I Fiiilip., l, 21. — i Joar.., xx, U. — » Ibid., 15.

plusieurs hommes ensemble auraient pu porter ? Cormuent 1 je n'en sais rien, el peut-être n'en savait-elle rien elle-même ; mais elle m; consulta point ses forces, elle n'écoula (|ut' son amour; et l'amour se croit tout possible. Cependant, dès que Jésus-Christ (pii lui parlait se fit coimaltre h elle, quel fut le ravissement de son Ame ! avec quelle ardeur courut-elle h lui, el se jela-t-elle à ses pieds pour les embrasser ! avec quelle promptitude alla-t-elle annonceraux apôtres sa résurrection, devenue elle-même ra|)ôtre des apôtres, et ayant mérité par sa ferveur de voir avant eux le Fils de Dieu dans l'état de sa gloire ! Sainte ferveur que nous voyons eneore dans les plus grands pécheurs, lorsque , de bonne foi revenus h Dieu, ils considèrent dans quel abîme ils s'étaient plongés, et par quelle miséricorde la grâce les a sauvés : grâce dont ils étaient indignes en la recevant , mais grâce qu'ils voudraient payer par mille vies après l'avoir reçue ; pourquoi? parce qu'ils en comprennent beaucoup mieux l'excellence et le prix. Jamais saint Pierre aima-t-il plus tendicmcnt Jésus-Christ qu'après qu'il eut été converti par ce regard favorable du Sauveur du monde qui le toucha, et qui lui fit pleurer si amèrement son péché ? Jamais saint Augustin ful-il transporté d'un amour de Dieu plus vif et plus agissant, qu'après qu'il eut entendu cette voix qui pénétra jusqu'à son cœur, et qui le dégagea de ses habitudes criminelles ? Non contents des pratiques ordinaires et des œuvres indispensables de la pénitence chrétienne, ils y ajoutent tout ce que la reconnaissance peut inspirer ; et que ne peut point inspirer un amour reconnaissant ? Le temps ne me permet pas de vous l'expliquer ; car il faut finir : et d'ailleurs de ceux qui m'écoulent, les uns l'ont éprouvé, et ils le savent assez ; les autics n'en ont jamais fait l'épreuve, et peut-être ne m'entendraient-ils pas.

Quoi qu'il en soit, voilà, pécheurs, l'avantage que vous pouvez tirer de vos péchés mêmes. Ils vous ont séparés de Dieu ; mais du monieat qu'ils vous sont pardonnes, ils r)euYent sei\ir à vous attacher à Dieu par un amour plus ardent, par une fidélité plus héroïque, par une piété plus fervente: Vides hanc muUerem i ? Voyezvous cette femme? dit le Sauveur au pharisien. Quoique pécheresse publique, elle a lait pour moi beaucoup plus que vous : elle a répandu sui mes pieds les parfums les plus exquis, elle les a arrosés de ses larmes, elle les a essuyés de ses cheveux. Tout juste et tout irrépréhensible

» Lac, T.i, **.

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que vous ôlcs, ou que vous vous flattez d'être, pécheur que de la persévérance de qualre-vingt-

vous n'avez rien fait de semblable. A voir le dix-neuf justes. C'est ainsi que des femines^

zèle de certains pécheurs convertis, les progrès perdues, suivant la parole de Jésus-Christ, mais

qu'ils font auprès de Dieu, les communications par un retour parlait heureusement rentrées

qu'ils ont avec Dieu, il y aurait, ce semble, dit dans la voie du salut , en précéderont , au

saint Augustin, de quoi piquer de jalousie les royaume des cicux, bien d'autres dont la vie,

plus justes; et, sans l'intérêt de Dieu qui leur est d'abord plus innoceide, aura été dans la suite

plus cher que leur propre intérêt, ilsseplain- beaucoup moins sainte. Comprenons cette

draiont presque à Dieu même, comme le frère vérité, mes chers auditeurs. Justes, comprenez-

aîiiôde l'enfant prodigue se'plaignaith son père, la pour vous humilier, mais au même temps

Admirable effet de la pénitence, qui peut en pour vous animer. Pécheurs, comprenez-la pour

quelque sorte, non plus seulement l'égalera vous consoler et pour vous encourager. Travaii-

l'innocence, mais l'élever encore au-dessus de Ions tous de concert , ou plutôt travaillons

l'innocence. C'est en ce sens et à la lettre que tous à l'envi : ce ne sera pas en vain, puisque

souvent les anges, selon l'expressi on de l'Evan- nous pouvons tous emporter la couronne de

gile, se réjouissent plus de la conversion d'un gloire, que je vous souhaite, etc.

SERMON POUR LE VENDREDI DE LA CINQUIEME SEMAINE

SUR LE JUGEMENT TÉMÉRAIRE

ANALYSE

SrjET. les princes des prêtres et les pharisiens tinrent un conseil contre Jésus.

Qui ne croirait que ces dévots de la synagogue et ces sages du judaïsme, assemblés, vont former un jugement équitable? Mais tout sages qu'ils sont, ils se laissent aveugler; et ces dévots, prévenus contre le Fils de Dieu, prononcent la sentence fa plus injuste, et trahissent la cause de l'innocent. C'est ainsi que nous nous laissons tous les jours surprendre, et que nous jugeons faussement et témérairement du prochain. Jugements téméraires, dont je veux vous représenter le crime, et vous faire craindre les funestes conséquences.

Division. Trois choses, dit saint Thomas, sont nécessaires pour bien juger: l'autorité, la connaissance et l'intégrité. De là je conclus que nos jugements au désavantage du prochain sont communément téméraires, et par défaut d'autorité, et par défaut de connaissance, et par défaut d'intégrité. Défautd'autorilé, parceque Dieu ne nousa donné sur le prochaim nulle juridiction: première partie. Défaut de connaissance, parceque nous ne pouvons pénétrer dans le cœur du prochain ni le bien connaître: deuxième partie. Défaut d'intégrité, parceque ce sont nos passions qui nous préoccupent, et que notre intérêt propre est le plusordinaire motif de nos jugements : troisième partie.

Première partie. Jugements téméraires par défaut d'autorité, parce que nous n'avons sur le prochainnulle juridiction. Il n'| a que Dieu qui, essentiellement et par lui-même, ait une légitime autorité pour juger les hommes. Jésus-Christ même, ea qualité dhomme, n'aurait pas le pouvoir de juger le monde, comme il le jugera, si ce pouvoir ne lui avait été donné de son Père. Et c'est en ce sens, et par rapport à cet Homme-Dieu, qu'il faut entendre ces paroles du Prophète royal : Deus, judicium tuum rcfji da, et justitiam tuam filio régis. Juger donc le prochain, c'est attenter sur les droits de Dieu, et faire de notre chca Ce que Jésus-Christ ne fera que comme délégué de son Père céleste.

Qui êtes-vous, disait le grand Apôtre, pour juger et pour condammer le serviteur d'autrui? S'il tombe ou s'il demeure [ferme, ce n'est point à vous d'en connaitre, mais à celui dont il dépend, et qui, comme maître, est son juge; Domino suo stat aut eadit. Explication de ce passage selon saint Chrysostome.

C'est pour cela même que dans les divisions qui naissaient entre les chrétiens, l'Apôtre, en leur défendant de juger, leur en apportait celte raison : Omnes enim stabimus ante tribunal Christi; c'est qu'il y a un tribunal où nous devons tous comparaître, qui est le tribunal de Jésus-Christ.

Vous me direz que le Sauveur du monde nous a promis, dans la personne de ses apôtres, de nous faire asseoir avec lui sur le tribunal de sa justice, pour juger non-seukment les hommes, mais, selon le témoignage de saint Paul, les anges mêmes. Il est vrai, répond saint Augustin, nous serons assis avec Jésus-Christ pour juger; mais ne prévenons donc pas ce souverain Juge, et attendons le temps où il nous communiquera son pouvoir pour l'exercer. Or, prenez garde, reprend le même Père: tant que lésus-Christ a demeuré sur la terre, quelque souveraineté qu'il eût, il ne l'a point employée à juger les pécheurs; mais il lésa excusés, il les a supportés, il les a défendus. Sommes-nous maintenant plus autorisés que lui, et avons-nous une juridiction plus étendue que la sienne ? Contenons-nous donc dans les bornes qu'il a voulu lui-même se prescrire. Quand le temps sera venu, dit Dieu, alors je jugerai : Cum accepero tempus, ego justitias juàicabo : pour nous faire entendre qu'à son égard même, il y a un temps de juger et un temps de pardonner: mais nous voulons juger en tout temps.

Désordre spécialement condamnable, lorsque nous nous attaquons aux puissances mêmes : Nolite tangere christos meos, et in prophetis meis nolite malignari. Désordre essentiellement-opposé hcette subordination, dont Dieu est l'auteur, et par conséquent le conservateur et le vengeur. Désordre qui ruine et qui anéantit l'obéissance des inférieurs.

Et ne me dites point qu'en condamnant les actions de ceux que Dieu a constitués en dignité, vous ne laissez pas d'honorer leur ministère. Car Dieu, en nous défendant de les juger, Diis non delrahes, n'a point fait cette précision, parce qu'il prévoyait que 1q

SUR LE JUGEMENT TnMRRAIRE. 521

méprit (la la personne serait toujours suivi du im^pris du la dignité. Constantin, i|uoique empereur, neToulut point, pir niixiniu de religion, juper les évônucs, mais aujonrd'liui des homm*;» sans nom jniçent hardiment les évi'ques et les empereurs. Licence que Dieu saura bien réprimer par de justes ch.ilimtMits, comme il punit celle de Marie, sii-ur de Moïse. Les supérieurs et les maîtres ont leurs déPauts, il est vrai ; mais, mal^'ré leurs défauts, saint i'ierre nous ordonne de les respecter : Non lanlum \)onis et modeUis, sed etianx dijsrolis. J'avoue que Uieu, puur les conlenir dans le devoir, permet celte injuste liherlé qu'on se donne de les censurer : c'est un hicn pour eux , mais inalhcur à celui par qui ce bien arrive I Concluons donc avec leFilt de Dieu : Neju(jex}>oiiU, et vous ne sereii>oinl jugés.

Obuxi^mi: PARTit:. Jugements téméraires par défaut de connaissance. Car, 1" on juge sur de simples apparences ; 2* on juge det intentions par les actions ; 3" on juge sur le rapjiort d'uutrui ; 4° on prend de vains soupçons pour des démonstrations et det convictions. Tout cela, autant de sources des faux jiij^emcnls que nous formons les uns contre les autres.

1* On jirge sur de simples apparences, et rien de plus trompeur que les apparences. Comi>ien voyons-nous de gens dans la vie qui, par divers principes, ne sont rien de ce qu'ils paraissent, et ne paraissent rien de ce qu'ils sont ? Jugez de ces personnel selon l'apparence ; autant d'idées que vous vous en faites, ce sont autant d'injustices. Dieu juge les hommes, dit saint Augustin ; mais pour les juger, que fait-il ? il pénètre juscpie dans le fond de leurs cœurs. Jugeons comme lui ; ou plutôt, puisque nous ne pouvons avoir dans celle vie les mêmes connaissances que lui, ne jugeons point.

2* On juge des intentions juir les actions. Mais la même action ne peut-elle pas être faite par cent motifs différents, cl ces différents motifs n'en doivent-ils pas fonder autant de jugements tout opposés 'l (juand Madeleine répandit des parfums sur lc« pieds du Sauveur du monde, ce fut par un mouvement de piété, et les apôtres l'accusèrent <lc prodigalité. Nous voyons les mêmes actions en substance louées et condamnées par le Saint-Esprit, selon la diversité des intentions. Pourquoi vous qui me jujjer, de deux intentions que je puis avoir, l'une bonne et l'autre mauvaise, m'imputerez-vous la mauvaise à l'exclusion de la bonne ?

3' On juge sur le rapport d'autrui ; maisinslruisons-nous encore là-dessus par l'exemple de Dieu même. Comment jugcra-t-il Sodome et Gomorrhe ? Leur péché, dit-il, crie vengeance au ciel, et j'apprends qu'ils ont mis le comble à leur ini'iuité. Mais je ne m'en tiendrai pas Ih ; j'irai moi-même, et je verrai comme témoin si tout ce qu'on en rapporte est vrai : Descendam, et videbo. Est-ce ainsi que nous en usons'? Précaution surtout nécessaire aux grands et aux princes, Ils veulent tout savoir, et combien de fois arrive-t-il qu'on leur représente les choses sous de noires images qui les défigurent?

4" On prend de vains soupçons et des conjectures pour des évidences et des démonstrations. Vous n'avez pu, dites-vous, ne pas voir ce qui était visible : non ,- mais si vous n'aviez pas tant aimé h le voir, vous auriez découvert l'illusion; et ce que vous croyez avoir vu, vous l'auriez vu tout autrement. Tant de fois peut-être on a jugé de vous sur ce qu'on a cru voir, et sur ce que vous prétendez qu'on n'a jamais vu ! Disons donc avec saint Augustin : Domine noverim me, noverim te : Que je voua connaisse ô mon Dieu ! et que je me connaisse ! Si je vous connais, je saurai qu'il n'y a que vous à qui le fond des cœurs soit ouvert, et je n'aurai garde d'y vouloir entrer ; et si je me connais, je comprendrai que mon propre cœur est un abîme où je trouve assez à creuser, sans entreprendre de pénétrer dans les sentiments des autres.

Troisième partie. Jugements téméraires par défaut d'intégrité. David, selon la remarque de saint Ambroise, n'a presque jamais parlé des jugements, soit de Dieu à l'égard des hommes , soit des hommes mêmes les uns à l'égard des autres, sans y ajouter la justice comme une condition essentielle et inséparable : Fecttjudicium et jw.'îh'ijoni. Maiscette condition ne se trouve guère dans les jugements que nous formons contre le prochain, parce que nous jugeons par prévention, par aversion, par chagrin, par intérêt, et par mille autres motifs qui corrompent la raison la plus saine et la plus droite. •

Arrêtons-nous à l'intérêt, qui les comprend tous. Tel fut le principe de tous les faux jugements des pharisiens contre le Fils de Dieu. Son crédit leur donnait de l'ombrage ; ce fut assez pour le ruiner dans leur estime. Il faisait des miracles ; mais, ma!» gré ses miracles, ils le traitaient de pécheur. Nous le savons, disaient-ils, et nous n'en pouvons douter : Nos scimus quia hic homo peccator est. Pourquoi le savaient-ils ? parce qu'ils voulaient et qu'il était de leur intérêt que cela fût. Idée bien naturelle des jugements du monde.

Qu'un homme soit dans nos intérêts, dès linons nous persuadons qu'il vaut beaucoup. Mais qu'il soit notre ennemi, ses vertus même les plus éclatantes, prendront dans notre imagination la teinture et la couleur des vices, surtout, si c'est l'envie qui nous empoisonne le cœur. Nous jugeons, équitablement de tout ce qui est au-dessus ou au-dessous de nous ; mais de ceux que la concurrence nous suscite pour adversaires, nous en jugeons, si je l'ose dire, d'une manière à faire pitié.

Aussi, quelque probité qu'ait un juge, quelque irréprochable que paraisse un témoin, on n'a nul égard ni au juf?ement de J'un, ni au témoignage de l'autre, dès qu'on y découvre quelque intérêt. Il faudrait donc, pour bien juger du prochain, être défait de toute préoccupation. Mais qui peut communément se promettre d'être disposé de la sorte ? et n'est-il pas plus sûr de s'en tenir h cette loi de l'Evangile : Nolite judicare : Ne jugez point ? Par là, mon Dieu, je mériterai que vous usic7.de miséricorde envers moi ; par là je me préserverai non-seulement du désordre attaché au jugement téméraire, mais des suites funestes qu'il traîne après lui. Il est vrai que l'Apôtre, parlant de l'homme spirituel, semble en avoir renfermé le caractère dans ces deux qualités, l'une de juger de tout, et l'autre de n'être jugé de personne. Mais on a abusé de ses paroles, et on les a mal entendues. Voulons-nous être solidement spirituels, laissons juger de nous sans nous plaindre ; mais nous, ne jugeons point, ou jugeons toujours favorablement.

coiugenaitponiifictseipharù<tic(meaiumadversusje^m. dans toute la Judée par SCS miracles. Ce n'est

Les princes des prêtres et les pharisiens tinrent un conseil contre pQJnt CD particulier, ni cliaClin Selon SCS VUCS, Jésus. {Saint Jean, chap x\, 47.) »-i\' -i •

qiiils ont a juger, mais dans un conseil, et en ^^' se communiquant leurs lumières les uns aux Ce sont les princes des prêtres et les phari- autres. Qui ne croirait donc qu'ils vont former siens qui s'assemblent, c'est-à-dire les sages un jugement équitable, et conforme aux lois les du judaïsme et les dévots de la synagogue, plus exactes de la justice et de la raison } Ce- Ce n'est point pour délibérer sur une affaire pendant ces sages, tout sages qu'il sont, se laisd'une légère conséquence, puisqu'il ne s'agit pas sent aveugler ; ces dévols se laissent prévenir, moins que de porter un arrêt de mort contre un et ce conseil assemblé prononce enfin la senhorame accrédité parmi le peuple, et connu lence la plus injuste, et trahit la ca<ise dd

Ji'H

SERMON rOUR LE VENDREDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE.

"^innocent. Voilà, mes clicrs auditeurs, où nous piiduit la faiblesse humaine, et ce qui doit ^rvir à noire inslniclion. Nous avons dans jious-nu'^nies un tribunal secret, et c'est h ce tribunal que nous appelons comme d'un plein droit le prochain, pour le juger et le condamner. Jugements aussi faux que celui des pontifes et des pharisiens de notre É\angile. Jugements téméraires, dont on se fait si peu de scrupule dans le monde, et dont je veux aujourd'hui vous représenter le crime et vous faire craindre les suites funestes, apiôs que nous aurons salué Marie, en lui disant : Ave, Maria.

Trois choses, dit saint Thomas, sont absolument nécessaires pour former un jugement équitahie : l'autorité, la connaissance et l'intégrité : l'autorité dans la personne du juge, la connaissance dans son esprit, et l'intégrité dans son cœur; l'autorité pour pouvoir juger, la connaissance pour savoir juger, et l'intégrité pour vouloir bien juger.Si celui qui juge n'a pas un pci.\oir et une autorité légitime, son jugement est chimérique et nul ; s'il n'a pas une juste connaissance de la cause, son jugement est faux et aveugle ; et s'il manque d'int<Ogrité, son jugement est vicieux et corrompu. De là concluons d'abord que les prêtres et les pharisiens, en voulant jugw Jésus-Christ, péchaient contre toutes les règles et toutes les formes qui doivent être observées dans un jugement ; car ils jugeaient Bans autorité, puisque ce Fils du Dieu vivant ne dépendait point d'eux ; ils jugeaient sans connaissance, puisqu'ils ne savaient pas qu'il était Fils de Dieu; et ils jugeaient sans intégrité, puisque la passion les animait contre lui, et qu'ils agissaient par intérêt. Trois défauts qui se rcnconlrent dans les jugements désavantageux que nous faisons du prochain, et d'où il s'ensuit que ce sont des jugements injustes et téméraires; défaut d'autorité, défaut do connaissance, défaut d'intégrité. App'iquez-vous ; voici le partage de ce discours. Nous jugeons le prochain, mais nous le jugeons témérairement : pourquoi ? parce que Dieu ne nous a donné sur lui nulle juridiction, ce sera la première partie ; parce que nous ne pouvons pénétrer son cœur ni le bien connaître, ce sera la seconde ; enfin, parce que ce sont nos passions qui nous préoccupent, et que notre intéiêt propre est le plus oïdinaire molif de nos jugements, ce sera la troisième. Ne jugeons donc point : Nolite jiuUcare ' ; c'est la conséquence que nous tirerons après Jésus- Christ.

' I.ac, yi, 37,

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