DEUXIÈME PARTIE
Si jamais l'oracle de Siméon s'est accompli dans la personne du Sauveur, en sorte que cet Homme-Dieu, sujet tout enseudjie de contradiction et de bénédiction pour les hommes, ait été au même temps la résurrection des uns et la ruine des autres, on peut diie, chrélicns, que c'est particulièrement dans le mystère de ce jour, ou plutôt dans ce qui nous est signifié par le mystère de ce jour; savoir, dans l'opposition extrême qui se rencontre entre la couuuunion des justes et la communion des pécheurs. En effet, que peut-on concevoir de plus saint que ce triomphe où je viens de vous représenter le Fils de Dieu, béni par tout un peuple et bénissant tout un peuple, recevant des honneurs et faisant dos grâces, reconnu pour l'envoyé du Seigneuret pour le Seigneur lui-même, agissant en cette double qualité, faisant des miracles, convertissant lésâmes, guérissant les malades, ressuscitant les morts? voilà la première partie de la prédiction vérifiée; et telle est la figure delà communiondes fidèles quidans l'état de la grâce participent au corps de Jésus-Christ. Mais voyez au contraire la triste image d'une communion indigne et sacrilège, dans la réception que les uharisieiis et leurs partisans font au même Sauveur, lorsqu'il entre dans Jérusalem ; et par
> Jerem. , xyu, U. — ' MattU., yjn, 8. ~ » P»al., xxxiT, 3.
SUIl LA COMMUNION 1>ASGALK.
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toutes ics rirconstanc(\> iinc j y vais rcinar»|iio'^, Jiigt'z si l'iMïiH n'a pas pIciiienuMil répondu j\ la » prophétie : Ecce positus est hic in ruinam et in l résurrection cm inultunnn, clin signum cui con- 'tlradicetur K Car prciuiéroinent les |>liarisiens et t^ccux lie leur faitioii ne reçoivent aujoiniriiiii le r Sauveur (lu monde (pie par une espùi-e d'Iiyiiocrisie, (pie par dissinmliilion, (]uepar j(; ik; suis quelle nécessit(i(jul les y engage, (jue par crainle et par respect humain. S'il avait été en leur pouvoir lit; lui lulenlire pour jamais l'entrée de leur ville, c'est ce (pi'ils auraient souhaité; mais l'évangéliste ohservo qu'ils craignaient le peuple: Timcbant vero plebem 2 : et voilà [)ûurquoi ils se joignent malgré eux-mêmes aux troupes des disciples , et ils se conCorment extérieurement à eux. Secondement, dcs(iue Jésus-Christ parait dans Jérusalem , ils commencent à former des desseins contre lui , ils conspirent contre sa vie, ils prennent des mesures pour le perdre : car ce fui ce jour-là qu'ils assemblèrent ce conciliabule détestable, où la mort ds Jésus, après bien des délibéralions, fut enfui conclue : CoUegerunt pontifîces et pharisœi concilium adversiis Jesum 3. En troisième lieu, ils contredisent ses miracles , quoique visibles, quoique éclatants : ils s'aveuglent pour ne les pas reconnaître ; bien loin d'en être touchés, ils en témoignent de l'indignation : Videntes aiitem scribœ mirabilia quœ fecit, indignati sunt *. C'est ainsi qu'ils reçoivent le Fils de Dieu ; et comment est-ce que le Fils de Dieu vient à eux ? Ah ! chrétiens, ne perdez pas ceci. Dans la vue de ces infidèles, Jésus-Christ entre pénétré de douleur et versant des larmes : Videns civitatem, (levit super illam s ; car tout cela se trouve dans la suitt; de ce mystère. Il entre non plus comme un roi bienfaisant à leur égard ; mais parce qu'ils ont méprisé ses grâces, comme un ennemi redoutable, pour être le sujet de leur réprobation et même de la destruction de leur ville : Non relinquent in te lapidem super lapidem * ; Il ne restera pas, leur dit-il, pierre sur pierre ; pourquoi ? parce que vous n'avez pas connu le temps où votre Dieu vous a visités: Eoqiiod non cognoveris tempus visitationis tuœ'^. Enfin, il entre pour exercer déjà sur les pharisiens la sévérité de sa justice en les condamnant par avance, et prononçant contre eux ce terrible arrêt : Dico vobis, quia lapides clatnubunt » ; Allez, je vous annonce que ces pierres ( c'étaient les pierres du temple), rendront un jour témoi-
>Luc., II. 34.-2 lbid.,xxit,2. — 'Joan., xi, 47. — «Matth., xxi, 16. — * Luc, XIX, 41. — « Luc, XIX, 44. — ' Ihid. — • luid., 40,
gnage contre vous. Que de rapports avec la commiuiion des pécheius ! SouMre/ (jiie j'en fasse en peu de lU'tts l'application.
Car, (C ipie lireut ces |)haiisiens et ces ministres de la .synagogue, <|ui ne reçoivent le Sauveur du monde (pie par politi(ju(;, et parce (pi'ils ( iMigiKMit le peuple, c'est ce (jue font encore certains pécheius du siècle, endiu'cis dans leur péché et nullement disposés h y renoncer, mais qui néanmoins veulent garder les ap|)arcnces, et sauver les dehors de la religion ; hounnes dans le fond ennemis de Jésus-Christ, mais (pii n'osent pas se déclarer, et qui s'aveuglent (piehpielois jus(|u'à se le dissimuler h eux-mêmes. Ils voudraient bien ne communier jamais ; mais ils y sont engagés par des bienséances de condition et d'état, dont il ne peuvent pas se dispenser. C'est»un magistrat, et le scandale qu'il causerait retomberait sur sa personne ; c'est un père de famille, qui serait infailliblement remarqué ; c'est une femme de qualité, qui ferait tort à sa réputation ; c'est un homme d'église, qui se décrierait et qui passerait pour un libertin. Il faut donc prévenir ces conséquences, et pour cela se présenter, au moins en ce saint temps, comme les autres à la table des fidèles ; autrement il .se trouverait un pasteur qui, pour satisfaire à l'obligation de son ministère, s'élèverait contre eux, qui parlerait, qui agirait, qui les noterait ; et c'est, encore une fois, ce qu'ils ne veulent pas s'attirer. Assez hardis pour secouer le joug de la crainte de Dieu, ils le sont trop peu pour s'affranchir de la crainte des hommes. Ainsi ils se déterminent, à quoi ? à communier; mais comment ? par une espèce de contrainte : Timebant vero plebem 1.
De là vous jugez, chrétiens, ce qui accompagne ordinairement de semblables communions : c'est qu'au moment même où ces hommes perdus et impies reçoivent le sacrement de Jésus- Christ, ils conjurent contre lui dans le cœur, ils forment des projets pour satisfaire leurs passions brutales, et le jom- de la communion devient pour eux un jour d'excès et de débauche. Voilà, mes chers auditeurs, ce qui arrive ; et il vaut mieux vous le dire pour vous en donner de l'horreur, que de s'en taire tandis que vous êtes exposés à la contagion de cette impiété. On déclame tant tous les jours contre d'autres désordres, et l'on ne parle point de celui-ci ; mais c'est celui-ci. néanmoins qui attaque directement la religion. On insiste sur de légères imperfections qu'on remaïque dans quelques âraes dévotes
i Luc, xxU, 2.
SERMON POUIl LE DIMANCHE DES UA:»iEAUX.
qui frtS|Menlcnt les sacrenicnls, et l'on ne dit presque rien des chrélicus sacrilèges qui profanent le corps de Jésus-Clirisl ; mais c'est contre eux qu'il faudrait employer le zèle évangélique. Si de temps en temps on leur représentait le malheur de leur état, peut-être enfm y seraient-ils sensibles; et de vives mais salutaires remontrances, les réveilleraient de leur profond assoupissement.
Au reste, n'attendez pas que Dieu fasse des miracles en leur laveur, puisqu'ils y mettent un obstacle presque invincible ; car, à l'exemple des pharisiens, et par un dernier trait de rcssemhlance, ils traitent tous ces miracles d'illusions ; et quand nous leur disons qu'une communion bien faite est capable de les guérir de toutes leurs faiblesses, ils s'en moquent, et ne nous répondent que«par de piquantes et de scandaleuses railleries. Il n'y a qu'un seul miracle que la communion opère dans eux, et qu'ils ne peuvent empêcher. Mais quel est-il ce miracle ? Ah ! chrétiens, c'est que ce sacrement, qui devait être pour eux une source de lumières, ne sert qu'à les aveugler ; c'est que ce sacrement, qui devait être pour eux un moyen de conversion, ne sert qu'à les endurcir ; c'est que ce sacrement de vie devient |)0ur eux un sacrement de mort, et d'une mort éternelle. Je n'ai donc point de peine à comprend le pourquoi le Fils de Dieu ne vient à eux qu'en pleurant ; Videns civitatem, flevit super illum '. Gomment ne pleurerait- il pas ? Il voit que le même sacrement qu'il a institué pour la sanclilication desàraes, vafaireleur réprobation; il voit que ces pécheurs qu'il voulait sauver, au lieu de profiter du don le plus excellent et de la visite de leur Dieu, vont attirer sur eux, aussi bien (pie Jérusalem, toute la colère du Ciel et ses plus rc(louia])les vengeances. Est-il un sujet plus digne de ses larmes? Videns civilulem, flevit super illam.
Mais si cela est, ne vaudrait-il pas mieux ne point communier du tout que de communier indigiiemeiit? Autre désordre, et désordre d'autant plusdangeureux, que le libertinage qui l'a introduit s'en sert comme d'un prétexte pour s'autoriser et se maintenir. 11 vaut mieux, ditesvous, ne communier jamais, que de communier indignement ; comme s'il pouvait y avoir du mieux dans ime chose qui est un scandale, et un des scandales les plus évidents ! Non, mon cher auditeur, l'un ne vaut pas mieux que l'autre ; et cette comparaison, faite par ceux dont je parle, je veux dire par les libertins, marque un principe encore plus mauvais et plus corrompu que n'est
la conséquence même d'une communion indigne : Ciw ils no raisonnent de la sorte que parce qu'ils sont impies, et déterminés à vivre dans leur impiété. Ce n'est point par respect pour Jésus-Christ : ils font bien paraître dans tout le reste qu'ils sont peu touchés de ce motif ; ce n'est point en vue de la sainteté du sacrement : à peine en croient-ils la vérité; ce n'est point dans le dessein d'une prompte conversion :ilsen sont bien éloignés, et ils n'y pensent pas ; ce n'est donc que parun esprit d'irréligion. Or, dire par un esprit d'irréligion : 11 vaut mieux ne point comnmnier du tout que de communier mal, je soutiens que c'est un raisonnement d'athée.
A quoi j'ajoute une proposition que je soumet à votre censure, mais que je crois vraie ; savoir, que de ne point communier du tout par ce principe de libertinage et d'irréligion, est un désordre encore plus abominable devant Dieu que de communier indignement par principe de négligence ou de fragilité. Et en effet, on a toujourscruquc de manquer au devoir de la communion pascale, de la manière que je viens de l'exphqucr, c'étaitune espèce d'apostasie, parce qu'un des caractères les plus marqués du christianisme, c'est la comnumion. On a toujours cru que de manquer à ce devoir de Pâques, c'était s'excommunier soi-même, mais d'une excommunication plus funeste encore que celle que fulmine l'Eglise par forme de censure ; car être e.\communié par l'Eglise, c'est une peine que saint Paul môme prétend être utile, mais s'excommunier soi-même, c'est un crime qui va droit à la ruine du salut et à la damnation. On a toujours cru qu'un chrétien qui ne faisait pas la pàque, devait être considéré comme un [>;i.ïen et connne un publicain, selon la parole du Sauveur mêiue, parce qu'il n'écoute pas la voix de l'Eglise, et qu'il mépiise ses ordres ; et moi, non-seulement je le regarde comme un publicain et comme un païen, mais il me parait pire qu'un païen, parce que je suis persuadé qu'un bon païen, je dis bon autant qu'il le peut être dans sa religion, vaut mieux qu'un chrétien de nom, mais au fond sans religion. Tel est le désordre que je combats, et plût au Ciel que ce fût un fantôme 1 mais ce désordre n'est point si rare que vous le pouvez penser ; on ne sait que trop combien il y a de ces Uber- ',ins, et de ces libertins distingués par leur qualité et par leurs emplois, qui se flattent d'une prétendue bonne foi en ne communiant jamais, parce qu'ils ne veulent pas, disent-ils, se rendre sacrilèges en communiant. Ne les scandalisons point ici, et gardons-nous de les faii-e con-