SERMON POUK LE LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE
du passt^, (lu présent et de l'avenir, il n'y a propicnienl que le présent qui soi I à nous, et sur quoi nous puissions compter. El quand je dis le présont, je dis la plus |>elite |)arlie du lonips, quoiqu'elle soit la plus iniportanle : car le passé a une vaste élemlue, le lulur est infini ; mais le pi'ésenl n'est qu'un instant, qui cesse d'être aus^ sitôt que je l'ai conçu, et qui s'écoule plus vile que je ne puis méine l'exprimer. Et néanmoins C est cet instant seul (juc j'ai pour ainsi dire en mon pouvoir, dont il m'est libre de iaire un bon ou un mauvais usage, etduquel parconséquenlje puis è!re certain. Le passé ne dépend pas de moi ; car il n'est plus, et il est impossible qu'il soit jamais. Le futur est hors de mou ressort ; car il n'est pas encore, et peut-être ne sera-t-il jamais. Il n'y a que le présent qui subsiste dans sa manière de subsister, et que j'aie droit de mettre au nombre des choses qui m'appartiennent. Donc il n'y a que celui-là où je puisse me promettre, si je suis pécheur, de changer de vie et de me convertir ; et, ce qui est plus remarqnah\c, c'est qu'il n'y a que celui-là où je me converlirai, si jamais je me convertis : pourquoi? parce qu'il est conslant, poursuit sainl Augustin, que tout ce qui se fait hors de Dieu se fiât dans le temps présent. C'est dans le présent que je vous parle, et c'est dans le présent que vous m'écoutez. Il y a pour chacune de nos actions un certain moment présent auquel leur être est borné, et sans lequel elles ne seraient rien. Cette pensée de saint Augustin est suhlile, mais solide. Si donc je dois un jour me convertir, ma conversion, toute surnaturelle qu'elle est, étant du nombre et de la nature des actions humaines, il faut par nécessite qu'elle s'accomplisse dans le temps présent, et qu'il soit vrai de dire une fois, non plus : Je rcnonceraià mon péché, maisj'y renonce ; non plus : Je penserai à mon salut, maisj'y pense; non plus : J'obéirai à Dieu et je me toumcUrai à sa loi, mais : Je m'y soumets et je lui obéis.
C'est pour cela môme que le grand Apôtre, après avoir représenté aux Hébreux la déplorable et aveugle conduite de ceux qui temporisent avec Dieu ; après leur avoir fait peser C( ttc divine parole : Hudie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra ' ; Si vous entendez aujourd'hui la voix du Seigneur, n'endurcissez pas vos cœurs; après leur avoir mis devant les yeux l'exemple de leurs pères, qui, par leur obstination, s'étaient rendus indignes d'entrer <j;insla terre que Dieu leiu- avait [)roiniso; après, dis-je, les avoir pressés sur ce point avec tout le
1 Fsalm.i xciT, 9*
zèle que sa charité lui inspirait, conclut par cet excellent avis, aucpiel je doute que vous ayez jamais fait réflexion : Videte ertjo, fvaives, ne forte sit in alifiiw vestrum cor mulum tucrcihtlita' tis discedendi a Deo livo; sed adlwrlainini vosmetipsosper siuaulos dies, donec hodic cofjuomina' tur » ; Craignez donc, mes frères, qu'il n'y ait en quelqu'un de vous un fonds ou d'incrédidité ou de malignité, qui l'éloigné du Dieu vivant ; mais exhortez-vous sans cosse les uns les autres, tandis que dure ce temps que l'Ecriture appelle aujourd'hui, parce quevous devez être persuadés que ce qui s'appelle aujourd'hui C3t pour vous le temps des miséricordes du Seigneur : Donec hodie cognominatur. Voyez, reprend saint Chrysostome, l'admirable théologie de saint Paul : il n'exhorte pas les Hébreux à se convertir demain, ni à suivre les lumières de la grâce quand ils seront hbres de certains embarras du siècle, ni à revenir de leurs erreurs dans un certain terme qu'il aurait pu leur marquer : pourquoi ? parce que son exhortation eût été vaine et môme trompeuse ; car, en leur disant : Convertissezvous demain, il eût supposé que ce lendemain était assuré pour eux, et qu'ils en étaient maîtres ; surtout que ce lendemain était i)ropre à l'exécution des ordres de Dieu qu'il leur signifiait. Or, c'eût été une supposition faufsc dans toutes ses parties ; et bien loin de les instruire utilement, il leur eût dressé un piège. Mais que leur dit-il ? Ah ! mes frèies, exhortez-vous les uns les autres, pendant que vous êtes en pos» session de ce jour présent, parce que ce jour présent vaut mieux pour vous que tous les siècles compris dans la durée infinie de Dieu ; parce que ce jour présent est le seul point dô l'éternité auquel vous ajt)z droit ; en un mot, parce qu'il n'y a que ce jour présent où vous puissiez sûrement et infailliblement opérer votre salut : Sed adhortamini vosmetipsos, donec hodie cognominatur. Que fait donc le pécheur qui dilfère, et qui ne se détermine jamais à prendre pour sa conversion ce jour si important ; qui, dans l'indispensable nécessité où il est de réformer sa vie, se repose toujours sur le lendemain ; qui voulant, en quelque sorte, composer avec Dieu, par le partage le plus injuste, donne toujours à Dieu le temps à venir, et use du présent pour soi ; c'est-à-dire donne toujours à Dieu ce qu'il n'a pas et ce qu'il ne lui peut donner, et ne lui donne jamais ce rju'il a, et le temps dont il pourrait disposer pour lui en faire un sacrifice agréable ; qui, dansTiiitéricur de son ûme, semble ainsi s'expliquer à lui :
> H«br , 11), 12, IS.
SUR LR RKTARDEMF.N:! de L\ PP.MIKNCK.
Scipnciir, no inc doinninloz pas ODcoro celle année, dont je veux jouir Irauciiiillemcnt, cl je TOUS en promets d'autres nu\(|ueIL>s je ne sais si je pai\ioiidiai jamais. Que l'ait-il, OMcon; une fois, ee pi^cliciif.'' Il raisoime. irpond saint (ùt^goire de Na/iari/.e, ol il parir en iiiscnsc^ ; piiiscpie» onlie l'injustice (piMl commet envers Dieu, il tialnl ses pro|)res intih'tHs cl se contredit luinii^me. Comment cela ? parce qu'il ne veut jamais se convertir dans le temps où il le peut toujours, (\u\ est l'heure présente ; cl qu'il le veut toujours i)Our le teujps où il ne le peut jamais, qui est le lendemain : car le lendemain, selon rin^;éideuse remarque de saint Augustin, dont je vous ai déj;\ fait part, ne doit ni ne peut être le teuq)s de sa conversion.
Mais encore pourquoi n'y est-il pas propre, et quelle qualité a-t-il si coidraire à rouvra;^e du salut? Il n'eu faut point d'autre que l'affreuse incertitude de son être el de toutes ses circonstances : car c'est une chose que nous devons bien ohscrver, pomsuit excellennnent saint Augustin, que quoique toutes les parties du temps soient de munie espèce, le passé et le futur ont néanmoins, par rapport à nous, une opposition infinie; et qu'autant qu'il est vrai qu'à notre égard tout est déterminé dans le passé, autant sommes-nous convaincus que tout est incertain dans le futur. Incertain s'il sera, qui le peut garantir ? incertain combien il durera, à qui Dieu l'a-t-il révélé ? incertain quelle issue il aura, funeste ou heureuse, subite ou prévue : c'est un abime d'ohscurité. Je vous demande donc, chrétiens, un temps de cette nature est-il propre h la décision de la plus essentielle de toutes les affaires, qui est le retour à Dieu ? Hé ! mon frère, concluait saint Jérôme, que vous prenez mal vos mesures, de vouloir, dans un tempsincerlain, faire une pénitence certaine ! car il faut, ajoutait-il, que vous soyez égale ment persuadé de ces deux vérités : la première, qu'étant certainement pécheur, vous ne pouvez être sauvé que par une pénitence certaine ; et la seconde, qu'une pénitence certaine ne se peut faire que dans un temps certain. N'est-il donc pas bien étonnant que vous vous proposiez dans le futur, qui est l'incei titude même, une conversion telle que doit être absolument celle qui nous sauve, et dont dépend notre bonheur? Vous me répondrez (ceci est encore de saint Augustin) que Dieu, par le plus solennel de tous les serments, a promis à la pénitence la rémission et le pardon du péché, et il est vrai : mais en promettant la rémission et le pardon à votre pénitence; a-t-ii promis à votie négligence et
ôvos coidimiolsrclardemrnlsle lendemain que vous V()ii8pri»melli7. à Nous-mème? Verumdicis^ quod Di'us puniti'Utiœ tuœ indul(\enlUim pruumil; ied (lilalioin tutv, nuni(iiiulrr(i.slitiuiii]innnisil?C;ir ceso/d deux diverses ^^rAces, el (pii n'oid même rien dt; commun, de pardoimer à l'homme qui déteste sou péclié, et de hd d(Jiiner le temps de le détester ; el quand Dieu s'est obligea l'un, il ne s'est point engagé à raiitre. Vous me citez les prophètes, [lour montrer (jue ce Dieu de miséricorde ne méprise jamais un cœur conliit et hunnlié ; et ce n'est pas de qiioi il s'agit, puisqu'on en demeure d'accord : mais dans quel prophète trouvez-vous que [larce que c'est ul Dieu de miséricorde, il doive prolonger ^olre vie, afin que vous ayez le loisir de prendie un jour ces sentiments de conhition : Sed in quo proplieta Icgis, quia qui promisit correcto grntianif promisit et tibi lougam vilam ? Non, non, ne vous prévenez pas d'une si dangereuse erreur; car, pour vous en détromper, voici la conduite pleine de sagesse qu'il a plu à Dieu de tenir. II a considéré dans le monde deux sortes de péchem-s : les unsfaihles et pusillanimes, qui n'espéraient pas assez ; el les autres vains et téméraires, qui espéraient trop : pour les pusillanimes et les faibles, qu'il voulait consoler, il a établi la pénitence, comme un port salutaire qui leur est ouvert ; et pour les téméraires et les présomptueux, qu'il voulait contenir dans le devoir, il a ordonné que le jour de la mort fût inceiLiin : Propter eos qui desperatione periclitantur, proposuitpœnitenliœ portum; et propter eos qui dilationibm illudiintur, fecit diem mortis iucertum. Celui-là, troublé de la vue de ses crimes, tombait, aussi bien queCaïn, dans un secret abattement de cœur. Dieu lui a dit par Ezéchiel : Non, ne perds point la confiance que lu as en moi ; c.r quelques crimes que tu aies commis, au moment que tu les pleureras, je les oublierai. Celui-ci, au contraire, fortifié d'une promesse si authentique, ou plutôt l'interprétant mal, péchait avec sécurité, el conservait en péchant une fausse paix. Dieu lui a dit au même endroit : Crains, malheureux, el défie- toi de ton espérance même; car, quel(iue authentique que soit ma promesse, elle ne s'étend point jusqu'à te répondre de l'avenir. Ainsi Dieu, reprend saint Augustin, a mis les choses dans un juste tempérament ; et, par l'incertitude de l'avenir, il a tellement permis à l'homme d'espérer toujours, qu'il le réduit à la nécessité de ne différer jamais.
Il n'y a donc rien de certain, mes frères, dans le futur, que son incertitude môme. Il n'y a rien de certain, sinon que nous y serons surpris.
SEIIMON l\»U(\ LE LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE.
Car le Sauveur du monde nous l'a dit en termes formels : Qua hora non pittatis '. A[)rès une parole si positive, mais si terrible, ajouleraije encore au désordre de mon péché le désordre de la plus criminelle et de la plus insensée témérité, remettant toujours ma conversion, demandant toujours trêve jusqu'au jour suivant: Inducias usque manef Et pourquoi cette trêve, qui ne peut être, si je l'obtiens, qu'une continuation affectée de mon iniquité; et si je ne l'obtiens pas, que la cause de mon impénitence finale ? Pourquoi cet appel opiniâtre au lendemain, contre l'oracle de la sagesse qui me le défend : Ne glorieris in craslinum 2? Puis-je ignorer que ce lendemain a perdu des ûmes sans nombre, et que l'enfer est plein de réprouvés qu'il a engagés dans le dernier malheur ? Ils se llatlaicnt d'un lendemain, et il n'y en avait point pour eux ; ils avaient fuit un pacte avec la mort, selon l'expression du texte sacré, et la mort ne le gardait pas. Est-il croyable qu'elle changera de nature pour moi, et qu'étant si infidèle pour le reste des hommes, j'aurai seul droit de pouvoir m'y lier ? Quand môme je l'aurais, ce lendemain, sera-ce un temps de pénitence et de conversion ? Toute sorte de temps n'est point le temps de la pénitence ; et c'est un abus insupportable dans l'homme, de croire que parce qu'il aura le temps peut-être d'exécuter les frivoles desseins que lui suggère son avarice ou son ambition, il aura celui de travailler efficacement à son salut. Si cela était, en vain, selon le raisonnement de saint Augustin, les prophètes nous auraient reconnuandé de chercher Dieu tandis qu'on le peut trouver, et de l'invoquer pendant qu'il est proche de nous : Quœrite Dominum dum inveuiri })vtest, et invocate eum dum pvope est 3. En vain Dieu lui-môme nous aurait-il dit : C'est au temps favorable que je vous ai exaucé, et c'est au jour du salut que je vous ai aidé : In tempore accepto exaudivi te, et in die salulis adjuvi te '*. En vain Jésus-Christ aurait-il menacé lesjuifs des dernières calamités qu'il leur annonçait, s'ils n'usaient bien du temps qu'il leur donnait. Car, si tous les temps sont également des temps de conversion, ces propoï^ilions et ces menaces étaient mal fondées. Mais, si elles étaient justes et vraies, comme nous n'en doutons pas, il est donc vrai qu'il y a un temps de i)énilence, choisi spécialement de la part de Dieu, el qui doit être ménagé avec vigilance de la [)art de l'homme ; et c'est celui qu'a voulu définir saint Paul, quand il disait : Ecce nunc
1 Luc, A. I, 40. — - ProT., xxvii, 1. — i ls%,, Lîr û, — * n Cor.,
tempus acceptahile K 11 est donc vrai qu'il y des jours de salul plus heureux que les autres joui*s, et, comme tels, manjués dans l'ordre de la prédestinaliou divine : Ead nunc dies salulis^. Il est donc vrai qu'il y a un temps particulier pour trouver Dieu, hors duquel on le cherche inutilement : {juœretis me, et non invenielis 3. Nous disons bien, dans le langage môme du monde, que toute sorte de temps ne convient pas à tou-« tes sortes d'affaires ; et, comme parle Salomon, que toute affaire veut être traitée et négociée dans son temps : n'y aurait-il que l'affaire du salut qui fût exceptée de cette règle?
Ah ! mes chers auditeurs, voilà le grand scandale du christianisme. Si nous sommes attaqués d'une maladie, nous étudions tous les temps, nous les observons avec exactitude, nous ne rcmetlons i^oinl à demain ce qui se peut faire aujourd'hui, et tout notre soin et de bien profiter, dans le cours du mal, de certains momeni-s critiques et décisifs : ainsi en usons-nous pour le salut du corps. Mais s'agit-il de notre âme (rappée de la maladie la plus mortelle, qui est le péché, et infectée de la contagion d'une habitude vicieuse dont il la faut guérir, nous vivons tranquilles et sans inquiétude : J'y mettrai ordre, disons-nous, mais rien ne me presse; je ne suis pas encore en état, et je trouverai toujours le temps d'y penser. Vous le trouverez, chrétiens? mais qui vous l'a dit ? Je veux qu'il vous reste encore des années, et même plusieurs années dévie : qui sait si dans ces années qui vous restent, il y aura pour vous un jour de salut ? Souvenons-nous, mes frères, conclut saint Bernard, ramassant en deux mots tout le fond de cette première partie, souvenons-nous, qu'il y a des temps et des moments que le Père céleste s'est réservés, et qu'il ne nous appartient pas môme de conr'Hre, bien loin qur nous en puissions dispos^" : Tempora veliv.jmenta quœ Pater posuit iif. ua potestate ^., Or, ces moments, dans la docii -..ie de tous le^ -ères, sont ceux de la conversion et du salul. .J>ouvenons-nous que, comme il n'a pas plu à Dieu d'envoyer en toute sorte de temps un Ilédempteur et un Messie pour le salut général du monde ; que comme il ne lui a pas plu de répandre sui- les royaumes el sur les nations la lumière de l'Evangile dans tous les temps, aussi ne lui plaît-il pas de convertir en particulier chaque pécheur dans tous les moments. Souvenons-nous et comprenons bien qu'il veut nous sauver plus spécialement dans un temi)s que dans un autre; et qu'ayant pour cela des moments de choix, le plus grand de
> II Cor. VI., 2. — i Ibid. — ' Joau., vu, 34. — * Act., i, 7.
SUR LE RETAIIDEMKNT DE LA I»r,NITKNCE.
tons les malheurs est (jne ces luoiuenls nous éclii)|>penlol que nous les néj;li|j[U)iis. N'oublions jamais les iHounanfes paroles du Sauveur lorsqu'il pleure sur Jérusalem, ou pluUM, connue je vous le disais hier, sur les péelieius dont celle ville inlortimée était la li<{ure. Il la re<2:arda avec compassion, non point parce qu'elle devait être déiruite par les Uomaius, non point |)arce qu'elle tMaili\ la veillede laïuine la pluseulitïre, non point parce que ses enlanls allaient être, comme Cam,cxlerniincs de la terre ; ledir ..-je? non point mùme parce que le Saint des ; aiuls de\ail bientôt vôtre condamné ;\ la mort, ci à la mort la |)lus houleuse cl la plus cruelle; mais parce qu'elle n'avait pas connu le jour de salut qui lui était domié, et où le Seigneur lai apportait la paix : Quia si cognovisses et lu, et quidem in hue die tiin, quœad pncem libi '. Voil;"» ce qui lit verser des larmes au Fils de Diou. Il n'imputa point la réprobation des juifs au déicide abominable qu'ils allaient commellre dans sa personne, mais à l'aveuglement volontaire qui les empêchait de connaître le temps de la visite du Seigneur : Eo quod non cognoveris tempiis visilationis tuœ. 2. Or, nous le connaissons, chrétiens, ce temps de la visite de notre Dieu, ce jour qui nous est accordé : In hac die tua. Nous le conn<>\ssons ; et peut-être à l'instant que je vous paile. Dieu vous dit-il secrètement : Yoici, pécheur, votre jour ; voici le temps que j'ai destiné pour vous; c'est aujourd'hui qu'il faut quitter cette vie libertine; car je ne veux plus de retardement : Ecce nunc tempus acceptabile ^.'Mdis que vous arrivera-t-il, mon cher auditeur, si vous consultez l'esprit du monde au lieu de vous rendre attentif et docile à la voix de Dieu? vous sortirez de cette prédication avec quelques bons désirs, mais désirs vagues et sans conséquence. Vous sentirez bien que Dieu vous aura visité ; mais sa visite, par l'endurcissement de votre cœur, n'aura pas l'effet qu'il prétendait. On ne dira pas de vous que vous ne l'aviez pas connue ; mais on pourra dire que, la connaissant, vous en aurez abusé. Enfin, si voire conscience vous presse, après avoir cherché de vaines raisons pour colorer votre lâcheté, après avoir allégué tout ce que peut inventer la prudence charnelle, après vous être défendu par mille prétextes d'affaires qui vous occupent, et d'engagements que vous ne croyez pas encore pouvoir surmonter, vous renverrez à un autre temps ce qui doit avoir la préférence dans tous les temps, savoir, votre conversion. Et parce que pour l'accomplir il faut un jour de salut, et que
I Luc, XIX, 42. •> > ibid. — * II Cor., Ti. 2.
dans les [)rinci|)esde la théologie il n'y a qu'une grAce, je dis une grAce privilégiée, qui puisse faire ce jour de salid, eu vous assurant de ce jour vous vous asstuerez de cette grAce ; et c'est ce que j'ai ii combattre dans la seconde partie.
i)i;uxn;.MK pahtie.
Dieu est fidrle, dit le grand Apôtre : Fidelis Deux • ; et (tarée (pi'il est lidèle pour nous, nous pouvons ()()iler notre corjliance jusqu'à nous assurer de lui. Mais il ne s'ensuit pas de iïi que nous ayons droit de compter sur lui à son préjudice mùme, ni que sa fidélité puisse jamais servir de fondement h noire témérité. Or, c'est néanmoins le faux [trincipc sur lequel agit un pécheur du siècle quand il diffère sa conversion, parce qu'il se fiai te d'avoir un jour la grAce de la pénitence. Car, se promettre cette grAce pour se maintenir dans l'habitude de son péché, prenez garde, s'il vous plait, c'est vouloir que Dieu soit fidèle à celui qui le méprise ; c'est vouloir qu'il soit fidèle aux dépens de tous ses intérêts ; et tournant contre lui ses propres armes, c'est l'attaquer et le combattre par le plus aimable de tous ses attributs, qui est sa miséricorde ; enfin c'est vouloir que sa fidélité le rende, tout Dieu qu'il est, prévaricateur et fauteur de notre iniquité. Est-il une espérance plus vaine et une présomption plus criminelle ?
C'est vouloir que Dieu soit fidèle à celui qui le méprise ; et Dieu s'est déclaré au contraire, que quiconque le méprise sera méprisé : Vce qui spernis ; nonne et ipse sperneris 2? Malheur à vous qui méprisez la grâce de votre Dieu, parce que votre Dieu vous méprisera à son tour. Or, vous la méprisez, pécheur, cette grâce, lorsque résistant à ses inspirations secrètes et ne voulant pas encore vous soumettre à elle, vous ne laissez pas de compter sur son secours comme si elle vous était due. Mais Dieu vous méprisera à son tour, lorsque après avoir longtemps frappé à la porte de votre cœur, lassé de vos refus, il vous abandonnera enfin à vousmême, et il se retirera. Car, c'est à vous que • s'adressent ces admirables paroles de saint Paul : An divitias honitatis ejus et patientiœ et longanimitalis contemnis 3 ? Est-ce ainsi, mon frère, que, rebelle à votre Dieu, vous méprisez les richesses de sa bonté et de son infinie patience ? Ignoras quoniam henignitas Dei ad pœnitentiam te adducit ? ^ lgnorez-\ous que c'est cette charité de Dieu qui vous sollicite, qui vous invite, mais inutilement et sans effet, à une prompte conversion? voilà le mépris que le
l uThess., Il», 3. — » Isa., xx<iU, 1. — ? Ko»., H, 4. — ♦ Ibid
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