RF.RMON POUR LE LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE
p<^chpnr fait de la grAce. Mais (]oule/-vous aussi, ajoute l'Apôtre, que par votre dnrolé et votre ini|>«WiiIeiice vous n'amassiez coi'tre vous un tn^sor (lecoK'^'re, pour le jour des vengeances et et de la manifestation du ju-^ement de Dieu? SecufuUnn autcm dinitimn tuam et impœuilens cor, theiiaunzos tibi irinn in die irœ et revclatiotiiif justi judicii Dei '; voilà le mépris que Dieu fait du péclieur. Appliquons-nous ceci, mes chers auditeurs; l'un et l'autre ne nous convient que trop. Car nous voulons nous convertir dans un temps ou imaginaire ou réel, que chacun de nous se pro[)Osc ; réel, si nous y parvenons ; imn^iuaire, si nous n'y parvenons pas. Mais, quoi qu'il en suit, rien de plus injurieux ni de plui; outrageant pour Dieu, que ce dessein prétendu de conversion.
En elTct, nous voulons nous convertir quand nous serons rebutés du monde, ou plutôt quand le monde sera rebuté de nous; quand nous ne sci-ons plus en état de goûter ses plaisirs ni d'as[)irer h ses honneurs. Nous voulons nous convertir quand les revers de la fortune et les disgrâces de la vie nous y forceiont, quand riiypocrisie même du siècle nous y portera, quand elle nous en fera un intérêt, quand il n'y aura plus rien de meilleur pour nous, je dis de meilleur dans les vues mêmes de l'amour-propre. Vous en particulier, femmes mondaines, vous 1 julez vous convertir quand vous aurez cessé de plaire à ces sacrilèges adorateurs qui vous idolâtrent ; quand l'âge aura effacé ce qui vous les attachait ; quand le dégoût de vos personnes vengera Dieu, pour ainsi dire, du sacrilège encens qu'on vous aura prodigué, et que vous aurez reçu avec tant de complaisance. Enfin, mes frères, nous voulons nous convertir quand nous ne pourrons plus nous en défendre, quand le glaive de Dieu nous poursuivra, quand une violente maladie nous aura conduits aux portes de la mort, quand par le nombie des années nous ne serons plus maîtres de réparer le passé et de travailler au présent, quand la faiblesse * de la nature servira de prétexte à nos lâchetés et de voile à notre impénitence, quand nous n'aurons plus rien à offrir à Dieu, et que nous serons presque dans une impuissance absolue de faire quelque chose pour lui ; car, ne sont-cc pas là les projets delà prudence humaine? Et sans rien (lire ici des risques terribles que nous coarons par là, n'ayons égard qu'au seul inlérôt de Dieu, et au mépris que nous faisons de sa giàcc. En vérité, mes chers auditeurs, ces projel- de conversioii conviennent-ils à une créa-
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turc qui n'a pas tout à fait perdu l'idée de Dieu? Est-ce traiter Dieu en Dieu ? Se conlentera-t-il que nous lui doimions les restes du monde! (lu'après nous être lassés dans la voie d'un libertinage opirnâtie, nous venions à lui piésenter un cœur infecté de vices et de [tassions, un corps usé de débauches, un esprit corrompu de fausses maximes? Non sans doute; et pour l'honneur de sa grâce dont il est jaloux, il saura punir ce mépris; et comment? appreiiez-le. Car, si nous l'en croyons lui-même, après que nous l'aurons ainsi outragé, il nous rejettera; nous le chercherons, et nous ne le trouverons plus ; nous voudrons être à lui, et il ne voudra plus être à nous ; ou plutôt, nous ne pourrons plus même le vouloir, parce que nous ne l'aurons pas voulu quand il nous était facile de le pouvoir. Nous ne laisserons pas d'être persuadés plus que jamais qu'il faut enfin nous dèteiininer, qu'il n'est plus temps de remettre cette conversion, dont nous verrons malgré nous que le terme expire ; mais qui sait si Dieu, se tournant contre nous, ne nous dira point alors comme à ces juifs dont il est parlé au ])remier chapitre d'I^^aïe : Retirez-vous, et ne paraissez point devant mes autels pour me faire une offrande indigne de moi ; je ne vous connais plus, et vos sacrifices me sont à charge. Comme roi des siècles et monarque éternel, je voulais les prémices de vos années ; je voulais ces années de prospérité, qui furent poiu* vous des années de dissolution ; je voulais ces années de santé, que vous avez consumées dans le repos oisif d'une vie molle et paresseuse; je voulais cette jeunesse , dont vous avez fait le scandale de tant d'âmes ; je voulais cet âge mûr, qui s'est passé dans les intrigues de votre ambition démesurée : vous avez sacrifié tout cela au monde, et vous l'avez fait dans l'assurance que ce serait assez de m'en offrir quelques débris ; et moi je vous dis que ces oblalions me sont odieuses, et qu'il est de ma gloire de les réprouver : Solemnitates vestras odivit animamea :facta sunt mihi molesta; laboravi sustiiiens i. Ainsi parlait le Seigneur, et ainsi se comporlc-t-il tous les jours ù l'égard de certains pécheurs, après les délaii crimineJs qu'ils ont apportés à leur conversion.
J'ai dit de plus que s'assurer de la grâce en différant sa conversion, c'était coudjatlre Dieu par ses propres armes, et se servir de sa fidélité et de sa miséricorde conti-e lui-même. Pourquoi cela? Ne le voyez- vous pas, chrétiens? Pécher contre Dieu, parce que Dieu est bon ; ne cesser
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point de l'oiihap:»^!', pari'C (jn'il ne se lasse poiiil de lions siiiiporlor; dire : Ji; ik; veux pa»; encore cban^or de vie, parce que la inis('>ricorilc de Dieu n'est pas encore (^puist^e, et je veux conliluier dans mon tiésoi'dre, parce (ju'il est toiijonis dans la volonté de me sauver ; n'est-ce pas em[>lojer contre lui sesattrijjtds, et al>user, pour l'oliletiser, de sa grAce môaic?Car enlin, dit saint Chrysostoine, si Dieu usait de ses droits, et s'il était à notre égard ce qu'il pourrait être avec justice, un Dieu sévère, un Dieu inflexible, qui lit immédiatement s!:ccéder la peine a;i péché ; s'il nous traitait comme ce créancier impitoyable de l'Evangile traita son débiteur, et que, sans nous accorder aucun délai, il nous pressât de lui rendre ce que nous lui devons : liedde (luoddebes^; que ferions- nous? Nous obéirions siu' l'heiu'c même à un commandemenl si rigoureux. Il n'y aurait point parmi nous de pécheur qui ne pliât d'abord sous le joug do la loi de Dieu. On verrait ces prétendus esprits forts recourir les premiers au tribunal ^e la pénitence, non plus par cérémonie, mais en effet ; non plus après des années entières de djélibéraîion, mais dès que leur conscience, par un remords salutaire, les avertirait du danger de leur état ; tous les hommes seraient dans le devoir : pourquoi ? parce qu'ils auraient affaire à m\ Dieu également prompt et terrible dans ses veugeances. D'où vient donc qu'on remet, et qu'on ne veut se convertir qu'à l'extrémité ? C'est qu'on se repose sur l'idée qu'on a d'un Dieu patient, et toujours prêt à donner sa grâce. JVIais, Seigneur, s'écriait saint Ambroise, permettez-moi de m'en plaindre à vous pour vousmême. C'est cette patience qui semble autoriser contre vous les pécheurs de la terre. Sans elle vous seriez mieux servi ; sans elle on vous reconnaîtrait tel que vous êtes. Que ne vous déclarez-vous? que ne prenez-vous votre cause en main? que ne vous élevez-vous, dans l'ardeur de votre colère, pour dompter ces âmes fières et hidociles, en les réduisant au choix, ou d'une prochaine conversion, ou d'une inévitable damnation? Mais que dis-je, ô mon Dieu? poursuivait ce saint docteur. Pardonnez-moi si je m*mgcre à examiner votre conduite, et si je parais vouloir prescrire des bornes à votre miséricorde, moi qui dois tout à cette miséricorde sans bornes, puisqu'il y a longteujps que je serais la vicliine des flammes éternelles, si elle ne m'avait pas aliendu. Je parle en homme, Seigneur ; et vous agissez en Dieu. Selon mes pensées, il vous serait plus avantageux de per-
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(Ire des rebelles; mais, selon les vftlics, il vous est plus glorieux de suspendre vos con()S et d'arrêter votre justice. Ainsi ce Père expli(|nailil à Dieu ses sentiments. iMais d'ailleurs, s'adressant au péehein* : Vous, mon ïvvic, lui disail-il, n'êtes-vous pas bien cou[)able de votdoir moins faire pour un Dieu bon que pour un Die;, inflexible ? Car tel est votre procéda, l»our un Dieu inilexible, vous renonceri(>/ dès maiulcn inl à votre péché ; et pour un Di(Mi bon, vous vous conteniez de former de vains projels, et d'y vouloir un jour renoncer. Poiuim Dieu sans rémission, vous [)roduiriez des frnilpde pénitence; et pour un Dieu palicnl, vous ne donnez que de& paroles. Or, je prétends, chrétiens, (jiie, dans celle disposiiion, se répondre de Dieu et de sa grâce, c'est le dernier excès de i'aveuglcuient. Enfin j'ai dit que de compter ainsi sur la grâce, c'est vouloir que Dieu se rende fauteur et complice de nos désordres : car il le serait évidemment s'il support nt les pécheurs avec celte patience qui tient de rinseusibililé, et si, malgré leur rébellion, sa grâce leur était toujours promise. Etvoilà sur quoi Tertullicn se fondailpour appuyer ses sentiments erronés touchant la pénitence. J'avoue, chrétiens, et je volis l'ai déjà fait remarquer dans un autre discours, que TertuUien, sur cette matière, porta trop loin son zèle ; mais ne craignons-nous point de tomber dans une autre erreur, par les fausses et présomptueuses idées que nous nous formons de la bonté de Dieu, et par l'abus que nous en faisons pour nous entretenir dans le crime et pour fomenter notre iniquité? Bien loi !i que nous puissions alors faire fond sur la grâce, je prétends, avec saint Ambroise, que notre présomption serait pour Dieu une cs[)èce d'engâgomeut à nous abandonner : pourquoi ? afin de justifier sa providence, et de mettre sa sainteté à couvert de tout reproche. Affreux ensagement qui intéresserait Dieu à notre éternelle ré[)robation 1 Sur quoi donc enfin comptera le pécheur ? sur sa volonté ? Faisons-lui voir que cette espérance n'est pas moins trompeuse que lesautres, et concluons parcelle troisième partie.