SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST
ANALYSE
SoJET. H a été livré pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification.
II semble que Jésus-Christ, ayant achevé sur !a croix l'ouvrage de notre rédemption, ne devait plus penser qu^ sa propre grandeur, et ([u'étant mort pour nous, il ne devait ressusciter que pour lui-même. Mais c'est un Dici, dit saint Bernard, qui veut nous appartenir entièrement, et dont la gloire et la béatitude se rapportent à nous aussi bien que ses humiliations et ses soufl'rances. Si donc il ressuscite, c'est pour notre sanctification, et pour nous apprendre à ressusciter spirituellement avec lui.
Division. Jésus-Christ par le mérite de sa mort nous a justifiés. Mais, outre ce mérite, il nous fallait un modèle sur qui nous pussions nous former, et que nous eussions sans cesse devant les yeux, pour travailler nous-mêmes à raccomplissemenl de ee grand ouvrage de notre ju>tificalion, ou, si vous voulez, de notre conversion, à laquelle selon l'ordre de Dieu, nous devions coopérer. Or, ce modèle, c'est la résurrection du Sauveur. Car comme Jésus-Christ est ressuscité, disait l'Apôtre, nous devons entrer nous-mêmes dans une vie nouvelle. Cette vie nouvelle doit donc avoir les deux caractères de la résurrection du Fils de Dieu, que l'Evangile nous a marqués. Le Seigneur est vraiment ressuscité ; Surrexit Dominus vere : et il s'est fait voir à Pierre : Et apparuit Simoni. x\insi, être converti, premier caractère de notre résurrection spirituelle ; première partie. Paraître converti, second caractère de notre résurrection spirituelle : deuxième partie
Première partie. Ltre converti comme Jésus-C.iirist est ressuscité. Jésus-Christ est vraiment ressuscité, et après sa résurrection il n'a plus vécu en homme mortel, mais en homme tout céleste. De même il faut, 1" que nous soyons vraiment conver-
SEUMOiN POUR LA FÊTE DE PAQUES.
Us ; 2* qu'.-)|)rès notre conversion nous ne vivions plus en hommes charnels e( mondains, mais d'une vie lou(o spirituelle et touto mainte.
1' Jésus-Christ est vraiment ressuscité, principe incontestable, et dont le Sauveur du monde, avant toutes choses, prit soin da bien ronv.iincre ses apôtres, voulant que celte résurrection véritable nous servit d'exemple. Car, c'est ainsi que nous devons cire ▼raimcnl convertis. Or, ne pourrais-je pas bi^n dire de notre résurrection spirituelle et de notre conversion, ce que suint Pau! disait de la résurrection futur.; do nos corps; Mes frères, voici un imporlarU secret que je vous déclare : nous ressusciterons tous, niais nous ne serons pas tous chinijés. F,n riïfX, dans cette solennité de Pàque et jusques dans le tribunal de la pénitence, nous mentons souvent au Sninl-Espril, nous imposons au monde, et nous nous trompons nous-mêmes par une fausse conversion. Ce n'e^t point parla qu'on ressemble il Jésus-Christ ressuscité; mais par une vraie conveision, c'est-à-dire par une conversion sincère et sans déguisemeni, par une conversion surnaturelle, et dont Dieu soit le printipe, l'objet et la fin.
Conversion sincère et sans déguisement. Ce qui nous perd dev.mt Diou, el ce qui nous empêche de ressusciter en esprit, comme Jésus-Christ est ressuscité selon la chair, c'est communément un levain de péché que nous fomentons dans uous, et dont nous ne travaillons pas à nous défaire. C'est pourquoi saint l'aul nous avertit que nous devons célébrer cette fête, non avec le vieux levain, avec uo levain de dissimulation cl de malice: Non in fcnninto veleri, neque in fermenlo maliciœ et nequitia', mais dans un esprit de sincérité et de vérité: Scdin azymis sinceritalis ctvcritatis.
Conversion surnaturelle et dans la vue de Dieu. Aiilremenl qu'est-ce devant Dieu que notre conversion, si ce sont des motifs humains, la prudence de la chair, la crainte du moiide, l'intirct, qui l'animent ? Jésus-Christ ressuscita par une vertu toute divine, et c'est par un principe tout divin que nous devons ressusciter. Loin de moi, disait l'Apôtre, c^tle faiissc j;istice que je pourrais trouver dans moi, et qui serait de moi et non de Dieu! Ainsi tous les vrais pénitents se sont- ils élevés au-dessus d'euxmêmes et de la chair, et ont-ils envisagé Dieu (ians leur pénitence.
2° Jésus-Christ après sa résurrection n'a plus vécu en homme mortel, mais en homme tout céleste. Il avait un corps, et ce corps revêtu de gloire semblait être de la nature et de la condition des esprits. Ce qui faisait dire k l'Apôtre: Quoique auparavant nous ayons connu Jésus-dirisl selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de la miJme sorte, ni selon cette mâine chair. Appli(iuons-nous ces paroles, et concluons que si nous sommes vraiment convertis, il faut qu'on ne nous connaisse plus selon la chair, ni selon les désirs de la chair, mai§ comme des hommes toutspirituels. C'est parla que nos corps participent dès cette vie à la gloire de Jésus-Christ ressuscité. C'est par là qu'ils deviennent incorruptibles, pleins de vertu, de force, d'honneur. Mais souvenons-nous qu'ils ne sont rien de tout cela |qu'autant que nous y coopérons par notre vigilance et par nos soins. Quelque affermis que nous soyons dans le bien, nous ne sommes pas inébranlables. Que faut-il donc faire, et comment devons-nous vivre dans le monde '? Saint Paul nous l'apprend : Quce sursum sunt sapile ; N'ayez plus de goût que pour les choses du ciel : Quœ sursum sunt quœrite; Ne cherchez plus que les choses du ciel.
Delxikme PAUTiR. Paraître (.onvcrli comme J''sus-Christ parait ressuscité. PourquoiJésus-Christdemeure-t-ilencore quarante jours sur la terre après sa résurrection? pour la faire connaître à ses disciples et pour les en convaincre. C'est pour cela qu'il se fait voir à eux sous tant de figures différentes. Belle leçon pour nous. Car, comme ce n'est point assez de paraiti-e convertis si nous ne le sommes en elTet, aussi ne suffit-il point de l'être et de ne le pas paraître. Etre et paraître, ce sont deux obligations; et accomplir l'une sans se mettre en devoir de satisfaire à l'autre, ce n'est qu'une justice imparfaite. Si Jésus- Christ n'eût pas paru ressuscité, il eût laissé notre foi dans le trouble ; et si nous ne paraissons pas convertis, nous ne faisons qu'à demi notre devoir et l'œuvre de Dieu. Je dis plus: être et paraître converti, ce sont tellement deux obligations différentes, qu'elles sont néanmoins inséparables. Car, paraître converti, remarque saint Thomas, est une partie de la conversion mêmî. Comment cela? parce qu'être converti, c'est embrasser tous les devoirs de l'homme chrétien. Or, un devoir de l'homme chrétien est de paraître ce qu'il est; et s'il a été pécheur et rebelle à Dieu, un de ses devoirs est de paraître obéissant et soumis à Dieu. Ce devoir est fondé, 1° sur l'intérêt de Dieu ; 2° sur l'intérêt du prochain; 3° sur notre propre intérêt.
1° Obligation de paraître converti, fondée sur l'intérêt de Dieu qu'on a offensé. Sans cela quelle réparation lui ferez-vousde tant de crimes, et comment lui rcndrez-vous la gloire que vous lui avez ravie en les commettant ? Le juste même, quoique Juste, dit saint Chrysostome, est obligé de se déclarer pour Dieu : combien plus le p'cheur qui se convertit doit-il non-seulement confesser le Dieu qu'il sert, mais faire justice .au Dieu qu'il a déshonoré '/ Il faut donc, conclut le même Père, que la vie de ce péciicur, dans l'état de sa pénitence, soit comme une amende honorable qu'il fait à son Dieu. Aussi, quand saint Pierre, après la rc'surreclion du Sauveur, paraissait dans les synagogues et dans les places publiques, prêchant le nom de Jésus-Christ, d'où lui venait surtout ce zèle ? du souvenir de son péché. Vous reconnaissez comme lui que vous avez outragé votre Dieu : n'est-il pas juste que par une vie exemplaire vous effaciez les impressions que votre impiété a pu donner contre sa loi ? Le Fils de Dieu voulut que ses apôtres, qui l'avaient ahan(k>nné dans sa passion, lui servissent ensuite de témoins : Eritis mihi testes. Voilà ce que vous devez être au milieu du monde, surtout à la cour. Itien loinque vos désordres passés affaiblissent votre témoignage, c'est au contraire ce qui le fortifiera et le rendra plusconvaincant.
2° Obligation de paraître converti, fondée sur l'intérêt du prochain quevousavez scandalisé. Car, devez-vous dire, il fautquO je répare, par un remède proportionné, les scandales de ma vie : or, ce qui a scandalisé mon frère, ce n'est point précisément mon péché, mais ce qui a paru de mon péché. Pourquoi Jésus-Christ a-t-il paru ressuscité, ou plutôt à qui a-t-il paru ressuscité ? aux uns, pour les consoler ; aux autres, pour les ramener de leur égarement ; à ceux-là, pour vaincre leur incrédulité ; à ceux-ci, pour leur reprocher l'endurcissement de leur cœur. C'est ainsi que nous devons paraître convertis, pour la consolation des justes, pour la conversion des pécheurs, pour la conviction des libertins. Pour la consolation des justes: com- Lien d'âmes saintes pleuraient sur vous et étaient sensiblement touchéesde votre état. Commevotre péché lésa affligées, il faut que votre pénitence les réjouisse sur la terre, aussi bien que les anges dans le ciel. Pour la conversion des pécheurs : l'exemple de votre conversion sera un attrait mille fois plus puissant pour eux que celui des justes qui se sont toujours maintenus justes. Aussi Jésus-Christ choisit-il saint Pierre pénitent et converti, pour ramener ses frères et pour les confirmer : Et tu aliquando conversus, confirma fratres tuos. Pour la conviction des libertins et des incrédules : saint Thomas eut une grâce d'autant plus spéciale pour prêcher la foi, qu'il avait été plus infidèle. Ce qui touche les impies, c'est d'entendre un impie comme eux dire : Je suis persuadé.
3° Obligation de paraître converti, fondée sur notre intérêt propre. On ne veut pasqu'il paraisse qu'on ait changé de conduite; pourquoi ? parce qu'on sent bien que si ce changement venait une fois à éclater, on serail obligé de le soutenir, et que, l'honneur même venant aux secours du devoir, on ne pourrait plus dans la suite s'en dédire. D'où jeconclus que nous devons regarder comme un avantage de paraître convertis, puisque, de notre propre aveu, le paraître et l'avoir paru est une raison qui nous engage à l'être toujourset à persévérer Mais si je retombe en effet, que dira-t-on ? Ne pensons point à cela, sinon au. tant que cette pensée nous peut être salutaire pour nous animer ; et du reste, prenons confiance et agissons.
Gomplimeat au roi.
SUR LA URSimRECTION DK JKSnS-CimiST.
JYilJHlHS e$t propter deltela notlra, et rtturrtiit propltr juilijltêtiOMm nostrum.
Il a ité livré pour nosi uichos, et il cit resauicitù pour nuira Ju&ti- ^cation. (Aux JiomaiMS, chap. iv, 26.)
SlRB,
C'est sur ce tôinoignajio de saint Paul que s'est Coiidô saint lîeniard (|iiand il a dit (juc la i(?sinTecti(Ui du Fils tic Dieu, qui est proprement le mystère de sa gloire, avait été au niéinc temps la cousouKuation de sa charité envers les hommes. 11 n'en faut point il'aulre preuve que les paroles de mon texte, puis(prelles nous (ont connaiire que c'est pour notre intérêt, pour notre salut, pour notre justification, que ce Sauveur adorable est entré en possession de sa "vie glorieuse, et qu'il est ressuscité : Et rcsiivrexit propter justilkationem nostvam. A en juger selon nos vues, on croirait d'abord que les choses devaient être au moins partagées ; et que Jésus-Christ ayant achevé sur la croix l'ouvrage de notre rédemption, il ne devait plus penser qu'à sa propre grandeur, c'est-à-dire qu'étant mort pour nous, il devait ne ressusciter que pour lui-même» Mais non, chrétiens, son amour pour nous n'a pu consentir à ce partage. C'est un Dieu, dit samt Bernard, mais un Dieu sauveur, qui veut nous appartenir entièrement, et dont la gloire et la béatitude ont dû par conséquent se rapporter ii nous, aussi bien que ses humiliations et ses souffrances : Totiis in usus nostros expensus. Tandis que ses humiliations nous ont été utiles et nécessaires, il s'est humilié et anéanti ; tandis que pour nous racheter il a fallu qu'il souffrit, il s'est livré aux tourments et ù la mort. Du moment que l'ordre de Dieu exige que son humanité soit glorifiée, il veut que nous profitions de sa glpire même; car s'il ressuscite, poursuit le même saint Bernard, c'est pour établir notre foi, pour affermir notre espérance, pour ranimer notre charité ; c'est pour ressusciter lui-même en nous, et pour nous rendre capables de ressusciter spirituellen^.ent avec lui : en un mot, comme il est mort pour nos péchés, il ressuscite pour notre justification : Et resurrexit propter justificationem nostram. Voilà le mystère que nous célébrons, et dont l'Eglise universelle fait aujourd'hui le sujet de sa joie : mystère auguste et vénérable, sur lequel roule non-seulement toute la religion chrétienne, parce qu'il est le fondement de notre foi, mais toute la piété chrétienne, parce qu'il doit être la règle de nos mœurs. C'est ce que j'entreprends de voua moatrer, après que nous
aurons imploré le secours de la Mère de Dieu, et (pie nous l'utirons félicitée de la résurrection de son Fils. lii'ij\\i<i vd'li.
Pour entrer d'abord dans mon sujet, je présuppose ici, chrétiens, ce que la foi nous enseigne, et ce que nous devons regaidei- comme un l>oint essentiel de noU"e religion; savoir, que Jésus-Christ en iiioiirantnous a paifailcnienl justifiés, et que, pour nous remetlre en grâce avec Dieu, rien n'a manqué au mérite de sa mort. Mais, outre ce mérite, il nous fallait, dit saint Chrysoslome, un exemplaire et \\\\ modèle sur qfii nous pussions nous former et que nous eussions sans cesse devant les yeux, pour travailler nousmêmes à l'accomplissement de ce grand ouvrage de noire justification, ou, si vous voulez, de notre conversion, à laquelle, selon l'ordre de Dieu, nous devons coopérer ; et c'est à quoi le Sauveur du monde a divinement pourvu par sa résurrection glorieuse.
Vous le savez, chrétiens, et vous ne pouvez l'ignorer, puisque c'est un article delà foi môme que vous professez : le péché du premier homme fut une présomption téméraire qui le porta jusqu'à s'élever au-dessus de lui-même, jusqu'à vouloir se mesurer avec Dieu, être éclairé comme Dieu, ressembler à Dieu : Eritis sicut cUi K Mais vous savez aussi la sage conduite que Dieu a tenue à l'égard de l'homme, lorsque, par un secret bien surprenant de sa providence, il lui a ordonné pour remède ce qui semblait avoir été la cause de son mal, et qu'il l'a obligé à se sanctifier par ce qui l'avait rendu criminel : je veux dire, lorsque ce Dieu de gloire, s'incarnant et s'humanisant, s'est mis lui-même dans des états où non-seulement il est permis à l'homme de vouloir ressembler à son Dieu, mais où son plus grand désordre est de ne le vouloir pas, et en effet de ne lui ressembler pas. Or, quel état surtout l'Ecriture nous marque- t-elle où le Fils de Dieu ait prétendu que nous dussions lui être semblables, et où ce ne fût plus un crime, mais un mérite et un devoir de nous conformer à lui? l'état de sa résurrection.
Car c'est pour cela, dit expressément le grand Apôtre, qu'il est ressuscité d'entre les morts, afin que, sanctifiés par son exemple, nous prenions une nouvelle vie : Ut quomodo Christus surrexit a mortuis , ita et nos in novitate vitœ ambulemus ">-. Au reste, mes frères, ajoute saint Chrysostoine, ces paroles ne sont pas une simple instruction de l'Apôtre, mais un oracle du Saint-Esprit, qui nous relève et qui nous fait
' Gènes., iii, 6. — * Kom., vi, 4-
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