‹ Œuvres complètesChapitre 169 sur 183 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

C'est saint Paul qui l'a dit, el je n*ai rien

moins prétendu, dans la première proposition que j'ai avancée, que d'établir un jirincipe de religion dont il ne nous est pas permis de douter : Jésus-Christ est vraiment ressuscité, et sur ce modèle Dieu veut que nous soyons vraiment convertis. iMais j'ajoute, comme la suite naturelle de ce principe, que Jésus-Chrisl, après être sorti du tombeau, n'a plus vécu en hompie mortel, mais en homme céleste et ressuscité ; et que c'est une loi pour nous qu'après notre conversion nous ne vivions plus en hommes charnels et mondains, mais d'une \\c toute spirituelle, et conforme au bienheureux élat où se trouvent élevés par la grâce des hommes sincèrement et solidement convertis. Deux pensées auxquelles je réduis ces admirables paroles de l'épître aux Romains, dont je fais toute la preuve des vérités que je vous prêche : Consepulli sumus cum Cliristo per haplismum in mortem ; ut quomodo surrexit a mortuis, ila et nos in novitate vitœ ambulemus * ; Nous sonunes, mes frères, ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême, pour mourir au péché, afin que, comme ce Dieu Sauveur est ressuscil i par sa vertu toute- puissante, nous soyons ai inié"; du môme esprit et intérieurement ressuscites, pour mener cette vie nouvelle qui est l'effet tl'une véritable conversion. Appliquez-vous, chrétiens, et ne perdez rien d'une instruction si nécessaire. Surrexit Dominus vere 2; le Seigneur est vraiment ressuscité : principe, encore une fois, auquel vous et moi nous devons nous attacher d'abord, pour nous former une juste idée de la conversion du pécheur. Ne vous étonnez pas, mes chersaudileurs, que Jésus-Christ, selon le rapport des évangélistcs, s'intéressât tant à prouver, et à prouver par hii-môme sa résurrection. Les apôtres étaient saisis de frayeur en le voyant, parce qu'ils croyaient voir un esprit : Conturbuti et conterrili existimabant se spiritum videre -^ ; et il ne pouvait souffrir qu'ils demeurassent dans cette incertitude et dans ce trouble. Non, lem* disait-il pour les rassurer, ce n'est point un esprit, c'est moi-même. Regardez mes pieds et mes mains, touchez mes plaies, et vous apprendrez que je ne suis point un fanlùme, mais un corps solide et réel. Pourquoi, demande saint Clu ysoslome, ce soin si exact de leur faire connaître la vérité de sa résurrection ? Ah ! mes frères, répond ce saint docteur, c'est qu'outi'e les autres raisons qu'il avait d'en user ainsi, il

} Bom., Ti. 4. — ' Luc, xxiv, 34. — ' Ibid., 37,

SUR LA nr.SrR'^KCTION DE JRSIJS-CIIRIST.

saTRil bien la loi qui nous était dt's lors imposée, et rrni;n;ïtMnonl où fkmis devions <^tr(\ on (|imîit<Slo pôchonrs.do rossnscilor fi 1.» vio do l,ip;iAco, comiiio il tM;nt Ini-tiu'^mo rossuscilt^ j\ laviodol.i gl(Mi'(> : l't qnonu'do surn'xit, ita et ivk in uovitate vitœ ambutemtifs. Or, il (.Mnit<\ rmiiidre que cette r(V<!Mrrcction spirittiolle de nos Ainos, nu lieu d'iMro Tiuevi^iito.no i'ùt qn'iiiio piiro lioliDii, et qno, passant pour des lioinines convertis, nous ne lussions rien moins au dedans <pic ce que nous paraissions au dehors. Do là vient qu'il n'onudtail rien pour convaincre ses disciples qu'il n'était pas soulemont ressuscité en apparence, niais en elVet ; voidant <|uo celte résurrection vérilaMo nous servit de modèle et d'exemple.

L'enlondoz-vous, chrétiens, et avioz-vous jamais péiiétrc» la conséquence de cette parole : Surri'xit vcre ? Voilà néanmoins à quoi elle se rapporte : à condamner tant de convoi-sions imaginaires, qui n'ont d'une vraie conversion que l'extérieur et le masque, sans en avoir le fond et le mérite. Car, permettez-moi de vous faire ici une réflexion toute semblable à celle que taisait saint Paul, instruisant les Corinthiens sur la résurrection des cor[)S : Ecce înijsi^ium vobis dico : omnes quidem resnv{}emus, sed non omnes immutabinnir ^ ; Voici, mes trères, leur disaiHI, un important secret que je vous déclare : nous ressusciterons tous à la fin des siècles, mais nous ne serons pas tons changés. Il voulait par là leur faire entendre que, quoique les réprouvés dussent avoir part à la résurrection future aussi bien que les élus, leurs corps n'y seraient pas transformés comme les corps des élus, ni rendus semblables au corps glorieux de Jésus-Christ; différence teriiblesur laquelle insistait l'Apôtre, pour donner aux fidèles une crainte salutaire du jugement de Dieu. Mais quelque terrible que doive être cette différence des réprouvés et des élus dans le jugement de Dieu, en voici une autre qui, pour être plus intérieure, n'en est pas moins fatale au pécheur, et qui, sans attendre la fin des siècles, se trouve aujourd'hui dans le christianisme selon les différentes dispositions des chrétiens à cette fête. Nous avons tous célébré la résurtection de Jésus-Christ ; mais je ne sais si nous avons tous éprouvé ce bienheureux changement que celte sainte solennité, par une grâce qui lui est propre, devait opérer dans nos âmes. Eu recevant l'adorable sacrement du Sauveur, nous avons tous paru spirituellement ressuscites; mais peut-être s'en faut-il biea aue nous ayons tous

}ICor.,xv,6l.

été renouvelés, et que «Inns ce grand jour nous puissions touséiraloment nous rendre co tomoi^na.ro devant Dieu, «pie nous ne somhucs plus les uiéuios hommes. Voilà le mysiènî, mais le rodoutahie mystère que je vous armonco, et sur lequel cliacmide nous doit s'cxamifier : Omnes quiileni resurgemus, scd non omnes immutahimur '.

Car, avouons-le de bonne foi, et puisipi'nne expérience malheureuse nous force à le reconnaître, ne nous en épargnons pas la confusion. Le désordre capital qu'on ne peut assez déplorer ni trop vous reprocher, est que dans cette solennité de IViqucs, abusant de la péinlcnce, rjui, selon les Pères, est le sacrement de la lésni rection des pécheurs, nous mentions souvent au Saint-Es|)rit, nous imposions au monde et nous nous trompions nous-mêmes. Otu, mes fières, jusque dans le tribunal de la pénitence nous mentons au Saint-Esprit, en détestant de bouche ce (pie nous aimons de cœur ; en disant que nous renonçons au monde, et ne renonçant jamais à ce qui entretient dans nous l'amour du monde ; en donnant à Dieu des paroles que nous ne comptons pas de garder,.et que nous ne sommes pas en effet bien détermiuf'îs à tenir, ayant avec Dieu moins de bonne foi que nous n'en avons avec un homme, et même avec le dernier des hommes. Nous en imposons au monde par je ne sais quelle fidélité à nous acquilter dans ce saint temps du devoir public de la religion, i>ar l'éclat de quelques bonnes oeuvres passagères, par une ostentation de zèle sur des points où, sans être meilleur, on en peut avoir ; par quelques réformes dont nous nous parons et à quoi nous nous bornons, tandis que nous ne travaillons pas à vaincre nos habitudes criir.inel'cs, et à mortifier les passions qui nous dondnent. Nous nous trompons nous-mêmes, en confondant les inspirations et les grâces de conversion avec la conversion même ; en nous figurant que nous sommes changés, parce que nous sommes touchés du désir de l'être ; et, sans qu'il nous en ait coûté le moindre coml)at, en nous flattant d'avoir remporté de grandes victoires ; et parce qu'en fait de pénitence tout cela n'est qu'illusion et que mensonge, à tout cela l'Evangile op[)Ose aujourd'hui cette seule règle : Surrexil vere; Il est vraiment ressuscité; et, par cette règle nous donne à juger combien nous sommes éloignés des voies de Dieu, puisque entre notre vie nouvelle et la vie glorieuse de Jésus-Clirist, il y a une opposition aussi monstrueuse que celle qui se trouve eutie l'apparent et le réel, entre

»Cor., iv,61.

SERMON POUR LA FÊTE DE PAQUES

lo vide cl le solide, entre le faux et le vrai. Ah ! mes chers aiulilciirs, combien de fanlôincs de conversion, ou, pour user du terme de saint Bernard, combien de chimères de conversions ne pourrais-je pas vous produire ici, s'il m'était permis d'entrer dans le seciet des cœurs et de vous en découvrir le fond ! Combien de conversions purement humaines, combien de politiques, combien d'intéressées, combien de forcées, combien d'inspirées par un autre esprit que celui qui nous doit conduire quand il s'agit de retourner à Dieu ! conversions, si vous voulez, fécondes en beaux sentiments, mais stériles en effets ; magnifiques en paroles, mais pitoyables dans la pratique; capables d'éblouir, mais incapables de sanctifier. Combien de consciences se sont présentées devant les autels comme des sépulcres blanchis, et sous cette surface trompeuse cachant encore la pourriture et la corruption ! Sont-ce lâi les copies vivantes de cet Homme-Dieu, qui renaît du sein de la mort, pour être, comme dit saint Paul, l'aîné d'entre plusieurs frères : Ut sit ipse primogenitus in multis fratribus K Non, non, chrétiens, ce n'est point par là qu'on a le bonheur et la gloire de lui ressembler ; il faut quelque chose de plus, et sans une conversion véritable on n'y peut prétendre. Or, qu'est-ce qu'une véritable conversion? Comprenez ceci, s'il vous plaît ; c'est-à-dire une conversion de cœur et sans déguisement, une conversion surnaturelle, dont Dieu soit le principe, l'objet et la fin. Que ne m'est-il permis de développer ces deux articles importants dans toute leur étendue !

Conversion sincère et sans déguisement ; car, dit saint Bernard, pourquoi nous contrefaire devant Dieu, qui, nous ayant faits ce que nous fommes, voit mieux que nous-mêmes ce qui est en nous et ce qui n'y est pas ? et pourquoi feindre devant les hommes, dont l'estime ne nous justifiera jamais, et dont l'erreur sur ce point fera môme un jour! notre confusion? N'est-ce pas pour cela que saint Paul, représentant aux chrétiens, comme autant d'obligations, les conséquences qu'ils devaient tirer de ce mystère, en revenait toujours à cette loi, que Jésus-Christ, notre Agneau pascal, avait été immolé pour nous, et que nous devions célébrer celte fête, non avec le vieux levain, avec ce levain de dissimulation et de inahce dont peut-être nos cœurs jusques à présent avaient été infectés : Non in fermento veteri, neque in fermento malitiœ et nequiliœ ; mais dans un esprit de sincérité et de Vérité : Sed in azymis sinceritatis et veritatis 1 ,

* Rom., ?Jii, 29. — 3 1 Cor., t, 8

pourquoi ? parce que le Seigneur môme avait dit (pic cette sincérité de conversion était la condition essentielle qui devait nous donner avec Jésus-Christ ressuscité une sainte ressemblance.

En effet, ce qui nous perd devant Dieu, et ce qui nous empêche de ressusciter en esprit, comme Jésus-Christ ressuscita selon la chair, c'est communément un levain de péché que nous fomentons dans nous, et dont nous ne travaillons pas à nous défaire. Je m'explique. On se réconcilie avec son frère et l'on pardonne à son ennemi, mais il reste néanmoins toujours un levain d'aigreur et de chagrin qui diffère peu de l'animosité et de la haine; on romi)t une attache criminelle, mais on ne la rompt pas tellement qu'on ne s'en réserve, pour ainsi dire, certains droits à quoi l'on prétend que la loi de Dieu n'oblige pas en rigueur de renoncer, certains commerces que l'honnêteté et la bienséance semblent autoriser, certaines libertés que l'on s'accorde, en se flattant qu'on n'ira pas plus loin : voilà ce que saint Paul appelle le levain du péché: Neque in fermento malitiœ et nequitiœ. Or, il faut, mes frères, ajoutait l'Apùtre, vous purifier de ce levain, si vous voulez célébrer la nouvelle pâque. Il faut vo«6 souvenir que, comme un peu de levain, quand il est corrompu, suffit pour gâter toute la masse, aussi ce qui reste d'une passion mal éteinte, quoique amortie en apparence, peut détruire et anéantir tout le mérite de notre conversion : Expurgate velus fermentum, ut silis nova conspersio ^

Conversion surnaturelle et dans la vue de Dieu : car, que peuvent tous les respects humains et toutes les considérations du monde, quand il s'agit de nous faire revivre à Dieu, et de reproduire en nous tout de nouveau l'esprit de la grâce, après que nous l'avons perdu ? On nous dit que le désordre où nous vivons peut être un obstacle à notre fortune, que cette atta- -. che nous rend méprisables, que ce scandale Ip nous rend odieux, et sur cela précisément nous nous corrigeons ; on nous fait entendre que la piété pourrait servir à notre établissement, et pour cela nous nous réformons. Qu'est-ce qu'une telle conversion, eùt-elle d'ailleurs tout l'éclat de la plus exacte et de la plus sincère régularité î On s'éloigne du monde par un dépit secret, par impuissance d'y réussir, par désespoir de parvenir à certains rangs que l'ambition y cherche; on se détache de cette personne parce qu'on en est dégoûté, parce qu'on en a découvert la perfidie et l'infidélité; on cesse de pécher, parce que

]I Cor.,T, 7,

SUU LA KÉ^UUIIECTION DK JÉSUS-CIIUIST.

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l'occasion du ixVlu^ nous quiUt\ et non [las parce (|iio nous (|tiiU()iis l'occasion du [x^cIk^ : tout cola, otnbii's de coiivcM'sioiis. Il faut r|n'im principe siiniatiirel nous aninie, coiniuc Jt'^siis- Cluisl ressiiscila par inio vcitii divine ; il Tant que sur le modèle de Jésiis-dln ist, (jiii, dans sa résurrection, selon le heau mol de saint Anj^ustin, parut eidièieinenl Oieii : In resurn'ctioue totus Deiis, parce ([n'en \erlu de ce mystère l'iiunianité fut tout absorbée dans la divinité ; aussi dans notre conversion il n'y ait rien (|ui ressente l'homme, rien (jui tienne de l'imperfection de l'homme, rien qui |iarticipe à la corruption de riionnuc ; que l'intérêt n'y entre point, que la prudence île la chair ne s'en mêle point, et que si la créature er) est l'occasion, le Créateur en soit le motif. Ainsi le prati(juait l'Apôtre, quand il disait : Loin de moi cette fausse justice que je pourrais trouver dans moi et qui serait de moi, parce que Dieu, dès lors, n'en serait pas l'objet ni le principe ! Il ne me suflit pas même davoir cette justice qui vient de la loi ; mais il me Jaut celle qui vient de Dieu par la loi, celle qui nie fait connaître Jésus- Christ et la vertu de sa résurreciion, afm que je parvienne, s'il est possible, à celle résurrection bienheureuse qui distingue les vivants d'avec les morts, c'est-à-dire les péciicurs justifiés d'avec ceux qui ne le sont |)as : Et inveniar in illo non habens jneam justitiam qnœ. ex lege est, sedillum qiiœ ex fide est Chrisii Jesu... adcognoscemliim illum et virtutem resunectionisejus... si quomodo occurram ad resurrectionem quœ est ex mortuis i. Ainsi, après l'Apôtre, en ont usé tous les vrais pénileals en se convertissant à Dieu. Ils ont fermé les yeux à tout le reste, ils n'ont consulté ni la chair ni le sang, ils ont foulé le monde aux pieds, ils se sont élevés audessus d'eux-mêmes ; et pourquoi? parce qu'ils cherchaient, dit saint Paul, une résurrection plus solide et plus avantageuse que celle qui nous est figurée dans la conversion prétendue des mondains : Ut meliorem invenirent resurreclionem 2. Car encore une fois, il y a maintenant une diversité de conversions, comme à la lin des siècles il y aura une diversité de résurrections ; et comme, selon l'Evangile, les uns sortiront de leurs tombeaux pour ressusciter à la vie, les autres pour ressuscitera leur condamnation et à la mort : Et procèdent qui bona fecerunt, in resurrectionem vitœ; qui vero mala egerunt, in resurrectionem judicii ^\ de même voit-on des pécheurs sortir du tribunal de la pénitence, les uns vivifiés par^a grâce et récon-

Thilip. Iir, 9, 10, 11. — = Ileb , xi,35.— ' Joan.,v, 29.

ciliés avec Dieu, les autres, par l'abus du .sacrement, encore plus endurcis dans le péché et plus ennemis de Dieu. Heureux, conclut le Saint Kspiit dans l'Apocalypse, heun'ux et saint (piicoM(|U(! aina part à la pK-'uuèic résinrection ! 11 parle de la résunection desjuï-ti'8: [ieatus et sanclus qui liabet partem in resurreclione prima ' .' Jn dis, par la même règle : Heu-r reux et saint (pnconque a eu part à la pnirdère conversion ! Heureux et saint celui <pn, rcssuscitiint avec Jésus-Christ, selon la maxime de l'Apôtre, n'envisage dans sa conversion que les choses du ciel, détourne sa vue de tous les objets de la terre, ne cherche point les prospérités, s'élève au-dessus des adversités, est content de posséder Dieu, et s'attache à Dieu pour Dieu même ! Or, c'est cette conversion, chrétiens, que Dieu vous demande aujourd'hui, et dont il vous propose le modèle dans la personne de son Fils.

Cependant n'en demeurons pas là : j'ai dit que le Sauveur du monde, après être sorti du tombeau, n'avait plus vécu en homme mortel, mais en homme céleste et ressuscité ; et que c'est une loi pour nous de mener après notre conversion une vie nouvelle, et conforme à l'heureux état où sont élevés par la grâce des hommes vraiment convertis : Ut quomodo surrexit a 7nortuis, ita et nos in novitale vitœ ambulemus 2. Mais en quoi consiste celte nouvelle vie? Retournons à notre modèle. Le voici. Jésus-Christ, en qualité d'homme, était composé d'un corps et d'une âme, mais son corps, au moment qu'il ressuscita, par un merveilleux changement, de matériel et de terrestre qu'il était dans sa substance, devint un corps tout spirituel dans ses qualités ; et son àme, en vertu de la même résurrection, se trouva, par un autre prodige, parfaitement séparée du inonde, quoiqu'elle fût encore au milieu du inonde: deux traits de ressemblance que Jésus-Christ ressuscité doit nous imprimer pour faire en nous ce renouvellement, qui est la preuve nécessaire mais infaillible de notre conversion. 11 avait un corps, et ce corps, revêtu de gloire, semblait être de la nature et de la condition des esprits ; vérité si constante que saint Paul, envisageant le mystère que nous célébrons, ne craignait point de dire aux Corinthiens : Itaque, etsicognovimussecundum carnem Christum, sed nunc jam non novitnus *. C'est pourquoi, mes frères, quoique autrefois nous ayons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant qu'il est ressuscité d'entre les morts, nous ne le connais-

• Apoc, XX, 6. — 'Bom., ti, 4.— » u C«r.,T, 16.

BTi

SFRMON POUR LA FÉTF DK PAQnES.

60I1S plus de la môme sorte, ni selon celte même chair. Qno dilcs-voiis, ^vi\m\ Apôtre ? repreiul là-ilcssus saint Clirysostomo; quoi ! vous ne connaissez plus voire Dieu selon celte chair adora- Llc dans laquelle il a op(''ré votre salut? celle chair formée par le Saint- Kspril, conçue par une vierge, unie et associée au Verhe divin; celle chair qu'il a immolée pour vous au CLdvaire, qu'il vous a laissée pour nourriture dans son sacrement, et qui doit être un des objets de voire héalilude dans le ciel, vous ne la connaissez plus? îNon, répond l'Apôtre sans hésiter; depuis que cet Ilouune-Dieu, dégagé des liens de la mort, a pris possession de sa vie glorieuse, je ne le connais plus selon la chair : Etsi axjnovimus secundum carnem Chrislum, sed nuncjam non novimus K Ainsi le disait le maître des gentils; et n'en faites-vous pas d'ahord i'a[)plicaion? C'est-à-dire que si vous èles vraiment convertis, il faut que l'on ne vous connaisse plus, ou plutôt que vous ne vous connaissiez plus vous-mêmes selon la chair ; que vous ne cherchiez plus à satisfaire les désirs déréglés de la chair ; que vous ne soyez plus esclaves de cette chair qui vous a jusques à présent dominés ; que cette chair, purifiée par la pénitence, ne soit plus désormais sujette à la corruption du péché ; et que nous, les minisires du Seigneur, qui gémissions autrefois de ne pouvoir vous regarder que comme des hommes sensuels et charnels, maintenant nous ayons la consolation non-seulement de ne vous plus connaître tels que vous étiez, mais de vous connaître làdessus divinement changés et transformés; en sorte que nous puissions dire de vous par proportion : Etsi cognovimus vos secundum carnem, sed nuncjam non novimus.

Car c'est par là, mes chers auditeurs, que nos corps, selon la doctrine de saint Paul, participent dès celte vie à la gloire de Jésus-Christ ressuscité ; c'est par là qu'ils deviennent spirituels, incorruplihles, pleins de vertu, de force, d'honneur : mais souvenons-nous qu'ils ne sont rien de tout cela qu'autant que nous y coopérons, el que, par une pleine correspondance, nous travaillons, selon la règle du Saint-Esprit, à en faire des hosties pures et agréables aux yeux de Dieu. Les corps glorieux possèdent toutes ces quaUtés par une espèce de nécessité ; mais ces qualités ne conviennent aux nôtres que dépendammenl de notre liberté : c'est ce qui fait sur la terre notre mérite ; mais c'est aussi ce qui doit redoubler notre crainte, el ce (jui demande toute notre vigilance. Car, quelque aUîimis que

•UCor.jT, 16.

nous puissions être dan^ le bien, nous ne sommes pas inébranlables : les grâces qui nous ont fortifiés dans notre conversion, ne sont point des grâces à fomenler notre paresse, beaucoup moins à autoriser notre présomption. Quelque confiance que nous devions avoir dans la miséricorde el dans le secours de Dieu, il est toujours vrai que )ious pouvons nous démentir de nos plus fermes résoinlions, cl que nos infidélités peuvent nous faiie déehoir de cet état de pureté où la [)énitencc nous a rétablis. Que faut-il donc faire, et comment devons-nous vivre désormais dans le monde ? comme Jésus-Christ après sa résurrection. Il était dans le monde, mais sans y élre, c'est-à-dire sans prendre part aux aflaacs du monde, aux intérêts du monde, aux assemblées et aux conversations du monde ; ne s'cnlretenant qu'avec ses disciples, et ne leur |iarlant que du royaume de Dieu. Vous donc, mes frères, concluait saint Paul, et je le conclus après lui, si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ : Si consurrexistis cum Christo ; n'ayez plus désormais de goût que pour les choses du ciel : Quœ sursum sunt sapite ; ne cherchez plus désormais queleschoscs du ciel : Quœ sursum sunt quœrite^. Séparez-vous du monde, vivez hors du monde, non pas toujours en sortant du monde, puisque votre condition vous y retient, mais n'y soyez ni d'esprit ni de cœur : surtout, si vous vous montrez dans le monde, que ce soit pour l'édifier par votre changement. Etre converti, c'est le premier devoir, et c'a éléle sujet de la première partie. Piuaître converti, c'est l'autre devoir, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.

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