‹ Œuvres complètesChapitre 170 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est un mystère, chrétiens, mais ce n'est point uu mystère obscur ni difficile à pénétrer, savoir, pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection, voulut encore demeurer parmi les hommes durant l'espace de quarante jours. Dans l'ordre naturel des choses, du moment qu'il était ressuscité, le ciel devait être son séjour, et la terre n'était plus pour lui qu'une demeure étrangère. Pourquoi donc difière-t-il cette ascension triomphante qui le devait mctlre en possession d'un royaume dû à ses mérites ; et pourquoi suspend-il en quelque sorte celte félicité consommée, qui lui élait si légitimement acquise et par tant de titres ? Pourquoi ? une raison supérieure le fait consentir à ce relardement : la voici, mes cliers auditeurs, prise de l'Evangile môme. C'est qu'il veut soutenir tou-

i Coloss. Ui, 1, 2.

SUR LA nïî^nnnFCTioN de jr.«;TT«;-rnni<^T.

nin

jours son nu'a('l(''ic de Sauveur, ol rapporter à iiolrejiisliliealioii aussi bien les inyslères ilc sa gloire (pie eeux (leseshuuiiliatioiisel desessoulfranees. allu qu'il soit vrai de dire en toute manière : Traditits ext proiiter delicta nostra, et reswreiit iivoptcr justificationcm noxlram '. Or pour cela, dit saint Chrysoslonie, il ne se contente pas irùlreressuseilé, mais il veut paraître ressuscita ; il veut se faire voir au inonde dans l'état de cette nouvelle vie où il est cidré ; il veut, par ses apparitions, répandre au dehors les rayons de celte divine hunièredont il vient d'6tre revêtu. Vodii, dis je, pounjuoi il emploie ([uarantejoursùse montrer, tantôtà tousses disciples assemblés, tantôt î\ quelques-uns en particulier, tantôt dans une pèche niiraculeuse, t.inlôt dans un repas mystérieux, tantôt sous la Ibruic d'un jardinier, tantôt sous celle d'un voyageur, agis- ,sant. parlant, se communiquant, eldonnant partout des preuves sensibles du miracle opéré dans sa personne, et de son retour d'entre les morts. Excellente leçon pour nous, chréliens, si nous en savons profiter. Tout ceci nous regarde, et nous apprend que, comme ce n'est point assez de paraître convertis si nous ne le sommes en cflct, aussi ne suffit-il poi"»^ '^e l'ôtrc et de ne pas le paraître.

Car, pour développer cette importante morale, ce sont, mes chers auditeurs, deux obligations différentes que d'être cou verli et de paraître converti ; et notre erreur est de ne les pas assez distinguer. Comme ce sont deux espèces de désordre; que d'être impie et de paraître impie (car être impie, disait Tertullicn, c'est an crime, et le paraître, c'est un scandale ) ; aussi devons-nous être bien persuadés qu'il y a deux préceptes dans la loi divine, dont l'un nous oblige à nous convertii-, et l'autre à donner des marques extérieures de notre conversion ; en sorte que d'obéir à l'un de ces deux f)réceptes, sans se mellre en devoir d'accom[)lir l'autre, ce n'est qu'une justice iiri parfaite. En effet, si Jésus-Clirist, après être sorti du tombeau, s'était tenu caché dans le monde, et qu'il n'eût point paru ressuscité, il n'aurait, si je l'ose dire, exécuté qu'à demi le dessein de son adorable mission ; il aurait laissé notre foi dans ie trouble, et par rapport à nous, la religion qu'il voulait établir n'aurait point eu de solide fondement. De même, si nous négligeons après notre conversion, ou si nous craignons de paraître convertis, nous ne faisons qu'imparfaitement l'œuvre de Dieu ; et, bien loin de lui plaire, nous encourons la malédiction prononcée par l'apôtre saint Jacques, quand

, Roio., IV, 3^

il dit que quiconque viole un commandement, quoiqu'il en observe un autre, est censé coupable, comme s'il avait transgressé toute la loi : Qui ju'ccal in uno faclus est umnium reus • . Je dis plus : être et [)arailre converti, sont tellement deux obligations différentes, qn'(;lles sont néanmoins inséparables, et «pi'à prendre la cho.se dans la rigueur, il est impossible de s'acquitter de la première sans satisfaire à la seconde, [)arce qu'il est constant, comme l'ange de l'école, saint Thomas, l'a judicieusement remarqué, que [)araitre converti est une partie de la conversion même. Je m'explique. Vous avez pris enfin, dites-vous, la résolution de changer de vie et de renoncera votre péché; mais vous avez du resie, ajoutez-vous, des mesures à garder, et vous ne voulez pas qu'on s'apeiçoive de votre changement. Mais moi, je soutiens qu'il y a de h contradictions dans ce que vous vous proposez, parce qu'une des circonstances les [)lus essentielles de ce changement de vie, qui doit faire voire conversion, est qu'on s'en aperroive et qu'il paraisse. Je dis que, tandis qu'il ne paraîtra pas et qu'on ne s'en apercevra pas, quelque idée que vous en ayez, c'est un changement équivoque et suspect, ou môme chimérique et imaginaire ; pourquoi ? parce qu'une conversion, pour être complète, doit embrasser sans exception tous les devoirs de l'homme chrétien. Or, un des devoirs de l'homme chrétien est de paraître ce qui est ; et s'il a été pécheur et reùeileà Dieu, un de ses devoirs les plus indispensables est de paraître obéissant et soumis à Dieu. Je dis que ce devoir est fondé sur l'intérêt de Dieu que vous avez offensé, sur l'intérêt du prochain que vous avez scandalisé, sur votre intérêt propre, j'entends l'intérêt de votre àme et de votre salut, que vous avez ouvertement abandonné ; trois preuves invincibles de la vérité que je vous prêche, et dont je puis me promettre que vous serez touchés.

Obligation de paraître converti, prise de l'intérêt de Dieu qu'on a offensé ; autrement, chrétiens, quelle réparation ferez-vous à Dieu de tant de criines, et comment lui rendrcz-vous la gloire que vous lui avez ravie en les commettant ? Quoi ! pécheur qui m'écoutez, vous avez outragé mille fois ce Dieu de majetté, et vous rougirez maintenant de paraître humilié devant lui ? Vous avez méprisé hautement sa loi, et vous croirez en être quitte pour un secret repentir ? Votre libertinage, qui l'irritait, a été public, et votre pénitence, qui doit l'apaiser, sera obscure et cachée ? Est-ce ti'aiter Dieu en Dieu? Non, non,

Jac., u, 10,

SERMON POUR LA FftTE DE PAQUES.

mes flores, dit saint Chrysostoinc, en user ainsi, ce n'est point proprement se convertir. Quand nous n'aurions jamais péché, et que nous aurions toujours conservé l'innocence de notre baptême, Dieul veut que nous nous déclarions ; et en vain lui protestons-nous dans le cœur qu'il est notre Dieu, si nous ne sommes prêts à nous en expliquer devant les hommes, et même devant les ijrans, par une confession libre et généreuse : Quicumqiie confessas fuerit me coram hominibus '. Telle est la condition qu'il nous propose, cl sans laquelle il nous réprouve comme indignes de lui. Or, si le juste même, quoique juste, reprend saint Chrysostome, est sujet à cette condition, combien plus le pécheur qui se convertit, puisqu'il s'agit pour lui non-seulement de confesser le Dieu qu'il sert et qu'il adore, mais de faire justice au Dieu qu'il a déshonoré ? Et comment la lui fera-t-il cette justice, si ce n'est par une conversion qui édifie, par une conversion dont on voie les fruits, par une conversion aussi exemplaire qu'elle doit être de bonne foi et Sincère? 11 faut donc, conclut saint Chrysostome, que la vie de ce pécheur, dans l'état de sa pénitence, soit désormais comme une amende honorable qu'il fait à son Dieu. Il faut que son respect dans le lieu saint, que son attention à l'adorable sacrifice, que son assiduité aux autels, que sa fidélité aux obervances de l'Eglise, que ses discours modestes et religieux, que sa conduite régulière, que tout parle pour lui, et réponde à Dieu de la contrition de son âme : pourquoi ? aiin que Dieu soit aussi dédommagé, et que ceux qui, voyant autrefois cet homme dans les désordres d'une vie impure et libertine, demandaient où était son Dieu, et doutaient presque qu'il y en eût un, non-seulement n'en doutent plus, mais le glorifient d'une conversion si visible et si éclatante : Nequando dicant gentes : Vbi est Deus eorum'^ ? Car voilà ce que j'appelle l'intérêt de Dieu.

En effet, quand saint Pierre, après la résurrection du Sauveur, paraissait dans les synagogues et dans les places publiques, prêchant le nom de Jésus-Christ avec une sainte liberté, d'où lui venait surtout ce zèle ? de la pensée et du souvenir de son péché . J'ai trahi mon Maître, disait-il dans l'amertume de son cœur, et mon infidélité lui a été plus sensible que la cruauté des bourreaux qui l'ont crucifié : il faut donc qu'aux dépens de tout je fasse voir maintenant ce que je lui suis, et que je me sacrifie moi-même pour effacer de mon sang une tache si honteuse. Voilà ce qui l'excitait, ce qui le dé-

i Luc, zu, 8. — ' Psalm., cxui, i.

terminait atout entreprendre et à tout souffrir pour cet Homme-Dieu qu'il avait renoncé. Or, c'esldans ce sentiment, moucher auditeur, que vous devez entrer aujourd'hui. Counno le prince des ai)ùlrcs, vous reconnaissez, et vous êlcs obligé de reconnaître, qu'en mille occasions où le torrent du monde vous entraînait, vous avez renoncé votre Dieu ; vous confessez que votre vie, si je puis parler de la sorte, a été un sujet perpétuel de confusion pour Jésus-Christ : n'cst-il donc pas juste que vous vous mettiez en état de lui faire honneur, et que, par une vie chrétienne, vous effaciez au moins les impressions que votre impiété a pu donner contre sa loi ? N'est-il pas juste (autre pensée bien touchante), n'est- il pas juste que vous honoriez la grâce même de votre conversion ? Car savez-vous , chrétiens , quel sentiment la grâce de la pénitence vous doit inspirer ? savez-vous ce que vous devez être dans le monde en conséquence de cette grâce, si vous y avez répondu ? Je dis que vous devez être dans le monde ce que furent les apôtres et les premiers disciples, après la résurrection du Fils de Dieu. L'Ecriture nous apprend que leur principal, ou plutôt leur unique emploi , fut de lui servir de témoins dans la Judée, dans la Samarie, et jusques aux exUémités de la terre : Eritis mihi testes in Jérusalem et in omni Judœa et Samaria ». Ainsi, mes frères, devez-vous être persuadés qu'en qualité de pécheurs convertis et réconciliés avec Dieu par la grâce de son sacrement. Dieu attend de vous un témoignage particulier, un témoignage que vous lui pouvez rendre, un témoignage qui lui doit être glorieux. Comme s'il vous disait aujourd'hui : Oui, c'est vous que je choisis pour être mes témoins irréprochables, non plus dans la Samarie ni dans la Judée, mais dans un lieu où il m'est encore plus important d'avoir des disciples qui soutiennent ma gloire ; mais à la cour, où ce témoignage que je vous demande m'est beaucoup plus avantageux ; Eritis mihi testes. Vous, hommes du monde, qui vous êtes livrés aux passions charnelles, mais en qui j'ai créé un cœur nouveau, vous à qui j'ai fait sentir les impressions de ma grâce, vous que j'ai tirés de l'abîme du péché, c'est vous qui me servirez de témoins; et où ? au milieu du monde, et du plus grand monde; car c'est là surtout qu'il me faut mes témoins fidèles : Eritis mihi testes. Il est vrai, vous avez jusques à présent vécu dans le désordre ; mais bien loin que les désordies de votre vie affaiblissent votre témoignage, c'est ce qui le fortifiera et ce qui le rendra plus convaincant ;

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