‹ Œuvres complètesChapitre 179 sur 183 · SERMON POUR LE DIMANCHE DE QUASIMODO · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIMANCHE DE QUASIMODO

ce qui causait l'étonnement de saint Augustin, lorsfju'il considérait que les Egyptiens, après avoir été les peuples de la terre les plus polis, en él.iltMit loutelois venus h. la plus basse de toutes les idolt\tnes, ayant reconnu pour leur déesse ce qu'on n'oserait presque nommer ; et que les Romains, qui furent depuis les maîtres du monde, dans l'état le plus florissant de leur empire, avaient présenté de l'encensa des dieux sujets aux vices les plus infimes et le plus abominables. Je sais qu'il est aisé de justifier par la tradition de l'Eglise qu'après la venue môme de Jésus-Christ il n'y a point eu d'hérésie si extravagante qui n'ait trouvé des sectateurs qui l'ont reçue et qui l'ont goûtée ; et, ce qui est encore plus surprenant, je sais que les plus extravagantes de ces hérésies ont été souvent approuvées par les génies les plus sublimes. Enlin, je sais ce que saint Jérôme a judicieusement observé, qu'aulant de fois que l'esprit de l'homme a franchi les bornes de la foi, et voulu faire par sa seule raison de nouvelles découvertes dans le champ de la religion, toutes ses recherches n'ont abouti qu'à l'embarrasser, et qu'à l'envelopper dans les plus grossières erreurs.

Si je suis bien instruit, je sais tout cela : or, quelle apparence que, sachant tout cela, je puisse me fier à ma raison et m'en rapporter à elle sur les points de ma religion ; à moins que. je ne me flatte d'avoir une raison plus épurée, plus droite et plus infailhble que tout le reste des hommes, ce qui serait un excès de présomption et un orgueil insoutenable. Il faut donc, pour peu que j'aie même de raison, que là où il s'agira de la religion je tienne ma raison pour suspecte, ou plutôt que je la renonce. Or, dèslà, elle n'est plus capable de pacifier mon esprit, et de le tenir dans une sainte assurance. C'est la conclusion que lire Guillaume de Paris ; et celte conclusion est évidente par elle-même. Ajoutez à cela que le caractère de notre esprit, dans la plupart des jugements qu'il forme, est un caractère d'incertitude, d'inconstance, d'irrésolution : autre qualité directement contraire au repos qu'il cherche. C'est-à-dire que, pour une connaissance certaine que nous avons et que notre raison nous garantit, il y en a cent qu'elle ne nous garantit pas. Bien plus : celle que nous supposons aujourd'hui certaine, demain ne nous parait plus que douteuse; et après y avoir encore pensé nous la rejetons môme absolument connue fausse. Or, si cela est vrai à l'égard des chodcs du monde, qui sont, pour «insi dire, de no'.re ressort, beaucoup plus l'est-

il à l'égard des choses de Dieu, qui nous sont d'autant moins connues qu'elles sont plus relevées au-dessus de nous, et qui par là doivent jeter un esprit dans de plus grandes inquiétudes, quand il n'est pas réglé par la foi.

Voilà, chrétiens, l'état déplorable où était saint Augustin avant sa conversion, lorsque pai un vain orgueil il voulait décider et juger en maître, au lieu de s'instruire avec la docilité et rhumililé d'un disciple -, car c'est lui-môme qi le confesse, dans le livre qu'il nous a laissé tou chant l'utilité de la foi. Je passais, dit-il, desect en secte et d'opinion en opinion, selon les divers mouvements de mon esprit : tantôt je me déclarais pour l'une, et tantôt pour l'autre ; il n'y en avait pas une que je ne voulusse embrasser, et pas une que je ne voulusse abandonner. Aujourd'hui j'étais manichéen, et demain je ne l'étais plus ; je désespérais même souvent de parvenir jamais à la vérité ; et après un long combat, fatigué de mes propres pensées, je me laissais emporter au sentiment des académiciens, qui ne tenaient rien de certain dans le monde : aimant mieux avec eux douter de tout, que de prononcer avec les autres sur des probabilités : Sœpe mihi videbatur non posse omnino inveniri quod quœrebam, magnique fîuctns cogitationum mearum inacademicorum sententiam ferebantur. Sur quoi, en passant, vous remarquerez qu'au moins saint Augustin n'était pas sujet à ce vice si commun dans notre siècle, de se préoccuper d'un sentiment sans en vouloir écouter d'autre; de croire toujours une chose parce qu'on l'a crue d'abord, ou de n'y acquiescer jamais parce qu'on l'a une fois combattue ; de s'entêter qu'elle est parce qu'on veut qu'elle soit ; de la contredire avec obstination, parce qu'on a intérêt qu'elle ne soit pas ; et, quelque parti qu'on prenne, de se faire un faux honneur d'y demeurer, sans avoir d'autre règle de sa conduite qu'un attachement opiniâtre à son sens. Car voilà, mes chers auditeurs, ce qui produit tous les jours parmi nous tant de désordres. Saint Augustin, dis-je, n'eut pas au moins cette faiblesse, dans le temps même qu'il n'avait pas encore soumis son esprit à l'empire de la foi; car il examinait tout, et n'était prévenu de rien. Mais, par un défaut tout opposé à celui-là, à force d'examiner, et de donner dans l'examen qu'il faisait trop de liberté à sa raison, il ne trouvait plus rien à quoi se fixer, et c'est ce qui l'embarrassait et ce qui le troublait. Voyez ces prétendus esprits forts du monde, qui, pour avoir peu de religion, raisonnent éternellement sur la religion. Cluoi(;iic ce ne soii pas, comme saint

SUR LA PAIX cimP;np:NNE.

Aupiistin, par iinonl)on(Ianco (lo liunit''i os, ot (luil y ait coinimiiuWnoiit dans leur liborlinagt; plu^ d'ignorance que de iloulc, c'est \h <|u'ilsoii vicnnenl. Ils raisonnent, niaissanssavoir eux-nit^nies ce (ju'ils cioient et ce (ju'ils ne croient pas ; incertains lie tout et ne convenant jamais ilu principe aïKjuel ils veulent s'arnHer ; diMruisant aujourd'hui ce qu'ils avaient hier avancé ; parlant tanliH d'une façon et tantôt de l'autre, selon qu'ils se sentent poussés et que le caprice les emporte. D'où est venue celle confusion, qui a paru de tout temps dans le progrès des hérésies, et qui fit en particulier du luthéranisme un monstre à cent tètes, par la diversité des factions qui le partagèrent? de l'orgueil de la raison humaine. Chacun s'érigeait en maître et dogmatisait ù sa mode, et chacun voulait être écoulé. L'un prenait la réformation dans toute sa rigueur, l'aulre l'adoucissait et la modérait ; celuici, à quelque prix que ce fût, voulait sauver la réalité dans le sacrement de Jésus-Christ, celuilà ne la pouvait souffrir. De là naissait la division des esprits, de là les schismes des Eglises, de là les guerres dans les Etals. Or, ce qui est aiTivé dans une môme secte, c'est ce qui ariive à toute heure dans un même esprit; et l'expérience nous fait voir qu'il se divise lui-même et qu'il se confond, dès qu'il est assez malheureux pour ne s'attacher pas à la simplicité de la foi. Quand il n'y aurait que la curiosité de savoir, qui, toute défectueuse qu'elle est, passe pour un droit et pour une prérogative dont la raison de de l'homme se prévaut, avec cette insatiable avidité d'acquérir sans cesse de nouvelles connaissances, pourrions-nous espérer de procurer la paix à notre esprit ? car, comme dit saint Thomas, raisonner c'est chercher; et chercher toujours, c'est n'être jamais content. Il faul donc, pour mettre notre esprit en possession de celte bienheureuse paix à laquelle il aspire, quelque chose de stable qui arrête et qui borne . sa curiosité, quelque chose de certain qui remédie à ses inconstances, quelque chose d'infaillible qui corrige ses erreurs. Or, ce sont les trois caractères de la foi ; car la foi borne notre raison, en réduisant tous ses discours à ce seul principe : C'est Dieu qui l'a dit ; c'est Jésus- Chiist, la sagesse de Dieu même, qui a parlé; et ne lui permettant jamais de passer outre. D'où vient que TertuUien disait qu'après Jésus- Christ la curiosité ne nous élait plus d'aucun usage, et que l'exercice nous en élait interdit depuis que l'Evangile nous avait été annoncé : Nobis curiûsitate opus non est post Christum, nec inquisitione postÉvangelium. Or, si en cela notre

raison parait céder ses droits, parce qu'elle so retranche dans des limites que la nature ne lui prescrit point, du moins est-il vrai que dans ce retranchement qui lui est volontaire, toutes ses inquiétudes cessent, et qu'elle y trouve un parlait rc()Os.

De plus, la foi remédie à ses inconstances, et cela n'est pas moins évident, parce qu'il est de la suhstance môme de la foi divine de nous mettre dans cette sainte disposition d'esprit, où nous renoncerions plutôt à toutes les lumières de la nature et à toutes les connaissances des sens, que de ne pas croire ce que nous croyons. Car, qu'est-ce que d'être infidèle, sinon d'êlre disposé de la sorte? Or, ce qui détermine ainsi notre esprit, est ce qui fait sa paix. Enfin la foi, par un don de grAce qui lui convient uniquement, assure la raison de l'homme contre le mensonge et l'erreur, parce qu'elle est aussi infaillible que Dieu môme. Nonseulement infaillible en soi, puisqu'elle est immédiatement fondée sur l'autorité et sur la révélation de Dieu, mais infaillible même par rapport à nous, puisqu'elle nous applique cette révélation par des règles si saintes, que si par impossible nous étions trompés, Dieu serait responsable de nos erreurs, suivant cette consolante parole de Richard de Saint-Victor : Domine, si error est quem credimus, a te decepti sumus; Oui, Seigneur, s'il y avait de l'illusion dans notre foi, ce serait à vous que nous aurions droit de nous en prendre. Or, ce droit qu'a notre raison d'en appeler à Dieu comme à son garant, et de faire fond sur son infaillibilité, c'est ce qui l'assure dans cette paix dont dépend son bonheur et sa perfection.

Et voilà ce que j'appelle le don de Dieu et la béatitude de la foi, dans un esprit soumis à Dieu. Car, c'est un abus, chrétiens, dont il est important que nous nous détrompions, de se figurer que notre foi soit une foi ignorante, qu'elle soit une foi imprudente, qu'elle soit même une foi aveugle en toutes manières, comme les manichéens voulaient le persuader à saint Augustin, pour le détourner du parti cathoUque. Non, cette foi surnaturelle dans son objet, dans son motif et dans son principe, n'est point une foi ignorante, puisque avant que de croire il nous est permis de nous éclaircir si I;» chose est révélée de Dieu ou si elle ne l'est pas. Et en cela je puis dire, sans parler témérairement, que la foi qui me fait chrétien, tout obéissante qu'elle est, ne laisse pas d'être raisonnable, et qu'en sacrifia nrmème ma raison elle se réserve toujours le pouvoir de raisonner.

SEUMOiN POUR LE DLMANCIIE DE QUASIMODO.

J'avoue qu'elle ne peut plus raisonner quand elle connaît une fois que c'est Dieu qui parle, parce que Dieu ne prélend pas nous rendre coniple de ce qu'il a fait, ni de ce qu'il a dil ; mais il ne veut pas aussi que nous lui donnions créance sans raison et sans discernement, puisqu'il nous défend au contraire de croire à tout espiit, et qu'un des écueils qu'il veut que nous évitions le plus, est de nous exposer indiscrètement i\ prendre la parole d'un homnie pour la siejmc. Voil;\ pourquoi il nous permet, ou, pour mieux dire, il nous connnande de raisonner : n'estimant pas, dit saint Jérôme, qu'il soit indigne de sa giandeur d'en passer par une telle éiMcu\e : Prohate spinlus, si ex Deo s/nf ' ; et de se soumettre en un sens à notre raison, avant que d'obliger notre raison à se soumettre à lui. Et c'est ce que le prince des apôtres a si bien exprimé dans ces deux mystérieuses paroles, lorsqu'il nous exhorte à devenir par la foi comme des enfants, mais comme des enfants raisonnables. Il semble, dit saint Augustin, qu'il y ait en cela de la contradiction ; car si nous somme» des enfants, comment pouvons-nous être raisonnables ? et si nous sommes raisonnables, comment pouvons-nous être des enfants! Mais ce qui est impossible dans l'ordre de la nature, est le devoir le plus naturel et le plus intelligible dans l'ordre de la grâce. Car, c'està-dire que par la loi nous devons être comme des enfants, pour ne plus raisonner avec Dieu, quand il lui a plu de s'expliquer et de se déclai'er à nous ; mais que nous devons être raisonnables pour discerner si ce que l'on nous propose est de Dieu, ou de quelqu'un autorisé de Dieu ; en un mot, que nous devons être raisonnables avant la foi, et non pas dans l'exercice actuel de la foi ; raisonnables pour les préliminaires de la religion, et non pas pour l'acte essentiel de la religion ; raisonnables pour apprendre à croire et pour nous disposer à croire, et non pas pour croire en effet. Or, ce tempérament et ce mélange de raison et de foi, de raison et de religion, de raison et d'obéissance, c'est en quoi consiste le repos d'un esprit judicieux et bien censé.

Ce n'est pas assez : notre foi n'est pas imprudente, puisqu'elle est fondée sur des motifs qui ont convaincu les premiers hommes du monde, qui ont persuadé les esprits les plus délicats, qui ont converti les plus libertins et les plus impies, et qui ont fait dire h saint Augustin qu'il n'y avait qu'une folie extrême qui pût résister à l'Evangile. Ne«6eraik-iil 0tis bien étonnant que

^1 J«ftB., If, i.

ce qui a pnru folie à ce docteur de l'Eglise nous pan'il sagesse, et qu'on appelât imprudence ce qu'il a regardé connue la souveraine raison? Enfin notre foi n'est point une foi aveugle en toute manière, puisque îM'obscurité desiu\ï^tère3 qu'elle nous révèle, elle joint une esi)èce d'évidence, et c'est l'évidence de la révélation de Dieu : concevez, s'il vous plaît, ma pensée. Je dis une csjjècc d'évidence, parce qu'a[)rès les motifs qui m'engagent à croire, par exemple, l'incarnation ou la résurrection de Jésus-Christ, quoique le mystère d'un Dieu fait homme, le mystère d'un Honmie-Dieu ressuscité, me soit obscur en lui-uiême, la révélation de ce mystère ne me l'est pas. Et en effet, si, pour confirmer la vérité de ce mystère, Dieu, au moment que je parle, faisait un miracle à mes yeux, il me serait évident que ce mystère m'est révélé de Dieu, et celte évidence ne répugnerait ni à la qualité, ni au mérite de ma foi. Or, j'ai des motifs plus forts et plus pressants pour m'en convaincre que si j'avais vu ce miracle ; et je puis dire aussi bien que le plus saint de nos rois qu'il ne me faut point de miracle, parce que la voix de l'Eglise, celle des prophètes et tant d'autres témoignages, ont quelque chose déplus authentique pour moi. Pourquoi donc ne concliu-ais-je pas que j'ai comme une évidence de la révélation divine au milieu des ténèbres de la foi ? Or, cela joint à tout le reste achève de calmer mon esprit.

Au contraire, si je sors des voies de la foi, de ces voies simples et droites, je tombe dans un labyrinthe où je ne fais que tourner, que me fatiguer, sans trouver jamais d'issue. Il faut, pour y renoncer à celte foi, que je me porte aux plus grandes extrémités : h ne plus reconnaître de Dieu, à ne plus reconnaître de Sauveur IIomme-Dieu, à démentir tous les prophètes qui l'ont promis, à m'inscrira en faux contre toutes les Ecritures, à traiter tous les évangélistes d'imposteurs, à combattre tous les miracles de Jésus- Christ, h contredire tous les historiens sacrés et profanes. Or, pour en venir là et pour y demeurer, quels combats n'y a-t-il pas h soutenif, et de quels flots de pensées un esprit ne doit-il pas être agité ?

Et certes, dirais-je à un libertin, dans cette contrariété de sentiments qui est entre vous et moi, qui de nous deux expose davantage, et qui de nous deux doit plus craindre ? Est-ce moi, qui crois ce que la religion m'enseigne ; ou n'estce pas vous, qui n'en croyez-rien? Est-ce moi» qui me soumets à croire pour conformer ma vie à ma créance; ou n'est-ce pas vous, qui ne TOulez rien croire pour vivre dans le libertinage?.

SUR LA PAIX niUfiTlKNNK.

En croyant ce que je crois, tout ce qui pont ni'nnivi'i- ilo plus r;\(lii^\, c*csl de; mo priver inuliliMiuMil ot sans friiil, pondanl la vio, de cerlaiiis plaisirs litMcndiis |)ar la lui que }c professe, et déliMuliis inc^ino par la raison. Voilà le ris(ine soûl cpie je coiu's, suppose^ que ma créance ne lût pas l)ion (Maldie. M,/:.î vous, si ce que vous ne croyez pas no laisse pas d'(^tre vrai, vous vous mettez dans le dani;er d'une danuialion LMeruelle. Telle est la dilTércnce de nos coiidilion? : moi qui hasarde peu (si loulefois je hasarde en effet quelque chose), je vis sans in(|niétude; mais vous qui hasardez tout, puisque vous hasardez une élernilé, vous devez ùtre en de perpétuelles alarmes.

Concluons donc avec le Sauveur du monde: Bcati qui non viderunt, et creiUderunt * .' Heureux ceux qui croient, et qui croient sans avoir vu ! Heureux ceux (pii croient, je ne dis pas seulement parce qu'en soumeflant leur raison h la foi ils en corrigent toutes les imperfections, je ne dis pas parce qu'au lieu d'une raison faible et aveugle îl laquelle ils renoncent, ils entrent par la foi en communication des plus pures lumières de l'Esprit de Dieu ; mais parce qu'en captivant leur esprit sous le joug de la foi, ils l'établissent dans une paix inallérable; et heureux ceux qui croient sans avoir vu, parce (jue moins ils ont besoin de voir pour croire, plus la paix de leur esniit est solide et constante. Non, non, chrétiens ne pensons pas que les apôtres aient été plus privilégiés que nous, parce qu'ils ont vu le Fils de Dieu sur la terre, et qu'ils ont été témoins de ses miracles. Le Fils de Dieu luimême nous dit aujourd'hui tout le contraire, et il nous assiu'e que si nous savons profiler de notre condition, elle peut être en cela plus heureuse : Beali qui non vUkrunt, et crediderunt. Ce n'est point proprement la vue des miracles qui donne à un esprit cette paix et cette tranquillité dont nous parlons, c'e<t la simple soumission à la foi. Les apôtres avaient vu tous les miracles que Jésus- Christ avait opérés pendant sa vie, et cependant ils n'en furent pas moins troublés au temps de sa passion ; après sa résurrection même, quoiqu'il leur eût tant de fois apparu, leurs esprits n'étaient pas encore bien rassurés; et le Sauveur, en montant au ciel, fut obligé de leur reprocher leur incrédulité. Ce qui les confii'ma, ce fut ce don de foi et de soumission que le Saint-Esprit leur apporta du ciel, lorsqu'il descendit visiblement sur eux. Or, sans avoir vu, je puis avoir cet esprit de soumission aussi bien que les apôtres, et même encore plus

>Joan., XX, 29.

(jne les apiMies, parce qu'il y a bien plus d.; soumission Ji croire sans avoir vu, qu'.'i croire (piand on a vu. Ainsi je [)uisêtre, dans l'exercice de ma foi, encore plus heureux que les ai)ôlrcs. Ah! mes ehers auditeiu's, (juel repos pour nous, si nous étions bien persuadés de ce principe! quelle paix, si nous avions sacrifié à Dieu toutes ces vaines cin-iosités dont nous nous occn|)ons; celle démange lison de savoir et d'appiolbndir certains iioinls cpic Dieu a voidu nous tenir cachés, et où no.is n'entrons jamais (jue poumons rendre malheureux; celte force d'cTprit prélcndue, dont nous nous (laitons, et dont nous voulons ac(jnérir l'estime aux dépens de noli c foi, parce que nous ne pouvons peut-être pas l'acquérir par une autre voie; celle liberté [wésomptueuse de parler de tout, de dispn'er sur tout, qui va peu à peu ?i éteindre la religion dans nos cœurs! Car voilà ce qui nous perd. C'est ce qui a perdu tous ces esprits superbes qiî ont voulu se donner l'essor, et s'élever trop haut. Ils se sont épuisés h raisonner, mais en vain. Après s'êlre bien tourmentés, ils ont été contraints d'avouer que la religion n'élail [)oint l'ouvrage de l'homme, et ils se sont repentis cent fois d'avoir commencé à y touchi-r. Luther le disait lui-même, et qiumd ou lui demandait son avis sur quelque article de la religion, il était le premier, comme son histoire nous l'apprend, à conseiller de ne pas suivre son exemple, et de se tenir à la grande rè^le de la soumission. Soumission h la foi, nécessaire pour avoir la paix de l'esprit; et soumission h la loi, nécessaire pour avoir la paix du cœur ; c'est la seconde paitie.

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