PREMIÈRE PARTIE
C'est une question que les Pères de l'Eglise ont traitôv. ivec autant de force que de subtilité, savoir , pourquoi Dieu ayant créé l'homma raisonnable, il n'a pas voulu dans la chose la plus essentielle, qui est la religion, le conduire par la raison, mais par la foi. Saint Augustin dit que Dieu en a usé de la sorte pour l'intérêt de sa propre gloire. Car, de même qu'un maître ne veut pas que ses serviteurs entreprennent d'examiner sa conduite, païUcuUèrcment
Rim L.\ PAIX CIIURTIRNNE.
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sur 1m nfr.uro» los pin* scf;I■^^P3 «'t les plus iinporlaiilcs «It* M maison, niissi »Mait-il do la giMiKlt'iir (II' hicii que l'Iiotnmc. nui n'est (pi'iin luhml, no pnsnni;\l |>as d'enlitM- mi raisonneluiMil avec Ini snr ce (pi'il y a ilo pliH caché et de plus inip(^n(^lral)le dans les desseins do sa provi.leiiee et dans l'ordre de ses jni^enienls. C'c.slain>^i (jue parle saint Anjj^nslin. Kt en ellet, il laut coiiveiiir (juc celle obéissance que nous rendons à Dien par la foi, est un hommage dA ?i la souveraineté infinie de son (Mrc. Mais, s'il est honorahlc et glorieux h Dien de gouverner l'homme pai- la foi, je soutiens, avec le docteur angéliqne saint Thomas, qu'il n'est pas moins avantageux i\ l'homme d'ùtre conduit [)ar cette voie : pounpioi ? non-seulement parce que la conduite de la loi est plus méritoire pour l'homme que celle de la raison; non-seulement parce qi»« sans la foi nous ignorerions hien des mystères el bien des vérités qui suipassent notre raison; non-seulement parce qu'il y a peu d'esprits capables d'acquérir par la seule raison une connaissance de Uieu telle que nous le devons avoir, d'où il s'ensuit que Dieu n'aurait pas pourvu la plupart des hommes d'un moyen suffisant {>our le bien connaître, et que la plupart des hommes demeureraient sans religion, si Dieu, au défaut de la raison, ou plutôt pour fortifier et pour éi lairer sa raison, n'avait établi la foi ; mais surtout parce qu'en matière de religion, il est impossible, quelque intelligents que nous puissions être, que nous trouvions jamais le repos de notre esprit hors d'une humble soumission à la foi.
Principe qui me paraît incontestable; car donnez-moi un homme déterminé à ne croffe que ce qu'il lui plaît, et à ne déférer jamais à la foi ; sur quoi s'appuiera-t-il pour se mettre dans cette situation qui rend un esprit calme et tranquille ? Ou il vivra dans l'indifférence par rapport à la religion, comme les libertins et les impies; ou il se fera une religion particulière selon ses vues, comme les sages mondains et les philosophes. S'il vit dans une indifférence entière touchant la religion, c'est-à-dire sans se mettre en peine ni s'il y a un Dieu, ni comment il faut l'honorer, ni ce qui suit après cette vie, ni s'il y en a une autre que celle-ci ; vous savez quel est le malheur de cet état, et il ne faut qu'un rayon de lumière pour le comprendre. Car quelle horreur I et qu'est-ce qu'un homme insensible aux choses mêmes qui sont les plus inséparables de son être et de sa condition ; qu'un homme qui ne sait ce qu'il est, ni pourquoi ii ast; qui ae psnse pas à a qu'il
sera, ni h ce qu'il deviendra ; qui, ne croyant rien, est inrapalde do rien espérer; et qui, n'élanl assuré de rien, doit nécessairement craindre tout : (pii abandonne au hasard son bonheur fit son malheur éternel ; en sorte quo, s'il y a un bonheur éternel, il fait état d'y renoncer, et que s'il y a un inalhenr éleinel, il s'y evriose évidemment ; qui court tout le risque de l'un, el qui se prive de toute la consolation de l'autre; qui no connaît pas Dieu et qui ne veut pas s'appliquer h le chercher, ou plutôt qui veut ignorer Dieu, lorsque toutes choses le forcent à le connaître? Car voilà les caractères d'(m libertin sans religion. Or, je vous demande s'il est possible que l'homme trouve là unre|)Os solide ; et si, du moment qu'il est raisonnable, tout cela ne doit pas le troubler, l'agiter, l'effrayer? Mais considérons-le dans l'autre état, où il se lait -me religion de sa raison, c'est-à-dire une religion fondée sur les seules ccnuaissances qu'il a reçues de la nature, telle qu'a été et qu'est encore la religion des philosophes et des siçcs du monde. Je ne dis point ici quel désordre ce serait que chacun eût droit de se faire une religion particulière, et qu'il y eût autant de religions que de sentiments, cela n'est pas de mon sujet ; j'examine seulement si dans cet état l'esprit de l'homme pourrait trouver une vraie tranquillité, et je prétends que non : pourquoi ? parce qu'un homme sage, pour peu qu'il se connaisse lui-môme, est convaincu de trois choses touchant sa raison : premièrement qu'elle est sujette à l'erreur ; en second lieu, qu'elle est naturellement curieuse; enfin, que la plupart de ses connaissances ne sont tout au plus que de simples opinions qui la laissent toujours dans l'incertitude, en lui proposant môme la vérité. Or, ces trois choses sont absolument incompatibles avec le repos de l'esprit, et vous l'allez voir.
Si je suis sage, je ne puis établir ma religion sur ma raison : pourquoi ? parce que je sais que ma raison est sujette à mille erreurs, surtout en ee qui concerne la religion. Je sais ce que l'histoire de tous les siècles m'apprend, qu'iJ n'y a rien sur quoi les hommes soient tombée dans des égarements d'esprit si prodigieux que sur ce qui regarde le culte de la Divinité ; ic sais ce que saint Chrysostome remarque, qu'au môme temps que le démon arrachait du cœur des hommes la religion du vrai Dieu, il les engageait dans des superstitions honteuses, jusqu'à leur faire adorer les plus vils animaux ; ce qu'ils auraient dû, ce semble, avoir en horreur, et ce qu'ils se Ifli.ssaient né.anmoins persuader. Jesaij