‹ Œuvres complètesChapitre 24 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

II n'y a point d'homme dans le monde qui, par la loi commune de la charité , ne doive au prochain le bon exemple ; et quand saint Paul établissait cette grande maxime qu'il donnait pour règle aux Romains : Unusquisque proximo suo placeat in bonum ad œdificationem * : que chacun de vous fasse paraître son zèle pour le prochain en contribuant à son édification, il est évident qu'il parlait en général, et sans nulle exception, ni de conditions, ni de rangs, ni de personnes. Mais il faut néanmoins avouer qu'il y a sur cela môme des engagements et des devoirs particuliers, et que, selon les divers rapports par où les hommes peuvent être considérés dans la société humaine et dans la liaison qu'ils ont entre eux, les uns sont plus obligés que les autres à l'accomplissement de cette loi. Ainsi, dans l'ordre de la nature, un père, en conséquence de ce qu'il est père, doit-il donner l'exemple à ses enfants. Ainsi, dans l'ordre de la Providence, un maître, et qui-

I £om., XY, S.

SUR LE SCANDALE

conque a le pouvoir en main, doit-il, par sa conduite et par ses mœurs, édifier ceux qui lui doivent obéir. Ainsi dans l'ordre de la grûee, les prêtres et les ministres des autels doiventils, connue dit saint Pierre, par la sainteté de leur vie, être les modèles et la forme du troupeau de Jésus-Christ : Forma fadi grcgis ex anima ». Ainsi, dans la doctrine de Tapôtre saint Paul, les serviteurs de Dieu par profession, en pratiquant les bonnes œuvres, doi- \ent-ils prendre singulière.ntienl garde à èlre sincÎMCS dans leur piété, et même, s'il se peut, exempts de tout reproche, pour fermer la bouche aux impies, ou pour les attirer à Dieu, du moins pour ne les pas scandaliser et ne les pas détourner des voies de Dieu : Sinceri, et sine offensa *. Ainsi les forts dans la foi, je veux dire les calholi(jues, doivent-ils vivre parmi les faibles, c'est-à-dire parmi leurs frères, ou séparés encore ou nouvellement réunis, avec plus d'attentiun sur eux-mêmes, et plus de vigilance et de précaution ; tout cela fondé sur les principes les plus solides et les plus incontestables du christianisme.

Si donc, au préjudice de ses aevoirs, le scandale vient de la même source d'où rédificalion et le bon exemple auraient dû venir ; ou pour m'expliquer plus clairement, si celui qui, clans l'ordre de Dieu, a une obligation spéciale d'édifier les autres est le premier à les scandaliser, ah ! chrétiens, c'est ce qui met le comble à la malédidion du Fils de Dieu, et c'est alors qu'il faut doublement s'écrier avec lui : Vœ aulem homini illi : malheur à cet homme ! Pourquoi ? parce que c'est alors, dit saint Chrysostome, que le scandale est plus contagieux, et qu'il lait dans les âmes de plus promptes et de plus profondes impressions; parce que c'est alors qu'il est plus dilficile de s'en préserver ; parce que c'est alors que l'impiété en tire un plus grand avantage, et que la licence et le relâchement s'en font un titre plus spécieux, non-seulement de possession, mais de prescription. Appliquez-vous à cette seconde vérité, et n'en attendez point d'autre preuve que l'induclion simple, mais vive et touchante, que j'en vais faire, en me réduisant à ces espèces de scandale que je viens de vous proposer.

Car quel est, mes chers auditeurs, le crime d'un père qui, déshonorant sa qualité de chrétien, et non moins indigne du nom de père qu'il porte, scandalise lui-même ses enfants et les corrompt par ses exemples ? C'était à lui, comme père, à les former aux exercices de la

1 1 Peu., T, 3. — » Philip., I, 10,

religion, et c'est lui au contraire qui, par ses discours impies, par ses railleries au moins imprudentes sur nos mystères, par son éloignement des choses saintes, par son opposition affectée h tout ce qui s'appelle œuvres de piété, en un mot, par sa vie toute païenne, leur communique son libertinage et son esprit d'irréligion. C'était à lui, par son devoir de père, h corriger les emporteujenls de leur jeunesse, et h ré|)rimcr les saillies de leurs passions ; et c'est lui-même qui les autorise par des emportements encore plus honteux dans un âge aussi avancé que le sien, et par des passions encore plus folles et plus insensées. C'était à lui h régler leurs mœurs, et c'est lui-même qui, par de* débauches dont il ne sont que trop instruits, et qu'il n'a pas môme soin de leur cacher, semble avoir entrepris de les entraîner et de les plonger dans les plus infâmes dérèglements. A combien de pères dans le christianisme, et peut-être à combien de ceux qui m'écoulent, ce caractère ne convient-il pas ? On ne se contente pas d'être libertin, on fait de ses enfants, par l'éducation qu'on leur donne, une succession et une généralion de hbertins : on n'a sur eux de l'aulorilé que pour contribuer plus efficacement à leur perte; on n'est leur père que pour leur Iransmeth-e ses vices, que pour leur inspirer son ambition, que pour leur faire sucer avec le lait le fiel de ses inimitiés, que pour les engager dans ses injustices, en leur laissant pour héritage des biens mal acquis. Ne vaudrait-il pas mieux, dit saint Chrysostome, les avoir étouffés dès le berceau ? Et si nous avons lioiTCur de ces peuples infidèles qui, par une superstition barbare, immolaient leurs enfants à leurs idoles, en devons-nous moins avoir de ceux qui, au mépris du vrai Dieu, à qui ils savent que leurs enfants sont consacrés par la grâce du baptême, les sacrifient au démon du siècle, dont ils sont eux-mêmes possédés ?

Tel est, par la même raison, le désordre d'une mère mondaine, qui, chargée de l'obligation d'élever, dans la personne de ses filles, des servantes de Dieu et des épouses de Jésus-Christ, est assez aveugle, (disons mieux, et souffrez ces expressions) est assez cruelle pour en faire des victimes de Satan et des esclaves de la vanité du monde ; qui, sous ombre de leur apprendre la science du monde, leur apprend celle de se damner, qui leur en montre le chemin, et qui détruit par ses exemples toutes les leçons de vertu qu'elle sait si bien d'ailleurs leur faue par ses paroles. Car, malgré les scandales qu'on leur donne, on prétend encore avoir droit de

SERMON POUR LE DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

leur fnîre des leçons ; ^ quelque liberté que l'on se porte, et quelque commerce, ou suspect, on mt^me déclaré, que l'on entretienne, en ▼crlu (lu titre de miVe on ne laisse pas de prêcher à une fille la régularité , et d'exifrer d'elle la modestie et la retenue; on veut qu'elle soil souple etdocile, tandis que l'on s'émancipe et que l'on secoue le joug de ses devoirs les plus essentiels. Mais c'est en cela même que consiste l'espèce de scandale que je combats ; car quelle force peut avoir ce zélé, quoique maternel, quand l'exemple ne le soutient pas, ou plutôt quand l'exemple l'anéantit ? et de quel effet peuvent être les instructions et les remonlrances d'une mère dont la réputation est ou décriée ou douteuse, à une fdie qui n'a plus la simplicité de la colombe, et qui, à force d'ouvrir les yeux, est peut-être devenue aussi clairvoyante et aussi pénétrante que le serpent?

Quel est le crime d'un maître, d'un chef de famille, qui, sans se souvenir de ce qu'il est, et s'oubliant lui-même, ou qui, abusant de son pouvoir, et renversant tout l'ordre de la Providence divine, devient le corrupteur de ceux dont il devait être le guide et le sauveur? Saint Paul ne croyait point outrer les choses, et en effet ne les outrait pas, quand il disait que quiconque n'a pas soin du salut des siens, et parliculièrement de ses domestiques, a renoncé la foi, et est pire qu'un infidèle. Parole courte, mais énergique, dont je me promettrais bien plus pour la réformalion et la sanctification de vos mœurs que de tous les discours, si vous vouliez, mon cher auditeur, vous appliquer sérieusement à la méditer : Si guis suorum, et maxime domesticorum, curam non habet, fidem negavit, et est iufideli d^tmor*. Mais si saint Paul parlait ainsi des maîtres peu soigneux et peu vigilants, comment aurait-il parlé des maîtres scandaleux ? et s'il traitait d'apostasie la simple négligence ou le simple oubli de ce que doit un maître, comme chrétien, à ceux de sa maison, quel nom aurait-il donné à celui qui, bien loin de veiller sur eux et de s'intéresser pour leur salut, dont il est, comme maître, responsable à Dieu, les pervertit lui-même, et est une des causes les plus prochaines de leur réprobation ?

C'est néanmoins ce que nous voyons tous les jours, et ce que nous voyons avec douleur et avec gémissement. Car il faut, homme du siècle qui m'écoutez (supportez-moi, parce que j'ai pour vous un zèle de Dieu qui me presse et qui m'oblige à m'expliquer), il faut que ce

Il Timotb., r, «.

domestique, qui vous est attaché et qui craint peu de se damner pourvu qu'il vous plaise, et que par 1<^ il fasse avec vous une misérable fof* tune, il faut qu'il s<jil l'instrument et le complice de votre ini(|uilé, quand vous l'employez 5 des ministères que le respect dû à cet auditoire et à la chaire où je parle, m'empêche de vous représenter dans toute leur indignité. Scandale abominable, et pour lequel j'aurais droit cent fois de me récrier sur vous : Vœ au^ tem homini illi : malheur à ce grand, malheur à ce maître ! 11 faut, femme chrétienne, si toutefois dans la vie que vous menez, vous vous piquez encore de l'êlre ; il faut que cette fille qui vous sert, que cette fille, sans vice et sans reproche lorsqu'elle s'est donnée à vous, ap prenne de vous à connaître ce qu'elle devait éternellement ignorer ; il faut qu'elle soit la confidente de vos intrigues, et qu'elle y participe malgré elle, quand vous exigez d'elle des services où son obéissance fait son crime. Dieu en vous la confiant, vous avait établie la tutrice de son innocence, et c'est avec vous qu'elle la perd. Votre maison lui devait être une école de sagesse et d'honneur, et c'est là que vous lui enseignez à déposer toute pudeur. C'était une âme vertueuse et bien née ; et bientôt, par le malheureux engagement de sa conscience avec la vôtre, toutes ses bonnes incliralions sont étouffées, et tousses principes de vertu détruits. Qu'aurez-vous à répondre à Dieu, quand il vous la produira dans son jugement, couverte de vos péchés, et quand vous la verrez dans l'enfer compagne inséparable de votre peine ? Ne vous otïensez pas de la vdiémence avec laquelle il vous paraît que j'en parle; peutêtre ne fut-elle jamais plus nécessaire. Mais sans rien dire davantage de ces scandales, qui vont jusqu'à rendre ceux qui vous servent les complices de vos désordres, que ne peut point et que ne fait point sur eux votre seul exemple, lors même que vous y pensez le moins et que vous le voulez moins ? Carde croire que votre conduite leur soit inconnue et qu'elle demeure secrète pour eux : abus, chrétiens : cela ne peut être, et ne fut jamais. Autant de domestiques que vous avez, ce sont autant de témoins de votre vie ; et non -seulement autant de témoins, mais autant de censeurs qui vous éclai rent, qui vous observent, et qui vous rendent toute la justice que vous méritez.

Quel est le crime de ces ministres du Seigneur, qui, honorés du plus sacré caractère, et engagés dans les plus saintes fonctions du sacerdoce, les profanent par une vie séculière ei

SUR LE SCANDALE

mondaine, pour ne pas dire impure et licencieuse, el eu fout rejaillir le scandale jusque sur leur élat et sur leur ministère? Ils devaient être, selon Jésus-Christ, le sel de la terre; et c'est par eux, dit saint (Jrégoire pape, que la terre se corrompt; ils devaient ôtrc la lumière du monde, et ils ne luisent que pour exposer au monde avec plus d'évidence les taches qu'on remarque en eux, et dont on rouj^it pour eux; ils devaient être et ils sont en effet cette ville ^tuée sur la montagne, et ils semblent n'être élevés que pour Caire voir de plus haut des dérèglements qui jettent les peuples dans la surprise et dans le trouble, et qui les couvrent euxmêmes d'igiiominie et d'opprobre. C'est ce qui ■cxciïaiT contre eux l'indignation de Dieu, et ce qui l'oblificait à leur dire par un de ses prophètes ce que je n'oserais pas leur a[)pliquer, si je ne parlais après Dieu et de la part de Dieu, à qui seul il a|)partenail de leur Aiire des reproches si pressants, et en des termes si torts. iMais puisqu'étant ce que je suis, que ce langage de Dieu me touche moi-même, et que je dois y prendre part; puisque c'est une leçon que je me fais à moi-même et qui me convient, je ne craindrai pas de leur faire entendre aujourd'hui la voix du Seigneur, en leur adressant ces paroles de Malachie : Et nunc ad vos mandalum hoc, 4> sacerdotes ' ; maintenant donc, leur disait le Dieu d'Israël, prêtres et ministres de mes autels, écoutez-moi, et jugez- vous. Je vous avais établis dans mon Eglise pour l'édifier et pour la sanctifier; je vous avais donné le soin du troupeau, afin que vous en fussiez les pasteurs; comme ¥08 lèvres étaient les dépositaires de la science, vos œuvres devaient être la règle des mœurs et de la vraie piété. Cependant, infidèles aux obligations les plus étroites et les plus indispensables ^le je vous avais imposées, vous vous êtes écartés de la droite voie que vous enseigniez et que •vous deviez enseigner aux autres; vous vous êtes volontairement égarés, et, en vous égarant, vous en avez égaré plusieurs avec vous : Vos autem recessistis de via, el scandalizastis plurimosin lege 2 . De laquelle suite? Ah ! chrétiens, c'est ce que j'oserais encore moins penser et leur déclarer, si Dieu ne l'ajoutait pas : Propter quod et ego dedi vos contemptibiles, et humiles omnibus popuHs 3 : c'est pourquoi, concluait le Seigneur, tout pasteurs des âmes et tout ministres que vous êtes de mes autels, je vous ai rendus vils et méprisables aux yeux de tous les peuples; votre vie, ou plutôt les scandales de Wtre vie, vous ont dégradés dans lem* estime,

• UtlâàLt a, h — » Ihid., & — » iwd., ».

et vous êtes devenus l'objet de leur censure. N'est-ce pas ainsi que tant de ministres du Dieu vivant éprouvent h la lettre la malheureuse destinée de ce sel de la terre, h qtioi Jésus-Christ les a comparés? Car qu'en fait-on de ce sel, reprenait le Sauveur du monde, quand il est une fois corrompu ? on le foule aux pieds .* Quod sisal evanuerit ad nihilum valet, nisi ut eoncul' cetur ab hominibus * . En effet, par une juste punition de Dieu, qui ne veut pas que cette métaphore de l'Evangile ne soit qu'une vaine figure, et qui permet que la prédiction de Malachie s'accomplisse visiblement, qu'y a-l-il dans le monde de plus méprisé qu'un prôlre scandaleux? A Dieu ne plaise, mes chers auditeurs, que je prétende par là justifier le mépris que vous en faites, ni que je veuille autoriser les conséquences que vous avez coutume d'en tirer ! Quand je parle des scandales causés par les ministres du Seigneur, je vous en parle pour votre instruction, el non pas pour leur contusion; je vous en parle pour en arrêter les pernicieux effets ; je vous en parle afin que ces scandales ne soient pas pour vous des tentations dangereuses, que vous n'en soyez pas troublés, que le fondement même de votre foi n'en soit pas ébranlé, et que le libertinage ne s'en prévale pas. Car je sais jusqu'à quel point il s'en prévaut tous les jours ; je sais quelle impression la vie des ecclésiastiques scandaleux lait sur vos esprits; je sais combien elle contribue à endurcir vos cœurs, et que leurs mauvais exemples, ou, pour mieux dire, que vos raisonnements encore plus mauvais sur leurs mœurs et sur leurs exemples, sont un des plus grands obstacles du salut que vous ayez à surmonter.

Mais, pour finir cet article important par la morale de notre Evangile, malheur à vous, à vous vous faites un sujet de scandale, non plus absolument de Jésus-Christ, mais de Jésus-Christ dans la personne de ses ministres, tout indignes qu'ils peuvent être de leur ministère, puisqu'en ce sens il est encore vrai qu'heureux est l'homme qui ne sera point scandalisé de lui : Et beatus qui non fuerit scandalizatus in me ! iMalheur si vous vous laissez entraîner à ce scandale, et si, tout contagieux qu'il est, vous ne savez pas vous garantir de sa malignité et de sa contagion 1 Pourquoi ? parce que le Sauveur du monde, qui a si bien su prévoir tout et pourvoir à tout, vous a donné, pour le combattre et pour le vaincre, des préservatifs qui vous rendront éternellement inexcusables, si vous n'en usez pas. Car premièrement, il vous a avertis que ce scaar

•Matth., T, ISi

SERMON POUR LE DEUXIEME DIMANCHE DE L'AVENT

dalc arriverait, afin que vous n'en fussiez pas surpris. Secondement, il vous a lui-même marqué la conduite que vous avez îk tenir, quand ces ministres assis sur la chaire de Moïse munqueraicntà vous donner l'édilication qu'ils vous doivent. 11 vous a dit qu'alors il fallait vous attacher à la pureté de leur doctrine, et non pas à la corruption de leurs mœurs; que vous seriez jugés sur les vérités qu'ils vous auraient annoncées, et non pas sur la vie qu'ils auraient menée : que vous deviez les écouter, et non pas les imiter; obéir à leurs ordres, et non pas faire selon leurs œuvres; et qu'étant au reste ses ministres, qu'exerçant en son nom une puissance et une autorité légitimes, malgré leurs désordres, ou vrais, ou prétendus, il ne vous était point permis de les mépriser, parce que vos mépris retomberaient sur le maitrc qui les a envoyés : Qui vos spernit me spernit ^

Que dirai-je maintenant de ceux que j'ai appelés les forts dans la foi, parce qu'ils sont nés et qu'ils ont été élevés dans le sein de l'Eglise catholique ? Sont-ils excusables, lorsqu'au lieu de seconder le zèle de tant de saints ouvriers, et de contribuer à ramener ceux de nos frères qui se trouvent encore malheureusement engagés dans l'erreur, ou à confirmer ceux dont la foi, même après leur conversion, est encore chancelante, ils ne servent, au contraire, par leurs exemples, ou qu'à les éloigner davantage V de nous, ou qu'à les replonger dans leur pre- \ mier aveuglement ? Car ce sont, mes chers auditeurs, avouons-le à notre honte, et profitons '■>. enfin une fois de la vue que Dieu nous en donne, ce sont nos mauvais exemples qui empêchent le parfait retour de tant de personnes que le malheur de leur naissance a séparées de notre communion, ou qui s'y sont nouvellement réunies. S'ils ont tant de peine , ou à revenir, ou à demeurer parmi nous, n'en cherchons point d'autres raisons que nos relâchements* que nos désordres, que nos impiétés dans l'exercice môme du culte que nous professons. S'ils nous voyaient aussi sincères et aussi fervents catholiques que notre devoir et le nom que nous portons nous oblige à l'être, ils le deviendraient eux-mêmes comme nous. Ce qui les fortifie dans leurs préjugés, c'est la monstrueuse opposition que nous leur donnons lieu d'observer entre nos \ actions et notre créance. Que pensent-ils et que :- peuvent-ils penser, quand ils sont témoins de la :v manière dont nous assistons à l'auguste saeril fice du corps de Jésus-Christ? Cela seul n'est-il ; pas capable de détruire dans leurs esprits et dans

)Lu: x,U.

leurs cœurs toutes les bonnes dispositions qu'il» pourraient avoir à en croire la réalité ? Cela seul (car c'est ainsi qu'ils s'en expliquent) ne les fait-il pas douter si nous la croyons bien nous-mêmes, et s'il ne leur est pas plus avantageux de ne la point croire du tout, que de se rendre coupables de telles profanations? Quelque zèle que nous fassions paraître pour l'entière extinction du schisme, ils ne sauraient se persuader que nous soyons bien convaincus de la présence de notre Dieu dans son adorable sacrement, tandis qu'ils voient eux-mêmes les scandaleuses irrévérences qui se commettent dans nos églises et à la face de nos autels. Ils tirent de là des preuves contre nous, dont ils sont d'autant plus touciiés qu'elles sont plus sensibles.

C'est donc à nous de faire cesser ce scandale, comme bien d'autres que l'hérésie, si vous voulez, avec malignité, mais peut-être avec vérité, nous a de tout temps reprochés ; et voilà le grand secret pour achever dans nos frères l'œuvre de Dieu; voilà l'aimable violence que l'Evangile nous permet de leur faire, pour les forcer, si je l'ose dire, à rentrer promptement dans la maison de Dieu. Edifions-les par nos exemples : sans tant de discours, nous les convertirons. Montrons-leur, par notre conduite, qu'il y a entre ce que nous croyons et ce que nous pratiquons, une pleine conformité : ils ne nous résisteront pas. Honorons notre foi par nos mœurs; honorons par notre modestie et notre piété le grand sacrifice de notre religion. Le seul motif que nous propose David doit nous y engager : Nequando dicant génies : Ubi est Deiis eoTum • .^de peur que les nations ne demandent ou qu'elles n'aient sujet de demander : Ouest leur Dieu ?el s'il est là où ils font profession de de le reconnaître, comment ne l'y adorent-ils? ou môme comment vont-ils tous les jours l'y déshonorer, l'y insulter, l'y outr.igcr ?

Enfin, que dirai-je de ceux qui, déclarés pour la piété et fidèles à en pratiquer les œuvres, y laissent d'ailleurs glisser et apercevoir des défauts dont les libertins se prévalent con tre la piété môme? Carie monde, quoique impie et libertin, veut que les serviteurs de Dieu soient irréprochables; il veut que leur vie soit à l'épreuve de la censure, et qu'il n'y ait rien dans leur conduite qui démente leur profession. S'ils ne répondent pas là-dessus à l'ai tente du monde ; s'ils deviennent hommes comme les autres, et que leur piété ne soit pas exempte des faiblesses ordinaires; s'ils mêlent avec la dévotion le dérèglement de leurs passions, le

.1 rMOm-, cxju, 2.

SUR LF SCANDALE.

raffinement de leurs vengeances, le faux zèle de leurs intérêts, les vues et les intrigues de leur ambition, la vivacité de leur humeur, rinteuïpéraucc de leur langue ; si l'on voit un dévot (lélicat sur le point il'honneur, jaloux, avare, injuste, médis^tnt, double et de mauvaise foi, n'est-ce pas un triomphe pour le libertinage, et comme un droit qui l'autorise? Je sais que le monde, en censurant la dévotion, lui fait souvent injustice : mais c'est pour cela même, reprend saint Chrysostome, que ceux qui veulent servir Dieu en esprit et en vérité doivent se rendre plus exacts et plus réguliers ; qu'ils doivent se préserver avec plus de soin des moindres fautes ; que, selon l'avertissement de saint Paul, ils doivent par là fermer la bouche aux impies. En sorte, disait cet apôtre aux premiers chrétiens, que nos ennemis n'aient rien à dire de nous; en sorte que le nom du Seigneur ne soit point blasphémé, ni son culte avili : en sorte que notre religion, ou que Dieu dans notre religion, soit glorifié : Ut is qui ex adverso est vereatur, nihilhabens mnlum dicere de nobis^. Concluons, mes chers auditeurs, et pour recueillir en deux mois tout le fruit de ces grandes vérités, meltons-nous en garde contre les scandales qu'on peut nous donner; mais ayons encore plus de soin nous-mêmes de ne scandaliser jamais les autres. Disons tous les jours à Dieu, comme David : Custodi me a scandalis operaniium iniquitatem ^ : préservez-moi. Seigneur, des hommes scandaleux, de ces pécheurs qui commettent ouvertement l'iniquité; mais n'^ soyons pas aussi nous-mêmes de ce nombre. Si notre prochain est pour nous une occasion de chute, observons les saintes règles que Jésus- Christ nous a prescrites; et, n'épargnant ni l'œil, ni la main qui nous scandalise, arrachons l'un et coupons l'autre ; c'est-à-dire, quelque violence qu'U nous en coûte, séparons-nous de ce que nous avons de plus cher, plutôt que de perdre notre âme; mais gardons-nous austi d'engager le prochain dans la voie de perdition,

I i Tit., u, 8. .> Psalm., cxl, 9.

parce qu'en le perdant avec nous, nous somme» doublement coupables, et doublement enfants de colère. Et vous surtout que Dieu a distingués, qu'il a élevés dans le monde, a[)pliquezvous cette morale, et souvenez-vous que votre élévation même vous impose nn devoir particulier, et une obligation d'autant plus étroite d'édifier le monde, (ju'il y a plus à craindre que vos exemples n'entraînent les faibles. Car qui peut y résister, et où sont les ûmes solides qui se raidissent et qui tiennent ferme contre ce lorrent ? Souvenez- vous de cette parole de Jésus-Christ : Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opéra vestra bona • ; faites que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin que les hommes, édifiés de votre conduite et accoutumés à vous suivre, se trouvent réduits à l'heureuse nécessité de fuir le mal, et à la nécessité encore plus heureuse de faire le bien. N'oubliez jamais que c'est à vous de purger le monde des scandales qui y régnent, et que Dieu pour cela vous a choisis et placés sur la tête des autres. Ah I Seigneur I que ne puis-je faire aujourd'hui dans cet auditoire et dans cette cour ce que feront les anges dans le dernier jugement ? Une des commissions que vous leur donnerez sera de ramasser et de jeter hors de votre royaume tous les scandales qui s'y Irouveront : Et mittet angelos suos, et colligent de regno ejus omnia scandala *. Que ne puis-je les prévenir ! que ne puis-je par avance exécuter l'ordre qu'il recevront alors de vous I que ne puis-je dès maintenant, pour bannir tous les scandales, délivrer votre EgUse de tous les scandaleux, non pas comme vos anges exterminateurs, en les réprouvant de voh*e part, mais comme prédicateur de votre Evangile, en les convertissant, en les sanctifiant. U ne tient qu'à vous, mes chers auditeurs, que mes vœux ne soient accompUs. Il y va de votre intérêt, et de votre plus grand intérêt, puisqu'il y va de votre salut , et du bonheur éternel que je vous souhaite, etc.

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

SERMON POUR LE TROISIEME DIMANCHE DE L'AVENT

SUR LA FAUSSE œNSClENCE.

ANALYSE

SojCT. Les juifs députés d* la synagogue dirent donc à Jean-Baptiste ; Qui êtes-vout * afin que nous puissions rendre réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même ? Je suis, répondit-il, la voix de celui qui crie daru le désert : Préparez la voie du Seigneur, et la rendez droite.

Ce n'était pas one petite gloire à saint Jean, d'avoir été choisi de Diea pour préparer dans les esprits et dans les cœurs dM hommes la voie du Seigneur, dont il annonçait la venue. Or, il s'agit de savoir quelle est celte voie sainte par où le Seigneur veut venir à nous et par oii nous devons aller h lui. Il s'agit au même temps de connaître la voie qui luiestopposée,arindenout en détourner ; et c'est ce que nous examinerons dans ce discours.

Division. Les voies du Seigneur, ce sont nos consciences, puisque c'est par elles que nous cherchons le Seignear et que nons le trouvons. Pour les préparer donc ces voies, il faut nous préserver du désordre dune fausse conscience. Fausse conscience aisée à former : Ire partie. Fausse conscience, dangereuse à suivre ; 2e partie. Fausse conscience, excuse frivole pour se justifier devant Dieu : 3e partie.

Premikre partie. Fausse conscience aisée k former. Outre la loi de Dieu, nous avons encore pour règle de nos actions la conscience: et la conscience, dit saint Thomas, est l'application quechncun se fait à soi-même de cettedivine loi. Ornons nous l'appliquons chacun selon les dispositions de noire cœur ; d'où il arrive que toute sini|)le, toute invariable et tout irrépréhensible qu'elle est par elle-même, elle prend autant de formes différentes qu'il y a de différents esprits : et voilà la source de nos erreurs.

Parlons encore plus clairement. Pour agir il fout se faire une conscience, et tout ce qui n'est pas selon la conscience, dit l'Apôtre, est péché ; mais il ne s'ensuit pas de là, que tout ce qui est selon la conscience soit exempt de péché : pourquoi? parce qu'il y a une conscience qui n'est pas droite, une fausse conscience. Or il est très-aisé de se former une telle conscience, lo dans tous les états du monde en général ; 2o particulièrement dans les conditions du monde plus élevées ; 3o surtout encore à la cour.

1° On se fait aisément dans tous les états une fausse conscience, parce qu'on se fait une conscience, ou selon ses désirs, ou selon ses intérêts. Fausse conscience aisée à former par la raison seule qu'on se la forme selon ses désirs. Car, dit saint Augustin, tout ce que nous voulons, quelque criminel qu'il soit, nous paraît permis, et même bon. Et tel est l'ascendant que notre cœur prend sur notre esprit ; c'est pourquoi le Prophète, en parlant des erreurs de l'impie, ajoute communément que l'impie les a conçues dans son cœur: Dixit impius in corde suo. Or qu'ya-t-il de plus naturel, et par conséquent de plus facile, que de se faire ainsi une conscience selon son cœur ? Exemple d'un homme dominé par une passion qu'il veut accorder avec la conscience.

Fausse conscience non moins afsée à former dans toutes les conditions, parce qu'on sela forme selon ses intérêts. Dès qu'il ne s'agit point de notre intérêt, nous avons une conscience droite, et nous nous déclarons hautement pour la plus sévère morale. Miiis l'intérêt commeiice-t-il à y être engagé, nous commençons à voir tout autrement les choïcs. Ce qui nous paraissait trop relâché ne nous semble plus si large, et nous y trouvons du bon sens. De là nous avons une conscience exacte : pour qui ? pour les autres et non pour nous. Que je parle ici des obligations d'un bénéficier ; tous ceux qui n'y ont point d'intérêt, parce qu'ils sont en d'autres états, conviendront de tout ce que je dirai : mais que je passe ensuite à eux-mêmes et à leurs conditions, c'est alors qu'ils se melliont en garde, et qu'ils s élèveront contre moi.

2o Fausse conscience encore plus aisée à former dans les conditions plus élevées, et parmi les grands, soit parce qu'ils ont des intérêts plus difficiles à accorder avec la loi de Dieu, et que la politique leur inspire là-dessus des maximes plus dangereuses, soit parce que tout ce qui les environne contribue à les tromper : flatteurs intéressés, faux conseillers.

3o Fausse conscience surtout aisée à former dans les cours des princes : comment cela ? C'est qu'à la cour les passions sont beaucoup plus ardentes, les désirs beaucoup plus vifs, et les intérêts beaucoup plus grands. De là l'on se fait une njorale particulière à la cour ; de là tant de gens se pervertissent à la cour ; de là l'on se fie si peu à la conscience d'un homme de cour.

Prière à Dieu pour lui demander qu'il ne nous livre pas à la violence de nos désirs, et qu'il ne permette pas que nos intérêts nous dominent.

Deuxième partie. Fausse conscience dangereuse à suivre. Toute erreur est dangereuse, surtout en matière de mœurs; mais il n'y en a point de plus préjudiciable que celle qui s'attache à la règle même des mœurs, qui est la conscience; car avec une fausse conscience, 1» il n'y a point de mal qu'on ne commette ;2o on commet le mal hardiment et tranquillement ; 3o on le commet sans ressource et sans espérance de remède.

io Avec une fausse conscience, point de mal qu'on ne commette. A quoi ne se porte pas un ambitieux qui s'est fait une conscience de ses fausses maximes ? A quoi ne se porte pas un voluptueux, un vindicatif? Que ne firent pas les juifs ? Ils crucifièrent Jésus-Christ : et que ne faisons-nous pas tous les jours ? On opprime le juste et l'innocent ; on est exact jusqu'au scrupule sur de légères observances, tandis qu'on viole ce qu'il y a de plus indispensable dans la religion ; savoir : la justice, la miséricorde, la foi.

Qu'est-ce qu'une fausse conscience ? Un abime inépuisable de péchés, répond saint Bernard ; une mer profonde et affreuse^

SUR LA FAUSSE CONSCIENCE. if

oh M trouvent, selon le terme de l'Ecriture, des reptilet sans nombre. Ces reptiles nous marquent la luhtililéavec laquelle le péché «e glisse dans une fausse conscience ; et ces reptiles sans nombre, l<i mallieiircuHe récomlité avec laquelle ils s'y produisent. Car c'est là que s'engendrent toutes sortes de monstres : envies, aversions, médisances, calomnies, pcrfldies, désirs charnels, impudirités.

2° Avec une ftiusse conscience on commet le mal hardiment et tranquillement : hardiment, parce (ju'on n'y trouve dans soimême nulle opposition ; tranquillement, parce qu'on n'en ressent alors aucun trouble, et que la conscience est d'inlcniifçcnce avec le pt'cheur. Or lu paix dans le péché est le plus grand de tous les maux. (Juatre sortes de consciences que distingue saint Bernard : mais des quatre, la dernière, qui est une mauvaise conscience dans la paix, est la plus à craindre ; car dans une mauvaise conscience troublée, il y a encore des lumières, et par conséquent des principes de pénitence et de conversion ; mais dans une mauvaise conscience tranquille, il n'y a que ténèbres.

So Oe lii, avec une fausse conscience on commet le mal sans ressource ; car la grande ressource du pécheur, c'est une conscience droite et saine qui le condamne intérieurement, et voilit ce qui ramena saint Augustin, sa conscience révoltée contre lui-même.

Aussi le Prophète voulant, ce semble, engager Dieu à punir les impiétés de son peuple, ne lui disait pas : Humiliez-les, confondez-les, ruinez-les de fond en comble ; mais : Avcuf,'Ie2-les ; comme pour marquer que cet aveuplement était la plus grande peine du péché. Et c'est pour cela même ([ue je distoutau contraire : Déchargez, Seigneur, votre colère sur tout le resl*, mais épargnez leurs consciences cl ne les aveuglez pas ; car ce serait dès celte vie les réprouver.

Troisième pautie. Fausse conscience, vaine excuse pour se justifier devant Dieu. Si nos erreurs étaient des erreurs involontaires et de bonne foi, le pécheur pourrait se prévaloir de sa fausse conscience comme d'une excuse légitime. Mais ce caractère de bonne foi se trouve-t-il toujours dans la fausse conscience ? Si cela était, David n'aurait pas dit à Dieu : Seigneur, oubliez mes ignorances passi'es.

Je prétends donc que l'ignorance, et par conséquent la fausse conscience, est, surtout dans le siècle où nous vivons, un des

prétextes les plus frivoles, 1° parce qu'il y a maintenant trop de lumière pour pouvoir supposer ensemble une conscience

dans l'erreur et une conscience de bonne foi ; 2o parce qu'il n'y a point de fausse conscience que Dieu, dès maintenant, ne

^^e confondre par une autre conscience droite qui reste en nous, ou qui, quoique hors de nous, s'élève contre nous malgré

tious-momes.

lo Trop de lumière dans notre siècle, et trop de moyens de s'instruire, pour pouvoir supposer une conscience dans l'erreur, et une conscience de bonne foi. Si vous aviez voulu vous servir de ces moyens, cette fausse conscience ne se serait pas formée. Mais vous les avez négligés, et cette négligence vous rend coupables.

2o Point de fausse conscience que Dieu ne puisse confondre par une autre conscience droite : l» par celle des pa'iens : car n'est-il pas étrange que vous vous permettiez aujourd'hui, ou que vous vous croyiez permises cent choses dont vous savez que les païens se sont fait des crimes ? 2o Par la vôtre, soit telle qu'elle est présentement; mais pour qui ? pour les autres; car, quelle contradiction que vous soyez si éclairés sur ce qui touche les autres, et si aveugle sur ce qui vous regarde 1 soit telle qu'elle a été dans ces premières années où la passion ne vous avait pas encore corrompus ; car d'où est venu ce changement ? et vous est-il pardonnable de n'avoir pas conservé tant de bons principes qui devaient vous servir de règles dans tout le cours de votre vie I

Pour vous préserver«u pour revenir de ce désordre de la fausse conscience, souvenez-vous de deux grandes maximes : l'une, que le chemin du ciel est étroit ; l'autre, qu'un chemin étroit ne peut jamais avoir de proportion avec une conscience large.

Dixmint ergo ei : Quis a t ut responsum demus his gui miserunl DîeU, DEF MalachiC, et 611 parlant à SOIl Fils, nos. Qutd dicis de le ipso! Ait : S go vox clamanlis in deserlo : Di- •, f. • p • i» -i i

rigiie viam Domini. avait dit autrefois : J enverrai devant vous mon

Les juifs députés de la synagogue dirent donc à Jean-Baptiste : ««ge qui VOUS préparera leS VOieS : Hic est

Qui êteâ-voiis ? afin que nous puissions rendre réponse à ceux qui eiWU de QUO SCriptUin eSt l EcCe CÇO mittO Aunous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même ? Je suis, répondit- 7 • i -i. • ^ . t x j. t

il, la voie de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Sei- </^^"'« ^neUÎTl qUl prœparaht Vmm tUCim mite te » . gneur, et la rendez droite. (Saint /ean, chsip. 1,23.^ Quoique jC ne SOis ni aUgC ni prophète, DicU

^ veut, mes chers auditeurs, que je rende à Jésus- '^^' Christ le même office que saint Jean, et qu'à Ce n'était pas une petite gloire à saint Jean l'exemple de ce glorieux précurseur, je vous d'avoir été choisi de Dieu pour préparer dans crie, non plus comme lui dans le désert, mais les esprits et dans les cœurs des hommes les au milieu de la cour : Dirigite viam Domini 2. voies du Messie, dont il annonçait la venue ; et Chrétiens qui m'écoutez, voici votre Dieu qui quand ce grand Saint aurait entrepris de ra- approche, disposez- vous à le recevoir, et puismasser tous les éloges qui convenaient et à sa qu'il veut être prévenu, commencez dès mainpersonne et à son ministère, il n'y aurait jamais tenant à lui préparer dans vous-mêmes cette mieux réussi qu'en laissant parler son humilité, voie bienheureuse qui doit le conduire à vous, qui Itii rend aujourd'hui, malgré lui-même, ce et vous conduire à lui. C'est pour cela que Jeantémoignage si avantageux : Ego voxclamantis 1. Baptiste fut envoyé dans la Judée ; et c'est pour Je suis la voix de celui qui crie. Car, pour être cela même que je parais ici : c'est, dis-je, pour cette voix du précurseur, il fallait être non-seu- vous apprendie quelle est cette voie du Seilement prophète et plus que prophète, mais un gneur si éloignée des voies du monde. Il est de ange sur la terre, puisque c'est de lui, suivant la foi que c'est une voie sainte : et malheiu- à l'explication même du Sauveur du monde, que moi si je vous en donnais jamais une autre

' I Joan., I, 23. > Matth., a, 10. — > Joan.^ i. 23»

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'A VENT

idée ! mais il s'agit de savoir quelle est cette voie sainte où nous devons moicher ; il s'agit de con- Dailre en môme temps la voie qui lui est opposée, afin de nous en détourner. Et voilà ce que l'ai entrepris de vous montrer, après que nous aurons imploré le secours du ciel, en adressant à Marie la prière ordinaire. Ave, Maria.

' Ne cherchons point hors de nous mêmes l'é- ^tiaircissement des paroles de notre Evangile. Ces voies du Seigneur, que nous devons préparer, cesontnos consciences. Ces voies droites, que nous devons suivre, pour nous mettre en état de recevoir Jésus-Clu-Lst, ce sont nos consciences réglées selon la loi de Dieu. Ces voies obliques que nous sommes obligés de redresser, ce sont nos consciences perverties et corrompues par les fausses maximes du monde. Celte voie trompeuse dont les issues aboutissent à la mort, c'est la conscience aveugle et erronée que se fait le pécheur. Celte voie sûre et infaillible qui conduit h la vie, c'est la conscience exacte et timorée que se fait l'homme chrétien. Tel est, mes chers auditeurs, tout le mystère de la prédication de saint Jean : Dirigite viam Domini.

Nos consciences sont nos voies, puisque c'est par elles que nous marchons, que nous avançons ou que nous nous égarons. Ce sont les voies du Seigneur, puisque c'est par elles que nous cherchons le Seigneur et que nous le trouvons. Ces voies sont en nous, puisque nos \ consciences sont une partie de nous-mêmes, .. et ce qu'il y a de plus intime dans nous-mê- ' mes. C'est à nous à les préparer, puisque c'est ; pour cela, dit l'Ecriture, que Dieu nous a lais ^ dans les mains de notre conseil. Jugez si le précurseur de Jésus-Christ n'avait donc pas raison (^5 dire aux ji^s : Dirigite viam Domiiii; préparez la voie du Seigneur.

Or, pour vous aider à profiter d'une instruction si importante, mon dessein est de vous découvrir aujourd'hui le désordre de la fausse conscience, qui est cette voie réprouvée et directement opposée à la voie du Seigneur. Je veux, s'il m'est possible, vous en préserver, en vous montrant combien il est aisé de se faire dans le monde une fausse conscience, combien il est dangereux, ou, pour mieux dire, pernicieux, d'agir selon les principes d'une fausse conscience ; enfin, combien devant Dieu il est iûutile d'apporter pour excuse de nos égarelaenls une fausse conscience. Trois propositions uont je vous prie de comprendre l'orJre et la suite, parce qu'elles vont faire tout le partage

de ce discours. Fausse conscience aisée à former, c'est la première partie. Fausse conscience dangereuse à suivre, c'est la seconde. Fausse conscience, excuse frivole pour se justifier devant Dieu, c'est la troisième. Dans le premier point, je vous découvrirai la source et l'origine de la fausse conscience ; dans le second, je vous en ferai remarquer les pernicieux effets ; et dans le dernier, je vous détromperai de l'erreur où vous pourriez être que la fausse conscience dût vous servir un jour d'excuse devant le tribunal de Dieu. Le sujet mérite* toute votre attention.

Page 1