SUR LA PENSER DR LA MORT
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mais que Ta mort, par une loi commune h tous les lioiiimes, vient do lui ravir. Ni la n(»I)l('sso du sang, ni l'éclat île la dignité, ni la sainlct.' <lti caractère, ni la force de l'esprit, ni les <|iialitt^ du cœur, d'un cœur l)ienfaisant, ,îroit, religieux, ennemi de rarlilicc et du inensonpre, rren ne l'a pu gaïautir du coup fatal (pii nous l'a enlevé, et qui, du siège le plus distingué de notre France, l'a fait passer dans la poussière du tombeau. Vous, Messieurs, qui composez ce corps vénéiable dont il était le digne chef; vous qui, p:ir un droit naturellement acquis, êtes maiuten.uit les dépositaires de sa puissance spirituelle, et (juc nous reconnaissons à sa place comme aulaui de pères et de pasteurs, vous, sous l'autorité e^l avec la bénédiction de qui je monte dans cette cli.ure pour y annoncer l'E^aIlgile, vous n'avez pas oublié, et jamais oublierez-vous les témoignages de bonté, d'estime, de confiance que vous donna jusqu'à son dernier soupir cet illustre mort, et qui redoublent d'autant plus votre douleur, qu'ils vous font mieux sentir ce que vous avez perdu, et qu'ils vous rendent sa mémoire plus chète?
Cependant, après nous être acquittés de ce qu'exigeaient de nous la piété et la reconnaissance, il est juste, mes chers auditeurs, que nous fassions un retour sur nous-mêmes ; et que, pour profiter d'une mort si chrétienne et si sainte, nous joignions la cendre de son tombeau à celle que nous présente aujourd'hui l'Eglise, et nous tirions de l'une et de l'autre une i-nportantc instruction. Car telle est notre destinée temporelle. Voilà le terme où doivent aboutir tous les desseins des hommes et toutes les grandeurs du monde ; voilà l'unique et la solide pensée qui doit partout et en tout temps nous occuper : Mémento, homo, quia pitlvis es, et in pulverem reverteris : Souvenez-vous, qui que vous soyez, riches ou pauvres, grands ou petits, monarques ou sujets ; en un mot, hommes, tous en général, chacun en particulier, souvenez-vous que vous n'êtes que poudre, et que vous retournerez en poudre. Ce souvenir ne vouS plaira pas ; cette pensée vous blessera, vous troublera, vous affligera : mais en vous blessant, elle vous guérira ; en vous troublant et en vous affligeant, elle vous sera salutaire ; et peut-être, comme salutaire, vous deviendra-t-elle enfin, non-seulement supportable, mais consolante et agréable. Quoi qu'il en soit, je veux vous en faire voir les avantages, et c'est par là que je commence le cours de mes prédications.
Divin Esprit, vous qui d'un charbon de feu paiifiâtes les lèvres du Prophète, et les fîtes ser-
vir d'organe h votre a'inrable parole, purifier ma laup^iie, cl laites que je [Hiisse digneiueiàt reiu|>lir le saint ministère que v«his m'avez confié. Eloignez de moi tout ce qui n'est p.'s de vous. Ne m'inspirez point d'autres jK'n'^éi ■< qi»c celles qui sont propres à toucher, à pcrsn nier, à convertir. Doimez moi, comme à l'ApAti .> de» nations, non pas une éloquence vaine, qui n'a pour but que de contenter la cui-iosité des hommes, mais une éloquence chrétienne, qui, tirant toute sa vertu de votre Ev.mgile, a la force de remuer les consciences, de sanctifiiJT les Cwnes, de gagner les péchem's, et de les smimetlre k l'empire de votre loi. [^réparez les esprits de mes auditeurs à recevoir les saiides lumières qu'il vous plnirade me communiquer; et, comme en leur piirlant je ne dois point avo'ud'autre vue que leur salut, faites qu'ils m'écoutent avec un désir sincère de ce salut étcru«.l que je leur prêche, puisque c'est rcssenticlic disposition à toutes les grâces qu'ils doivent attendre de vous. C'est ce nue je vous demande, Seigneur, et pour eux et pour moi, par l'intercession de Marie, à qui j'adresse la prière ordinaire. Ave, Maria.
C'est un principe dont les sages mêmes du paganisme sont convenus, que la grande science ou la grande étude de la vie est la science ou l'étude de la mort; et qu'il est impossible à l'homme de vivre dans l'ordre et de se maintenir dans une vertu solide et constante, s'il ne pense souvent qu'il doit mourir. Or, je trouve que toute notre vie, ou pour mieux dire tonl ce qui peut être perfectionné dans notre vie, et par la raison et par la foi, se rapporte à trois choses : à nos passions, à nos délibérations, et à nos actions. Je m'explique. Nous avous dans le cours de la vie des passions à ménager, nous avons des conseds & prendre, et nous avons des devoirs à accomplir. En cela, pour me servir du terme de l'Ecriture, consiste tout l'homme; tout l'homme, dis-je, raisonnable et chrétien : Hoc est enim omnis homo i . Des passions à ménager, en réprimant leurs saillies et en modérant leurs violences : des conseils à prendre, en se préservant, et des erreurs qui les accompagnent, et des repentirs qui les suivent : des devoirs h accomplir, et dont la pratique doit être protnpte et fervente. Or, pour tout cela , chrétiens, je prétends que la pensée de la mort nous suKit, et j'avance trois propositions que je vous prie de bien comprendre, parce qu'elles vont fi>ii\' le partage de ce discours. Je dis que la pensée de
I £cd«s., XII, 13.
SERMON POUR LK RIEUCREPI DES CENDRES
la mort esl le remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions ; c'est la première partie. Je dis que la pensée de la mort est la règle la plus infaillible pour conclure sûrement dans nos délibérations; c'est la seconde. Enlin, je dis que la pensée de la mort est le moyen le plus efiicace pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions ; c'est la dernière. Trois vérités dont je veux vous convaincre, en vous faisant sentir toute la force de ces paroles de mon texte : Meimnto, homo, quia }mlvis es, et in pulverem reverteris. Vos passions vous emportent, et souvent il vous semble que vous n'êtes pas maîtres de votre ambition et de votre cupidité : Mémento, souvenez-vous, et pensez ce que c'est que l'ambition et la cupidité d'un liomme qui doit mourir. Vous délibérez sur une matière importante, et vous ne savez à quoi vous résoudre : Mémento, souvenez-vous, et pensez quelle résolution il convient de prendre à un homme qui doit mourir. Les exercices de la religion vous fatiguent et vous lassent ; et vous vous acquittez négligemment de vos devoirs : Mémento, souvenez-vous, et pensez comment il importe de les observer ù un homme qui doit mourir. Tel est l'usage que nous devons faire de la pensée de la mort, et c'est aussi tout le sujet de votre attention.