‹ Œuvres complètesChapitre 60 sur 183 · SUR LA PENSÉE DE LA MOI\T · texte numérisé non relu

SUR LA PENSÉE DE LA MOI\T

pourquoi ? parce que le moment de la mort n'est ni le temps îles bonnes œuvres, ni le temps (le l;i pi^nilenee, et qu'on ne peut néanmoins se saiivor (pie par la p(''nilencc et les bomirs enivres. Mais que fait Dieu ? Par une conduite également sage et mis(^ricordieusc, il nous tient dans une incertitude absolue touchant ce dernier moment, afin que nous nous tenions nous-miimes en garde à tous les moments. Car quelle pensée est plus capable de nous renouveler sans cesse en esprit, que celleci : Peut-être ce jour sera-l-il le dernier de mes join-s ; peut-être, après celte confession ; peut-être, après cette counnunion ; pont-ùlre, après celle prédication ; pcut-ôtre, a[)rès celle conversation ; peut-être, après cette occupation, la mort tout à coup viendra-t-elle m'enlever du monde, pour me transporter devant le tribmial (le Dieu ? Quand on porte partout cette idée, et (jue partout on la conserve fortement imprimée dans son souvenir, bien loin de se relâcher et de se laisser abattre, il n'y a plus rien qui arrête, plus rien qui étonne, plus rien que l'on n'entreprenne, que l'on ne soutienne, à quoi l'on ne parvienne. On devient (belle peinture d'une vie fervente, que l'Apcjtre lui-même nous a tracée !j,on devient laborieux et appliqué, Sollicitudine non pigri ^; prompt et ardent, Spiritii ferventes 2; infatigable dans le service du Seigneur, Domino servientes 3 ; détaché du monde, et uniquement attentif aux choses du ciel, Spe gaudentes 'i; patient dans les maux. In tribulntione patientes ^; adonné. à l'oraison, Oriitioni instantes ^ ; charitable envers ses frères, et toujours prêt à exercer la miséricorde, Necessitatibus sanctornm communicantes, hospitalitatem sectantes"^; également fidèle à tout ce que l'on doit à Dieu, à tout ce que l'on doit au prochain, et à tout ce que l'on se doit à soimême, Providentes bona , non tantum coram Léo, sed etiam coram omnibus hominibus ».

Disons quelque chose de plus pressant encore» et de plus convenable à ce que Dieu demande surtout de nous dans ce saint temps où nous entrons. C'est un temps de pénitence ; et la grande action de notre vie, étant pécheurs comme nous le sommes, c'est notre retour à Dieu, c'est une sincère et parfaite conversion à Dieu. Or n'est-ce pas sur cela même que nous sentons davantage notre faiblesse, et que nous paraissons plus lâches et plus hrésolus ? Il s'agit de nous déterminer à rompre nos liens par un généreux effort; il s'agit de nous inspirer cette ferveur de conversion

' Rom., XI, 11. J ibid. - 3 Ibid. * Ibid., 12. — » Ibid. - «Ibid. — ' Ibid., 13. — « Ibid., 17,

qui ravit une Ame, (pii l'arrache au monde et îi elle-même, (pii ne lui permet pas le inj^iiidre délai ; et \inUi ce que doit faire l'incerlihiihî de la mort. Car dites-moi, péclicin-, h qur/i serezvous sensible, si vous ne l'êles pas au (Iari.r(^r affreux où elle vous expose ? Mourez dans voire péché, vous êtes perdu, et perdu sans ressource: mais tandis que vous y demeurez, n'y pouvez-vous pas mourir à chaque moniont puisqu'il n'y a rien de plus incertain pour vous et pour moi que la mort ?

Je me trompe, chiélicns, il y a dans la mort quelque chose de certain pour nous : et quoi, c'est que nous y serons surpris. Le Sauveur du monde ne s'est pas contenté de nous dire : Veillez, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure que viendra le Fils de lllomme ; il ne s'en est point tenu là, mais il a expressément ajouté : Veillez, parce que le Fils de l'IIomuic viendra à l'heure que vous ne l'attendrez \rd^. Est-il rien de plus formel que cette parole ? et l'infaillibilité de cette parole, n'est-ce pas encore ce qui redouble mon crime, quand je vis tranquillement dans mon péché et que je néglige ma conversion ? Si ce divin Maître ne m'avait dit autre chose, sinon que le temps de la mort est incertain, peut-être serais-je moins coupable. Puisqu'il est incertain, diiais-je, je n'ai pas perdu tout droit d'espérer. Je suis un téméraire, il est vrai, d'en vouloir courir les risques ; mais enfin ma témérité ne détruit pas absolument ma confiance. Je puis être surpris , mais aussi je puis ne l'être pas ; et dans la conduite (jue je titns, tout aveugle qu'elle est, j'ai du moins encore quelque prétexte. Ainsi raisonnerais-je. Mais après la parole de Jésus-Christ, il ne m'est plus permis de raisonner de la sorte ; et je dois compter de mourir à l'heure que je n'y penserai pas. Le Fils de Dieu ne me l'a fait connaître que par là, cette heure fatale. Tout ce que je sais, mais que je sais à n'en pouvoir douter, c'est que le jour de ma mort sera pour moi un jour trompeur : Qua hora non putatis ^ Après cela, ne faut-il pas que j'aie moimême conjuré ma perte, si dans le désordre où je suis, et me voyant exposé à toute la haine et à toutes les vengeances de mon Dieu, je ne prends pas de justes et de promptes mesures pour me remettre en grâce avec lui, et pour prévenir par la pénitence le coup dont il m'a si hautement et tant de fois menacé ? Y avcz-vous jamais fait, chrétiens, je ne dis pas toute la réflexion nécessaire, mais quelque réA^^xion? Maintenant môme que je vous parle dei, J^tt

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pensez-vous h la mort, ou y pensez-vous bien ? qui y pense dans la vie ! c'est ainsi que la mort,

y pensez-vous attentivement ? y pensez-vous châtiment du péché, en sera pour nous le re-

chi étiennemcnt ? y pensez-vous efficacement ? mède. Elle est entrée dans le monde par le pé-

Mais si vous n'y pensez pas, à quoi pensez-vous, ché ; mais si nous la considérons comme les

et si vous n'y pensez pas à présent, quand y saints, si nous y pensons comme les saints, elle

penserez-vous, ou qui jamais y pensera pour nous fera entrer comme eux, par lu grûce, dans

vous ? Heureux qui n'attend pas ;\ y penser, rélernité bienheureuse que je \ous souhaite, etc. lorsqu'il ne sera plus temps d'y penser ! heureux

SECOND SERMON POUR LE MERCREDI DES CENDRES

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