TROISIÈME PARTIE
C'est l'ordre qui donne la perfection aux choses, et quand leSaint-Es|)rit, dans l'Eciilure, veut nous (aire entendre que Dieu a tout lait m Dieu, il se conletde de nous dire qu'il a tout fait avec ordre et avec mesure. La charité même, dit saint Thomas, cette reine des vertus, cesserait d'être vertu, si l'ordre y manquait. Aussi l'épouse des Canti(iues comptait partni les grâces les plus singiUières qu'elle eut reçues de son époux, celle d'avoir ordojiné la ciiaritédans son cœur: Ordinavit in me cfiariialem K Miùs quoi ! demande saint Augustin, la charité a-telle besoin d'être ordonnée; et n'est-ce pas elle qui met l'ordre partout, ou n'est-elle pas ellemême l'ordre et la règle de tout ? Oui, mes frères, répond ce saint docteur ; la charité, la vraie charité est ordonnée dans elle-même, et ne doit point chercher l'ordre hors d'elle-même ; mais il y a une fausse charité, et un de ses caractères est d'être déréglée et sans ordre. De là vient, continue ce Père, que l'épouse, figure de l'àme chrétienne, se tient redevable à Dieu de deux grandes grâces ; l'une de lui avoir donné la charité, et l'autre d'avoir élabh dans elle l'ordre de la charité : Ordinavit in me charitatem. C'est l'explication que fait saint Augustin de ce? paroles. Or, ce qu'il dit de la charité en généra» se doit dire en particulier de l'aumône, puisque l'aumône est cssenliellement une partie de la charité. 11 faut donc de l'ordre dans l'aumône: et cet ordre, selon les théologiens, doit être observé, premièrement, par rapport aux pauvres, à qui l'aumône est due ; secondement, par rapport aux riches, à qui l'aumône est commandée : voilà une instruction dont il ne faut, s'il vous plaît, rien perdre.
Je dis que, p;ir rapport aux pauvres à qui l'aumône est due, il y a un ordre à ga der ; et cet ordre quel est-il ? c'est que l'aumône, du moins dans la préparation du cœur, ou pour parler plus intelligiblement, c'est que la volonté de faire l'aumône doit être générale et universelle; c'est-à-dire qu'elle doit s'étendre à tous les pauvres de Jésus-Christ, sans en exi lure un seul; car dès que vous en excepterez un seul, vous n'aurez plus le véritable esprit da la charité. 11 faut, dit saint Chrysoslome, que cette vertu rajnasse dans notre cœur tout ce qu'il y a au monde de nécessiteux et de misérables, comme ils sont tous ramassés dans le
1 Cant., u, 4,
SERMON POUR I E PREMIER VENDREDI DE CARÊME
cœur de Diou. C'est là, pour m'cxprimcr de la sorte, c'est dans les entrailles de la charité de Dieu, que snint Paul trouvait tous les hommes réimis, et que tous les honuiios nous doivent paraître également dignes de nos soins : Cupio vos omnes in visceribus Chrisli Jesu*. En sovic que, s'il se pouvait faiic que votre charité eût une aussi grande étendue que les misères tlu prochain, vous voudriez soulager, par votre charité, toutes les misères du monde, afin de pouvoir dire, en parlant aux pauvres, ce que disait le même apôtre aux Corinthiens : Cor nostrum dilatahun est ; non angustiamini in nobis 2. Non, mes frères, qui que vous soyez, mon cœur n'est point resserré pour vous ;mais vous y avez tous place : car voilà le caractère de la charité et de la miséricorde chrétienne.
Que dis-je, de la miséricorde chrétienne ? Dieu même dans l'ancien Testament, ne prcscrivail-il pas aux juifs celle loi ; et, en leur ordonnant l'aumône, ne leur marquait-il pas en particulier la personne de leur ennemi ? Si esiirierit inimicus tuus, ciba illnm ; sitierit, si (la ei aquam bibere ' ; voulant par là leur faire entendre que l'aumône ne devait point cire bornée ; mais qu'étant, selon l'expression de saint Pierre Chrysologue, l'émule delà miséricorde de Dieu, elle doit se répandre aussi bien sur les ennemis que sur les amis, comme Dieu fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les justes: Si esiirierit inimicus tuus, ciba illum. Or, si Dieu le voulait de la sorte dans une loi où il était, ce semble, permis de haïr son ennemi, ou du moins quelque ennemi, ainsi que l'expliquent les Pères ; jugez, chrétiens, ce qu'il exige de nous, pour qui l'amour des ennemis est un devoir propre et un commandement particulier.
Et de là môme concluons quel est l'aveuglement et l'erreur de certaines personnes qui, jusque dans leurs aumônes, se laissent gouverner par leurs passions et leurs affections naturelles ; qui donnent à ceux-ci, parce que ceux-ci leur plaisent, et qui ne donnent jamais h ceux-là, parce que ceux-là n'ont pas le bonheur de leur agréer ; qui se font une gloire et un point d'honneur de pourvoir aux besoins (les uns, et qui n'ont que de la dureté ou de l'indilTérence pour les autres; c'est-à-dire qui contentent leur amour-propre, en faisant l'aumône, et qui suivent le mouvement d'une antipathie secrète, en ne la faisant pas. Car c'est ce qui arrive aux spirituels mêmes, sans (juils y fassent réflexion. Or, est-ce là res[)rit de i'E-
' Philip., I, 8. — ;n Cor , M, Il — ' Piov., \av, 21.
vangile ? Ancoulumons-nous, mes chers auditeurs, à faire les actions chréliemies clnvti(ainenient, et n'en corrompons point la saiiii'lé par le mélange de l'inicjuité. Faire ainsi l'aum »ne, ce n'est point pi ali(juer, mais profaner une vertu. Si je lais l'aumône dans l'ordrede Dieu, je dois être |)rêtà la faire sans distinction et sans exception ; à la faire partout où je verrai Ui besoin, et selon la mesure du besoin (pie Dieu me fera connaître. Tellement qu'à prendre la chose engénéial, si je vois mon ennemi même dans une nécessité plus pressante, je dois le secourir par préférence à tout autre. Voilà ce que m'apprend le christianisme que je professe : et s.uis cela, je n'ai (pi'une charité apparente. Car je ne mérite rien dans les aumônes (jue je fais, e; ie me rends doublement coupable dans celles que je notais pas :pourquoi? parceque danslesaumônes que je fais, je ne suis que mon inclination ; et dans celles que je ne fais pas, je satisfais mon ressentiment, et je manque à une de mes plus étroites obligations.
Ce n'est pas (|u'il ne soit permis, et qu'il ne soit môme à propos d'avoir là-dessus certains égards ; et je conviens, avec tous les maîtres de la morale, que les proches et les domestiques doivent comnmnément l'emporter sur lesétrangers ; ceux qui se trouvent dans une impuissance absolue de s'aider, sur ceux à qui il reste encore dans leur travail quelque ressource ; ceux qui s'emploient à procurer la gloire de Dieu et à sanctifier le prochain, sur ceux qui ne sont occupés que d*eux-incmesetde leur propre salut. Ce fut le puissant motif qui porta saint Louis à répandre si libéralement ses grâces sur ces deux apôtres de son siècle, saint Dominique et saint François d'Assise. Il n'épargna rien pour les soutenir, pour les seconder, parce qu'il les regarda comme les défenseurs de l'Eglise, comme les propagateurs de la foi, comme les dispensateurs de la parole de Dieu. Ce n'est plus guère peut-être la dévotion de notre temps; mais la dévotion de saint Louis était sans doute aussi solide que la nôtre.
L'ordre de l'aumône ainsi réglé, par rapport aux pauvres, à qui l'aumône est due, il reste à le régler par rapport au riche, à qui l'aumône est commandée ; et c'est ce que je réduis à cinq articles, par où je finis en peu de paroles, pour ne pas fatiguer votre patience.
Première règle : que l'aumône soit faite d'un bien propre, et non point du bien d'autrui, comme il arrive tous les jours ; non point d'un bien injustement acquis, et que la conscience nie reproche. Car noire Dieu, chrélicus, a l'injus-
SLMi l'aij.\J(o:k.
lice on liorivnr, cl la diSW>h^. jiiS(|iio dans le sacrilioootriiolocatisle, coinino parliîTI-Aiilurc : Odio hnih'ns ntpiiutm in holocdusto^. Faire des auinùnos du h\cn d'aiitnii, dil saint Cliiysoslome, c'osl (aiie Dion le coniplico de nos larcins, et ^onloir qu'il pai licipe h notre péchi^. Piiis- ({ue raiMuAno, selon saint Paul, est coiuuic une hoslieciiii nous rend Dieu favorable: Talif)!t!^('tiim hoslii:< ])romei'cliir Dcua'^, offrons-lui celle hostie toute pure, et ne confondons jamais une ;uunùne et une re^lilu[ion; car ce sont deux choses essentiellement dislingut^cs que la reslitulion et l'auiuone ; et jamais l'aumône ne peut ôlre le supplément de la restitution, si ce n'est que la reslitulion nous soit impossible.
Seconde rèj^le : que les actions de justice envers les pauvres passent toujours devant les œuvres de pure charité; ou, si je puis ainsi parler, que l'aumône de justice précède toujours l'aumône de charité. Car il y a, mes frères, une aumône de justice; et j'appelle aumône de justice, payer aux pauvres ce qui leur appartient, [layer de pauvres domestiques, payer de pauvres artisans, payer de pauvres marchands, on même de riches marchands, mais qui de riches <iu'ils étaient, tombent dans la pauvreté, parce qu'on les laisse trop longtemps attendre. Or, la loi de Dieu veut que cette espèce d'aumône ait le premier rang, et c'est par là qu'il faut counnencer. Mais avouons-le, chrétiens, c'est une morale que bien des riches du monde ne veulent pas entendre aujourd'hui. Vous le savez : on traite ce marchand, cet artisan, qui fait quelque instance, de fâcheux et d'importun; on le fait languir des années entières ; et après bien des remises , qui l'ont peut-être à demi ruiné, on lui donne à regret ce qui lui est le plus légitimement acquis, comme si c'était une grâce qu'on lui accordât, et non une dette dont on s'acquittât. Combien même en usent de la sorte par une politique d'intérêt, que je n'examine point ici; \oulant paraître incommodés dans leurs affaires, et cacher leur état aux yeux des hommes, mais sans le pouvoir cacher aux yeux de Dieu ? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas sans raison que je touche ce point ; et sans que je m'explique davantage, tel qui m'écoute comprend assez ce que je dis, ou ce que je veux dire.
Troisième règle : que les aumônes ne soient point jetées au hasard, mais données avec mesure, avec réQexion. Autrement, ce sont des aumônes souvent mal placées. L'un reçoit, parce que le hasard vous l'a présenté ; et l'autre ne reçoit rien, parce que vous n'avez pas pris
» liai., Lxi, 8. — 2 Hebr., xiii, 10.
soin de le chercher et de le connaître. Mais celui-là peul-èlre que vous soulagez pouvait encore se juisser d'un tel secours, et celui-ci que vous ne soulagez pas manque de tout, et se voit réduit aux dernières exlréiiiitrs.
Quatrième règle : que les aumônes soient publiques, quand il est constant et public que vous possédez de grands biens, et que vous êtes dans l'abondance : pourquoi? pour satisfaire à l'édification, pour donner l'exemple, pour accompliila parole (le. lésus-Christ : Sicluceai lux veslra coram homiuibus, ut vide^mt opcra 'rstra boiui K Car n'est-ce pas un scandale, de voir des riches vivre, dans l'opulence, et de ne savoir, ni s'ils font l'aumône, ni où ils la foni ? Ce n'est point pour eux que le Sauveur du monde a dit : Nescial sinistra tua quid facial dexlera tua 2 : Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite. Ce serait ime fausse humilité.
Cinquième et dernière lè'^le : c'est de faire l'aumône dans le temps où elle vous peut être utile pour le salut, sans attendre à la mort, ou même après la mort. Et voilà, mes chers auditeurs, le point important que je ne puis assez vous recommander. Car de quel mciile peuvent être devant Dieu des auuîùnes faites seulement à la mort, et quel fruit en pouvez-vous retirer alors, qui soit comparable à ce qu'elles auraient valu pendant la vie ? Est-ce bien témoigner à Dieu votre amour, que de lui faire part de vos biens quand vous n'êtes plus en état de les posséder, qiiaud la mort vous les arrache par violence, quand ils ne sont plus proprement à vous? On dit : Cet homme a beaucoup donné en mourant; et moi je dis : Il n'a rien donné ; mais il a laissé, et il n'a laissé que ce qu'il ne pouvait retenir, et que parce qu'il ne le pouvait retenir. 11 l'a gardé jusqu'au dernier moment; et s'il eût pu l'emporter avec lui, ni Dieu, ni les pauvres n'auraient eu rien à y prétendre. Aussi, que lui servent de telles aumônes, et quel profit en doit-il espérer? Car il est de la foi, chrétiens, que toutes vos aumônes , après la mort, n'ont plus de vertu pour vous sauver. Elles peuvent bien soulager votre âme dans le purgatoire; mais quant au salut, ce sont après la vie des œuvres stériles: pourquoi? parce que l'affaire du salut est déjà décidée, et que l'arrêt est sans appel. Cependant, riches du siècle, la grande vertu de l'aumône à votre égard, c'est de contribuer à votre salut. Si ce riche dans la vie eûi fait une partie des aumônes qu'il a ordonnées à la mort, ses aumônes l'auraient sauvé; elles lui auraient attiré des grâces de conversion ; elles
) Matth,, T,16. — » Ibid., Ti, 3
SERMON POUR LR DIMANCHK DE LA PREMIÈRE SEMAINE
aiiraiont prié pour lui, selon le langage de l'Ecriiure. Car ce ne sont pas lanl les pauvres qui prient pour nous, que l'ainnône niùrne : Conclmle eleemosipuiîn in sinu puuperis, et ipsa exorabitprote '. Que le pauvre prie, ou qu'il ne prie pas, l'aumône prie toujours indif'pemlainnieut ilu pauvre : mais en vain après la uiorl prierait-elle pour votre conversion, puisque ce n'est pins temps de se convertir. En vain réclamcrait-rlle pour vous la miséricorde divine, puisque ce n'est plus le lomps de la miséricorde. La conséquence qui suit de là, c'est la grande leçon que nous fait saint Paul : Dum tempus habemits, opercmur bonum 2. Si nous aimons Dieu, si nous nous aimons nous-mêmes, faisons de Loinies œuvres tandis que nous en avons le temps. Je ne prétends pas vous détourner d'en faire à la mort; à Dieu ne plaise! c'était un usage trop saint et trop chroticn que celui des fidèles autrelois, de vouloir que Jésus-Christ fût leur héritier, et qu'il eût part ;\ leurs dernières volontés. Mais, du reste, souvenons-nous que les bonnes œuvres de la vie sont de tout un autre poids. Ah ! chrétiens, voici le lemps où Dieu se dispose à verser plus aboudauunent ses grâces, et où il vous appelle plus fortement à la pénitence. Or, un des moyens les plus efficaces pour le loucher en votre faveur, c'est de lui envoyer, selon la figure de l'Evangile, des médiateurs qui lui parlent pour vous, et qui s'engagent à consommer l'affaire de votre conversion, et celle de votre salut et de votre sanctification. On s'étonne quelquefoisde voir des pécheurs changer tout à coup; des libertins et des impies renoncer à leurs habitudes, et s'attacher à Dieu; des aveugles et des endurcis se reconnaître, et devenir sensibles aux vérités éternelles ; des impénitents de plusieurs années,
«Eccli., XXIX, 15. — 2 Gaiat., vi, 10.
par une es[)èce de prodige, après une vie déréglée et dissolue, mourir de lu ujorl des .saiiil> : mais moi je n'en suis point surpris, si ces pécheurs, si ces impies et ces Idjeilins, si ces aveugles et ces endurcis, si ces impénitents oui été charitables envers les pauvres. C'est l'accoiuplissement des oracles de l'Ecriture; c'est un effet des paroles de Jésus-Christ; c'est la béiiédiclion de l'aumône. Il faut pour cela que Dieu fasse des miracles; mais les miracles, pour récompenser l'aïuiiône, ne lui coulent p )int. Il faut que Dieu se relâche de ses droits, et qu'il arrête tous les foudres de sa justice ; mais, si j'ose m'cxprimer de la sorle, l'aumône lait violence à la justice divine; et, pour les iulérèts du pauvre et du riche qui l'assiste. Dieu n'a point de droits si légitimes et si chers qu'il ne soitpièt à céder. David disait qu'il n'avait point vu de juste abandonné : Non vidijiistiimderelirluyn ' ; et je puis dire que je n'ai point vu de riche libéral et tendre pour les pauvres, en qui je n'aie remarqué certains effets de la grâce, qui m'ont rempli de consolation. Mais au contraire, il n'est hélas! que trop commun de voir ces riches avares, ces riches insensibles aux misères du prochain, vivre sans foi et sans loi, vieillir et blanchir dans leurs désordres, et mourir erjfin dans leur impénitence. Pourquoi? parce que, suivant l'arrct du Saint-Esprit , il n'y a point de miséricorde pour celui qui n'exerce point la miséricorde : JuiHcium sine misericordia ei qui non facit mixericordiam 2. Prévenons, me> chers auditeurs, un jugement si terrible. Réveillons dans nos cœurs tous les sentiments de la charité chrétienne ; et par de saintes aumônes, faisonsnous des amis qui nous reçoivent dans l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.
' Psalm., xxxTi, 25. — » Jac, u, 18.
SERMON POUR LE DIMANCHE DE L.4 PREMIÈRE SEMAINE
SUR LES TENTATIONS
ANALYSE
SuJtT. Jésus fut conduit dans le désert par l'Esprit, pour y être tenté du démnn ; et ayant j^ilné quarante jours et quatanle nuits, il se sentit pressé de la faim.
Jésus-Christ permet au démon de le tenter, pourquoi ? pour quatre raisons, toutes prises de OOtre intéfit : 1" pouf noU» fortifier, en surmontant, ià saint Grégoire, nos tentations par ses tentations mème^i. comme par sa mort il a surmonté i<i nôtre; 2' pour nous encourager, en nous proposjint son exemple ; 3* pour rendre plus vigilants et plus circonspects, en nous faisant connaître que personne ne se doit croire en assurance, puisqu'il est attaqué lui-m''me ; 4° pournous instruire, en nous montrant de quelles armes nous devons user, et comment nous pouvons nous défendre. Mais deux choses surtout sont rcmirquahlcs
SUR LES TENTATIONS. 2i4
f*on*», qu'il ni' va au «l^t^rJ. où il e«t i«n[i, ijne pir rin^îiiriliitii l- riîsiM-il de Di<'U ; i'niilre, na'il n'y e<tt tenté qn■,4|lr^• gViie uiviiiiiiii <Iu tiine et ili! la inirtHicitioii le lu cli.i r. D'où nous lirtM-oni ileun con!téi|ueiic«'« i|iii doiviuit fiiire lelonildocttiliM-ouri. Div !iio:N. Sans l.i Kiiki* nous ne iiouvons vuincre lu (enlalion. j'enk-n la d'une viciuirc i-liiélicnno et t|ui toil de quel<|ue Wi rile devjiii Dieu. Avec l.i ^riice poail de trnUliuu i|ui ne (tiiisse cire vitinciie, puis(|ue Diiu est pluM iurt ((ui; l'inrei , (|iie le uionde«t la n.ivsion. IviMi) lif^ràre ne nous niamiue point pour v.i ncrc loules les iciil.ilion-i, et incine selon ludorlnnedc K.iini l'.iul.jjour «n uruliier. Mais du reste ne pinsons pas que la grâce nous soit toujouri donm'e li-llo que nons la voiilonn, el un moment que iiou> la >oulon''. Deux sortes de tentations : les unes volonlains, les autres involontitires. Or, dans les tentations voloniaire», en Tttin c*p.TOhs-nous'e secours de Dieu, si nous ne sortons de I occasion ; et nous ne devons point alors nous (irouieilie une f.'iice de fomliai. mais une giàce de tuile : première partie Dans les leniations involontaires, en vain espérons-nous une ^râce de combat, SI nous ne sommes cil effet résolus à combattre nous-oièines.et surtout comme Jésus-Christ, par la mortilication de la chair : deuxième partie.
riuMiKiiE PARTIE. DaDs les tentatious volontaires en vain espérons-nous le secours de Dieu, si nous ne sortons de l'occasion; et nous no devons point alors nous promettre une grâce de combat, mais une grâce de luiie. Il ne nous est jamais permis d'exposer notre salut : or. c est l'exposer que «le nous engager témérairement d^ms la tentation. Je m'explique : il n'y a personne qui nait son faible et qui ne le seule : le savoir et ne pas fuir le danger lorsqu'on le peut, c'est ce que j'a|)pelle s'engager témérairemeat diusli tcnlalion . et je prétends qu'un diréli. n alors ne doit jioint ait U'Ire its secoi.rs de i,'iacc |(iv,.a es jiour la comha tre et pour la vaincre. Par quel litre lesprélen,lrail-il ? par titre de justice ? ce ne seraient plus des grâces; par titie <Ie fhléliié ? Dieu ne le» lui a point promises ; par titre de miséricorde ? il y met un obstacle volontaire, et il se rend absolumeot indigne des miséricordis divines.
Non-seulement l'homme ne peut présumer alors d'avoir ces grâces victorieuses, mais il doit même s'assurer que Dieu ne les lui donnera |ias ; pouniuoi ? parce que Dieu nousa positivement fait entendre qu'il laisserait périr celui qui se serait volontairement jeté d ins le péril.
Aussi, pour prendre la chose en elle-même, un homme qui s'expose témérairement à la tentation, a-t-il bonne grâce décompter sur le secours du ciel et de le denmnder ? Si c'était ma gloire, lui jieut répondre Dieu ; si c'était la cliarite, la nécessité, une surjiri^e qui vous eill engagé dans ce pas glissant, ma providence ne vous manquerait jias, comme elle n'a pas autrefois manqué à lanl de vierges chrétiennes, aux prophètes et ii des solitaires mêmes : mais vous, sans sujet, vous vous livrez vousmême à tout ce i|u'il y a dans le monde de plus dangereux, assemblées, sociétés, amitiés, conversations, spectacles ; je dis que Dieu retirera son bras, et qu il vous laissera tomber.
Et certes, reprend Miinl Bernard, si Dieu était toujours disposée combattre pour nous quand il nous plaît et partout où il nous plaît, les »ainls se seraient bien liompcs, lorsqu'ils s'élo f:iia:ent tant du commerce du monde, qu'ils conseillaient tant aux autres de s'en éloigner, et qu'ils invectivaient avec tant de zèle conlre les scandales du théâtre.
Allons jusqnes an principe. Pourquoi Dieu refuse-t-il son secours à un péclieur qui s'expose à la tentation ? C'est, ditTerlullien, pour l'iionneur de sa grâce, et afin qu'elle ne serve pas de prétexte ù noire témérité ; c'est encore pour punir notre présomption. Car s'engager dans la tentation, c'est tenter Dieu même ; et ce péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu.
C'est, di.s-je, tenter Dieu en trois manières : 1» par rap|ort ë sa toute-puissance, e lui demandant un miracle sans nécessité. L'ordre naturel est que vous vous retiriez de l'occasion, puisque vous le pouvez : mais vous voulez que Dieu, contre les lois de sa providence, vous soutienne par un concours extraoniinaire. Dieu dit à Loth : Sortez de Sodome. S il y lui demeuré, Dieu l'eût-il sauvé de l'embrasement ? Ce que Dieu dit à Loth, il vous le dit à vous-même : mais ce que fit Lotli, vous ne le faites pas. Quand l'esprit tentateur, dans notre Evangile, veut persuader à Jésus-Christ de faire des miracles, que lui répond cet Homme-Dieu ? Yo'is ne tenterez point le Seigneur vo re Dieu. Mais vous voulez que Dieu fa.=ise pour vous ce que Jé^us-Christ n'a pas fait pour hu-mème. '2' Par rapport à sa miséricorde, en l'étendant au-dilh c'es bornes ovi il a plu à Dieu de la renfermer. 3" Par hypocrisie, en voulant user de dissimulation avec Dieu, et le priant de bouche qu'il vous délivre de la tentation, lorsqu'eneflet vous vous en approchez.
Mais, dites-vous, la cour est un séjour de tentations, et de tentations presque insurmontables. J'en conviens ; mais pour qui lest-elle ? Pour ceux qui y sont conlre l'ordre de Dieu, et sans y être appelés de Dieu. Si vons y êtes par la vocation de Dieu, les lent liions de la cour ne seront plus des tentations invincibles pour vous ; car Dieu vous défendra. Et n'est-ce pas à la cour, que se sont formés et que peuvent se former les plus grands saints ? Mais d'oii vient encore souvent le mal ? C'est qu'à la co ir, oti le devoir vous arrête, vous allez bien au-delà du devoir. Car comptez-vous parmi vos devoirs tant de mouvements et tant d'intrigues "? Disons quelque chose de plus particul er : comptez-vous parmi vos devoirs tel attnchemcnt qu'il faudrait rompre, tant d'assiduité auprès de telle personne qu'il ne fau Irait plus voir i Je ne puis, répondez-vous, m'éloigner d'elle. \ous ne le pouvez ? Mais maintenant que le bruit de la guerre commence à se répandre, cette séparation vous sera-l-elle impossible, iorsque,au premier ordre du prince, il faudra marcher, et(iue l'honneur vous ap|iellera '? Ah 1 chrétiens, s'il s'agit du service des hommes, on ne reconnaît point d'engagement nécessaire ; et quand il s'agit des intérêts de Dieu, on se fait un obstacle de tout. Souvent même les prêtres de Jésus-Christ, au lieu de s'opposer à ce relâchement, se laissent surprendre à de faux prétextes, et sont eux-mêmes ingénieux à en imaginer, pour excuser la témérité d'un mondain qui veut demeurer daus les plus dangereuses occasions.
Deuxième PARTIE. Dans les tentations involontaires, en vain aurons-nous une grâce de combat, si nous ne sommes résolus à combattre nous-mêmes, et surtout par la morlilicaiion de la chair. Car je l'ai déjà dit, et je vous l'ai fait assez entendre, que la grâce ne nous est donnée, ni selon notre choix, ni selon notre goût, mais dans un certain ordre établi de Dieu, hors duquel elle demeure inutile et sans fruit. D'oii je tire trois conséquences.
Première conséquence: dans les tentations même nécessaires. Dieu veut que nous usions de ses grâces conformément à léfat 011 il nous a appelés. Or, notre éut, en qualité de chrétiens, est un état de guerre, d'une guerre, dis-je, continuelle, de l'esprit contre la chair. C'est pourquoi l'Apôtre semble ne reconnaître point d'autres vertus chrétiennes que des venus militaires. Ainsi, faire fond sur la grâce dans les tenUtions sans être déterminé à résister et à combattre, c'est oublier ce que nous sommes, et se figurer une grâce imaginaire. Tel est néanmoins notre désordre : nous voulons des grâces qui ne nous demandent nul effort, sans nous souvenir que Jésus-Christ est venu nous apporter, non pas la paix, mais l'épie.
Seconde conséquence: la première maxime en matière de guerre est d'affaiblir son ennemi. Or notre ennemi, dit saint Paul c'est notre chair, cette chair esclave" de la concupiscence. Il faut donc la dompter par la mortification, conclut saint Chrysostomo si nous voulons qie la grâce triomphe de la tentation. Aussi, reprend saint Bernard, le premier effet de la grâce e.^td'éteindr la concupiscence eu mortifiant la chair. iNe vouloir donc pis la mortifier, et vouloir cependant que la grâce vous soutienne, ces vouloir que la concupiscence et U grâce vous dominent tout à la fois.
SERMOiN POUR LE DIMANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE.
Comment les saints ont-ils combitlu la tentation ? paria mortidcaiion de la cliair. Exemples de David, de saint Paul, de saint Jérom-', di' tiinl lie solitaires, en' re aiitr>s de Jean-Hiiilisle. La gtàce e4-el!e flan< nos mains d'uneaulrt' trempe (iiic dans crljei de res grands saints? Non, disait Tertullirn, je ne me persuaderai jamais qu'une rhar nourrie dans le plaisir puisse entrer en lice avec les tournu-nts et avec la mort. Or, ce qu'il disait des persécutions, qui furent comme les tentilions extérieures du christianisme, je le dis des tentations intérieures de clia(|U'' (ideie.
Troisième conséquence : sans prétendre vous expliquer en quoi consiste cette mo-liflcalionde la chair, et m'en tenant aa principe général, qu'elle est nécessaire dans toutes les conditions, et plus nécessaire emore pour les grands et puur les riches, |K)ur tous ceux qui sont plus sujets à la tentation ; je dis néanmoins en particulier que I Kj,'li>e l'a spécialement déterminée au jeûne du carême. Mais qu'est-il arrivé? les héréti^pies se sont dclarés contre le commandement de l'Eglise; les uns ont contesté le droit, et les autres le f.<it. De faux catholique^, lihertins et sans conscience, ont renoncé hautement et renoncent encore tous le» jours à une pratique si utile. Parmi même ce petit nombre de fldelesqui respeitenl le précepte de l'Eglise, combien tâehenl à en éluder l'obligation pnr de vaines dispenses? je dis vaines dispenses: car, 1° il semble que ces dispenses soient attachées à certains états, et non point aux personnes: marque inTaillible (|ue la nécessité n'en est pas la règle; 2° ceux qui se croient plus dispensés du jeûne, ce sont ceux mêmes ii qui le jeune doit être plus facile: tant de riciies chez qui tout abonde; 3° ceux qui cherchent plus i» s'exempter du jeune, ce soni ceux h qui le jeune est plus nécssaire: pécheurs de longues années, mondains, courtisans, jeunes personnes, femmes obsédées de tant d'adorateurs et d'autant de tentateurs.
Souvenez-vous que Dieu, dans sa loi, ne distingueni qualités, ni ranj,'s.Souvene7,-vousque vous êtes chrétiens comme les autres, et plus en danger que les autres. Ajoutez au jeûne et il la pénitence, la parole de D.eu et les bonnes œuvres.
Jésus rfuctus est in deserlum a SpiriCu, ul tentarelur a diabolo. El eum jfjunasstl quadraginla diebus el quadraginla noclibus, poslea tturiil.
Jésus fut conduit dans le désert par l'Ksprit. pour y être tenté du di-mon Kt ayant jeûné quarants jours et quarante nuits, il se sentit pressé delà faim. {Saint Matthieu, cbap. iv, \..)
Sire,
N'cst-il pas étonnant que le Fils de Dieu, qui n'est descendu sur la terre, coinine dit saint Jean, que pour détruire les œuvres du démon, ait voulu les éprouver lui-mcme, et se voir exposé aux attaques de cet esprit tentateur? Mais quatre grandes raisons, remarque saint Augustin, l'y ont engagé, et toutes sont prises de notre intérêt. Nous étions trop fragiles et trop faibles pour soutenir la tentation, et il a voulu nous fortifier; nous étions trop timides et trop lâches, et il a voulu nous encourager ; nous étions trop imprudents et trop téméraires, et il a voulu nous apprendre à nous précautionner ; nous étions sans expérience et trop peu versés dans l'art de combattre notre commun ennemi, et il a voulu nous l'enseigner.
Or c'est ce qu'il fait admirabletnent aujourd'hui. Car, selon la pensée et l'expression de saint Grégoire, il nous a rendus plus forts, en surmontant nos tentations par ses tentations mêmes, comme par sa mort il a surmonté la nôtre. Justum quippe erat, ut tentatus nostras tentationes suis vinceret, quemadmodum mortem nostram venerat sua morte super are. Il nous a rendus plus courageux et plus hardis, en nous animant par son exemple, puisque rien en effet ne doit plus nous animer que l'exemple d'un Homme-Dieu, notre souveraiti pontife, éprouvé comme nous en toutes manières, suivant la parole de saint Paul : Tentatum autem per omnia^. Il nous a rendus plus circonspects et plus vigilants, en nous faisant connaître que personoe ne doit se tenir en assui'auce, loisque
lui-niTOC, le Saint des saints, il n'e.st pas à couvert de la tentation. Enfin il nous a rendus pliis habiles et plus intelligents, en nous montrant de (pielles armes nous devons us(^r |>our nous défendre, et en nous traçant les règles de cette milice spirituelle.
En cela semblable h un grand roi, qui, pour Vi ;otisser 1 s ennemis de son Etat, et poiirdissi;,,T leurs ligues, ne se contente pas de lever des troupes et de donner des ordres ; mais paraît le premier à la tête de ses armées, les soutient |)ar sa présence, les conduit par sa sagesse, les anime par sa valeur, et toujoius, tnal^ré les obstacles et les périls, leur assure la victoire. Or, si l'exemple d'un roi a tant de force et tant de vertu, comme vous le savez, chrétiens, et comme vous l'avez tant de fois reconnu vousmêmes, que doit faire l'exemple d'un Dieu? Voici sans doute un des plus importants sujets que je puisse traiter dans la chaire, et qui demande plus de réfiexion. Parmi tant d'excellentes leçons que nous donne Jésus-Christ dans l'Evangile de ce jour, touchant la manière dont nous devons nous gouverner dans la tentation, j'en choisis deux auxquelles je m'arrête, et que me fournissent les paroles de mon texte. La première est que ce divin Maître ne va au désert, où il est tenté, que par l'inspiralion de l'Esprit de Dieu : Dudus eut in desertum a Spiritu, uttentaretur. La seconde, qu'il n'y est tenté qu'après s'être prémuni du jeiine et de la mortification des sens : Et cum jejunasset quadraginla diebuset quadraginla noclibus, accessit tentator. De là je tirerai deux conséquences, l'une et l'autre bien utiles et bien nécessaires. Demandons, etc. Ave, Maria.
De quelque manière que Dieu en ait disposé dans le conseil de sa sagesse, sur ce qui regarde celte préparation de grâces que saint Augustin
appelle prédeslinntion, trois choses sont 6\\Acn»^ etpliqner, et ce qui doit faire le fond de ce dis-
tes et inconlestahies dans les principes de lu foi, mvoir . que, pour vaincre la tentation, le selours de la grAce est nt^cessairc ; qu'il n'y a point de tentation qui ne puisse ôtre vaincue par la grftce, %i (pie Dieu enfui, par un engagement de tldélittS ne manque jamais à nous fortifier de sa gnke dans la lontalion.
Sans la grâce ,je ne puis vaincre la tentation : c'est un article décidé contre l'erreur pélagienne. Or, quand je dis vaincre, j'entends de cette victoire sainte dont parlait l'Apôtre, lorsqu'il disait : Qui légitime eertaverit • ; de cette victoire qui est un effet de l'esprit chrétien, qui a son mérite devant Dieu , et pour laquelle l'homme doit être un jour récompensé dans le ciel et couronné. Car de vaincre une tentation par une autre tentation, un vice par un autre vice, un péché par 'un autre péché; de surmonter la vengeance par l'intérêt, l'intérêt par le plaisir, le plaisir par l'amhition, ce sont les vertus et les victoires du monde, où la grâce n'a point de part. Mais de surmonter toutes ces tentations et le monde même pour Dieu, c'est la victoire de la grâce tt de notre foi : Et hœc est Victoria quœ vincit mundum, fides vestra. 2.
Il n'y a point de tentation qui ne puisse être vaincue par la grâce : autre maxime essentielle dans la religion, et le bien-aimé disciple saint Jean en apporte une excellente raison : Car, dit-il en parlant aux fidèles, celui qui est en vous par sa grâce est bien plus fort que celui qui est dans le monde, et qui y règne en qualité de prince du monde : Vicistis eum, quoniam major est qui in vobis est, quam qui in mundo 3. C'est donc faire injure à Dieu, que de croire la tentation insurmontable, et de dire ce que nous disons néanmoins si souvent : Je ne puis résister à telle passion ; je ne puis tenir contre telle habitude et tel penchant. C'est, dans la pensée de saint Bernard, une parole d'infidélité encore puisque de faiblesse : pourquoi? parce qu'en parlant ainsi, ou nous n'avons égard qu'à nos propres forces, et en ce sens la proposition est vraie , mais nous sommes infidèles de séparer nos forons de celles de Dieu ; ou nous supposons la grâce et le secours de Dieu, et en ce sens la proposition non-seulement est fausse, mais hérétique, parce qu'il est de la foi qu'avec le secours de Dieu nous pouvons tout : Omnia possum in co qui me confortât '*.
Mais avons-nous toujours ce secours de Dieu dans la tentation ? C'est ce qui me reste à vous
» n Timoth,, II, 6.— s 1 Jow,., V, 4, —
Ibid.fiT, i —4 Philip.,
cours, où j'ose dire que, sans (Muhru rasser vos esprits, et sans rien avancer dont vous ne soyez édifiés, je vais vous donner l'éclaircissement de ce qu'il y a de plus important et de plus solide dans la matière de la grâce. Oui, ( luéliens, il est encore de la foi que Dieu ne pernict jamais que nous soyons tentés au-delâ de ce que nous pouvons : Fidelis Dcus qui non patictur vos tentari supra id quod poleslisK Or, nous n'avons ce pouvoir que par la grâce. Elle ne nous manque donc point du côté de Dieu, non-seulement pour vaincre la tentation, mais pour en profiter: Sedfaciet cum tentalione proventum"^. Voilà comment parle saint Paul, et de quoi nous ne pouvons douter, si nous ne sommes pas assez aveugles pour nous figurer un Dieu sans miséricorde et sans providence. Mais quoique cela soit ainsi, il y a pourtant une erreur qui n'est aujourd'hui que trop commune, et qui se découvre dans la conduite de la plupart des hommes ; c'est de croire que ces grâces nous sont toujours données telles que nous les voulons, et au moment que nous les voulons. Erreur dont les corséquences sont très-pernicieuses , et dont j'ai cru qu'il était important de vous détromper. Pour vous faire entendre mon dessein, je distingue deux sortes de tentations ; les unes volontaires, et les autres involontaires. Les unes où nous nous engageons de nous-mêmes contre l'ordre de Dieu, et les autres où nous nous trouvons engagés par une espèce de nécessité attachée à notre condition. Dans les premières, je dis que nous ne devons point espérer d'être secourus de Dieu, si nous ne sortons de l'occasion ; et que pour cela nous ne devons point alors nous promettre une grâce de combat, mais une grâce de fuite : ce sera la première partie. Dans les autres, je prétends qu'en vain nous aurons une grâce de combat, si nous ne sommes en effet résolus à combattre nous-mêmes, et surtout comme Jésus- Christ, par la mortification de la chair : ce sera la seconde partie. Toutes deux renferment de solides instructions.