SUR LA RELIGION CHRÉTIENNE
ANALYSE
Svjtr. Quelques-uns des scribes et des pharisiens disaient à Jesus-Chrtst : Maître, nous voudrions bien toir quelque prodige de vous. Jésus leur répondit: Celle nation méchante et adultère demande un prodige, et il n'y en aura point d'autre pour elle que celui du prophète Jonas.
Ce fut une curiosilé présomptueuse, une curiosité captieuse et maligne, qui porta les pharisiens à faire cette demande au Saovcur du monde; et c'est pour cela même que le Sauveur du monde iestraila deiiation méchante et infidèle, et qu'il les cita devant In tribunal de Dieu. Ainsi nous voudrions voir des miracles pour nous confirmer dans la foi, et nous en voyons dont nous ne profitons pas. Car nous avons dans Jésus-Christ et dans l'établissement de son EvTingiJe, non-seulement de qioi convaincre nos «sprits, mais de qaoi contenter pleinement noire curiosité; et si nous n'en sommes pas touchés, ce ne peut être que l'efTet d'une mauvaise disposition dont nous sefons responnables au jugement de Dieu, imiiortunte matière qui fera le sujet de ce discour».
Compliment à la reine.
DivisroN. Faites-nous voir on prodige qui vienne de vous dirent les pharisiens a Jéstis-Christ. Sur q»Joi saint Au!»us1in remwque qu'il y a deux sortes de prodiges: les uns qui viennent de Dieu, et les autres qui vienaent de l'homme. La foi des Njnivite» convertis par la prédication de Jonas, ce fut un prodige qui ne pouvait venir que de Dieu, et c'est celui que Jésus-Christ propose aux pharisiens: mais au même temps il leur en découvre un autre qui ne pouvait venir que J'eux-mC'mes, sivoir, le prodige ou le désordre de leur infidélité. Appliquons-nous ceci. Je prétends que Jésus-Christ, dans l'étaHissement delà religion, nous a fait voir un miracle plus authentique et plus convaincant que celui des Ninivites convertis, et c'est Je gran 1 mirarle de la co»wrsion du monde etde la propagation de i'Evangileque j'appelle le miracle de la foi: première partie. Je prétends que nous opposons tous les jours à ce miracle un prodige d'infidélité, mais d'une infidélité plus moostrueuse et plus conilaninable que celle des pharisiens: deuxième partie.
Première pAnriE. Conversion dn monde par la prédication de l'Evangile, miracle de la foi chrétienne. Jugeons-en parce que Jésus-Christ nous marque en avoir été la figure, je veux dire par la conversion des Ninivites. Jonas, envoyé de Dieu, prêche au milieu de Ninive, et tout à coup cette ville, ab;mdonnée à tous les vices, devient un modèle de pénitence. Voilii, disait le Fils de Dieu aux juifs le miracle qui vous condamnera. Et je dis à tout ce qu'il y a de libertins qui m'écoutent : r^n voici nn qni doit bien pins encore confondre votre incrédulité : c'est la conversion du monde entier opérée par la mission d'un plus grand que Jonas, qui est Jésus-Christ : Et eue plus quam Jonas hic.
Qua-l-il fait ? il entreprend de détruire dans tout le monde l'idolâtrie, la superstiUon, l'erreur, et d'y établir le vrai culte de Dieu. Qui choisit-il pour cela? douze apôlres grossiers, faibles, ignoranLs, miis qu'il remplit de son Esprit. Remplis de l'Esprit de Dieu, tout grossiers, tout faibles, tout pauvres qu'ils sont d'ailleurs, ils annoncent un Evangile contraire à toutes les inclinations de la nature, et on le reçoit. Ils lannoncent aux grands, aux doctes et aux prudents du siècle, à des mondains sensuels et TOluptueux, et l'on s'y soumet. De lit se forme une chrétienté si sainte et si pure, que le paganisme même se trouve forcé à l'admirer. Ce a'est pas qu'il» ne rencontrent bien de» obstacles à vaincre. Toutes les puissances de la terre s'élèvent contre la
SL'n LA nFj.iGinN cimfrnENNE. «w
■onTPMe rplîpion «ni'îl» prAchonl; irniB cplte rrllpion si fortement (vnnhattne iHomphe de twrt. Kite «"ëleiH, «Ile M multiplie: «'est trienltit la n'iigion dominmiU'.et où? jusque <laii« Uonicjusiiui- dans l('|i.ilnis desO-iars. Arouons-le : quanti, tl«'i na nniHkance.eUe aurait trouvi^ loute la faveur et tout l'aiipui néressaire, elle serait toujours, par mille autres endroits, l'œuvre de Dieu : imii qu'elle se soit t^tàlilie dans les plus sanulnntes persc^cutions, et nit^me par les plus saii^l.ititcs (lerst-culions, c'est un île re» pr<^ dip«*s oîi il ratit que In prudence humaine K'huniilic et qu'elle renile lioinmape h la tonle-pnissnnrc «In Seigneur. Miracle renoa- Tflé dans res deniiers sièelcs. Vous le savej;, un François-Xavier a converti dans l'Orient tout nn nouveau numde, et comment f par les ii)cuu>8 aioveoâ, iual);ré lc£ mt^mes ubstucles, avec les mômes succès.
Or, je soutiens qu'après cela nous n'avons plus droit de demander à Dieu des miracles s pourquoi ? parce que cette seule con- VïisJon du monde est le plus sensible de tous les mirarles. 1" Miracle qui surpasse tous les autres miracles ; 2° miracle qui ptt^iipjose tous les autres niiracks ; 8" miracle qui justifie tous les autres miracles.
Oui, la conversion du moude est le plus sensible de tous les miracles. Vous vous obstinez k rejeter tous les autres miraclea, disait saint Augustin aux païens ; mais confessez donc que dans votre système il y en a un dont vous êtes obligi^s de convenir, c'est lo monde converti sans aucun miracle. Car i quoi altribuerons-nous ce prand ouvrage, si nous n'avons pas recours à la Tertu infinie de Dieu ? Ce ne peut être ni aux talents de l'esprit et b l'éloquence, ni à la violence et à la force, ni à la douceur de Id loi et au relâchement «le sa morale, ni au caprice et au hasard.
1° .Miracle qui surpasse tous les autres miracles. La conversion d'un pécheur invétéré, dit saint Grégoire, coûte pins à Dieu, et en ce sens est plus miraculeuse que la résurrertion d'un mort. Qu'est-ce donc que la conversion de tant de pea|)lcs enracinés dans l'idolàlrie ? Que diriez-vous si je convertissais iri tout à coup devant vous un impie déclaré ? Y a-t-il miracle qui vous touchât daviMitape '^ Que devez-vous doncjuger de tant de nations soumises à l'Fvan^ile ?
2° Miracle qui piésuppose tous les autres miracles. Car comment les premiers chrétiens ensscnt-ils embrassé arec tant de lèle une loi si rigoureuse, sans les miracles qu'ils avaient vus ? Ne fut-ce pas un miracle que la conversion de saint Paul, et ce miracle n'en deniandan-il pas un autreqoe wt n]iôtrf r.npporte lui-même '/Saint Pierre, dès sa première prédication, convertit trois mille personnes : pourquoi ? parce qu'ils lui enlendirenl parler toutes sortes de langues. Si ce miracle eût été supposé, Siiint Luc eùt-il eu le front de le publier dans un temps oii des millions de témoins l'eussent pn démentir ? Si les miracles que l'Apôtre prétendait avoir faits parmi les gentils n'avaient été que des inventions et des faussetés, eùt-il osé les prier, comme il le fait, de s'en souvenir, et en eût-il appelé à leur propre témoignage ? L'anraient-ils cru, et eût-il gagné tant d'âmes à Jésus-Christ ?K 'était-ce pas le lien des miracles qui attachait saint Augustin à l'Eglise, comme il le dit lui-même ; et n'en raconte-t-il pas un dont il proteste avoir été specLiteur, et qui servit à le confirmer dans la foi ?
3" De là, par une conséquence nécessaire, mimcle qui justifie tous les autres miracles. Après quoi nous pouvons bien dire 4 Dieu, romme Richard de Saint-Victor, que si nous étions dans l'erreur, ce serait à lui que nous aurions droit d'imputer nos erreurs.
Mais aussi miracle qui nous confondra au jugement de Dieu : Tiri Ninivitœ surgent in judicio ; Tant de païens convertis s'élèveront contre nous. PJ'est-il pas honteux que la foi ait fait paraître dans le monde tant de vertus, et qu'elle soit si languissante parmi nous ? Quel reproche, que celte foi ait surmonté toutes les puissances humaines conjurées contre elle, et qu'elle n'ait pas encore surmonté dans nous de Tains obstacles qui s'opposent à notre conversion 1 Qu'aurai-je là-dessus. Seigneur, à wus répondre ?
Deuxième partie. Prodige d'infidélité que nons opposons au miracle de la foi chrétienne. Je considère ce prodige d'infid^ lité dans un chrétien qui, selon les divers désordres auxquels il se laisse malheoreusement entraîner, l» oi renonce k sa M, 2" ou corrompt sa foi, 3° ou dément et contredit sa foi. Je m'explique.
1° Prodige d'infidélité dans un chrétien qui, parle libertinage de ses mœurs, tombe dans l'impiété et dans un libertinage de créance. Car peut-on comprendre que des gens élevés dans la foi la renoncent, cette foi si sainte et si nécessaire ; comment? en aveugles et en insensés, sans examen et sans connaissance de cause, par emportement, par passion, par caprice ? Or, voilà ce que nous voyons. Demandez à un libertin pourquoi il a cessé de croire ce qu'il croyait ; s'il a consulté, s'il a lu, si, par une longue étude, il est entré dans le fond des difficultés : pour peu qu'il soit sincère, il vous avouera qu'il n'a point tant fait de recherches, et qu'il s'est soustrait à l'obéissance de la foi sans tant de réflexions et tant de mesures.
Mais encore par quelle voie un homme peut-il donc se pervertir jusqu'à devenir infidèle ? Ecoutez-le. Prodige d'infidélité :il renonce à sa foi par un esprit de singularité, et pour avoir le ridicule avantage de ne penser pas comme les autres. Prodige d'infidélité: il renonceà sa foi par orgueil, voulantse conduire lui-même par ses propres lumières. Prodige d'infidélité: il renonceà sa foi par intérêt, et tout ensemble par désespoir ; je veux dire, parce qu'elle le trouble dans ses plaisirs, et qu'elle s'oppose à ses injustes desseins. Prodige d''nfidélité : il renonce à sa foi par prévention, se piquant en toute autre chose de n'être préoccupé sur rien, et en matière de religion l'étant sur tout. Il y a plus : non-seulement il abandonne sa foi sans raison, mais contre sa raison. On lui propose les motifs les plus convaincants, des motifs qui ont persuadé les premiers génies du monde, et il s'endurcit contre tous ces motifs. On lui produit des miracles sans nombre et des miracles éclatants : il s'inscrit en faux contre tous ces miracles et il n'a pas honte de donner le démenti à tout ce que l'antiquité a eu de plus vénérable et de plus saint.
'2° Prodige d'infidélité dans un chrétien qui, par un attachement secret ou public à l'hérésie, corrompt sa foi. Sans entrer dans un long détail sur les désordres de l'hérésie, il me suffit de faire avec vous la réflexion d'un grand cardinal de notre siècle, que de tant de fidèles qui, dans les derniers temps, ont corrompu la pureté de leur religion, en tombant dans l'erreur, à peine s'en est-il trouvé quelques-uns queleur bonne foi ait pu justifier, même devant les hommes. Consultons seulement l'bisloire du siècle passé: combien trouverons- nous de catholiques engagés dans le parti de l'hérésie par les motifs les plus indignes? chagrin contre l'Eglise, antipathies particulières, lâches intérêts, esprit de cabale, curiosité, ambition, politique, nécessité, crainte, ostentation, envie de paraître ; partout aveuglement et passion.
3° Prodige d'infidélité dans un chrétien qui, par ses mœurs, dément sa foi. En tout le reste, nos affections et nos actions s'accordent avec nos connaissances. Il n'y a que le salut et ce qui concerne lesalut, oii nous détruisons dans la pratique ce que nous croyons dans la spéculation. Etre chrétien et vivre en chrétien, ou être païen et vivre en païen, ce n'est pas un prodige; mais le prodige, c est d'avoir la foi et de vivre en infidèle. Faisons-le cesser ce prodige ; conservons notre foi, et accordons nés OMEurs avec notre foi. Après avoir servi à notre pénitence et à notre sanctification, elle servira à notre gloire.
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SERMON POUR LE ^r;]:r,CÏ\K01 de l.\ VnVMlil^K ?!^MAI^'E.
Pttpon'fi'rHnt J"H q'/idim d« leribi» et pharifœis, dicenlet : Jtflifiiler, vo'umui a (e git/ttuvi v'-dtre. Qui rapondent, ait itlis : Gtneratio mala et udulttra sii/num quttril, et tigitum Tion dabitur et , nit* fignum Jonœ prophtltt.
Quelqiio<:-un<; des scribes et des phari.sleni dirent i Jitus : Mattrei nous voudrions bien Voir quelque prodige de tous. Jésus leur répondit : Cette nation méchante et adultère demande un prodige, c^ 11 n'y en aura point d'autre pour elle que celui du prophète Jonas* {Saint Matthieu, chap. xii, 39.)
Madame *,
Ce fut une curiosité, mais une curiosité présoniplneuse, une curiosité cuptieusc et maligne, qui porta les pharisiens à faire celte demande au Sauveur du monde. Curiosité présomptueuse, puisqu'au lieu d'engager le Filstle Dieu, par une humble prière, à leur accorder comme une gi'àce ce qu'ils demandaient, ils parurent l'exiger, comme s'ils n'eussent eu qu'à le vouloir, pour être en droit de l'obtenir : Mogisler , volumus. Curiosité captieuse, puisque, selon le rapport d'un autre évangélisle, ils ne lui firent cette proposition que pour le tenter, et que pour lui dresser un piège : Tentantes €um, siynum de cœlo quœrebant K Curiosité maligne, puisqu'en cela même ils n'avaient point d'autre dessein que de le perdre, déterminés qu'ils étaient à tourner contre lui ses miracles mêmes, dont ils lui faisaient autant de crimes, et dont enfin ils se servirent pour le calomnier et pour l'opprimer. Carde là vint que le Fils de Dieu ne leur répondit qu'avec un zèle plein de sagesse d'une part, mais de l'autre plein d'indignation; qu'il ne satisfit à leur curiosité que pour leur reprocher au même temps leur incrédulité; qu'il les traita de nation méchante et infidèle : Generatio mala et adultéra; enfin qu'il les cita devant le tribunal de Dieu, parce qu'il prévoyait bien que le prodige qu'il allait leur marquer, mais auquel ils ne se rendraient pas, ne serviiait qu'à les confondre : Viri Ninivitœ surgent in judicio adversus generatioiiem istam 2.
Voilà, mes chers auditeurs, le précis de notre Evangile; et, dans l'exemple des pharisiens, ce qui se passe encore tons les jours entre Dieu et nous. Je m'explique. Nous voudrions que Dieu nous fît voir des miracles, pour nous confirmer dans la foi ; et Dieu nous en fait voir actuellement dont nous ne profilons pas, à quoi nous sommes insensibles, et qui par l'abus que nous en faisons, rendent notre endurcissement d'autant plus criminel qu'il est volontaire, puisqu'il ne procède, aussi bien que celui des pharisiens, que de notre perversité et de la corruption de nos cœurs. Or, c'est ce que notre divin Maître condamne aujourd'hui dans ces prétendus esprits forts du judaïsme, et ce qui doit, si nous
'La reine. — > Lu«., xi, 16. — > Matth., xii, 41<
tombons d.ins leur infidélité, nous condamner nous-mêmes. Torlulli«'n a dit un beau mot, et qui exj)rime |)arfaitem('nt le caractiTede la profession chrétienne : savoir, qu'après Jésus-Christ, la curiosité n'est plus pour nous de nul usage, et que désormais elle ne nous peut plus être utile, beaucoup moins nécessaire : parce que, depuis la prédication de l'Evangile, le seul parti qui nous reste est celui de croire, et de soumettre notre raison, en la captivant sous le joug de la foi : Nobis curiositate opus non est post Christum, nec inquhitione pont Evangelium. C'est ainsi qu'il s'en expliquait. Mais pour moi j'ose enchérh- sur sa pensée, et j'ajoute que, quand il nous serait permis dans le christianisme de faire de nouvelles recherches, quand nous aurions droit de raisonner sur notre foi et sur les mystères qu'elle nous révèle, nous trouvons dans Jésus-Christ et dans son Evangile, non-seulement de quoi convaincre nos esprits, mais de quoi contenter pleinement notre curiosité. Pourquoi? parce que Jésus-Christ nous a fait voir dans sa i)ersonne des prodiges si éclatants et d'une telle évidence, que nul esprit raisonnable n'y peut résister; etque.sinous n'en sommes pas touchés , ce ne peut être que l'efïet d'une mauvaise disposition, dont nous serons responsables à Dieu, et qui ne suffira que trop pour attirer sur nous toutes les rigueurs de son jugement.
C'est l'importante matière que j'ai entrepris de traiter dans ce discours. Et le puis-je faire. Madame, avec plus d'avantage qu'en présence de Votre Majesté, dont les sentiments et les exemples doivent être pour tout cet auditoire autant de preuves sensibles et convaincantes de ce que je veux aujourd'hui lui persuader ? Car quel effet plus merveilleux peut avoir la religion chrélienne, que de sanctifier, au milieu de la cour et jusque sur le trône, la plus grande reine du monde? et cela seul ne doit-il pas dt'^jà nous faire conclure que cette religion est nécessairement l'ouvrage de Dieu, et non pas des hommes? Plaise au Ciel, chrétiens, qu'un tel miracle ne serve pas un jour de témoignage contre nous ! mais ne puis-je pas bien vous faire la môme menace que nous fait à tous le Fils de Dieu dans notre Evangile, en nous proposant l'exemple d'une reine : Regina surgct in judicio * ? Le Sauveur du monde parlait d'une reine infidèle, et je parle d'une reine toute chrétienne. Cette reine du midi n'est tant vantée que pour être venue entendre la sagesse de Salomon : Quia venit audire sapientiam Salomouis 2 ; mais. Madame, outre que vous écoutez ici la sagesse même de Jésus-
) Matth,, XII, 4X — ' Ibid.
SUR LA niCLIGION Cimr.TlENNE.
Christ et sa p.irolo, qiio n'aiirais-jo point i\ dire de la piireti^ de votre loi, de l'ardoiir de volrc lèic pour les iiiU^rôls de Dieu, de la teiulicsse de votreaiuour pour les peu|)les, des soins vij^ilanls et empressés de votre cliarilé pour les [)auvres, de ces ferventes piières au [)ied des autels, de ces longues oraisons ilaus le secret de l'oratoire, de lant de saintes praticpies qui partaj^ent une si belle vie, et qui font également le sujet île notre admiration et de notre édilicalion ? Cependant, Madame, Votre Majesté n'attend point aujourd'hui de moi de justes éloges, mais une instruction salutaire ; et c'est pour seconder sa piété toute royale que je m'adresse au Saint-Esprit, et que je lui demande, par l'intercession de Marie, les lumières nécessaires : Ave, Maria.
Ce n'est pas sans raison que les pharisiens de notre Evangile, dans le dessein, quoique peu sincère, de connaître Jésus-Christ, et de savoir s'il était Fils de Dieu, hù demandèrent un prodige qui vint de lui et dont il fût l'auteur : Magister, volumus a te sigiium videre. Car il faut convenir, dit saint Augustin, qu'il y a des prodiges de deux différentes espèces : les premiers qui viennent de Dieu, et les seconds qui viennent de l'homme : les uns qui excitent l'admiration, parce que ce sont les témoignages visibles de l'absolue puissance du Créateur; et les autres qui ne causent que de l'horreur, parce que ce sont les tristes effets du dérèglement de la créature : ceux-là que nous révérons et que nous appelons miracles ; et ceux-ci que nous regardons comme des monstres dans l'ordre de la grAce, Faites-nous voir un prodige qui vienne de vous, disent les pharisiens à Jésus-Christ. Que fait ce Sauveur adorable ? Ecoutez-moi, en ceci consiste tout le fond de cette instruction. De ces deux genres de prodiges ainsi distingués, il leur en fait voù" un qui n'avait pu venir que de Dieu, et qui fut un miracle évident et incontestable ; je veux dire la foi des Ninivites convertis par la prédication de Jouas. Mais au même temps il leur en découvre un autre bien opposé, et qui ne pouvait venir que d'eux-mêmes, savoir, le prodige ou le désordre de leur infidélité. Or nous n'avons, mes chers auditeurs, qu'à nous appliquer ces deux sortes de prodiges pour nous reconnaître aujourd'hui dans la personne de ces pharisiens, et pour être obligés, par la comparaison que nous ferons de leur état et du nôtre, d'avouer que le reproche du Fils de Dieu ne nous convient peut-être pas moins qu'à ces faux docteurs de la loi; que, dans le sens qu'il l'entendait, peut-être ne sommes-nous pas moins
qu'eux une nation corrompue et adultère, et (pi'il pomrait avec autant de raison nous appeler à ce jugement redoutable où il les cita, en lem- adressant i;es paroles : Vin fs'inivitœsurgent 1)1 judicio cil ni (jt'nerulione isla.
Car je prétends, et, en deux [)ropositions, voici le partage de ce discours, comprcnex-les : Je prétends que Jésus-Chribt, dans rétablissement de sa religion, nous a fait voir un miracle plus authentique et plus convaincant que celui des Ninivites convertis, et c'est le grand miracle de la conversion du monde et de la propagation de l'Evangile, que j'appelle le miracle de la foi : ce sera le premier point. Je prétends que nous opposons tous les jours à ce miracle un prodige d'inlidélité, mais d'une infidélité bien plus monstrueuse et plus condamnable que celle môme des pharisiens : ce sera le second point. Deux prodiges, encore une fois : l'un surnaturel et divin, c'est le monde sanctifié pai- la prédication de l'Evangile ; l'autre trop naturel et trop humain, mais néanmoins prodige, c'est le désordre de notre infidélité. Deux titres de condamnation que Dieu produira contre nous dans son jugement, si nous ne pensons à le prévenir, en nous jugeant dès à présent nous-mêmes. Miracle de la foi ; prodige d'infidélité. Miracle de la foi, que Dieu nous a rendu sensible, et que nous avons continuellement devant les yeux. Prodige d'infidélité, dont nous n'avons pas soin de nous préserver, et que nous tenons caché dans nos cœurs. Miracle de la foi, qui vous remplira d'une confusion salutaire, en vous faisant connaître l'excellence et la grandeur de votre religion. Prodige d'infidélité, qui peut-être, »si vous n'y prenez garde, après avoir été la source de votre corruption, sera le sujet de votre éternelle réprobation. L'un et l'autre demandent une attention particulière.