‹ Œuvres complètesChapitre 89 sur 183 · SUR I/IMI'P.NITKNCR FINALE · texte numérisé non relu

SUR I/IMI'P.NITKNCR FINALE

crninfc dft ses jnj^omonls, moiiit sans rien l'sp(^ror dosa misi^riiundo ; (jiii, loisciiio les pn^tres rexhoilonti\ laconlianco, sefaisaiil à soi-mùine, coiiiine (lit saint Aiij;iisliii, une justice, non pas exacte et rif^omeiist', mais cruelle et insciisr'e, piiis(in*il se la fait indt^pendaïuiient de la lédtîinplion et de la fj;i;\eo de Jésus-Christ, totnhe dans un désespoir semblable ù celui de Gain, et conclut avec ce frère parricide : Major est iniquitas mea, qunmitt veniaiii uwrear ' ; Non, il n'y a ()lus de pardon pour moi ; mon iniquité m'en a rendu indigne, et s'il y a un Dieu, je suis réprouvé. Or, n'est-il pas vrai que c'est 1;\ le grand et le fameux écueil où échoue une multitude innombrable de pécheurs, surtout de ceux qui, par des rechutes frécpienles et habituelles, non-seulement ont perdu toute espérance, mais auraient honte même, si je |)uis m'exprimer ainsi, de se tourner vers l^ieu et de se confier en lui ? Car cette honte qu'ils n'ont pu surmonter durant la vie, se réveille tout de nouveau, et vient les accabler à la mort; et trop fortement touchés alors de leur indignité, trop vivement frappés de la grandeur et de la justice de Dieu, ils se troublent, ils renoncent à. leur salut, et se font aussi bien que Judas, de leur contrition et même de leur repentir, un dernier titre de réprobation. Voilà, dis-je, ce que j'appelle mourir avec réflexion et avec vue dans le péché d'impénitence : In peccato vestro moriemini.

On y meurt encore d'une autre manière non moins commune ni moins funeste, quand par une omission criminelle, sans être directement volontaire, on se prive de la grâce de la pénitence et des moyens nécessaires pour l'obtenir. Car enfin, mon frère, dit saint Augustin raisonnant avec un pécheur, si, lorsque la mort vous touche de près et que Dieu vous appelle, vous . ne vous disposez pas au plus tôt à paraître de- I vaut lui ; si, lorsque vous avez un port aussi I assuré que celui d'une prompte et sincère pénii tence, qui vous est ouvert, vous négligez de vous ■^ y mettre en sûreté ; si vous laissez échapper les * moments précieux et les temps favorables que la Providence vous ménage dans le cours d'une maladie; si, par une trop grande attention au soulagement de votre corps, vous oubliez les besoins de votre âme, et si vous rejetez les remèdes salutaires qu'on vous présente, bien loin de les rechercher; si, par une crainte servile de la mort, vous en éloignez, autant qu'il est possible, le souvenir, fermant l'oreille à tous les avertissements qu'on vous donne, et voulant être flatté et trompé sur la chose même où vous avez plus

li. — Toii. I.

d'iiiir'KU à ne l'être pas; si, par une faiblesse naturelle, vous ne faites pas effort pour surmonter Ih-dcssus vos frayeurs, et pour vaquer au moins dans cette extrémité h votre plus importante affaiie ; si vous écoutez des parents et de faux amis (pii vous en détournent ; si, [)ar un renversement de conduite le plus déplorable, vous pensez encore h votre famille, lorsqu'à peine il vous reste de quoi pourvoir à votre éternité : ah ! mon cher frère, conclut saint Augustin, changez alors de langage, et corrigez vos idées. Dire (jue la mort dans cet état d'impénitence est le plus grand de tous les malheurs, c'est mal parler; mais il faut dire que c'est le plus grand et le plus inexcusable de tous les crimes. Dire que vous mourrez dans votre péché, c'est ne s'expliquer qu'à demi ; mais il faut dire que vous mourrez dans votre péché par un dernier péché, qui surpasse tous les autres. Car qu'est-ce que tous les péchés de la vie, en comparaison de ce seul péché? Où l'homme peut-il porter plus loin son injustice envers Dieu et envers lui-même ? Se voir à ce terme fatal après lequel il n'y a plus de terme, et vouloir encore difféier; se voir aux portes de l'enfer, et ne travailler pas encore à s'en retirer; se voir sur le point de périr, et balancer encore à se rendre le plus pressant devoir de la charité, en prenant de sages mesures pour ne périr pas : cela se peut-il comprendre, ou cela se peut-il pardonner ? Cependant, chrétiens, voilà jusques où va l'égarement de l'esprit mondain, quand on s'abandonne à le suivre. On est investi, comme parle l'Ecriture, des douleurs de la mort et des périls de l'enfer, et toutefois on ne laisse pas de risquer, de se rassurer, de temporiser, de se reposer sur le lendemain : on chicane, on élude, ou dissimule avec soi-même ; enfin, on meurt dans la disgrâce et dans l'inimitié de Dieu. Mort doublement criminelle, et par l'impénitence de la vie qui l'a précédée, et par l'impénitence de la mort qui l'accompagne : In peccato vestro moriemini.

Or, j'ai ajouté qu'ily a entre ces deux sortes d'impénitence, entre l'impénitence de la vie et l'impénitence de la mort, une telle haison, que l'une conduit presque immanquablement à l'autre; et cela comment ? par voie de disposition, c'està-dire par voie d'habitude, par voie d'attachement, par voie d'endurcissement : trois degrés que marquent les Pères dans la description qu'ils nous font de ce premier ordre de pécheurs impénitents : vérité constante, et dont la seule exposition va nous convaincre.

Par voie d'habitude ; car d. prétendre que deâ

aoG

SERMON POUR LE LUNDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

habitudes coulraclées durant la vie se délruiscnt aux approches de la mort, et que dans un ujoment on se fasse alors un autre esprit, un antre cœur, une autre volonté; c'est, chrétiens, la j)lus grossière de toutes les erieurs. Je l'ai dit, et vous ne l'ij^norez pas : nous mourons couune nous avons vécu, et la présence de la moi t, bien loin d'aflaiblir les habitudes déjà tonnées, semble encore davantage les réveiller et les furlilier. Car si Jamais nous agissons par habitude, c'est particulièrement h la mort. Vous avez mille fois pendant la vie dilïéré votre conversion, vous la différerez encore à la morl; vous avez dit mille fois pendant la vie : Ce sera dans un mois ou dans une anuée ; vous direz encore à la mort : Ce sera dans un jour ou dans une heure ; vous avez été pendant la vie un homme de projets, de désirs, de résolutions, de promesses sans exécution; vous mourrez encore en désirant, en proposant, en promettant, mais en ne faisant rien. Et ne dites point que le danger extrême vous déterminera : abus. Il vous déterminera à désirer, parce que vous en avez l'habitude; il vous déterminera h proposer et à promettre, parce que vous vous en êtes fait une coutume ; mais en désirant par habitude, en proposant et en promettant par habitude, et par habitude n'exécutant rien, vous mourrez dcuis votre péché: In peccato vestro moriemini.

Pai- voie d'attachement : car l'impénitence de la vie, selon la parole du Sage, forme comme une chaîne de nos péchés, et cette chaîne nous tient presque malgré nous dans l'esclavage et la servitude : Iniquitates suœ capiunt itnpium, et funibus peccaturum suorum conslringitur *. Je sais que Dieu peut user de sou absolu pouvoir, et rompre au moment de la mort cette chaîne, mais je sais aussi que, pour la rompre dans un moment, il ne faut pas moins qu'un miracle de la grâce, et que Dieu ne fait pas communément de tels miracles. Et en effet, nous voyons un pécheur niourant dans l'état funeste où se représentait saint Augustin, quand il disait, en parlant ùù lui-même : Siispirabam lùjatuSf non ferro alieno, sed mea ferrea voluntate. Je soupirais, ô aion Dieu, après le bonheur des justes, convaincu qu'iJ n'était plus temps de délibéier, et qu'il fallait enfin renoncer à mon péché pour me convertir à vous ; mais je soupirais, et cependant j'étais toujours attaché, non par des fers étrangers, mais par ma volonté propre. L'ennemie la tenait en sa puissance ; et cette suite de désordres couipliqués, et comme autant d'anneaux entrelacés les uns dans les autres, m'aiTùlaitpres-

que malgré moi, et malgré toutes les frayeurs de la morl, sous le joug de la loi du péché.

Par voie d'endurcissement : cai- cette voilonté toujours criminelle, comme je le suppose, et ne se repentant jamais, s'est enfin endurcie dans le péché. Si, touché du sentiment de sa misère, ce pécheur s'était de temps en temps tomné vers Dieu, et (pie, par de généreux eflbrts, il se fût relevé de ses chutes autant de fois qu'il succombait aux tentations du monde et de la chair, avec tout le malheurde son inconstance il aurait néanmoins profité de l'usage de la pénitence. La pénitence, quoique suivie de faiblesses et de rechutes, aurait détiuit en lui ce que le péché y avait édifié. Mais ayant toujours mis pierre sur pierre, et entassé iniquité sur iniquité, le moyen que son cœur ne soit pas arrivé au comble, et qu'il n'ait pas contracté dans l'état du crime, nonseulement toute la sohdilé, mais toute la dureté que le aime est capable de produire ? et quelle apparence qu'endurci de la sorte, il deNienne tout à coup, quand la mort approche, souple et flexible aux mouvements de la grâce ? On meurt donc dans le péché, i)arée qu'on a vécu dans le péché; et l'on y meurt, comme j'ai dit, par un nouveau péché, parce que celle impénitence môme est la consommation de tous les péchés. Voilci ce que j'ai appelé une impéniteuce ciiminelle : passons à rimpénileuce malheui'euse , qui fera le sujet de la seconde partie.

Page 1