SC'B LES RICHESSES
8EWM0N PODR LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE
SUft LES RICHESSES.
ANALYSE
Sujet. Or, il arriva que le pauvre mourut, et qu'il fut emporté par lésantes dans le sein d'Âbrah«m. Le ritfte nwirut •aussi, rt il fut enseveli dans l'enfer.
Voilà, dit saint Augustin, un piirtnge bien surprennnt ; mais il ne doit, après tout, ni désespérer les riches, ni enfler les pauiVres. Car s'il y a des riches dans l'enfer, on y verra pareillement des pauvres ; et s'il y a de» pauvres dans le ciel, tous les riches n'en seront pas exclus, puisque Abraham lui-nume nous est aujourd'hui représenté dans la gloire, après avoir possédé sur la terre, selon le témoignage de rKcriture, des biens immenses. Il faut néanmoins convenir que l'opulence est un plus grand obsttcle au salut que la pauvreté : pourquoi ? c'est ce que je vais vous apprendre dans ce discours.
Division. Les richesses servent de matière à trois malheureuses concupiscences, que saint Jean nous a marquées : concupiscenct' des yeux, concupiscence de la chair, et orgueil ile la vie. Pour mieux entendre ma pensée, il faut distinguer trois choses dans les richesses : l'acquisition, la possession et l'usage. Or, l'acquisition des richesses, ou le désir d'acquérir des richesse», est communément une occasion d'injustice, et voilà l'cfTct de la concupiscence des yeux : première partie. La possession des richesses enfle naturellement une âme vaine, et rien n'est plus propre à lui inspirer ceque lebien-aimé disciple appelle orgueil de la vie : deuxième partie. Enfin, le mauvais usage des richesses entretient dans un cœur l'amour du plaisir, et fomente la concupiscence de la chair : troisième partie. L'homme du siècle injuste, parce qu'il veut acquérir les biens de la terre. L'homme du siècle orgueilleux, parce qu'il possède les biens do la terre. L'homme du siècle voluptueux, parce qu'il use mal des biens de la terre.
Pur.MiÈRE PARTIE. L'homme du siècle injuste, parce qu'il veut acquérir les biens de la terre. Tout riche, disait saint Jérôme, est ou injuste dans sa personne, ou héritier de l'injustice d'autrui. Quoique cette proposition ait paru dure, l'expérience ne la Térifie que trop. Parcourez les maisons et les familles distinguées par les richesses : à peine en trouverez-vous quelques-unes où l'on ne vous fasse pas voir une succession d'injustice aussi bien que d'héritage. Je sais quelles conséquences s'ensuivent de là; ou plutôt, je sais de quelles erreurs la plupart des riches se laissent préoccuper sur cela : mais malheur à eux s'ils se livrent à une aveugle cupidité 1 et malheur à moi si je leur dissimulais des vérités qui les doivent sauver I
Quoi qu'il en soit, je dis d'abord, d'après l'Apôtre, que le désir d'acquérir des richesses est communément une source d'injustice : pourquoi ? 1° c'est qu'on veut être riche à quelque prix que ce soit; 2° c'est qu'on veut être riche sans se prescrire de Dornes ; 3° c'est qu'on veut être riche en peu de temps. Trois désirs capables de pervertir les saints mêmes.
1" On veut être riche à quelque prix que ce soit. Voilà la fin qu'on se propose. Des moyens, on en délibérera; mais il faut avoir. On voudrait bien y parvenir par des voies honnêtes, mais au défaut de ces voies honnêtes, on est disposé à prendre toutes les autres. C'est ce que le satirique de Rome reprochait à ses concitoyens ; et ne peut-on pas bien nous faire le même reproche ? Voilà, leur disait-il, comment vous raisonnez : Rem, si possis,recte; sinon, quocumque modo, rem. Or, supposons un homme dans celte disposition, que ne fera-t-il pas, et qui pourra l'arrêter ?
"2° On veut être riche sans se prescrire de bornes. Car où sont aujourd'hui les riches qui se tiennent dans une sage modération? En vain on leur représente tout ce qui peut amortir le feu de leur avare convoitise; ils se répondent secrètement qu'on n'en a jamais assez. Or, quelles injustices cette passion elTrénée ne doit-elle pas traîner après soi ? De là tant d'anathèmes que les prophètes ont prononcés contre cette faim dévorante.
3° On veut être riche en peu de temps. S'enrichir par une longue épargne et par un travail assidu, c'était l'ancienne route qae l'on suivait dans la simplicité des premiers siècles: mais dans la suite on a trouvé des chemins raccourcis et bien plus commodes. Or, il est de la foi que quiconque cherche à s'enrichir promptement,ne gardera pas son innocence : Qui festinat ditari, non erit innocens. Et certes, il est incompréhensible, par exemple, qu'avec des profits et des appointements réglés, on fasse tout à coup des fortunes telles que nous envoyons. Cela va, dites-vous, à damner bien des gens d'honneur; mais, 1° en quel sens les appelle-t-on gens d'honneur; 2° si ces prétendus gens d'honneur trouvent ici leur condamnation, c'est à eux à y prendre garde.
Faut-il s'étonner après cela que le Fils de Dieu, parlant des richesses, les appelle richesses d'iniquité ? Faut-il demander pourquoi le Sage cherchait partout un homme juste, qui n'eût point couru après l'or et l'argent ; et pourquoi il le regardait comme un homme de miracles ? Mais, reprend saint Augustin, s'il est rare de trouver un juste désintéressé, combien plus doit-il être, je ne dis pas difficile, mais impossible qu'un homme attaché à son intérêt se maintienne dans l'état de juste ? Voulez- vous, conclut saint Bernard, modérer cet injuste désir ? comprenez l'obligation de l'aumône. Ou vous êtes riche et vous avez du superflu, et alors ce superflu n'est pas pour vous, mais pour les pauvres; ou vous êtes dans une fortune médiocre, et alcrs que vous importe d'amasser ce que vous ne pourrez garder ?
Deuxième partie. L'homme du siècle orgueilleux, parce qu'il possède les biens de la terre. L'Apôtre, écrivant à son disciple Timolhée, lui recommandait particulièrement d'ordonner aux riches de ne s'enorgueillir point de leur fortune. Car il savait, dit saint Augustin, que l'esprit du christianisme est essentiellement opposé à l'esprit d'orgueil, et d'ailleurs il n'ignorait pas que l'esprit d'orgueil est comme inséparable des richesses.
En effet, les richesses inspirent naturellement deux sentiments d'orgueil : l'un à l'égard des hommes, l'autre à l'égard de Dieu. [" Orgueil envers les hommes, que nous appelons suffisance et fierté ; 2" orgueil envers Dieu, qui dégénère en libertinage et en impiété.
1° Orgueil envers les hommes. C'est une suite de l'état où le riche se trouve par son opulence. N'avoir besoin de persoan^
SERJÎO?: POUR LK iT.VTA DE IJ< DKVXIf.fJF, Sr:,îALNE.
premier elTel dj F'rtpuipnrc, ot disposiUon pTochaine k m(''priser tout le monde. Qii'ai-je h Taire fie Hnl-cl, 'Kt un riche mondain, et que me re^iciK^ra-t-il «l'avoir îles «^gaivls pour rcliii-lh ? Tins d'arfiihililé, de douceur, de patience, (led-'-iï'rcnce.
Voir tout le mon^le >l>ms la dépendance, c'c:t-à-<lire se voir rerlierrJu- de (oui It monde, re.Ionti^ de loul le mon. le. oi>éi de loot le monde, ..utre ciïel Je la riplie>;se : et qu'y a-'.-il de plu< propre à entretenir l;i pri'-somption d'une ûme myrhc '< L'humilialion du riclie sérail de pcrnscr (picls sont ces serviteurs et ces amis dont il ne plorilic : serviteurs et amio inti-rossés. Mais il n'importe, c'est une gloire pour lui d'avoir, fious ce pum 'i'smis. ber.iicoup <l6 mercenaires cl beaucoup d'e:clt.vf£.
Etre en pouvoii' de tout t'nlrept*enJreet de tout faire avor iiuiiUnilé, troisihineeffet do l'abondance, pour quisaii s'en prévaloir. Les lois sont pour les misi-ralilcs, disait Sulv>.n ; m.-»> ajx ricliC' to;>t es» permi.;. Hl voili., selon la parob du prophète royal, ee qui les rond fiers et insolents : Idro temnt fOX su/Kilia
Avoir m"'me, quoi qu'on fasse, des approlialcur:. qus'iiimp cfTcl Je l'opulence. Le pauvre parle avec fngesse, dit le Saint- Esprit, et h peine le soulTre-t-on. Le rirlic p;irle mal ii propos, et on l'écoute avec respect ; on loue jusques aux désirs de son Cffur. Knfin, quiconque est riche est éminemment toutes choses, et sans mérite, il a tout mérite. Ne serait-ce donc pas une esp'ce de prodige, s'il savait se garantir de l'orgueil ?
'2° Or"uciI envers Dieu. Saint Paul ne parle presque jnraal» de l'avarice, qu'il ne la traite d'idolStric: Qvœ est simulacrorum $enitus'! Ften cffrl le dieu du riche, c'est son argent, puisque c'est son argent qu'il aime et en son arrrcnl qu'il se confie, au mépris du vrai Dieu. Exemple de cet hont.ii6 dont parle le prophète Osée, qui disait : Je suis devenu riche, et dans mes richc-jses j'ai trouvé mou ido'e: lUies elfectus nim, inreniidolum mihi. Combien de riches sout dans ce sentiment? et sans qu'ils s'en expliquent, leur conduite nous fait assez connaSlre les véritables dispO£ilionsdc leur cœur. Qu'est-ce ([u'un riche, dans l'usa^'e du aijcie? l'n homme, ou absolument sans religion, ou qui n'a que la surfare de la religion, ou qui n'a que très-peu derel'ginn. Je ne pn'teo'ls pas néanmoins que tous les riches soient de ce caractère; mais je dis que la possession des richesses, sans une humilité* héroïque, conduit là et aboutit là. Le lemèdc est de bien comprendre: 1° que ces richesses passeront; 2« que le riche miïmc n'en est, par rapj)ort à Dieu, que le déposltiiire et le dispensateur; et qu'en vertu de l'obligation indispensable de [aumône il en l'oit une partie aux pauvres.
TiiOi^iibiE l'AnTiE. L'homme du siècle voluptueux, parce qu'il use mal des biens de la terre. Il paraît étrange d'abord que le rich.' (le notre Evangile ait été si hautement condamné de Jésus-Christ. Qu'avait-il fait pour mériter de l'être ? Il était vêtu de pourpre et de lin ; mais sa condition ne le demandait-elle pas ? Il se trait;»it magniliqucment ; mais sans cela que lui eût servi son bien ? C'est ainsi que le monde en juge ; et moi je réponds que le monde se trompe, quand il se persuade que di>s Ih qu'on est riche, on ait droit de vivre plus somptueusement et plus voluptueusement. La morale du paganisme pourrait me fournir làdessus de quoi confondre bien des chrétiens. Mais quoi qu'en aient pensé les paï-ns mêmes, la morale de l'Evangile va bien encore plus loin. Car elle nous apprend (pie plus un chrétien est riche, plus il doit être pénitent; et cela par trois raisons: 1" parce qu'^ le riche est beaucoup plus exposé que le pauvre à la corruption des sens ; 2° parce qu'il est communément plus chargé d'offenses et plus redev.ible à la justice de Dieu ; 3° parce qu'il trouve dans sa condition plus d'obstacles à la pénitenc», qof néanmoins est la seule voie par oii il puisse retourner h Dieu et se sauver.
Mais si cela est, que ferai-je de mes revenus ? Ils vous serviront pour honorer Dieu, pour exercer la charité envers TO» frères, pour racheter vos jiéchés.
Voilà l'usage qu'il faudrait faire de vos richesses ; mais voici celui qu'on en fait. Je ne parle point de tant d'ahoniination», de tant de commerces infâmes, dont l'argent est le lien et le soutien, et où sont quelquefois employés les biens mêmes de l'Eglise. Laissons toutes ces horreurs. Mais je parle de ce que la coutume et l'esprit du siècle semblent avoir rendu, non-seulement supportable, mais louable, tout opposé qu'il est aux maximes de l'Evangile. Parce qu'on a du bien, on en veut jouir sans restriction, et dans toute l'étendue, des désirs qu'un attachement infini à soi-même et à sa personne peut inspirer. On veut que le fruit des richesses soit tout ce qui peut contribuer à une vie commode, pour ne pas dire délicieuse. Et de là il ne faut plus espérer que la chair soit jamais sujiitte à l'esprit, ni l'esprit à Dieu.
Pleurezdonc, mes frères, concluait l'apôlre saint Jacques en parlant aux riches; car le temps viendra où vos biens vong seront enlt^vés, où vos richesses porteront témoignage contre vous, et où ces trésors d'iniquité seront pour vous des trésors de colère et de vengeance. Mais pour en faire des trésors de justice et de sainteté, partagez-les avec les pauvres. Et vous, pauvres apprenez à vous consoler dans votre pauvreté, puisqu'elle vous meta rouvert des dangers et du malheur des riches. Nf, soyez pas seulement pauvres par n(''cessité, mais soyez-le de cœur. Car que vous servirait d'être dépourvus de biens, si vous aviez le cœur plein de désirs V Quid tibi prodest si eges facuUale, et ardes cupiditatef
Factum est autem, ul morerelur mendicus, et portaretur ab angelis in sinum Abra/ut. Mortuus est autem et divtt, et sepuUus est m in/emo.
Or, il arriva que le pauvre moarut, et qu'il fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. (Sotn< Luc, xvi, 22. )
Un pauvre glorifié dans le ciel, et un riche enseveli dans l'enfer ; un pauvre entre les mains des anges, et un riche livré aux démons ; un pauvre dans le sein de la héalittide, et un riche au milieu des llammcs, n'est-ce pas, dit saint Augustin, un partage bien surprenant, et qui pourrait d'abord désespérer les riches et cidler les pauvres ? Mais non, riches et pauvres, ajoute ce saint docteur, n'en tirez pas ahsoliunenl celle conséquence ; car s'il y a des riches dans l'enfer, on y verra pareillement des pauvres ; et
s'il y a des pauvres dans le cirl, tons les riches n'en seront pas excins. N'en cherchons point ailleurs la preuve que dans l'Evangile mémo du mauvais riche, et voyez Lazare quil méprisait, et à qui il refusait jusqu'aux miettes qui tombaient de sa table ; c'est un pauvre, il est vrai, et ce pauvre est emporté par les anges : Quis sublatus est ab angelis ? Pauper. Mais où est-ii emporté ? dans le sein d'Abraliam, de ce riche qui, selon le témoignage de l'Ecrituie, pos.sédait des biens immenses. Quo sublatus est? in sinum Abrahœ. Voilà donc tout 5 la fois dans le séjour de la gloire, et un riche et un pauvre ; ou plutôt tous deux riches et tous deux pauvres ; tous deux riches de Dieu et des trésors de la grâce, et tous deux pauvres de cœur et détachés des biens delà terre : Ambo Deo divites, ambo spiritu paU'
SÏÏK LE$ RICHESSES.
pnes. Kl je veas dis ceci, mes fri^rcs, conclut sdifil Atii^nslin, afin que les pauvres no eondaniiienl [VIS ti^MuVaireinonl les riclies, et (\ne les riches ne peiilent pas si aiscMnent loiite espéwriee. Conclusion admirable, et contre le désespoir lies uns, et contre la présomption des autres.
il l'aiif, après tout, convenir, chrétiens, que Topulonce est un plus grand obstacle au salut que la pauvreté ; et nous sommes obligés de reconnaître que le Fils de Dieu a canonisé les pauvres, et qu'il a frappé les riches de sa malédiction. Nous savons eu quels termes il s'en est expliqué, et combien de l'ois il nous a l'ait entendre qu'il était, sinon impossible, au moins trèsditfu'ile qu'un riche entrât dans le royaume du ciel : Qumn dilJîcile, qui peciinias habent, introibunt in rt'gnum Dei i / Or, d'où peut venir celte extrême dilliculté ? c'est de quoi je vais vous instruiie après que nous aurons salué Marie, en lui disant : Ave, Maria.
De toutes les idées que nous pouvons nous former du monde profane, du monde perverti et corrompu, du monde réprouvé de Dieu, la plus juste, ce me semble, est celle que nous en donne le bien-aiiné disciple saint Jean, quand il nous dit que tout ce qu'il y a dans le monde n'est que concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie : Omne qiiod est in mundo, concupiscentia carnis est, et concupiscentia oculonnn, et superbia vitœ 2. Concnpisct nce dos yeux, qui, inspirant à l'homme un secret dégoût de ce qu'il a, lui fait désirer et rechercher ce qu'il n'a pas. Orgueil de la vie, qui, élevant l'homme au-dessus de lui-même, lui donne du mépris pour les autres, et lui fait même oublier Dieu. Concupiscence de la chair, qui, par le charme du plaisir, séduisant la raison de l'homme, le rend esclave de ses sens. Voilà, dit saint Augustin, les trois maladies contagieuses qui se sont répandues dans le monde, et qui en ont infecté les plus saines parties. Concupiscence des yeux, ou envie d'avoir, qui est la racine de tous les maux , mais en particulier de l'injustice. Orgueil de la vie, qui est l'ennemi de la charité, et qui conduit jusqu'à l'impiété. Concupiscence de la chair, d'où naissent les passions impures, et d'où viennent les plus honteux excès. Or, je trouve, chrétiens, que les richessCvS, par l'abus que le monde en fait, servent de matière à ces trois malheureuses concupiscences, et que la raison la plus générale, comme la plus naturelle, pourquoi les hommes sont
• Marc., X, 23.-2 i jo^n., u, ig.
injustes, superbes, /^cnsuclî. cV.sl qu'ils sont riches, ou (pi'ils ont la passion de l'être.
Car, poiu' vf)us('xpliqiuMinon diîssx'lr?, et pour y mettre (pieUpie ordre, je di.slingue, avec saint Chrysostome, trois choses dans les richesses : rae(|uisition, la possession et l'usage. Sur quoi j'avance trois propositions qui m'ont paniantant de vérités incontestables, et dont il iw. tiendra qu'à vous de tirer de grands fruits pour la réformation de vos moiurs. Car je dis (pie l'acquisition des richesses, dans la prati(pie du monde, est communément une occasion d'injustice; ou, si vous voulez, que le désir d'acquérir des richesses, quand il n'est pas réglé par res|)rit chrétien, est une disposition prochaine à l'injustice, et voilà l'effet de la concupiscence des yeux : première vérité. Je dis que la possession des richesses enfle naturellement une àmc vaine, et que rien n'est plus propre à lui inspirer ce que saint Jean a|)pelle orgueil de la vie : seconde vérité. Enfin je dis que c'est le mauvais usage des richesses qui entrelient dans un cœur l'amour du plaisir, et qui fomente la concupiscence de la chair : troisième et dernière vérité. Appliquez-vous, mes chers auditeurs, à ces trois points de morale : l'homme du siècle injuste, parce qu'il veut acquérir les biens de la terre ; l'homme du siècle orgueilleux, parce qu'il possède les biens de la terre ; l'homme du siècle voluptueux, parce qu'il use mal des biens de la terre : trois caractères du riche mondain, qui vont partager ce discours. Mais à ces trois maux, quel remède ? celui même que négligea le mauvais riche, je veux dire l'aumône ; car il suffit de bien comprendre l'obligation de l'aumône pour être plus modéré dans le désir des richesses, plus humble dans la possession des richesses, plus saint dans l'usage des richesses. C'est tout le sujet de votre attention.