‹ Œuvres complètesChapitre 95 sur 183 · SUR LES RICHESSES · texte numérisé non relu

SUR LES RICHESSES

ViViti^ iMContosfnMo : Qui fenHnat ditarU non erit iiinoreui^; (|naiul on s'ompresso (1(^ s'ciiiicliir, on n'»sl point sans crime, an jnp^cMiicnt iiK^itic (lu nioiiilc, comment le serait-on ;\ celui de Dion ? Copoi niant, mes chers andilcnrs, telle est l'obsliiiaiion (In siiVle : ponrt^lre riche en pen de temps, on ahamlonne rirmocenco, on renonce ;\ la probité, on se dépouille môme de riunnanilé, on dévore la substance dn pauvre, on ruine la veuve et l'orphelin : et souvent, après cela, par une grossière hypocrisie, on devient, ou plutôt on se fait dévot ; comme si la dévotion et la réforme, siu'venant h l'injuslice sans la réparer, couvrait tout et sanctiliait tout. Faut-il s'étomier que le Fils de Dieu, envisageant Ions ces désordres, aitréprouvé les richesses dans son Evangile, et qu'il ne les ait plus simpliMient appelées richesses, mais richesses d'iniquité: mammona iniqttitatis^ ? Faut-il denianjcr pourquoi le Sage, éclairé des lumières de l'E-prit de Dieu, cherchait partout un homme juste qui n'eût point couru après l'or et l'argent ; pourquoi il le regardait comme un homme de miracles, voulant faire son éloge, et le canonisant dès cette vie ? Qtiis est hic^ et laudahimus eum ; fccit enim mirabiîia in vita sua 2. Mais, reprend saint Augustin, s'il est rare do trouver un homme assez juste pour ne s'être jamais laissé prendre à l'éclat de l'or et de l'argent, combien plus doil-il être, je ne dis pas dilticile, mais irapossible, qu'un houuTie se laisse prendreà l'éclat de l'or et de l'argent, et qu'il se mamtienne dans l'élat de justice ? Voulez-vous, homme du siècle, modérer cet injuste désir ? comprenez l'obligation de l'aumône. Comprenez, dis -je, que plus vous aurez, plus vous serez obligé de donner et de répandre ; qu'il faudra que vos aumônes croissent à proportion de vos revenus, etque c'est sur cette proportion que vous serczjugé. Ainsi raisonnait saint Bernard dans une de ses lettres ; car, disait ce Père, ou vous êtes riche et vous avez du superflu, et alors ce superflu n'est pas pour vous, mais pour les pauvres ; ou vous êtes dans une fortune médiocre, et alors que vous importe de chercher ce (jue vous ne pouvez garder ? Digtuitio tua,autdivesest, et débet facere quodprœceptum est ; uut adhuc tennis, et non débet quœrere quod eroga titra est. Quiconque sera bien convaincu de cette importante vérité, craindra plutôt d'acquérir des biens, qu'il ne les désirera. Acquisition des ricliesses, occasion d'injustice, vous l'avez vu. Possession des richesses, source d'orgueil ; c'est ce que vous allez voii- dans la seconde partie.

i Lut, XVI, 8. — » Ecdi., xxxi, 9,

DElIXlftMr PAnTIP,

Ce n'est pas sans raison que l'ApAfre, érnv.int h son disciple Timolliée, et lui apprenant h former les mœurs des premiers fidèles, parmi Ici autres maximes qu'il établissait, et dont il voulait qu'ils fussent instruits, lui rccoiumandail parlicidièrement d'onlonncr aux riches de ce monde de n'être point orgueilleux : Divilihus linjiis seculi prœcipc siiblimenon sapere '. Comme s'il luieût dit, selon l'explicatiou de saint Chr\ sostome : Rien de plus dangereux pour un chrétien que la possession des richesses ; et plût au Ciel (|ue la pauvreté évangélique fût le partage de tous ceux qui professent l'Evangile ! .Mais si, par un ordre d'en-haut, et par la disposition de la Providence, il arrive qu'il y ait des riches parmi nous, au moins parlez-leur en honune de Dieu ; et bien loin de les flatter sur le bonheur de leur état, obligez-les à s'humihcr et à trembler, dans la vue des malheurs qui les menacent et qu'ils ont à piévenir. 11 savait, ajoute saint Augustin, que l'esiirit du christianisme est essentiellement opposé à l'esprit d'orgueil ; et d'ailleurs il n'ignorait pas que l'esprit d'orgueil, sans un miracle, est comme inséparable des richesses. C'est pour cela qu'il employait avec tant de zèle l'autorité que Dieu lui avait donnée, pour soumettre les riches du siècle à cette sainte et divine loi, de n'avoir jamais des pensées trop hautes, et de ne pas abuser de leur condition au mépris de leur religion : Divitibus hujus seculi prœcipe sublime non sapere.

En effet, chrétiens, les richesses inspirent naturellement, surtout à un cœur vain et plein de lui-même, deux sentiments d'orgueil : le premier, à l'égard des hommes, au-dessus de qui il croit avoirdroit de s'élever ; le second, à l'égard de Dieu, qu'il ne connaît plus qu'à demi, et dont il semble qu'il ait secoué le joug. Orgueil envers les hommes, que nous appelons suffisance et fierté ; orgueil envers Dieu, qui dégénère en libertinage et en impiété ; l'un et l'autre, suite si naturelle de l'abondance et de la possession des biens, qu'il n'y a que la grâce de Jésus-Christ qui puisse nous en préserver.

Orgueil envers les hommes; car il suffit d'être riche pour tirer, quoique injustement, toutes ces conséquences avantageuses : qu'on n'a plus besoin de personne, qu'on doit tenir tout le monde dans la dépendance ; qu'on peut, sans obstacle et sans contradiction, se rendre délicat, impérieux, bizarre ; qu'on est au-dessus de la

»lTim., Ti, IT.

SKUMON POUR LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

censure, et, comme en pouvoir ilc faire impunément toutes choses ; qu'on est sur de l'approba; tion et 4e la louange, ou, pour mieux dire, de l'adulation et de la llalleric ; que, sans mérite, CTi ace qui lient lieu de tout mérite. Conséquences dont se laissent infatuer, non-seulement •es esprits populaires et bornés, mais les sages mêmes, et ceux qui, du reste, auraient de la solidité ; en sorte que les uns et les autres, éblouis de l'éclat qui les environne, et enivrés de leur fortune, se disent à eux-mêmes, aussi bien que le pharisien : Non sitm sicutcœteri homiutim 1 ; Je ne suis pas comme le reste des hommes, et le reste des hommes n'est pas comme moi. Reprenons, chrétiens, et mettons tout ceci dans un nouveau jour.

N'avoir besoin de personne, premier effet de l'opulence, et disposition prochaine et infaillible à mépriser tout le monde. Dans l'indépendance où se trouve le riche mondain, et dans l'état où le met sa fortune de se pouvoir passer du secours d'autrui, de l'amitié d'autrui, des grâces d'au- Irui, il ne considère plus que lui-même, et il ne vit plus que pour lui-même. Affabilité, douceur, patience, déférence, ce sont des noms cpi'il ne connaît point, parce qu'ils expriment des vertus dont il ne fait aucun usage, et sans lesquelles il a de quoi se soutenir. Qu'ai-je à faire de celui-ci, et que me reviendra-t-il d'avoir dcr, égards pour celui-là? Enflé qu'il est de ce senti/ncnt, il ne sait ce que c'cstque de céder, quede s abaisser, que de plier, dans des occasions néanmoins où la charité et la raison le demandent ; et, comme l'amour-propre est le seul ressort qui le lait agir, n'étant jamais humble par indigence et par nécessité, il ne l'est jamais par devoir et par piété.

Voir tout le monde dans la dépendance, c'est-ci-dirc se voir recherché de tout le monde, redouté de tout le monde, obéi de tout le monde, autre effet de la richesse ; et qu'y a-t-il de plus propre à entretenir la présomption d'une âme superbe ? On sait bien que l'humiliation d'un riche, s'il voulait se rendre justice, serait de penser quels sont ces serviteurs et ces amis prétendus dont il se glorifie ; amis, serviteurs que le seul intérêt conduit, et qui, s'altachant à sa fortune, n'ont souvent qu'un fonds de mépris et qu'une secrète haine pour sa personne. Mais l'orgueil, ingénieux j\ se tromper, ne laisse pas de profiter de cela même, se faisant, sinon une douceur, au moins une gloire, d'avoir sous ce nom d'amis beaucoup de mercenaires et beaucoup d'esclaves. S'il n'a pas de quoi se faire ai-

}LUC., XTÏU, 11,

mer, il a de quoi se faire craindre; et soit quon l'aime ou qu'on le haïsse, c'est toujours un sujet de complaisance pour lui de voir qu'on est intéressé à le ménager. Delà vient, dit le plus sage deshonnncs, Salomon (morale admirable et dont nous faisons à toute heure l'épreuve sensible), de là vient que le riche, par là même qu'il est riche, i)rétend avoir un titre pour devenir Ûcheux, de difficile abord, d'humeur inégale, chagrin quand il lui plail, impatient, colère; untitre pour rebuter les uns, pour choquer les autres, pour être à tous insupportable. S'il était pauvre, il n'aniait dans la bouche que des supplications et des prières, ce sont les termes de l'Ecriture ; mais parce qu'il est à son aise et qu'il a du bien, il ne parle qu'avec hauteur, et il ne répond qu'avec dureté : Ciim obsecraiionihus loqiietur, pauper dives effahitur rigide >.

Etre en pouvoir de tout cnlre[)rcndrc et de tout faire avec impunité, troisième effet de l'abondance pour quiconque sait s'en prévaloir. Car, où voit-on des riches, disait Salvien, déplorant les abus de son siècle ? et ne le puis-je pas dire comme lui, où voit-ondes riches passer par la rigueur des lois ? dans quel tribunal les puniton? quelle justice contre eux obtient-on, ou espère-t-on? quelle intégrité ne corrompent-ils pas? quels arrêts si justes et si sévères n'éludentils pas ? de quel mauvais pas, pour user de l'expression comnume, un riche criminel et scélérat ne se tire-t-il pas hautement et tète levée; et de quel crime si noir ne tromc-t-il pas n:oyen de se laver? Les lois sont pour les misérables, ajoutait le même Père; les châtiments, pour ceux à qui la pauvreté en pourrait déjà tenir lieu ;mais, pour les riches, il n'y a qu'indulgence, que connivence, que tolérance ; l'équité la plus inflexible et le droit le plus rigoureux se tournent pour eux en faveur. Or, voilà, reprend le prophète royal, ce qui les rend fiers et insolents, lis ne sentent jamais la pointe de la correction, et ils ne sont point châtiés comme les autres hommes. On ne les reprend point, on ne les confond point, on ne les condamne point ; et c'est pour cela que l'orgueil se saisit d'eux elles remplit : In laboribus liominum noti sunt, et cum liominibus non flagellabuntur ; ideo tenait eossuperbia"^.

Et comment ne seraient-ils pas au-dessus de la censure, puisque c'est assez qu'ils soient riches pour avoir, quoi qu'ils fassent, des approbateurs. Voulez-vous savoir un des giands privilèges des richesses? le voici, et vous l'allez apprendre de l'Ecclésiastique. Le pauvre paiie

) ProT., XTiii, 23.-3 Psalm.| uucii, 6.

SUR LES RICIIKSSES.

SS.i

atoc sa,c:osso, et h peine le soiiffre-t-on ; le riche pailo mal ;\ propos, et on ('(''Coiite avec res|)ecl ; etcoqu'ilavaiiceiruprudeiuineiitestélovi'îjusqiies oii\ mios, par les loiiaii{;es (pi'oii lui tloime: Vives locutiis est, et omiws tacucnuit, et verlnun illius mqut' ad nube^ perdurent^. Ses délatils sont (les i)orfections ; ses erreurs, des luuiiùres : on loue, dit ailleurs le Sainl-Ksprit, jusijucs aux (Ic^sirs de son coîur ; c'est-à-dire jusques ;\ ses passions, juscpies ù ses eniporlemiMils. Ce qne l'on blànie dans les autres est dans lui matière d'éloge et sujet de bénédiction : Qiioniam laudatur peccatorin desideriis aiiimœsuv, et iniquus benedicititr 2. Le texte hébraïque porte : Et divesbenedicitur. Or, qui pourrait résisler à un air aussi contagieux que celui de la flaltciie, quand on le respire sans cesse ? A force d'entendre que l'on est parlait, on se croit partait ; et i\ force de le croire, on devient, sans môme l'apercevoir, orgueilleux et vain. Pour peu sensé que fût le riche, il renoncerait à ce faux privilège; mais l'adulation qui le perd, en lui ôlant l'humilité, lui ôle même le bon sens, et lui fait préférer le mensonge à la plus solide de toutes les vérités, qui est la connaissance de soi-uiômc.

Enfin quiconque est riche est éminemment toutes choses, et sans mérite il a tout mérite. Il est noble sans naissance, savant sans étude, brave sans valeur ; il a la qualité, la probité, la prudence, l'habileté. Sans autre distinction que l'or et l'argent qu'il possède, il parvient aux honneurs. Par là il règne et il domine ; par là il est chéri des grands et adoré des petits ; par là il n'y a point d'alliance où il ne prétende, point de rival sur qui il ne l'emporte ; en un mot, parla il n'est exclu de rien, et se fait ouverture à tout. Ne serait-ce pas une espèce de prodige s'il savait alors se garantir de l'orgueil, et se tenir dans les bornes d'une modestie chrétienne ?

Cependant il n'en demeure pas là. L'orgueil envers les hommes est un degré pour s'élever jusques au mépris de Dieu, et la possession des Tichesses, qui devrait être pour le riche un sujet de reconnaissance envers Dieu, de qui il les a reçues, par la corruption de son cœur, le fait tomber dans une espèce d'idolâtrie et d'irréligion. Je n'exagère point quand je dis une espèce d'idolâtrie. Saint Paul, qui pensait et qui parlait juste, à force d'employer ce terme, en a fait sur la matière que je traite un terme non-seulement propre, mais consacré. Jamais cet apôtre de Jésus-Christ, dans le dénombrement des péchés, ne spécitie l'avarice, qu'il n'ajoute, pour la distinguer : Quœ est simulacroriim servitus 3 ;

'Eccli., xm, 23. — i Psalm., », 3, — 3 Coloss., ai, 5.

qui est un vrai culte d'idoles. VA pourquoi? parce qu'il était persuadé, dit saint CIn ysoslomc, ipie l'argent est le dieu du riche. Oui, son dieu, puiscju'il l'adore ; son dieu, puisqu'il espère en lui; son dieu, puis((u'il lui fait des sacrifices ; son dieu, puiscpi'il l'aime souverainement cl par-dessus tout. Ce n'est donc pas sans raison que la possession des biens de la tcrie, je dis à l'égard d'un avare qui en est possédé lui-même, est appelée par saijit Paul une idolâtrie : simulacrorum servitus. Idolâtrie de tous les tem[)s, idolâtrie de toutes les nations et de tous les peuples, idolâtrie la plus aveugle et la plus opiniâtre que Jésus-Christ ait eue à combattre et à détruire, dans son avènement au monde. Or, que fait l'idolâtrie dans un esprit ? Vous le savez, chrétiens : elle y ruine l'empire de Dieu ; elle y suscite une divinité étrangère qu'elle oi)pose à Dieu, qu'elle élève au-dessus de Dieu, qu'elle fut asseoir sur le trône de Dieu. Outrage qui passe la révolte, et qui va môme au-delà de l'apostasie, et jusques à l'insulte.

Voilà, mes chers auditeurs, ce que le prophète Osée a voulu nous faire comprendre dans ce fameux passage du douzième chapitre de sa prophétie. Remarquez ceci, c'est un des plus beaux traits de l'Ecriture. Ce prophète avait cent fois prêché aux juifs l'obligation de persévérer dans la foi de leurs pères ; et cent fois les juifs avaient méprisé ses remontrances. Mais un jour qu'il leur reprochait leur infidélité envers le Dieu d'Israël, le croiriez- vous ? un homme de la tribu d'Ephraïm lui répondit avec audace qu'il n'avait que faire du Dieu d'Israël, qu'il en avait choisi un autre plus à son gré, un autre dont le culte était plus conforme à ses inclinations ; et que ce nouveau dieu, c'était son argent, qu'il serait désormais sa divinité, et que, puisqu'il le rendait heureux, il ne voulait plus reconnaître que lui : Et dixitunus deEphraim : Verumtamen àives effectus suin; inveni idolum mihiK Pesez bien le sens de ces paroles. Je suis devenu riche, et, dans mes richesses, j'ai trouvé une idole pour moi. Comme s'il eût dit : Prophète, vous avez beau tonner, vous avez beau me menacer de la colère de votre Dieu, je ne vous écoute plus. Ce Dieu dont vous me parlez n'est plus le mien ; je me suis défait de lui; je ne l'invoque plus qu'en apparence ; je ne le crains, ni ne l'aime plus. Depuis que la fortune m'a donné de quoi avoir un dieu visible, qui m'appartient, et qui n'appartient qu'à moi seul, je renonce à tout autre dieu pour m'attacher à celui-là. Parlez à ceux qui croient au Dieu d'Abraham, ils vous

i Osée, XII, 9,

SERMON POUR LE JEUDI DE LA DEUXIÈiiiE SEMALNE

ob(^iront ; mais pour moi, je m'en tiens à mon idole : Verumtamen dives elfeclus siim ; inveni idoïinn mihi. Ahl chrtHiens, combien de fois ce scandale s'esl-il renouvelé dans le clihslianisnie? Tandis que les prédicateurs foulions leurs elTorts ponr persuader aux fidèles les vérilés évaiv^éliques, combien de riches s'élèveut secrèleuicnt contre eux ! Quoiqu'ils ne s'en expliquent pas comme cet impie et cet apostat, quel mépris des maximes de Dieu ne leur lait pas concevoir l'avarice qui les domiue ; cl, s'ils osaient produire leurs pensées, avec quel orgueil ne diraient-ils pas connne ce malheureux : Dives efjedus sum ; viveiii idolum mihi. Non, non, n'espérez pas de nous convertir par ^folre zèle ; quand vous parleriez le langage des proi)hètes, vous n'y réussirez jamais; nous sommes riches et dans la prospérité : avec cela, tous vos discours seront inutiles. Vous nous prêchez un Dieu, et nous en servons un autre ; le vôtre est le Dieu de la saiuleté et des vertus, et le nôtre est le dieu des richesses et de l'opuîence. Vous dites que ces deux divinités ne peuvent s'accorder ensemble ; et voilà pourquoi nous vous déclarons que vous ne gagnerez rien sur nous, parce que nous sommes déterminés à suivre celle que le monde adore et dont il dépend.

Ainsi, dis-je, s'exprimeraient tant de riches, s'ils voulaient nous découvrir leurs seutimenls ; mais, sans qu'ils nous les découvrent, leur conduite nous en répond, et no\is fait assez connaître les véritables dispositions de leur cœur. Parlons naturellement et sans figure. Qu'est-ce qu'un riche, dans l'usage du siècle? ne vous olïcnsez pas de ma proposition ; plus vous l'examinerez, et plus elle vous paraîtra vraie. Qu'estce qu'un riche enflé de sa fortune ? un homme, ou absolument sans religion, ou qui n'a que la suiiace de la religion, ou qui n'a que très-peu de religion ; un homme pour qui il semble que la loi de Dieu ne soit pas faite; un homme qui ne sait ce que c'est que de se contraindre pour s'assujettir aux observances de l'Eglise; un homme qui, sans autre raison que parce qu'il est riche, se dispense de tout ce qu'il lui plaît; un hommequi ne se soumet à la pénilence qu'autant qu'elle ne lui est point iiK ommode ; un homme pour qui les ministres mêmes de Jésus- Christ ont non-seulement des égards, mais de la crainte; un homine qui, jusque dans le tribunal de la confession, où il parait en posture de coupable, veut qu'on le respecte et qu'on le dislingue ; un homme qui accommode le culte de Dieu à ses erreurs et à ses goùls, au lieu de régler ses goûts, et de corriger ses erreurs par

la purct<^ du culte de Dieu : et tout cela fondé « sur son étal d'opulence qui l'enorgueillit.

Je ne prétends pas que tous les riches soient de ce carac.lère : à Dieu ne plaise que je leur fasse celle injure, ou plutôt que je la fasse h la Providence ! Dieu, dans toutes les conditions, parmi les riches aussi bien que parmi les pauvres, a ses prédestinés et ses élus. Mais je dis que la possession des richesses, sans une humilité héroïque qui lui serve de souverain préservatif, conduit là et aboutit là ; et n'est-ce pas assez pour saisir de Irayeur les riches même les plus chrétiens ? Que le pauvre, concluait le Saint-Esprit (instruction divine, et que je vous prie de vous appliquer, puisqu'elle est seule capable de remédier au désordre que je viens de combattre), que le pauvre se glorifie de sa véritable et solide élévation; et que le riche, au contraire, s'humilie, et fasse gloire de son humililé: Glorietur frater humilis in exaltatione sua, et dives in humilitate sua i. Voilà, riches du siècle, ce que vous devez aimer , ce que vous devez pratiquer; voilà, si vous êtes du nombre des élus de Dieu, ce qui vous doit sanctifier et ce qui vous doit sauver, savoir, Ihumililé de cœur : Et dives in humilitate sua. Vous m'en demandez un molif louchant, et tiré de votre condition même ? le voici dans les paroles suivantes iQuoniam velut (los fœni transibit"^; parce que, de même que la plus belle flem' se sèche et se flétrit, ainsi le riche avec toute sa splendeur passera, et passera bientôt : Ita et dvjes in ilineribus suis marcescet 3. Et je puis ajouter : parce que ces richesses que vous possédez ne sont pas proprement à vous; parce que vous n'en êtes, par rapport à Dieu, que les dépositaires et les dispensateurs; parce que vous devez lui en rendre compte un jour: parce qu'en vertu de l'obligation indispensable de l'aumône, vous en êtes redevables aux pauvres. Si le riche de notre Evangile eût été prévenu de ces sentiments, il eût bien regardé Lazare d'un autre œil; il l'eût respecté, il l'eût écoulé, il l'eût soulagé. Achevons ; et, après avoir vu comment l'acquisition des richesses est une occasion d'injustice, comment la possession des richesses est une source d'orgueil, voyons comment l'usage des richesses est un principe de corruption; c'est la troisième partie.

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