‹ Œuvres completesChapitre 107 sur 141 · Nous avons déjà vu ce nom · texte numérisé non relu

Nous avons déjà vu ce nom

I’ius enfumé qu’un vieux jambon Uu le bœuf salé de Pitre.

Le marquis de Marigny-Mallenoé se nommoit Pierre - Peut etie est-ce lui que ce nom désigne. * t

Qui de vray gros me ravira le titre,

Et l’effectif, l’aymable Saint- Laurens 4,

Pareils en mœurs , en taille differens,

Que je chéris , que j’estime , que j’ayme ,

Et l’un et l’autre, à l’esgal de moy mesme ,

Par friandise en lecherent leurs doigts ,

Et ta sahté s’y but plus d’une fois.

Sois donc soigneux de satisfaire aux masses Que tes amis font à tes bonnes grâces,

En attendant que j’aille quelque jour Choquer le verre en ton noble séjour ;

Car je veux joindre, auprès de ta cuvette,

Le vin de Grave aux huistres de gravette ;

Je veux enfin voir ton quay spacieux,

Ton large fleuve aux bords délicieux ,

Ton beau chasteau, ton grand port de la Lune Qui pour couronne a mainte riche hune ,

Ta belle ville où mon corps ne fut onc ,

Tes capdebious1 2 qui dardent un : Et donc!

Roullent les yeux, s’embaument les moustaches D’oignons et d’aux en guise de pistaches ,

S’arment le flanc de quinze pieds de fer A chaque pas font tressaillir l’enfer,

Morguent le ciel et, haussant les espaules,

Semblent tous seuls estre l’appuy des Gaules ,

Et d’un regard, d’un penser seulement,

Devoir remplir la mort d’estonnement.

Mais sçais-tu bien, de ces beaux morte-payes Ne pense pas m’aller faire deux hayes

1. Saint-Laurent a fait précéder d’un avant-propos de 4 pages la première édition des Chevilles de maître Adam , Paris, Quinet, i644> in-4. — Voy. Daniel de Cosnac, Mm0m?.?,passim.

2. Les vers qui suivent rappellent les matamores si plaisamment mis en scène par Corneille et par Cyrano de Bergerac.

Epistre.

Pour recevoir mon illustre embonpoint;

Son gras honneur n’en veut ny peu ny point. Armes à part, je crains la salve en diable; Quelque estourdy, cuidant m estre agréable , Pourroit d’un coup me noircir le museau,

Ou de ma vie achever le fuseau ,

Et puis après croiroit en estre quitte Pour s’escrier d’une voix interdite :

Perdon , quauqu’autre a cargat lou mousquet 1 ; Et cependant j’aurois eu mon paquet.

Fay mieux , Baron, fay que de ta cuisine La batterie effrayant la lésiné ,

Sorte en parade au devant du bon Gros ;

Fay qu’un chacun se saisisse de bros,

De poislons clairs, de lechefrites noires,

De pots , de grils , de broches , de lardoires ,

Et d’instrumens qui sur un air connu Chantent tout doux: Tu sois le bien venu! Ordonne encor, pour accomplir la feste ,

Que ton Champagne un tel morceau m’apreste Qu’estoit celui dont avecques splendeur,

Ma muse a peint et le goust et l’odeur,

Et sur lequel, sous le tan qui la pique,

Elie a pensé faire un poeme epique ,

Car, en sa fougue, et qui la pousseroit,

Sur un ciron un livre elle feroit.

C’est trop ; adieu, je te baise les pattes Dont, plein de soins, bien souvent tu te grattes, Depuis le jour qu’embrené d’Espagnols ,

Mis dans ta cage ainsi que rossignols ,

Tu fais le guet et voy ta bource en peine De leur fournir, non d’eau pure ou de greine , Mais du meilleur que Bacchus et Cérès

i. Pardon , quelqu’autre a chargé le mousquet.

Facent tirer des monts et des guerets,

Souffre qu’icy le cher et gris Poyane1,

Qui point n’en dort du vespre à la diane,

Soit de ma part salué comme il faut;

Et si ma plume ose voler plus haut,

Si le bon-heur quelque chemin t’en fraye,

Présente au duc, au noble sainct de Blaye2,

Pour ton varlet, cent fois plus d’humbles vœux Que sur ma teste on ne voit de cheveux ;

Puis à la fin, m’applaudissant en prose,

Dy qu’il fait bon me donner quelque chose ;

Prens en gré l’œuvre , et j’espere qu’en vers Ton nom, parmoy, vivra jusqu’aux pois vers.

1. Ce personnage nous est connu par sa mère, sans doute , vrai gendarme, dit Tallemant, qui battit un jour Mlle du Tillet, belle-sœur du président Séguier. Cette lutte a inspiré à Sigogne sa pièce du Combat d'Ursine et Perrette , dans la ae partie du Cabinet satyrique. Motin a fait à cette pièce une réponse qui figure à la suite.

2. Le duc de Saint-Simon étoit alors gouverneur du château de Blaye. C’est sans doute à lui que Saint-Amant fait présenter ses vœux.

uand je la voy, cette gorge yvoirine'

Où l’oyseau-dieu souvent se va nicher.

Comme un goilan qui sur quelque rocher Fait ses petits au bord de la marine;

Quand je la voy, cette main qui burine D un trait aigu ce nom qui m’est si cher.

Dessus mon cœur, j’ars 4, ainsi qu’un buscher,

D un feu qui plaist à ma gente Corine.

Son poil , son œil , son tant aymable vis 2 Accompagné d’un gracieux devis ,

Plonge mes sens dans un doux fleuve d’aise;

Et quand je songe à tout le demeurant Que sous sa robe en mon ame je baise , / De trop d’amour j’expire en soupirant.

i. Je brûle, a. Visage.

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