‹ Œuvres completesChapitre 11 sur 141 · L’ANDROMEDE · texte numérisé non relu

L’ANDROMEDE

A Monseigneur, frère unique du Roy*.

pris d’une ardeur nouvelle De inonder jusqu’au sommet Où la Muse qui m’appelle La guirlande me promet,

Il me plaist que mon genie,

Dans cette douce manie,

Chante aujourd’huy pour les dieux La fable presque estouffée De la fille de Cephée ,

Qui luit maintenant aux cieux.

Digne frère d’un monarque Dont les armes et les lois Sauvent des mains de la Parque L’honneur du sceptre gaulois ;

Noble sujet de l’histoire ,

Grand héros , de qui la gloire

1. Sans parler de Y Andromède de Racan, ou de la tragédie à machines de P. Corneille (i65o),jeciterai, dans les Tapisseries et peintures poétiques du P. Lemoine , une pièce sur le même sujet (V. la notice sur Saint-Amant).

2. Il s’agit ici de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII. Le titre habituel du frère du roi, c’est Monsieur. On appeloit Monseigneur, absolument, le Dauphin ou fils aîné du roi.

L’Andromède.

N’entrera point au cercueil.

Et par qui dans cet empire La vertu seule respire L’air d’un gracieux accueil ;

Prince, à qui les destinées Ont tissu de filets d’or Les plus illustres années Pont le temps face thresor,

En attendant que ma plume Dans un précieux volume Vous monstre à tout l’univers ,

D’une faveur nompareille,

Grand Gaston , prestez l’oreille Aux doux accens de ces vers.

Le jeune et vaillant Persée,

Aussi viste qu’un esclair,

D’une aile au vent balancée Fendoit le vague de l’air ,

Lorsque la triste Andromède ,

Sans espoir d’aucun remede A la mort qu’elle attendoit ,

Se descouvrit à sa veue D’autant de beautez pourveue Que sa mère en pretendoit.

Là , pour expier le crime Qu’un autre avoit perpétré ,

Et que jamais on n’exprime Qu’on n’en ait le cœur outré , .

Cette vierge infortunée ,

Au pied d’un roc enchaisnée ,

Offroit son corps à Thetis ,

Et devoit, sans cet Alcide,

Saouler d’un monstre homicide Les furieux appetis.

46 L’Andromede.

Ses parens , un peu loing d’elle , De longs cris perçans les cieux , D’une passion fidelle Demandoient secours aux dieux; Et voyans , à leur priere ,

Par cette vaste carrière Ce hardy prince voler,

Croyoient que ce fust Mercure Qui fendist la nue obscure Pour les venir consoler.

Aux charmes de ce visage ,

Où deux astres esclattoient,

Il pensa perdre l’usage Des plumes qui le portoient;

Et peu s’en fallut que l’onde.

D’une œillade vagabonde Contemplant cet amoureux ,

Ne luy vist , comme un Icare , Noyer en son sein barbare Ses désirs trop genereux.

Enfin , r’appellant son ame De ce long ravissement ,

Devers l’objet qui l'enllâme Il s’abbaisse doucement;

Puis , imprimant sur l’areine D’une allure autre qu’humaine La distance de ses pas ,

Plein de respect il s’approche De l’impitoyable roche où r on voyoit tant d’appas.

Ce chef-d’œuvre de nature,

Ce miroir de chasteté ,

Qui mesme en cette posture Observoit l’honnesteté ;

L’Andromede.

Cette innocente victime ,

Qu’un oracle illégitime Vouoit à ce triste sort,

Eut soudain , à sa venue ,

Plus de honte d’estre nue Que de crainte de la mort.

Aussi la pudeur atteste Que , sans ses fers inhumains , Sur son visage modeste Elle auroit porté les mains,

Et qu’à l’heure on vit les roses En ce beau visage escloses Prendre la place des lis,

Qui, sous cette aymable honte , Dont l’honneur fait tant de conte , Furent presque ensevelis.

Cette pudeur virginale ,

Luy rendant le teint pareil A la clarté matinale Qui devance le soleil ,

Jointe aux pitoyables charmes De son poil baigné des larmes Qu’on luy voyoit espancher , Garda quelle ne fut prise Par ce beau nepveu d’Acrise,

En tel lieu , pour un rocher.

Il est bien vray que sans peine Il auroit pu desjà mieux Sortir d’une erreur si vaine Par les rayons de ses yeux ;

Mais , quoy qu’ils fissent paroistre, Ne pouvoit-ce pas bien estre Quelques diamants aussi ,

Qui sur la roche natale

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