L’HYVER DES ALPES
SONNET
es atomes de feu qui sur la neige brillent,
Ces estincelles d’or, d’azur et de cristal Dont l’hyver, au soleil, d’un lustre oriental Pare ses cheveux blancs queles vents esparpillent;
Ce beau cottondu cieldequoy les monts s’habillent,
Ce pavé transparant fait du second métal1,
Et cet air net et sain , propre à l'esprit vital ,
Sont si doux à mes yeux que d’aise ils en pétillent.
Cette saison me plaist , j’en ayme la froideur ;
) Sa robbe d’innocence et de pure candeur Couvre en quelque façon les crimes de la terre.
Aussi l’Olympien la void d’un front humain ;
Sa collere l'espargne , et jamais le tonnerre Pour desoler ses jours ne partit de sa main.
x. L’argent. L’âge d’or fut suivi de l’âge d’argent.
3fl4
ODE HEROÏ-COMIQUE
Pour Monseigneur le Prince, lors Duc d'Anguien Son Altesse s'en retournant commander l’armée ’ d’A llemagne , l'an i645 i.
uis que le brave duc d’axgüien 2 Retourne encore en Allemagne Nous 1 allons voir en moins de rien Monter plus haut que Charlemagne.
11 a desjà fait des explois Qui volent par toute la terre,
Et dans l’honneur des beaux emplois Il brille en fier astre de guerre.
Rocroy 3 la veu le glaive en main ,
Grand de cœur, d’adresse et de taille ,
F aire eny vrer de sang humain Le champ caché sous la bataille.
Vnl 1 , felt UnG très Iongue épître sur le même sujet,
oy. aussi les Vers héroïques du sieur Tristan l’Hermite
2*t, en 1621 » le Prince de Coudé avoit alors vinct-cina
p";, enT^e! n°m de dUC d’Enghien la “ s°n
de Mdo alIa assiéger Rocroy (x643) avec une très belle armée ; mais , ayant déclaré un certain jeune sei-
fiinaEagTnaPPele/AlbUqUerqUe’ g6neraI de la cavalerie, iurvcnn«PpU (cette armée), que, les François estant
ui venus, elle ne voulut pas faire son devoir, mais prit la fuite,
Ode heroi-comique.
Tel qu’on voit un torrent forcer Ce qui s’offre à ses eaux rapides ,
Tel on 1' ’a veu rompre et percer Cent gros de reistres intrépides.
On l’a veu , comblant tout d’effroy Par sa fureur jeune et guerriere ,
Ouvrir aux triomphes d’un roy L'honorable et longue carrière.
On a veu ce prince hardy Faire en ce lieu plus de ravages Que tous les lions du Midy N’en font en leurs plaines sauvages.
La terreur, l’audace et la mort ,
Y marchoient devant la victoire ;
Sa seule teste en fît le sort,
Et son seul bras en fut la gloire.
Fontaines, le vaillant goutteux1,
Afin de périr à son aise ,
tellement que toute l'infanterie fut défaite par le duc d’Anguien, maintenant prince de Condé. » (Parival, Hist. de ce siècle de fer , p. 417*) — Ce récit, peu flatteur pour le vainqueur, est contredit, on le sait, par Bossuet, dans l’oraison funèbre du prince, son ami. Selon lui , Condé auroit dormi la veille de la bataille; mais les nuits suivantes, selon La Calprenède, il les auroit consacrées à la lecture de Cassandre : a Mon precedent ouvrage doit sa plus grande réputation au bonheur qu’il a eu de vous divertir. On vous a veu plusieurs fois passer des heures dans la tranchée avec un volume de Cassandre , et vous avez donné à sa lecture une partie des nuits qui ont succédé a ces grandes journées que vous avez rendues fameuses par vos victoires. » (La Calprenède au duc d’Anguien , Epître dédicaloire en tête de la Cléopâtre, ire partie, i653.) — Yoy. aussi Voiture, lettre CXL.
x. Le marquis de Fuentès ou Fontaines, qui se fit porter en
Ode heroi-comique.
Loin de Melo 1 , lasche et honteux ,
Y rendit lame dans sa chaise.
? Albuquerque , au front des chevaux , S en sauva plus viste qu’un lievre,
Et, fatigué de ses travaux ,
Six mois après en eut la fievre.
Cependant l’illustre Bourbon De qui je veux estre l’Orphée ,
Sur la bouteille et le jambon En ordonna le beau trophée.
, Puis> Pour recueillir l’ample fruit 'D’un coup d’essay si profitable,
Il s en alla, sans faire bruit ,
Assiéger un mur indontable.
Battre le fer tant qu’il est chaud Est un des points de sa science ,
Et son courage noble et haut Brusle tousjours d’impatience.
U connoist qu’un moment perdu Ruine toute une entreprise ,
Et qu au seul temps est souvent dû L’honneur de mainte belle prise.
Aussi que n a-t’il pas fait voir Par son ardente prontitude !
Mainte cité le peut sçavoir,
Et c est de Mars la fine estude.
ltkla! ?p assist^maiade à la bataille. Bossuet lui-mêrne fa I eloge de ce noble adversaire.
. x; Don Lrancisco de Melos « fut tellement decredité dit P; rival, que le roy fut contraint de le rappeler. » *
Ode hero j-comiqüe.
Thyonville1, après le combat,
Fut investy, fut pris au piege,
Et jamais horrible sabat N’effraya l’air comme en ce siégé.
Le fer que le bronze vomit En globes bastards de la foudre Tonna si fort qu’en bref il mit Les roches de l’enceinte en poudre.
La Mozelle en eut des frissons Dessous sa liquide simarre,
Et les oyseaux et les poissons Firent gile à ce tintamarre.
Enfin on heurta tant de coups Et re-heurta de telle sorte,
Qu’on vit la clef tourner pour nous Et d’elle-mesme ouvrir la porte.
Nostre vainqueur entra dedans.
D’un air triomfant et superbe ,
Sur un grand barbe aux yeux ardans , Qui trespignoit sans gaster l’herbe.
L’or remasché de son beau frain S’argentoit d’une fresche escume ;
Il prestoit l’oreille à l’airain Et hannissoit sous mainte plume.
Il sembloit des-jà présager De Fribourg2 3 la haute avanture ,
i. Thionville fut pris à la suite de la bataille de Rocroy. —
Voiture adresse sa CXLIVe lettre au marquis de Pisani, qui avoit perdu au jeu, pendant le siège de cette place, tout son argent et son équipage de guerre.