‹ Œuvres completesChapitre 128 sur 141 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

j omrne il est de la puissance des roys d’ennoblir j (IUIConque il leur plaist de leurs sujets , ainsi a-t’il , plu à Appolon, roy du Parnasse, d’ennoblir le pau- — - — ' vie petit Triolet, pour avoir chanté en sapresence sur le theatre d’Helicon, quelque chose au dessus de sa portée ordinaire. Mais , comme les gentilshommes ont leurs lacquais qui les devancent ou qui les suivent , ainsi ces nouveaux nobles que je te donne ont-ils les leurs, et tu les verras accompagnez de quelques uns de leurs parcns mesmes , qui ne peuvent prétendre à leur qualité, parceque je ne l’ay pas voulu ou que la matière ne l’a pas requis. Ce nom de Triolet leur a esté donné, à ce que je pense, tant à cause qu’ils se chantoyent à trois , à la maniéré des vieux trios de nostre scene comique qu’à cause du vers qui s’y repette par trois fois et des trois rimes qui en composent le milieu. C’est un jeu de la Muse où il y a des tours de souplesse et de passe-passe qui ne sont pas tant faciles à faire qu’on s’iinagineroit bien , pourveu que l’on y garde l’ordre que j’ay observé en ceux-cy , je veux dire qu’il y ait tousjours un sens contenu et achevé dans chaque triolet sans les répétitions, qu’elles y r’entrent de bonne grâce par quelque mot, et qu’elles n’y soient ny absolument necessaires ny absolument inutiles ; autrement, il n’y a ny gentillesse ny esprit, et j’en dirois bien davantage si le sujet en valoit la peine. Au reste , dans cette histoire trioletique de ce qui s’est passé à Paris durant ces mouvemens, où l’indisposition m’avoit réduit à une neutralité forcée «, tantost c’est moy qui

de Paris?il ditS°nnet * M* de Bruslon~Deageant. à propos du blocus

Encor, si j estois sain, je prendrois un espieu;

Mais je languis d un mal qui l’os me cautérisé.

Au Lecteur. 443

parle , tantost c’est le tiers et le quart , tantost c’est le bourgeois qui dit de bons mots à sa mode , tantost il y a quelque suite » et tantost il n’y en a point du tout. Que si , contre mon dessein , il s’y estoit glissé quelque heresie d’Estat, je la desavoue ; je suis tout prest de m’en retracter, et me sousmets ingénument à la censure de ceux qui en sont les justes et véritables correcteurs. Adieu.

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