Bacon , vieux mot qui signifie du lard fumé
Triolets.
Un pain qui couste deux escus !
Ha! ma foy, c’est un mauvais ordre.
La peste creve le blocus !
Un pain qui couste deux escus !
Recompensons-nous surBacchus,
Puis qu’à Cerès on n'ose mordre.
Un pain qui couste deux escus !
Ha! ma foy, c’est un mauvais ordre.
Dès qu’il vient du grain au marché , Il est aussy-tost invisible ;
Pour le grand tout est ensaché Dès qu'il vient du grain au marché ; Et, comme à tout autre péché,
A l’uzure tout est loisible ,
Dès qu’il vient du grain au marché ,
Il est aussy-tost invisible.
Les commissaires des quartiers Ont part à la regraterie ;
Ils font leur bourse des setiers,
Les commissaires des quartiers ;
Les orfèvres sont leurs pintiers ;
Ils ont de bonne argenterie.
Les commissaires des quartiers Ont part à la regraterie.
Quelque chose qu’on m'en eust dit, Je n’aurois jamais creu ce siégé ;
Mon cœur en est tout interdit ,
Quelque chose qu’on m’en eust dit.
Je n’y donnois point de crédit ; Cependant je suis pris aupiege.
Quelque chose qu’on m’en eust dit,
Je n’aurois jamais creu ce siégé.
Si j’avois esté bon devin
Les nobles
J’eusse bien-tost plié bagage ;
Je humerois l’air poitevin Si j’avois esté bon devin,
Et, pour avoir et pain et vin,
Mes gregues n’yroientpas en gage.
Si j'avois esté bon devin J’eusse bien-tost plié bagage.
Ce gouverneur que j’ayme tant Au point du jour troussa ses quilles ; Il ne me put voir en partant,
Ce gouverneur que j’ayme tant;
Or près de l’onde , au sein flottant,
Je croy qu’il cherche des coquilles.
Ce gouverneur que j’ayme tant Au point du jour troussa ses quilles.
Le diable emporte les tambours Qui m’estourdissent la cervelle !
Dans la ville et dans les fauxbours,
Le diable emporte les tambours î Ces maraux font tout à rebours Avec leur main sotte et nouvelle.
Le diable emporte les tambours Qui m’estourdissent la cervelle !
Ouy, je voudrois estre au Japon Quand j ’entens tout ce tintamarre ;
Ce n’est pas parler en fripon,
Ouy, je voudrois estre au Japon.
Mon hoste en renasque en jupon ,
Et sa femme en hurle en simarre.
Ouy, je voudrois estre au Japon Quand j’entens tout ce tintamare.
Au lieu de prier à l’autel,
On caquette à langue affilée ;
Triolets.
On chapitre monsieur un tel Au lieu de prier à l’autel ;
Et de ce temps aspre et mortel Chascune dit sa râtelée.
Au lieu de prier à l’autel ,
On caquette à langue affilée.
Le cas se met sur le tapis Dès que deux badauts sont ensemble ;
Soyent debout ou soyent accroupis ,
Le cas se met sur le tapis ;
L’un dit : Tant mieux; l'autre : Tant pis;
Et moyje dy ce qu’il me semble.
Le cas se met sur le tapis Dès que deux badauts sont ensemble.
L’espoir nous en est donc osté1 De la foire et de ses négoces !
On perdra donc cette beauté !
L’espoir nous en est donc osté !
Et l'on verra d’un seul costé Charlatans et bestes feroces !
L’espoir nous en est donc osté De la foire et de ses négoces !
i . La foire Saint-Germain ouvroit le 3 février et duroit jusqu’au dimanche des Rameaux. Elle se tenoit sous des halles que l’on pourrait comparer aux halles actuelles du Temple ; dans l’enceinte se trouvoient deux rues tirées au cordeau qui se coupoient à angle droit et la partageoient en vingt-quatre parties. Ces allées étoient garnies de marchands de toutes sortes d’objets, excepté de livres et d’armes. La foire étoit franche, et les marchands du dehors, comme les marchands de l’intérieur, même qui n’étoient pas maîtres , y étoient reçus. Dames et gentilshommes s’y rendoient à l’envi , et l’on s’y faisoit des cadeaux. Yoy. les Mémoires de Mlle de Montpensier, et le Roman bourgeois (Bibliothèque elzevirienne).
Les nobles
Chacun se trouve pris sans vert En cette estrange conjoncture.
De Janus le temple est ouvert ; Chacun se trouve pris sans vert.
C’est jouer à qui gaigne pert Exposant tout à l’adventure.
Chacun se trouve pris sans vert En cette estrange conjoncture.
Les partisans sont estonnez., Ainsy que des fondeurs de cloches; De se voir par tout mal-menez Les partisans sont estonnez ;
A bon droit , ils sont condamnez De rendre gorge par les poches.
Les partisans sont estonnez Ainsi que des fondeurs de cloches.
Pour m’eriger en amiral,
J’entens en amiral d’eau douce , L’ordre a bien esté liberal Pour m’eriger en amiral.
J en rendrois grâce au general ;
Mais on n’a pas joué du pouce Pour m’eriger en amiral ,
J’entens en amiral d’eau douce.
11 se voit en ce regne-cy Bien des sottises d’importance !
J’en suis tout confus et transy;
Il se voit en ce regne-cy,
Maistre Destin le veut ainsy Pour exercer dame Constance,
Il se voit en ce regne-cy Bien des sottises d’importance.
Que n’en disent les estrangers
Triolets. 45 1
De nostre horrible tripotage ?
Se peut-il voir plus de dangers Que n’en disent les estrangers ?
Ha ! François ! Ha ! monstres légers!
Mais n en disons pas davantage Que n’en disent les estrangers De nostre horrible tripotage.
Aux armes, ô pauvres bourgeois !
On trouve cent sujets de larmes;
On meurt de froid au bout des doigts:
Aux armes , ô pauvres bourgeois !
Et Mars mesme, en son propre mois,
Met par force la main aux armes.
Aux armes, ô pauvres bourgeois!
On trouve cent sujets de larmes.
Par la mort de nos bons soudars Nostre party souffre une injure;
Nous replions nos estendars Par la mort de nos bons soudars;
Mais fussions-nous percez de dars ,
Il ne faut pas pourtant qu’on jure :
Par la mort de nos bons soudars Nostre party souffre une injure.
Lors que l’on parle de Clanleu1,
Chascun aux plaintes je convie :
Quelle pitié de dire feu Lors que l’on parle de Clanleu !
Il perdit la main et le jeu,
Et je voudrois perdre la vie.
1. Le marquis de Clanleu périt lors de l’attaque de Charenton par le prince de Condé, qui alors soutenoit le parti de Mazarin. — Yoy. les détails dans les Mém. de Retz , 1, 3o3, éd. de Genève.
Les nobles
Lors que l’on parle de Clanleu ,
Chascun aux plaintes je convie.
La fin du brave Chastillon 1 A mon grand regret nous en paye ;
Elle est dure à maint bataillon La fin du brave Chastillon ,
Et sa belle, en noir cotillon2,
La pleure à Saint-Germain-en-Laye.
La fin du brave Chastillon A mon grand regret nous en paye.
Cette rare et triste beauté Au desespoir s’en abandonne ;
Elle en est dans l’impiete Cette rare et triste beauté ,
Et non plus qu’au sort detesté A soy-mesme elle ne pardonne.
Cette rare et triste beauté Au desespoir s’en abandonne.
Pardonne-moy pourtant, lecteur,
Si contre mes réglés je peche ;
Ces vers sentent le grave autheur,
Pardonne moy pourtant, lecteur.
1. Le duc de Châtillon, qui combattait dans l’armée de Coudé , fut tué à ce même combat de Charenton. En lui s’éteignit la branche aînée de Coligny. — 9 février 1649.
2. La duchesse de Châtillon étoit belle comme un ange, disent les Mémoires de Mademoiselle , qui lui est assez peu favorable. Après la mort de son mari , elle fit la coquette avec le prince de Lorraine, qui la dédaigna. On trouve son portrait par elle-même à la fin des Mémoires de Mademoiselle , Maestricht, 1776, t. 8 , p. 302. Elle se donne un singulier éloge : « On ne peut pas, dit-elle, avoir la jambe ni la cuisse mieux faite que je l’ai , ni le pied mieux tourné. »
Triolets.
Je suis un habile docteur,
A mon propre mur je fay breche.
Pardonne -moy pourtant, lecteur,
Si contre mes réglés je peche.
Je n’offence ny Dieu , ny roy.
Car devant eux je m’humilie ;
Peu le diront, comme je croy.
Je n’offence ny Dieu, ny roy;
Je suis sage en despit de moy Au beau milieu de ma folie ;
Je n’offence ny Dieu, ny ro y,
Car devant eux je m’humilie.
Je ne me vante point ycy D’estre homme, et grec, et philosophe ;
Quoy que plein d'un noble soucy,
Je ne me vante point ycy;
Je me connoy bien , Dieu mercy :
Si je ne suis de bonne estoffe,
Je ne me vante point ycy
D’estre homme, et grec, et philosophe.
Qu’un chascun l’imite en ses pas ,
Le digne prélat de Corinthe1 ;
Bien que chez luy plus de repas ,
Qu’un chascun l’imite en ses pas ;
Son fil ne nous manquera pas Pour sortir de ce labyrinthe.
Qu’un chascun l’imite en ses pas,
Le digne prélat de Corinthe.
Si l’hyver nous estoit plus dous ,
L’estât courroit bien plus de risque ;
i. Le cardinal de Retz. Saint-Amant s’étoit attaché à lui comme à toute sa famille.
Les nobles
Leopolde 1 fondroit sur nous Si l’hy ver nous estoit plus dous ,
Ou du moins , nous tastant le pous ,
Sur un fort il prendroit sa bisque.
Si l’hyver nous estoit plus dous ,
L’estât courroit bien plus de risque.
La neige conserve les lys,
Leur blancheur commune la touche ;
En nos jardins ensevelis La neige conserve les lys;
Ils n’en seront pas moins jolis.
J’en ay tousjours ces mots en bouche:
La neige conserve les lys ,
Leur blancheur commune la touche.
Courage ! voycy des convois 2 Et de la Beauce , et de la Brie !
Cela tonne de vois en vois.
Courage ! voycy des convois !
Voisin , compere , tu le vois ,
Enfin le bon Dieu nous abrie.
Courage ! voycy des convois Et de la Beauce , et de la Brie !
Il vient avecques force veaux ,
Force asnes chargez de farine ,
Des choux , des oignons , des naveaux ;
Il vient avecques force veaux.
Ce nous seront des fruits nouveaux ,
Dit une bonne pelerine.
i. L’archiduc Léopold, généralissime de l’armée des Impériaux depuis 1640.
■2. La Gazette burlesque de la guerre de Paris donne à chaque page des détails sur ces convois sans cesse attaqués, disputés, p ris et renris.
Triolets.
II vient avecques force veaux ,
Force asnes chargez de farine.
On voit entrer de toutes pars Quantité de bestes à corne;
Porcs et moutons , aux champs espars , On voit entrer de toutes pars ;
On en dance sur nos rempars.
Il ne faut donc plus estre morne :
On voit entrer de toutes pars Quantité de bestes à corne.
Le capitaine , en les voyant ,
Saute et rit sous son beau pennache ;
Il en a l’œil tout flamboyant.
Le capitaine , en les voyant ,
Est d’un appétit foudroyant;
Il dit : Bon . bon pour ma ganache.
Le capitaine, en les voyant,
Saute et rit sous son beau pennache.
Les braves Normans sont pour nous , Ils ne s’en veulent point desdire ;
Ne craignons plus tigres ny lous ,
Les braves Normans sont pour nous.
On en boira du sidre dous A la grandeur de nostre sire.
Les braves Normans sont pour nous ,
Ils ne s’en veulent point desdire.
Les rares chansons du Pont-Neuf Espousentles rares libelles.
On les oit entre huit et neuf,
Les rares chansons du Pont-Neuf;
Leur papier est moins blanc qu’un œuf, Mais mon laquais les trouve belles.
Les nobles
Les rares chansons du Pont-Neuf Espousent les rares libelles.
Pour maintenir sa liberté,
Paris souffre ses propres chaisnes;
Il se porte à l’extremité Pour maintenir sa liberté ;
Et, respectant la Majesté ,
A sa bouche il lasche les resnes.
Pour maintenir sa liberté ,
Paris souffre ses propres chaisnes.
Par ce juste et sage moyen Aux Masaniels 4 on fait la nique Le chanoine ronfle en doyen Par ce juste et sage moyen ;
Et chez le riche citoyen On berne la terreur panique ;
Par ce juste et sage moyen Aux Masaniels on fait la nique.
Quand on amene un espion 2,
On croit avoir fait des merveilles ;
On dit : Le vaillant champion !
Quand on amene un espion;
C’est donner eschec d’un pion ,
(/est mériter mille bouteilles.
Quand on amene un espion,
On croit avoir fait des merveilles.
Un courrier d'Espagne est venu1 2 3,
1. Masaniels, à cause de Masanielo, autlieur des premiers mouvemens de Naples. (S.-A.)
2. La plus importante de ces arrestations fut celle du partisan La Rallière , 26 janvier. — Voy. Gazette burlesque.