LA PLUYE
A Monsieur DeslaNdes-Paten1 co ...
en la cour de Parlement de Paris.
' n^n > haute Providence Qui gouverne à son gré le temps, Travaillant à nostre abondance, Rendra les laboureurs contens.
J>us , que tout le monde s’enfuye !
~ voy d e loi n g v e ni r la pluye ,
Le ciel est noir dèlibut en Bout,
Et ses influences bénignes Vont tant verser d’eau sur les vignes Que nous n’en boirons point du tout.
L’ardeur grilloit toutes les herbes,, tel les voyoit consumer
Pierre Payen-Deslandes fut le 4qe urienr dp iQ ri •.< dans le Nivernois. Il succéda luiiilt d® Ia Chante
frère de Richelieu. Il mourut en 4 ’ CardînaI dc L5™ faveur de Jacques Martineau d’Hornot’ iCenTesl *
PS - rnsTa Frit 1, Pari— d
dre aux cardinaux déf“
non fut suivie de l’arrêt qui
ïïïs la ~ Sr (tu™se APt“’ rlitées par®i F-d- w",!
«**" et t grands ““ ^
La Pluye. 93
Qui n’eust pas creu tirer des gerbes Assez de grain pour en semer ;
Bref, la terre en cette contrée ,
D’une beante soif outrée ,
N’avoit souffert rien de pareil Depuis qu’une audace trop vaine Porta le beau fils de Climene Sur le brillant char du Soleil.
Mais les dieux , mettant bas les armes Que leur font prendre nos pechez ,
Veulent témoigner par des larmes Que les nostres les ont touchez.
Déjà l’humide Iris estale Son beau demv-cercle d’opale
Dedans le vague champ de l’air,
Et, pressant mainte épaisse nue,
Fait obscurcir à sa venue Le temps qui se monstroit si clair.
Ces pauvres sources épuisées Qui ne couloient plus qu’en langueur,
En tressaillent comme fusées D’une incomparable vigueur;
Je pense , à les voir si hautaines ,
Que les eaux de mille fontaines Ont ramassé dedans ces lieux Ce qui leur restoit de puissance ,
Pour aller, par reconnoissance ,
Au devant de celles des deux.
Payen, sauvons-nous dans ta sale,
Voilà le nuage crevé.
0 comme à grands flots il dévalé !
Déjà tout en est abbreuvé.
Mon Dieu ! quel plaisir incroyable !
Que l’eau fait un bruit agréable ,
La Pluye.
Tombant sur ces fueillages verds !
Et que je charmerois l'oreille,
Si cette douceur nompareille Se pouvoit trouver en mes vers!
Çà! que l’on m'apporte une coupe, Du vin frais : il en est saison.’
Puis que Cerès boit à la troupe ,
Il faut bién luy faire raison ;
Mais non pas avec ce breuvage De qui le goust fade et sauvage Ne sçauroit plaire qu’aux sablons Ou qu’à quelque jeune pucelle Qui ne bust que de l’eau comme elle, Afin d’avoir les cheveux blons.
Regarde à l’abry de ces saules Un pelerin qui se tapit :
Le degoust perce ses espaules ,
Mais il n’en a point de dépit.
Contemple un peu dans cette allée Thibaut, à lamine haslée,
Marcher froidement par compas :
Le bonhomme sent telle joye, Qu’encore que cette eau le noyé,
Si ne s’en ostera-t-il pas.
Voy de là dans cette campagne -Ces vignerons, tous transportez ,
Sauter comme genets d’Espagne,
Se demenans de tous costez ;
Entens d’icy tes domestiques Entrecouper leurs chants rustiques D un frequent battement de mains; Tous les cœurs s’en espanouissent,
Et les bestes s’en resjouyssent Aussi bien comme les humains.
aisible et solitaire nuit,
Sans lune et sans estoilles , Renferme le jour qui me nuit Dans tes plus sombres voilles ; Haste tes .pas , deesse , exauce -moy : J’ayme une brune comme toy .
J’ayme une brune dont les yeux Font dire à tout le monde Que, quand Phebus quitte les cieux Pour se cacher sous 1 onde ,
C’est de regret de se voir surmonté Du vif éclat de leur beauté.
Mon lut, mon humeur et mes vers Ont enchanté son anoe ;
Tous ses sentimens sont ouvers
i. A la suite de « la Madonle du sieur Auvray, tragi-comédie » (Paris, A. de Sommaville, i63i) , on trouve les « autres œuvres poétiques du sieur Auvray » , et parmi celles-ci une pièce intitulée le Tableau de la nuit , bien inférieure à celle de Saint-Amant. L’auteur a fait de l’esprit jusque dans les errata*, qui débutent par cette phrase : « 11 est bien difficile qu une dame sorte de la presse sans y perdre quelqu un de ses ornemens. Voici ce que Madonle treuve à redire aux siens.... »
A l’amoureuse flarne ;
Elle m’adore, et dit que ses désirs Ne vivent que pour mes plaisirs.
Quel jugement y doy-je assoir?
Veut-elle me complaire?
Mon cœur s’en promet à ce soir Une preuve plus claire.
Vien donc, ônuit! que ton obscurité M’en découvre la vérité.
Sommeil , respans à pleines mains Tes pavots sur la terre;
Assoupy les yeux des humains D’un gracieux caterre.
Laissant veiller en tout cet element Ma maistresse et moy seulement.
Ainsi , jamais de ta grandeur Rien n’abaisse la gloire ;
Ainsi jamais bruit ny splendeur N’entre en ta grotte noire ,
Comme autrefois, quand à chaque propos, Iris troubloit ton doux repos.
Ha ! voilà le jour achevé ,
Il faut que je m’appreste;
L’astre de Venus est levé ,
Propice à ma requeste ;
Si bien qu’il semble en se monstrant si beau , Me vouloir servir de flambeau.
L’artisan , las de travailler ,
Délaissé son ouvrage;.
Sa femme , qui le voit bâiller ,
En rit en son courage ,
Et, l’œilladant, s’appreste à recevoir Les fruits du nuptial devoir.
La Nuict.
Les chats , presque enragez d’amour, Grondent dans les goutieres;
Les lou-garous , fuyans le jour , Hurlent aux cimetières Et les enfans, transis d’estre tous seuls, Couvrent leurs testes de linceuls.
Le clochetteur des trespassez , Sonnant de rue en rue ,
De frayeur rend leurs cœurs glacez , Bien que leur corps en sue ;
Et mille chiens , oyans sa triste vois , Luy repondent à longs abois.
Ces tons, ensemble confondus, Font des accords funèbres , Dont les accens sont epandus En l’horreur des tenebres , Que le silence abandonne à ce bruit Qui l’epouvante et le destruit.
Lugubre courier du Destin ,
Effroy des âmes lasches,
Qui si souvent , soir et matin , M’esveilles et me fasches,
Va faire ailleurs, engeance de démon, Ton vain et tragique sermon.
Tu ne me sçaurois empeschery D’aller voir ma Sylvie,—
Deussay-je , pour un bien si cher, Perdre aujourd’huy la vie.
L’heure me presse, il est temps de partir , Et rien ne m’en peut divertir.
i. V. Legrand d’Aussy, Mœurs et coutumes , etc. 11 cite ce passage de Saint-Amant.
La Nuict.
Tous ces vents , qui souffloient si fort ,
Retiennent leurs haleines? -
Il ne pleut plus , la foudre- dort.
On n’oit que les fontaines- — . -
Et le doux son de quelques luts charmans Qui parlent au lieu des amans.
Je ne puis estre découvert,
La nuict m’est trop fîdelle ;
Entrons , je sens l’huis entr’ouvert , J’apperçoy la chandelle.
Dieux ! qu’est-ce cy ? Je tremble à chaque pas, Comme si j’allois au trespas.
0 toy, dont l’œil est mon vainqueur, Sylvie , eh ! que t’en semble ?
Un homme qui n’a point de cœur,
Ne faut-il pas qu’il tremble?
Je n’en ay point , tu possédés le mien... Me veux-tu pas donner le tien ?