L’Â RI ON
0 ! le plus beau des dieux , et le plus adorable ,
Toy qui, par ta valeur, aux mortels favorable ,
Fis que l’affreux serpent expira sous tes coups ,
Hélas! pren soin de nous.
Phebus, que les neuf Sœurs reconnoissentpour maistre, Prince de la lumière , à qui tout doit son estre ,
Grand et nompareil astre aux flamboyans cheveux ,
Sois propice à nos vœux.
Suprême deïté dont les sacrez oracles
Hans le temple de Delphe annoncent des miracles ,
Seul arbitre du temps , qui sans toy ne peut rien , Travaille à nostre bien.
Dissippe la fureur de ces noires tempestes ,
Que le malheur préparé à foudroyer nos testes;
Et, pour nous retirer delà nuiçt du tombeau,
Nous sommes bien certains qu’Eole te revere ;
Si ta faveur l’ordonne , au lieu d’estre severe ,
11 montrera pour nous autant d’affections Que pour ses Alcions.
ILçalmera les flots, que son sceptre gouverne , Enchaisnera Borée au fond de sa caverne ,
Et laissera courir Zephire seulement Sur ce vaste element.
11 n’avoit pas encore achevé son cantique Que le soleil se plonge en la mer Atlantique ,
Que le Peloponese apparoît à leurs yeux,
Et que l’obscurité leur dérobé les cieux.
Soudain que ces accors sur les eaux s’estendirent , Mille et mille poissons en foule.se rendirent Autour de ce vaisseau, mais sans bruit toutesfois, Pour gouster de plus prez une si belle vois.
7 8 L’ârîon.
Là, pour l’entendre mieux , l’effroyable baleine ,
Aussi bien que les vents retenoit son haleine ;
Là , ceux que la nature a fait naistre ennemis ,
Et dont les sentimens furent lors endormis ,
Sans qu aucune dispute y semast des alarmes,
Se laissoient pesle-mesle attirer à ces charmes ;
Là , les eaux et les airs demeuroient en repos ,
De crainte d’interrompre un si divin propos ;
Là, le ciel, attentif à ces douces merveilles,
Eustbien voulu changer tous ses yeux en oreilles;
En fin 1 on y voyoit , d’un et d'autre costé ,
Réservé les humains , tout plein d’humanité :
Car ces âmes de bronze, ô chose bien estrange Ces corsaires cruels , que nul objet ne change ,
Aucun trait de douceur ne pouvans concevoir,
Ny pourrons ces beaux chants tant soit peu s’émouvoir, Les glaives nuds au poing, inspirez des furies Qui portent les humeurs dedans les barbaries,
Courent vers Arion d’un violent effort Pourluy ravir ses biens etluy donner la mort.
Le bon pilote , emeu du mal qu’il en présagé ,
Ainsi que fît le ciel , se cacha le visage ,
Et détourna la teste afin de ne voir pas De ses yeux innocens ce criminel trépas.
Comme on voit des roseaux la souple obeyssance Fleschir facilement sous la fiere puissance Des aquilons emeus , soufflans de toutes pars ,
Qui pourroient ebranler les plus fermes rampars,
Tout de mesme on voyoit Arion sur lapouppe,
Ceder à la fureur de cette avare trouppe,
Et par des actions pleines d’humilité,
Essayer d’attendrir leur dure cruauté.
Mais , voyant à la fin qu’il n’estoit pas possible De toucher, quoy qu’il fist, leur courage inflexible.
Et, ne sçachant non plus en quel lieu se cacher
L’Arion.
Pou£fi.vitaÜa ; mffli, ü s'en va la chercher,
Troublé de desespoir, se précipité en l’onde ,
Où la bonté du Ciel , bien plus qu’elle profonde ,
Permet qu’un grand daufin le reçoive à l’instant,
Et que droit vers la terre il tire en le portant.
Quand je me représente une telle avanture ,
Quoy que de tous costez il vist sa sépulture,
Je pense qu’il n’eut pas tant de peur de mourir,
Qu’il eut d’etonnement de se voir secourir.
Les dieux qui font dans l’eau leur mobile dèmeure. L’y regardans tomber et considerans l’heure ,
Creurent tous, ébahis par un commun abus,
Que Thetis recevoit en son lict deux Phebus.
Tel que marche en triomphe, apres mainte conqueste, Quelque grand capitaine, un laurier sur la teste,
Monté haut sur son char, les trompettes devant. Accompagné de peuple à longs cris le suivant;
De toutes qualitez, de tout sexe et tout âge,
Qui, devanceant ses pas pour le voir davantage ,
Saute à l’entour de luy d’aise tout transporté ,
Admirant sa façon pleine de majesté,
Tel estait Arion sur sa vivante barque ,
Son luth entre ses bras , triomphant de la Parque , Laissant derrière soy les vents les plus légers ,
Et. bravant la fortune au milieu des dangers.
Les Tritons , à l’envy, faisant bruire leurs trompes. Comme devant Neptune en ses divines pompes ,
D’un rang bien ordonné devant luy cheminoient,
Et de leurs tons aigus tous les deux etonnoient
La deesse aux trois noms , l’inconstante Planette , Sous un voile d’argent se montrant claire et nette ,
Pour le favoriser fit de la nuit le jour,
Luy découvrant à plein les terres d’alentour.
Tous les autres flambeaux de la voûte celeste Laissant toute influence importune et funeste ,
8o L’Arion.
Plus brillans que jamais, sembloient rire à ses yeux , Et dire qu’il estoit eu la grâce des dieux.
Mais entre tous on tient que la lyre d’Orfée ,
De l’amour de son lut vivement échauffée ,
Ayant de ses rayons tout nuage écarté ,
Le rejouit beaucoup avecques sa clarté.
En un tel accident, qui n’eut jamais d’exemple, Uavy de son bon-heur, en doute il se contemple , Croit n’estre pas soy-mesme , et qu’il est trop abjet Pour de tant de faveurs estre le digne objet.
Tantost il se figure^cstre .an l’erre u.r d’un songe .
Où son esprit trompé funtasquement se plonge ; Tantost il prend cela pour quelque enchantement,
Et n’en a pas pourtant moins de contentement ; Toutesfois, à la fin, il le croit véritable ,
Jugeant avec raison que le Ciel équitable ,
Qui de nostre innocence est le plus seur appuy, Montre les doux effets de sa justice en luy.
Lors , pour n’estre accusé d’extrême ingratitude , Vice qui dans son cœur n’eut jamais d’habitude ,
Mille remercimens il en fait au destin ,
Luy consacrant sa voix, son lut et son butin Pour en faire construire un autel à sa gloire ,
Où l’on verroit au long depeinte son histoire ;
Et pour le confirmer et de lame et du corps ,
Sa main, au lieu de signe, en passe mille accors.
Ses doigts de plume et d’encre en ce sujet luy servent Les airs comme tesmoins la promesse en conservent , Le temps les enregistre , et dit qu’à l’advenir Il le conseillera de s’en ressouvenir.
Aux tremblemens subtils de sa main délicate ,
Sous qui la chanterelle en mille tons s’eclate ,
Le daufin , qui sous luy couloil si promptement ,
Pour l’ouyr plus long- temps vogant plus lentement, Nage moins dans la mer qu’il ne fait dans la joye,
L’Arion.
Et, découvrant la rive où le Destin l'envoye,
Hésité à l’aborder, tant il sent de douceur D’estre d’un tel plaisir encore possesseur.
Mais, préférant enfin , sans plus le faire attendre,
Le bien de le sauver à celui de l’entendre.
Il tire droit au port avec legereté ,
Et, mettant en effet toute dextérité,
Evite sagement les funestes approches Des bancs et des écueils, des gouffres et des roches , Où l’effroy, le péril , le naufrage et la mort Brassent à mainte nef un déplorable sort.
Arion , tout ravy de gaigner le rivage,
Vouant aux immortels un fidelle servage,
Regarde autour de luy fourmiller les poissons,
Qui, suivant jusqu’au bord ses divines chansons, S’élancent haut en l’air d’allegresse infinie,
Et, pour prendre congé de sa douce harmonie ,
Au plus profond de l’eau tout à coup se noyans, Agitent sa surface en cercles ondoyans ,
Qui petit à petit de ses yeux disparoissent ,
Se perdans l’un dans l’autre à mesure qu’ils croissent. Celuy qui sur son dos l'a sauvé de danger,
D’un faix si glorieux se voulant décharger,
Quoy que par ce moyen de bonheur il se prive ,
Plein d’aise et de regret s’approche de la rive ,
Le pose doucement au plus commode lieu,
Et, faisant un grand saut, luy semble dire adieu. Ainsi, par un secours si puissant et si rare,
Se voyant mettre à terre au pied du mont Tenare, Après tant de hazards et de malheurs souffers,
Il trouva son salut aux portes des enfers.
Invincible héros , dont la valeur m’étonne ,
Reçoy ces nouveaux fruits que ma muse te donne; Estime -les un peu, prens-y quelque plaisir :
C’est le plus beau loyer où butte mon désir ;
L’ÀRIO N.
Et cependant la Gloire, ordonnant à ma plume De peindre tes vertus en un parfait volume , Portera ton renom , célébré dans mes vers ,
Plus haut que le flambeau qui dore l’univers.
Enfin toute la France, à ton bras obligée.
Au sortir des travaux qui l’ont tant affligée ,
F era mille souhaits pour ta postérité ,
Et, désirant bien moins que tu n’as mérité ,
Chose qu’on voit desjà par une prescience, Attendra comme moy, non sans impatience ,
Que tu sois quelque jour, par la faveur des deux , Ce que furent jadis tes illustres ayeux.
LES VISIONS1, A Damon.
e cœur plein d’amertume et l’ame ensevelie Dans la plus sombre humeur de la mélancolie, Damon , je te décris mes travaux intestins , Où tu verras l’effort des plus cruels destins Qui trouuierent jamais un pauvre misérable ,
A qui le seul trespas doit estre désirable.
Un grand chien maigre et noir, se traisnant lentement , Accompagné d’horreur et d’epouventement,
S’en vient toutes les nuits hurler devant ma porte, Redoublant ses abois d’une effroyable sorte.
Mes voisins, eperdus à ce triste resveil,
i. La croyance aux fantômes , aux magiciens , aux sorciers , au diable , étoit alors presque générale V. à ce sujet une plaisante histoire racontée par le cardinal de Retz (t. 1, p. 58, édit, de Genève, 1751». — Desmarets de S.-Sorlin dit dans le discours qui précède la 3e édition de son Clovis: « C’est une chose qui n’est que trop commune... que des magiciens et des sorciers qui sçavent faire la grêle et les tempêtes. » — Cyrano a écrit pour les sorciers sa douzième lettre , que Nodier aimeroit mieux , dit-il , avoir faite que les Provinciales — René Rary, dans son journal de cour, fait soutenir la même croyance. —Tristan à écrit une pièce du même genre, les T erreurs nocturnes, (Œuvres du sieur Tristan l’Hermite, 1648, in-4, p. 383.)
H Les Visions.
N’osent ny ne sçauroient r’appeller le sommeil ;
Et chacun , le prenant pour un sinistre augure,
Dit avec des soupirs tout ce qu’il s’en figure.
Moy , qu’un sort rigoureux outrage à tout propos , Et qui ne puis gouster ny plaisir ny repos ,
Les cheveux hérissez, j’entre en des resveries De contes de sorciers , de sabaths , de furies ;
J erre dans les enfers , je raude dans les cieux ;
Lame de mon ayeul se présente à mes yeux ;
Ce fantosme leger, coiffé d’un vieux suaire ,
Et tristement vestu d’un long drap mortuaire ,
A pas affreux et lents s’approche de mon lit ;
Mon sang en est glacé , mon visage en paslit ,
De frayeur mon bonnet sur mes cheveux se dresse. Je sens sur l’estomach un fardeau qui m’oppresse.
Je voudrois bien crier, mais je l’essaye en vain :
Il me ferme la bouche avec sa froide main ;
Puis d’une voix plaintive en l’air evanouye ,
Me prédit mes malheurs, et long-temps, sans siller, Murmurant certains mots funestes à l’ouye ,
Me contemple debout contre mon oreiller.
Je voy des feux volans, les oreilles me cornent ; Bref, mes sens tous confus l’un l’autre se subornent En la crédulité de mille objets trompeurs Formez dans le cerveau d’un excez de vapeurs,
Qui , s’estant emparé de nostre fantaisie ,
La tourne moins de rien en pure frenesie.
Souvent tout en sueur je m’esveille en parlant, Je saute hors du lit , l’estomach pantelant ,
Vay prendre mon fuzil , et d’une main tremblante Heurtant contre le fer la pierre estincelante,
Après m’estre donné maint coup dessus les dois, Après qu’entre les dents j’ay juré mille fois,
Une pointe de feu tombe et court dans la meiche , R’avivant aussi-tost cette matière seiche ,
Les Visions. 85
J’y porte l’allumette , et n’osant respirer De crainte de l’odeur qui m’en fait retirer,
Au travers de ce feu puant , bleuastre et sombre , J’entrevoy cheminer la figure d’une ombre ,
J’entens passer en l’air certains gemissemens,
J’avise en me tournant un spectre d’ossemens ;
Lors, jettant un grand cry qui jusqu’au ciel transperce , Sans poux et sans couleur je tombe à la renverse.
Mon hoste et ses valets accourent à ce bruit ,
Mais de tout leurtravail ris tirent peu de fruit;
Ils ont beau m'appeller, et d’un frequent usage Me répandre à l’abord de l’eau sur le visage , M’arracher les sourcils, me pincer par le nez,
Et s’affliger autant comme ils sont etonnez ,
Je ne puis revenir non plus que si la Parque M’avoit desja conduit dans la fatale barque.
Je suis tellement froid, que mon corps au toucher Ne se discerne point d’avecques le plancher,
Où gisant de mon long , toute force abatue ,
On diroit, à me voir, que je suis ma statue.
Il me souvient encore, et non pas sans terreur,
Bien que je sois certain que ce fut une erreur,
Que la première nuit qu’au plus fort des tenebres S’apparurent à moy ces visions funèbres ,
M’estant esvanouy, comme je l’ay descrit,
De l’extreme frayeur qui troubla mon esprit ,
Et ces gens essayans d’une inulile peine A me restituer la chaleur et l’haleine,
Un d’entr’eux s’avisant de me donner du vin ,
Bacchus, que j’ay tenu tousjours plus que divin, Resveillant tout à coup ma vigueur coustumiere,
Fit résoudre mes yeux à revoir la lumière.
Alors, comme en sursaut je me leve tout droit, Représentant au vif un mort qui reviendroit ;
Puis, regardant partout d’une veue égarée,
tS
Les Visions.
Je ni efforce à leur dire en voix mal assurée : rantosmes (car cl effroy je les prenois pour tels).
Quel plaisir avez-vous à troubler les mortels ?
Quel sujet vous ameine à ces heures nocturnes?
Qui vous a fait quitter vos manoirs taciturnes?
Mes badauts, esbahis d’entendre ce propos,
Haut allemant pour eux, jouans au plus dispos,
En chemise et nuds pieds, sans m'user de langage.
Vers le degré prochain troussent viste bagage ,
Disent que je suis fou , qu’il y fait dangereux , Emportent la chandelle et barrent l’huis sur eux.
Si qu à peine mon œil les put bien reconnestre,
Que comme un tourbillon il les vit disparestre.
La lune, dont la face alors resplendissoit ,
De ses rayons aigus une vitre perçoit ,
Qui jettoit dans ma chambre , en l’epesseur de l’ombre L’éclat frais et serain d’une lumière sombre,
Que je trouvois affreuse, et qui me faisait voir Je ne sçay quels objets qui sembloient se mouvoir. Cette nouvelle erreur, dedans ma teste emprainte ,
Me rendant à la fin hardy par trop de crainte ,
Je mets flamberge au vent, et, plus prompt qu’un esclair J’en fay le moulinet , j’en estocade l’air,
Imitant la valeur du brave dom Quichote,
Quand au fort du sommeil, coiffé de sa marote. Pensant prendre au collet un horrible géant ,
Et dans un tourne-main le réduire au néant,
Il exploita si bien , comme chante l’histoire,
Que sur les cuirs de vin son glaive eut la victoire.
Mais je m’engage trop dans ce plaisant discours , Muse, je t’en conjure, arrestons-en le cours ;
Pieprenons tristement nostre stile funeste,
Et, si cela se peut, disons ce qui nous reste.
Voilà donc, cherDamon, comme passe les nuis Ton pauvre Clidamant, comblé de mille ennuis,
Les Visions.
Et toutefois , helas ! ce ne seroit que roses
Si les jours ne m’offroient de plus horribles choses.
Cet astre qu'on reclame avec tant de désirs Et de qui la venue annonce les plaisirs ,
Ce grand flambeau du ciel, ne sort pas tant de l’onde Pour redonner la grâce et les couleurs au monde ,
Avec ses rayons d’or si beaux et si luisans ,
Que pour me faire voir des objets deplaisans.
Sa lumière, inutile à mon qune affligée ,
La laisse dans l’horreur où la nuit l’a plongée ;
La crainte , le soucy , la tristesse et la mort ,
En quelque lieu que j’aille , accompagnent mon sort.
Ces grands jardins royaux, ces belles Tuilleries ,
Au lieu de divertir mes sombres resveries ,
Ne font que les accrestre et fournir d’aliment A l’extreme fureur de mon cruel tourment.
Au plus beau de l’esté je n’y sens que froidure ,
Je n'y voy que ciprès , encore sans verdure,
Qu’arbres infortunez tous degouttansde pleurs,
Que vieux houx tous flestris et qu’espines sans fleurs.
L’echo n’y répond plus qu’aux longs cris de l’orfraye, Dont le mur qui gémit en soy-mesme s’effraye ;
Le lierre tortu qui le tient enlacé ,
En frémissant d’horreur, en est tout hérissé ;
Semblable en sa posture à ces enfans timides Qui , le corps tout tremblant et les yeux tous humides, Embrassent leur nourrice alors que quelque bruit Les va dedans leur couche epouventer la nuit.
Si j’v rencontre un cerf, ma triste fantaisie De la mort d’Actéon est tout soudain saisie ;
Les cygnes qu'on y void dans un paisible estang Me semblent des corbeaux qui nagent dans du sang;
Les plaisans promenoirs de ces longues allées ,
Où tant d’afflictions ont esté consolées ,
Sont autant de chemins à ma tristesse offers
Les Visions.
Pour sortir de la vie et descendre aux enfers.
Le Louvre, dont l’éclat se fait si bien parestre *,
N’est à' mes yeux troublez qu’un chasteau de Bicestre ; Le fleuve qui le borde est à moy l’Acheron ,
J’y prend chaque batteau pour celuy de Caron ,
Et , me croyant parfois n’estre plus rien qu’une ombre Qui des esprits sans corps ait augmenté le nombre , D’une voix langoureuse appellant ce nocher,
Je pense à tous moments qu’il me vienne chercher.
Si je prens quelque livre en mon inquiétude,
Et tasche à dissiper cette morne habitude ,
Marot, en ses rondeaux , epistres, virelais2,
1. L 'éclat du Louvre, dont parle Saint-Amant, étoit loin d’atteindre le degré ou il a été porté depuis par Louis XIV. Le vieux Louvre, c’est-à-dire l’œuvre de P. Lescot, embellie par Jean Goujon, augmentée sous Louis XIII d’un pavillon dû à J. Le Mercier, et ornée des caryatides de Sarazin, copie de celles qu’avait sculptées Jean Goujon, dans la salle des Cent-Suisses, n’avoit pas encore reçu les développements que donna à ce monument Perrault. On sait que les dessins de cet architecte furent préférés à ceux du cavalier Bernin , que Louis XIV avoit fait venir d’Italie , et qui reçut du roi, outre une gratification de j 5o,ooo livres , une pension de 6,000 livres et 100 livres par chaque journée de séjour à Paris.
2. S’il a été permis à Boileau de parler des triolets de Marot, qui n’en a jamais composé , on peut bien pardonner à Saint-Amant d'avoir prêté au même auteur des virelais, quoiqu’on 11’en trouve aucun dans ses œuvres. P. Delaudun-Daigaliers, dans son chapitre Du lay et virelay , dit : « L’usage est si rare de ces deux sortes de poèmes, qu’il y a fort peu de personnes qui les cognoissent, et 11e trouve pas qu’aucun des bons poètes s’y soit amusé. » Aussi le naïf auteur est-il obligé de citer pour exemple un virelay de lui-même. On sait que la Fronde remit en honneur, entre autres anciens genres, le triolet et le rondeau. L'Art poétique fr conçois du sieur de la Croix n’a pas oublié le virelai, et en cite un exemple moderne.
Les Visions.
Le mocqueur Lucian et le fou Rabelais ,
Se metamorphosans par certains tours magiques ,
Ne sont remplis pour moy que d’histoires tragiques. Ovide en l’Art d’aimer m’épouvanté à 1 abort ;
Amour, avec son dard, y passe pour la Mort ,
Avec son dos ailé , pour un oiseau funeste ;
Avec son mal fiévreux , pour une horrible peste ,
Et pour une furie avecques son flambeau ,
Qui ne sert qu'à guider les hommes au tombeau.
Si, pour me retirer de ces creuses pensées,
Autour de mon cerveau pesamment amassées ,
Je m’exerce parfois a trouver sur mon lut Quelque chant qui m’apporte un espoir de salut ,
Mes doigts , suivans l’humeur de mon triste geme ,
Font languir les accens et plaindre 1 harmonie ,
Mille tons délicats, lamentables et claiis ,
S’en vont à longs souspirs se perdre dans les airs,
Et, tremblans au sortir de la corde animée ,
Qui s’est dessous ma mainaudueil accoustumée,
Il semble qu’à leur mort, d’une voix de douleur,
Ils chantent en pleurant ma vie et mon malheur.
Si je vay par la ville , aux plus beaux jours de feste Le sort, dont la rigueur pend tousjours sur ma teste, Donnant mesme aux plaisirs de noirs evenemens ,
Ne me fait rencontrer partout qu’enterremens ,
Que pasles criminels que l’on traisne au supplice ;
Et lors , m’imaginant quelque enorme injustice ,
Je m’escrie à l’abord, les sens de peur transis:
Dieux ! seroit-ce point là mon pauvre amy lirsis .
Non , non , ce n’est pas luy, ma veue est insensée; Yostre gloire en sa mort seroit intéressée,
Et l’équité celeste ayme trop l'innocent Pour le payer si mal des peines qu’il ressent.
Puis, quand il me souvient de l’horrible avanturc Qui mit tout mon bon-heur dedans la sépulture ,
Les Visions.
En y mettant Lysis , et qu'il m'est défendu e chercher seulement le bien que j’ay perdu
0 belle Poltxene * ! amante infortunée !
u ois )ien regretter sa courte destinée,
Puis qu une telle fin t’interdit d'esperer belle des longs travaux qui te font souspirer'
0 précieux enfant d'une si rare plume !
OuvratVeroueS|?Dd T50'’ maiS tr°P petit ">«“">• •’
uuvrage que la mort empescha de finir i
OueTJr lTYea ’ t0Ut b0" Seils doit
Se piurra de ’ “ quo* <P-«U’on souhaitte ,
pourra désormais appeller imparfaite ,
jeun/eror et si’ "T lEssartine> '"ourut assassiné, ^clte aue îa pt°g t‘DU,freSn°y’ dans sa ««• 103, ei de “Æ ZZ *
lues sur le Berger ex ravale, J f’’ da"S ses Kemm-
Pelvle HZTÏaZ “
2j5 des Remarques qui suivent) ai,’ ’ P*
^,"r“CS
" f amoureuse , dont il blâme « les noms à la m™™’
datéiri”: tittédo„!,aerpr„i::::ede conty- u
scs quatre livres. Les quatre paves dwT™- comPlet da»s
de Molière étoit lieutenant d’artiUer e lu siégé de rne de r7 (Ihsl. de Richelieu, par Aubery, p. 5j.) B ,le de Re'
Si plustost on ne dit que , pour estre divin ,
O livre nompareil ! tu n as point eu de fin.
Et je n’en mettray point à l’ennuy qui me ronge ,
Car, soit que ton autheur me vienne voir en songe ,
Ou que je pense à luy comme je faistousjours , .
Mes larmes et mes cris auront un mesme cours ,
Ma pitié luy veut rendre à jamais cet hommage ;
En tous lieux où j'iray sa vaine et pasle image , Visible à moy tout seul , et regretable a tous ,
Me contera sa mort, me monstrera ses coups ,
Et , m’inspirant au cœur ce que pour allégeance Luy pourra suggérer une horrible vengeance Contre cet assassin rempli de trahison Qui termina ses jours en leur verte saison ,
Me mettra dans les mains les plus pesantes chaisnes , Les feux les plus ardens et les plus longues gesnes , Pour en punir ce monstre , et faire un chastiment Que l’on puisse esgaler à mon ressentiment.