‹ Œuvres completesChapitre 29 sur 141 · INCONSTANCE · texte numérisé non relu

INCONSTANCE

n devroit bien trouver estrange Que ma muse n’ait mis au jour Quelque œuvre digne de louange Sur le sujet de mon amour :

Je m’en estonnerois moy-mesrae ;

Mais, dans mon inconstance extresme .

Qui va comme un flus et reflus ,

Je n ay pas si-tost dit que j’ayme,

Que je sens que je n’ayme plus.

Il est vray que je sçay bien feindre ,

Et qu il n’est esprit si rusé,

Lors que ma bouche se veut plaindre ,

Qui ne s’en trouvast abusé ;

Mon cœur plein d’infidelles charmes N espargne ni soupirs ni larmes Pour essayer d’y parvenir,

Et mes paroles sont des armes Contre qui rien ne peut tenir.

y Tous les P°ètes du temps ont chanté l’inconstance. Voyez entre autres, la jolie chanson de P. Corneille :

Si je perds bien des maistresses.

J’en fais encore plus souvent.

Et cette autre, extraite de la Fleur des chansons amoureuses :

Dieux ! que c est une belle chose Que d estre aymé et n’aymer point!

Sonnet.

SONNET

oux tourment des esprits , amoureuse manie Qui trouble mon repos avec tant de plaisir, Ne me donne jamais un moment de loisir; J’aime bien à souffrir dessous ta tyrannie.

Rens en moy de ton feu la grandeur infinie ,

Et , gouvernant mes sens, dont tu te viens saisir,

Fay que rien désormais ne vive en mon désir Que l’adorable objet de la chaste Uranie.

Au seul bruit de son nom parvenu jusqu’à moy,

Mon ame luy consacre une eternelle foy,

Sur qui l’honneur s’eleve et mon espoir se fonde.

Je l’aime sans la voir, comme on aime les dieux ,

Et tiens plus de l’Amour qu’homme qui soit au monde, Puis que non plus que luy je ne me sers point d’yeux.

SONNET

amais rien n'approcha de mon heureux destin : J’adore une beauté qui n’a point de pareille, Soitpour enchanter l’œil, soit pour ravir l’oreille, Ou pour faire d’un cœur un amoureux butin.

Son visage est plus frais qu’une rose au matin ,

Quand au chant des oiseaux son odeur se réveille ;

Elle remplit mes sens de gloire et de merveille ,

Et me fait mespriser la bergere Catin.

Epigramme. i33

Accuse qui voudra mon humeur d’inconstance ,

Je ne veux ni ne puis luy faire résistance ,

Et croy ne point faillir changeant de bien en mieux.

0 divine Amarante ! acceptez mon service ,

Et daignez admirer comme, pour vos beaux yeux ,

Je fais une vertu de ce qui fut un vice.

EPIGRAMME

Sur un portrait du Roy.

,cy l’art passe la nature,

Puisque par cette portraiture, Dont tous les yeux sont esblouys, * Il a fait un autre Louys.

Pour moy, je pense qu’il aspire A faire que , sans mescontens ,

On puisse voir dans cet empire Vivre deux rois en mesme temps.

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