‹ Œuvres completesChapitre 33 sur 141 · LA CHAMBRE DU DÉBAUCHÉ · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DU DÉBAUCHÉ

A Monsieur de Màrigny-Mallenoé2.

lus enfumé qu’un vieux jambon , N’y que le bœuf salé de Pitre,

Je te trace avec un charbon Ceste ode habillée en epitre.

Marigny, mon parfait amy,

Que mon œil ne voit qu’à demy,

Non plus que ce qu’il veut descrire,

Parbieu ! tu dois bien admirer,

situé dans la Cité, rue du Pont-Notre-Dame. Il fut tenu par Desbordes-Grouyn, et, apres lui, par le fameux Crenet, dont Boileau a cité le nom.

i. Saint-Evremont , dans son Traité de la vraie et de la fausse beauté des ouvrages d'esprit , dit, au sujet de cette pièce : « Saint-Amant a fait une Chambre des desbauchés avec toute la naïveté de son style : c’est de la rhétorique et de la raison perdue mal à propos. » — On peut n’être pas de son avis.

a. Marigny-Mallenoë. — Le nom de Marigny reparoît souvent

DU DEBAUCHE

Que je tasche à te faire rire Quand je ne fay rien que pleurer !

Gouspin après t’avoir quitté,

M’a traisné dans sa belle chambre ,

Où mesme au plus fort de l’esté On treuve le mois de décembre.

Pour moy, je ne puis concevoir Par quel moyen, ny quel pouvoir,

• Mon corps a passé par la porte ,

Car je te le jure entre nous Qu’un rat , ou le diable m’emporte ,

N’y sçauroit entrer qu’à genous.

Son petit ladre de valet,

Reste de la guerre civile ,

Revient chargé comme un mulet

dans les œuvres de Saint-Amant, dont il étoit un des meilleurs amis. Il 11e faut pas confondre celui-ci avec Jacques Le Carpentier de Marigny, de Nevers, le chansonnier de la Fronde, auteur d’un poème du Pain bénit. Dans une réponse faite à ce poème (Paris, 1673, in-12; Bibl. de l’Arsenal, n° 8,260 B. L.), on le donne comme disciple de Saint-Amant :

Cuistre de Saint-Amant, il suivit son génie.

Le débauché fameux , illustre par ses vers ,

Sait former son esprit sur des talents divers.

Tout jeune qu’il étoit , il suivoit sa fortune...

Celui dont il s’agit ici, Marigny-Mallenoë , autre fou , autre ami de Saint-Amant, fut marié, différent en cela de l'abbé-chanoine Le Carpentier de Marigny , gentilhomme nivernois ou soi-disant tel , et vécut en Bretagne , où il avoi t le gouvernement de Port-Louis. C’étoit une espèce de philosophe cynique, dit Tallemant, qui lui a consacré une de ses plus curieuses historiettes. (Tallemant, 6 , 207.)

1. Gouspin. Je pense que Saint-Amant a pris ici un nom de fantaisie. Dans le patois normand, gouspin signifie gamin , luron. (Y. le Dictionnaire du patois normand , par M. Dumérii.)

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