‹ Œuvres completesChapitre 34 sur 141 · I. iO · texte numérisé non relu

I. iO

i4G La Chambre

De cotrets qu’il excroque en ville.

Mais à grand peine ce magot

A-t-il allumé le fagot

Que nous estranglons de fumée;

Nous toussons d’un bruit importun , Ainsi qu’une chatte enrhumée ,

Et nos yeux prennent du petun.

Encore , ô mon cœur ! mon roignon Faut-il, comme un sçavant notaire.

Des beaux meubles du compagnon Te faire voir quelque inventaire.

Premièrement, un vieux panier,

Tiré des fatras d’un grenier.

Est son tabouret et sa chaise ;

Que si , soulageant l’escarpin ,

L’un y présidé en sire Biaise ,

L’autre est tout droit comme un sapin

Un estuy de luth tout cassé ,

Qui traisnoit au coin d’une salle ,

Pour tout loyer du temps passé Luy sert de chevet et de malle ;

Les flegmes jaunes et sechez Qu’en sa verole il a craschez Luy servent de tapisserie ,

Et semble que les limaçons Y rehaussent en broderie Des portraits de toutes façons.

Comme on voit au soir les enfans Se figurer dedans les nues Hommes , chasteaux , bois , elefans ,

Et mille chimères cornues ,

Ainsi nos yeux , dans ces crachats ,

Se forgeant à leurs entrechats ,

DU DÉBAUCHÉ

Cent mille sortes de postures ,

Pensent voir comme la parroy Les plus grotesques avantures De Dom-Quichote en bel arroy.

Là l’on voit en des lieux fumans Curé , barbier , niepce et nourrice , Exécuter sur les romans Les sentences de leur caprice.

Certes , si l’on traittoit ainsi Les sots livres qu’on fait icy ,

Dont à son dam la France abonde ,

Je croy qu’en cet embrasement On verroit sans la fin du monde Un petit jour du jugement.

Là, ce guidon de carnaval Choque un moine à bride abattue , Mais , n’en desplaise à son cheval , C’est-à-dire en pas de tortue ;

Icy, trenchant du Fierabras,

Certain moulin avec ses bras Luy fait faire en l’air une roue,

Et le laisse en fort piteux train Dans un grand fossé plein de boue Aussi moulu comme le grain.

Là, les innocentes brebis.

Qu’il prend pour gensdarmes superbes.

Font de leur sang voir des rubis Sur les esmeraudes des herbes ;

Là , les bergers au mesme lieu Sondent à beaux cailloux de Dieu Ses costes presque descharnées,

Luy raflant en ces accidents Ce qu’un catherre et les années Souffroient qu’il luy restât de dents.

La Chambre

Le bon Sanche y semble accourir Aux doléances de son maistre ,

Et , comme s’il alloit mourir ,

Luy faire un office de prestre.

Là-dessus ,,panché sur le groin De ce beau chevalier de foin,

Il luy visite la maschoire ,

Quand l’autre luy renarde aux yeux Le baume qu’ils venoient de boire Pour se le rendre à qui mieux mieux.

Un peu plus loing on l’apperçoit Sur son rossignol d’Arcadie,

Dont à la mine qui déçoit On pense ouyr la mélodie.

Proche delà, le pauvre sot Est contraint de payer l’escot En especes de capriolles1,

Allant conter au firmament Qu’on peut bien dancer sans violles Quand la berne sert d’instrument.

Là , blond et beau comme un Medor ,

Le plat à laver de sainct Cosme 2 Passe pour demy-casque d’or Sur le chef de nostre fàntosme ;

Là, l’escuyer tout transporté Baigne ses yeux dans la clarté De cent ducats qu’il accumule ,

Et , riant comme un farfadet ,

Se console auprès d’une mule De la perte de son baudet.

Là se fait voir , quenouille en main ,

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