LA NAISSANCE DE PANTAGRUEL
Pour une mascarade1.
e jour que je nasquis on vit pleuvoir du sel: Le soleil, en faisant son tour universel ,
De la soif qu’il souffrit beut quasi toute l’onde, Et pensa d’un seul trait avaller tout le monde. De là sont provenus tant d’abismes sans eaux,
i. On donnoitle nom de mascarades à des troupes démasqués qui , surtout au temps de carnaval , couroient la ville et souvent, sous ce déguisement, entroient dans des maisons ou il y avoit bal, sans même être invités. Y. M»e de Montpensier, Mémoires.
La Remonstrance inutile.
De là sont dérivez tant de rouges museaux ,
Qui d’un gosier ardent, que rien ne désaltéré, S’occupent sans relasche au bacchique mystère ; L’air, beaucoup plus en feu qu’au temps de Phaëton , En cracha sur sa barbe aussi blanc que cotton ,
Et la nuict de devant on vit avec merveille Briller une cornette en forme de bouteille ,
Pour présagé certain , non de mortalité,
Comme les autres sont , mais de pleine santé . J’entens de ces santez que l’on fait à la table ,
Et par qui l'homme est dit animal raisonnable.
Ce beau mignon Troyen , ce sommelier des dieux , Avec la jeune Hebé , versant à qui mieux mieux,
Se lassèrent les bras à leur remplir la coupe ,
Et Jupiter en fut yvre comme une soupe.
Le grand mastin celeste en devint enragé ,
Le sucre de Madere en poivre fut changé ,
Les gigots de mouton en jambons de Mayence;
La terre eut le hocquet : elle en cria vengence ,
Et la nature mesme, en ardeur s’exaltant,
Se vit preste à mourir de la mort de Rolant 4 ;
Si bien qu’à mon exemple , ainsi que dit l’histoire , Par tout à gueule ouverte on demandoit à boire.
A BOIRE ! A boire!