‹ Œuvres completesChapitre 42 sur 141 · LA NAISSANCE DE PANTAGRUEL · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DE PANTAGRUEL

Pour une mascarade1.

e jour que je nasquis on vit pleuvoir du sel: Le soleil, en faisant son tour universel ,

De la soif qu’il souffrit beut quasi toute l’onde, Et pensa d’un seul trait avaller tout le monde. De là sont provenus tant d’abismes sans eaux,

i. On donnoitle nom de mascarades à des troupes démasqués qui , surtout au temps de carnaval , couroient la ville et souvent, sous ce déguisement, entroient dans des maisons ou il y avoit bal, sans même être invités. Y. M»e de Montpensier, Mémoires.

La Remonstrance inutile.

De là sont dérivez tant de rouges museaux ,

Qui d’un gosier ardent, que rien ne désaltéré, S’occupent sans relasche au bacchique mystère ; L’air, beaucoup plus en feu qu’au temps de Phaëton , En cracha sur sa barbe aussi blanc que cotton ,

Et la nuict de devant on vit avec merveille Briller une cornette en forme de bouteille ,

Pour présagé certain , non de mortalité,

Comme les autres sont , mais de pleine santé . J’entens de ces santez que l’on fait à la table ,

Et par qui l'homme est dit animal raisonnable.

Ce beau mignon Troyen , ce sommelier des dieux , Avec la jeune Hebé , versant à qui mieux mieux,

Se lassèrent les bras à leur remplir la coupe ,

Et Jupiter en fut yvre comme une soupe.

Le grand mastin celeste en devint enragé ,

Le sucre de Madere en poivre fut changé ,

Les gigots de mouton en jambons de Mayence;

La terre eut le hocquet : elle en cria vengence ,

Et la nature mesme, en ardeur s’exaltant,

Se vit preste à mourir de la mort de Rolant 4 ;

Si bien qu’à mon exemple , ainsi que dit l’histoire , Par tout à gueule ouverte on demandoit à boire.

A BOIRE ! A boire!

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