‹ Œuvres completesChapitre 55 sur 141 · On se rappelle le sonnet de Scarron · texte numérisé non relu

On se rappelle le sonnet de Scarron

il n’est point de ciment que le temps ne dissoude....

Dois-je trouver mauvais qu’un méchant pourpoint noir Qui m’a duré dix ans soit percé par le coude?

2. Roquet , espèce de manteau sans collet qui ne tomboit que jusqu’au coude. Des maîtres il passa aux laquais, et de la aux bouffons : — le manteau de Crispin, c’est un roquet

214 Le Poe te

Qui jamais de son dos ne bouge ,

L affubloit, quoy qu’il fust hyver,

Et qu il fust rongé de maint ver.

Une estroitte jartiere grise,

Faite d un vieux lambeau de frise ,

En zodiaquant le gipon ,

Sei voit d escharpe a mon fripon ,

Et trainoit , comme à la charrue,

Pour soc un fleuret par la rue,

Dont il labouroit le pavé,

Lequel en estoit toutcavé.

Ses jambes, pour paistrirles crottes, b armoient à cru de vieilles bottes,

L une en pescheur, d’un gros cuir noir, La plus grande qui se pust voir, L’autre d'un cuir blanc de Russie,

A genouilliere racourcie ;

L une à pié— plat , à bout pointu ,

Et 1 autre à pont-levis tortu.

Un petit esperon d’Engliche,

A la garniture assez chiche,’

Ergottoit son gauche talon ;

Quant au droit, le bon violon N y portoit rien qu’une ficelle Pour en soustenir la semelle,

Qui , comme un fruict meur ou pourry Laissant 1 arbre qui l’a nourry,

Pai quelque soudaine tempeste ,

A tous coups estoit toute preste De quitter, en se remuant ,

La plante de son pied puant.

En ce ridicule équipage,

Chargé de son petit bagage ,

Tirant pays seul et dispos ,

Il debagoula ces propos :

Ville où j’ay tant traisné mes guestres,

(lue j’en dois mieux sçavoir les estres Qu’un rat ne fait de son grenier,

Je te chante l’adieu dernier.

Adieu doncques, Paris sur Seine,

Seine , riviere humide et pleine ,

A Sanilas nommée ainsi,

Comme dit quelque autheur chansi.

Adieu Paris , cité superbe ,

Paris sans pair, rare proverbe !

Qui montre , en cachant mille appas ,

Que Vaugirard ne te vaut pas.

Adieu Pont-Neuf, sous qui l’eau passe ,

Si ce n’est quand hyver la glace :

Car, adonc ne bougeant d’un point,

Elle est ferme , et ne passe point.

Adieu , roy de bronze ou de cuivre ,

Qu’à pié l’on peut aisément suivre ,

Quoy que vous soyez à cheval ,

Sans aller par mont ny par val ;

Adieu , belle place Dauphine1 ,

Où l’eloquence se r’afline

Par ces basteleurs , ces marmots ,

De qui j’ay pris tant de beaux mots Pour fabriquer mes epigrammes ,

Bon mots qui, plus pointus que lames,

Font qu’on ne peut, sans se picquer,

En torche-culs les appliquer.

Adieu ! vous que tout au contraire J’ay souvent fournis de quoy braire:

i. Cf. les Adieux an Marais de Scarron, et la satire de Boileau sur le même sujet. La place Dauphine et le Pont-Neuf étoient encombrés par les bouquinistes, les bateleurs, les charlatans (Mondor, Tabarin, etc.), les chanteurs (le Savoyard, etc.) .

Le Poëte

Chantres, 1 honneur des carrefours Et des ponts, où d’une voix d’ours Et d une bouffonne grimace Vous charmez le sot populace ,

Tandis qu un matois, non en vain , Essaye a faire un coup de main.

Adieu, blonde Samaritaine1,

Que, sans peur des tireurs de laine , Pour n’avoir n’argent ny manteau ,

En venant du royal chasteau J ay veu cent fois aux heures sombres , Lors que 1 opacité des ombres Absconce2 tout ce qui reluit Dessous la cappe de la nuit.

Adieu, belles rostisseries ,

De moy si vainement cheries ,

P ^LLa/°J?ta?rîe deIa Samaritaine est un des ornements du i!" m ' ? 8 batiment avoit été construit , sous le règne de enn III, a la seconde arche du côté du Louvre. Il fut détruit

nor.o?12r‘ eî,retabh avecPlus d’art et de goût qu’il n’étoit aupai avant. » On sait qu’il n’existe plus — Le 6 juin i654 , suivant la gazette de Loret, six hommes attaquèrent le marquis de Resnel près de la Samaritaine, et lui laissèrent... sa chemise. —

Voy. encore au 7 avril i65a. - A la date du 16 mars , 656, on lit encore : ’

Le propre soir du mesme jour, Livet, revenant de la cour,

Fut assailly par une bande Contre laquelle, encor que grande.

Comme il estoit homme de bien.

Il se défendit assez bien;

Mais il fallut céder au nombre; Ayant esté fort mal mené.

Il fut enfin assassiné. »

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