‹ Œuvres completesChapitre 64 sur 141 · L’AMARANTE · texte numérisé non relu

L’AMARANTE

quel poinct de folie et de témérité, [porté ! Contre mon vouloir propre , amour , m’as-tu Je m'estois résolu , malgré ta violence ,

De retenir mes pleurs , d’observer le silenee , De déguiser si bien mes maux et mes plaisirs,

Qu’à peine mes pensers auroient sceu mes désirs ;

Que , de peur d’eventer mes ardeurs nompareilles ,

Ma voix seroit en garde avecque mes oreilles;

Que mon esprit jaloux , s’immolant au respect,

Se treuveroit luy-mesme à luy-mesme suspect ;

Qu’à ma fin douloureuse un jour ma seule cendre Pourroit de mon brazier quelques indices rendre ,

L’Amarante.

Et qu'au dernier soupir ma chaste passion Enteireroit ce feu sous la discrétion ;

oi2,?ai “î T bouche’ infldelle à mon ame .

Je ’av f i e , d,eV0‘.‘: ’ ™nt d’en trahir 'a «ame. Je I ay fait éclater , j’ay parlé , j’ay gemy

evant ce beau soleil , mon aimable ennemy

J ay bien eu l’audace, apres un si grand crime

e supplier ses yeux d’avouer pour victime

mSTi 6 a S°n CœUr 16 ™ien ’ <»u« ses aPPas enent comme en triomphe au chemin du trespas

0 angue trop hardie ! ô licence effrenée ! ?

O faute sans exemple! ô ciel! ô destinée

«ui gouvernes mes jours, et n’as deu qu’à re-ret

Consentir au dessein de rompre mon secretl ”

üueje me sens coupable, et combien j’ay d’envie

D enïp‘er par ma “«rt 'es erreurs de ma viet

depuis sept mois entiers , nombre misterieux

Que j adore captif cet objet glorieux ,

CeeUen,ttd\°nDeUr’ dC VertUS etde larmes ,

Benuis Z ’ douxsujel d<= mes larmes,

Ma ithe ,é , m°meiU qu’en si cla're Prison

Ma liberté se mit avecque ma raison ,

Nonq nlnHVre d’amour’ raon jugement essaye «on pas de me guérir, mais de cacher ma nlaye Bn sort délicieux m’a souvent fait jouir T ’

Bu plaisir de la voir, du bonheur de l’ouir,

B admirer de sa main l’agile et mol albastrè,

Quand avec des accens que l’oreille idolastre,

s nerfs d un bois creux qui chante et qui se Dlai Qui m esveille et m’endort, me flatte et me contraint

Ses do ts har fon( auj m.ens honte'01

Q e de leur mélodie on ne fait plus de conte

WvvoTr e d’"X CheVeUX’ b‘°nds charmas des rega, »ous 1 yvoire d un peigne à l'entour d’elle espars

Représenter au vray le Pactole en sa source ’

L’Amarante.

Qui, d’un haut marbre blanc faisant naistre sa course, Tombe à gros bouillons d’or, et loin de soy s enfuit. Excepté qu'en leur cheute ils ne font point de bruit. C’est ainsi qu’au matin l’aurore eschevelée Vient annoncer le jour sur la voûte estoilée ;

C’est ainsi que Diane autrefois apparut

Aux yeux de l’indiscret qui son ire encourut ,

Quand, surprise dans l’eau, sa main, aussi tost preste De cacher son beau corps avec sa propre teste ,

Luy construisit en haste un voile flamboyant Des vifs et longs rayons de son poil ondoyant,

Et voulut que son soing obtint le privilège De pouvoir par du feu conserver de la nege.

Je l’ay veue en maint lieu par le bal ordonné De cristaux suspendus richement couronné ,

Ou plutost de glaçons d’où s’exhaloient des fiâmes , Gagner d’un seul regard les plus superbes âmes , Ternir les diamans que le luxe y portoit,

Esblouir les flambeaux dont la salle esclatoit ,

Et former de ses pieds de si nombreux misteres ,

De si beaux entrelas, de si doux caractères,

Tracés avec tant d’art pour enchanter les dieux Et pour tirer à soi les esprits par les yeux ,

Que les chiffres sacrez de l’obscure magie Pour forcer les démons ont bien moins d’energie.

J’ay veu les beaux trésors de ses deux monts de lait S’enfler aimablement sous un jaloux collet,

Qui , fasché que leur teint rende sa blancheur noire , Tasche au moins d’en couvrir la moitié de la gloire. Mais pour estre trop fin il n’en sçait rien cacher :

Il trahit ce qu’il baise, et ne peutempescher Qu’au travers des devans dont l’œil perce l’obstacle L’on ne jouysse à plein d’un si rare spectacle

J’ay gousté seul à seul l’adorable entretien Que forme son esprit, sa voix et son maintien,

L’Amarante.

Oui tous trois sans pareils en grâces amoureuses. Rendant comme les yeux les oreilles heureuses , Don„enl aux moindres mots des charmes si puissans Rar es gestes diserts et les tons ravissans,

Que 1 Eloquence mesme à sa bouche attachée,

D oser luy repartir seroit bien empeschée.

n„ba°nHChe ' ° beUe b°Uche ! 6 quand on vous entend . Q and on vous oit chanter, dieux ! que l'on est conten

doux air qui murmure et passe entre des roses

„e nous fait point sentir de si divines choses.

He .chantez donc toujours ; vos rubis animez

e devromnt, ce me semble, estre jamais fermez.

Afin Je me tr°rape : amour veut qu'ils “ taisent Ahn qu en se pressant eux-mesmes ils se baisent.

I e!le”he gne qU'euX ; je n’en suis P°int Jalous. .evres, baisez-vous donc, sans cesse baisez-vous,

aïs non pas sans parler; le silence est un crime

FadërêtT6 “P61” traitS Si nob,ement s'exprime; ites et 1 un et 1 autre en discourant d’aymer,

rononcez-en le mot, ou daignez me nommer,

Et j auray cette gloire, en l'ardeur qui m’emporte,

D estre dans vos baisers admis en quelque sorte.

a . je me laisse aller à trop d’ambition ;

t est changer le respect en indiscrétion.

Dites-moy que je meure, et (joyeux de vous plaire)

On me verra soudain obéir et le faire.

Ouy , je mourray joyeux si vous me l’ordonnez :

Aussi bien les ennuis qui me sont destinez

Estans trop violens pour estre perdurables ,

Mettront bien-tost un terme à mes jours misérables.

J^nhn, pour revenir à mon triste sujet,

J ay d un accès facile approché cet objet;

J ay de cette beauté de tant d’attraits pourveue,

satisfait a plaisir mon ouye et ma veue ;

J ay, si je l’ose dire, ô suprême bon heur!

L’Amarante.

J’ay dans la bien-seance eu maintefois l’honneur, Sous les loix du salut qui le toucher avoue ,

De succer librement les roses de sa joue ,

Et par mon imprudence à descouvrir mon feu ,

Par mon audace extresme à déclarer le vœu Que sur l’autel d’Amour j’ay fait sans artifice D’offrir à sesappas mon cœur en sacrifice,

Je me verray privé , peut-estre pour jamais ,

De voir ces beaux soleils à qui je me soubmets ,

Et de qui me seroit l’absence plus cruelle Que l’horreur d’une mort dure et perpétuelle.

Vrayment, c’est bien à moy de m’en piquer aussi i Elle qui des dieux seuls doit estre lesoucy,

Elle dont tout Paris admire les merveilles ,

Elle à qui nous devons tous les fruits de nos veilles , Elle que cent galands de suite accompagnez ,

Cent amoureux discrets , jeunes et bien peignez, Trouvent sourde à leurs vœux, oserois-je prétendre Qu’en mon poil desjà gris elle voulût m’entendre ?

Mais c’est mal raisonner pour un amant expert : De propos en propos mon jugement se pert.

On diroit à m’ouir qu’il dépend de mon ame De s’embrazer ou non d’une si belle flame ,

Comme si de tout temps le destin souverain,

Par un arrest fatal gravé dans de l’airain ,

N’avoit point résolu sur la voûte esclairante Qu’on me verroit un jour brusler pour Amarante ,

Et comme si, dans l’heur de languir en ses fers,

Où je trouve à la fois mes yeux et mes enfers,

La volonté du sort, quoy qu’enfin il m’advienne ,

Ne devoit pas regler et conduire la mienne!

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