‹ Œuvres completesChapitre 65 sur 141 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

A Leurs Serenissimes Majestez de la Grand’ Bretagne.

ieux ! en quel aymable séjour, bn quel lieu de gloire et d’amour M ont conduit Zephire et Neptune!

Suis-je en ce doux climat des astres adoré , Où, bien loin de toute infortune,

Les cieux font refleurir le beau siecle doré!

Ce plaisant fleuve , que je voy Se couler si bien après soy,

Fend-il les champs de l’Angleterre?

Pressay-je ce terroir aux herbages espais Qui voit toute l’Europe en guerre Cependant qu’il jouit d’une eternelle pais ?

Ouy, c’est ce pais bien-heureux Qu’avec des regards amoureux Le reste du monde contemple;

C’est cette isle fameuse où tant d’avanturiers Et tant de beautez sans exemple Joignirent autresfois les myrthes aux lauriers.

Icy, prédisant maint destin Un homme engendré d’un lutin1 Sema de merveilleux oracles Icy fut esprouvé l’arc des loyaux «mans;

i. L’enchanteur Merlin.

Ode.

Bref, c’est la source des miracles Dont se sont enrichis les plus nobles romans. .

Maisny ce parfait Amadis ,

Suprême honneur du temps jadis,

Ny cette admirable Oriane,

Ne pourroient aujourd’huy faire comparaison ,

Sans une vanité profane ,

Avec ce couple sainct qui régné en leur maison.

Le soleil n’a rien veu de tel ;

Il n’est point de sage mortel Qui ne le revere en son ame,

Et qui n’avoue aussi que le vainqueur des dieux N’embrasa jamais de saflame Deux plus dignes objets ni plus chéris des dieux.

Pour moy , faisant reflexion Sur la fîdelle passion Où leur chaste cœur s’abandonne ,

Et voyant tant de gloire en leurs feux esclater,

Je croy que leur triple couronne Vaut moins que celle-la qu’Amour leur fait porter.

0 roy qui marches sans, esgal ,

O reyne qu’un nœud conjugal Sous un si beau sort apparie ,

Prodiges d'amitié, de vertus et d’appas !

Grand Charles , divine Marie ,

Qu’on seroit criminel de ne vous louer pas!

Certes , tout le témoigné bien,

Puis qu’en la nature il n’est rien Qui ne célébré vos mérités,

Que le plus insensible en a du sentiment Et que vos grâces sont escrites En vives lettres d’or au front du firmament.

Ode.

Cet arbre qui par un bon-heur A Hotland parfois a l’honneur De vous fournir de siégé et d’ombre ,

Meu d’un certain esprit qui, le faisant branler, Esgayoit son fueillage sombre,

Tout ravy, l’autre jour me sembloiten parler.

C estoit sur le poinct que la nuit,

Poursuivant l’astre quelle fuit ,

Recommence à tendre ses voiles,

Et que les vers luisans, vrais flambeaux des guerets. Brillant à l’envy des estoiles ,

Esclairent aux fourmis à dérober Cerès.

J’estois sorty seul pour resver,

Taschant à part moy d’eslever Quelque ouvrage à vostre louange ,

Quand sous cet arbre heureux, où mes pas s’adressoient, Touché d’une douceur estrange,

Je vy paroistre en rond des vierges qui dançoient.

A leur riche habit dégoûtant Je les jugeay tout à l’instant Pour les nymphes de la Tamise,

Qui, pour voir cette place où vous aviez esté ,

Sous une licence permise,

Dans son lit de roseaux leur pere avoient quitté.

Saisy de crainte et de respect A l’abord d’un si grave aspect ,

Je devins comme une statue ;

Mais enfin mon désir, puissant et curieux.

Gagnant mon aine combatue,

Sur ma timidité resta victorieux.

Lors, m’aprochant de ces beautez,

Ou plustost de ces deitez,

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