‹ Œuvres completesChapitre 73 sur 141 · LE CANTAL · texte numérisé non relu

LE CANTAL

A Monsieur le M. D. M3.

CAPRICE

ousset , ecafignon , faguenas , cambouis ,

Qui formez ce présent que mes yeux resjouis, Sous l’adveu de mon nez, lorgnent comme un

[fromage

A qui la puanteur doit mesme rendre hommage,

Que vous avez d’appas! que vostre odeur me plaist !

Et que de vostre goust , tout horrible qu’il est ,

Je fay bien plus d’estat que d’une confiture

1 . La diane ou la dienne, batterie de tambour à la pointe du jour ( dies ).

2. Le Cantal, montagne d’Auvergne, a donné son nom à un fromage quia odeur, comme dit Saint-Amant, d’écafignon et de faguenas. Ces deux mots, dont le premier a signifié long-temps une sorte de chaussure mince , ne désignoient plus, du temps de Saint Amant , que la « senteur d’un pied de messager. » (Furetière). — Dans la Musette du sieur D. (Vion Dalibray) , Paris, Quinet, 1647, in— 8, p. 1 1 , on trouve une longue pièce adressée à Saint-Amant , à propos du Cantal :

Brillante gloire du Parnasse ,

1 oy qui joints de si bonne grâce Les muses avecques le vin ,

Corps admirable, esprit divin,

Alcandre, amy rond et fidelle...

Apprends , apprends une nouvelle :

Ce Cantal est mangé des vers.

3 Ces initiales désignent sans doute cet ami de Saint-Amant à qui nous 1 ayons vu dédier sa pièce de la Chambre du débau-

Le Cantal.

Où le fruit déguisé brave la pourriture !

Par luy le vert ginguet 1 fait la figue au muscat ;

Par luy le plus gros vin semble si délicat ,

Que le piot du ciel , dont on fait tant de conte,

S’il estoit blanc , auprès en rougiroit de honte.

Je laisse donc à dire , et chacun peut penser De combien du meilleur le prix il doit hausser,

Quand on luy donne entrée au milieu d’une bouche Qui sous un tel morceau retourne à l’escarmouche , J’entens au doux conflit qu’à l’honneur de Bacchus Les fameux biberons, à tauper invaincus ,

Font le verre à la main, sans projet d’autre gloire Que de celle qu’on gaigne à force de bien boire.

Franc et noble Marquis, illustre desbauché ,

Qui t’es dans la grandeur à toy-mesme arraché Pour te livrer sans faste aux plaisirs de la vie,

Où parmy les vertus la table nous convie;

Toy, dont la voix unique en traits mélodieux Rend du chantre emplumé le siflet odieux,

ché, le marquis de Marigny-Mallenoë. — Ce titre de marquis nous a été révélé, avec les autres titres de P de Marigny , à une vente de livres. Les œuvres de Boulenger , « J. C. Bulengeri doctoris theologi opusculorum System a », mises en vente, portoient, sur la garde, l’attestation suivante relative à un jeune d’Harouys dont la famille s’allia à celle de Mme de Sévigné : « Ego infra scriptus, studiorum præfectus in Henriceo flexiensi collegio societatis Jesu, testor ingenuum adolescentem Nicolaum de Harouys , in secunda schola hoc primum solutæ orationis latinæ præmium , eruditorum æstimatum judicio meritum et ex munificenliâ et liberalitate nobilissimi rever en (lissimique domini D. Pétri de Mallenoe, abbatis delpsinensis, protonotarii apostolici, marchionis de Marigny, etc., in publico ejusdem collegii theatro consecutum esse 4° kalen. sept. i63g. Johannes Chevalier. »

i . Vin de râcle-boyau, vin à faire danser les chèvres, qu’on boit dans les guinguettes.

Le Cantal.

Sur tout quand ton gozier, humecté de la coupe, Après mille bons mots que maint rot entre-coupe ,

Se met à celebrer la divine liqueur

Qui , passant par chez luy pour visiter le cœur.

Le chatouille et l’invite à se montrer seul digne De louer comme il faut ce pur sang de la vigne.

M.... sans pareil, homme aux nigaux fatal ,

Où diantre as-tu pesché ce bouquin 1 de Cantal ,

Cet ambre d’Acheron, ce diapalma briffable,

Ce poison qu’en bonté l’on peut dire ineffable,

Ce repaire moisi de mitles et de vers,

Où dans cent trous gluans, bleus, rougeastres et vers La pointe du couteau mille veines evente Qu’au poids de celles d’or on devroit mettre en vente Ha ! qu’il me fait bon voir lors qu’en le furetant J’en découvre quelqu'une et le crie à l’instant !

Quelle faveur me cuit quand ma langue appastée En enduit mon palais et s’en trouve infectée !

Non, jamais Mascarin, ce seringueur mortel,

De son deshabiller ne tira rien de tel ,

Exhibast-il au jour, comme il me fit nagueres,

Entre cent mille outils inconnus et vulgueres ,

Et parmy cent fatras de haillons , de filets ,

De pippes à petun , de fusts de pistolets ,

De savattes , d’appeaux , de tasses, de mitaines, D’onguents à guérir tout jusqu’aux fievres quartaines, D’outres au cuir velu , de peignes ebrechez ,

De linge foupy 2, sale, et d’habits ecorchez;

Du vieil oint3 de blaireau pour faire de la soupe ,

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